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mercredi, 15 août 2018

Biffure 47

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Lectoure, juillet 2018

Dire que j'ai retrouvé
les pierres sèches
pliées en quatre
sur la table

Biffures de la page 188 d'Une longue impatience de Gaëlle Josse

20:28 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 13 août 2018

Totems

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Totem et totem
Le Havre, août 2018
© Marie Nimier

En souvenir d'une journée que M. avait appelée "Les filles à la plage". Cela aurait pu être aussi "Jour de fête". Nous retrouvions deux amies syriennes, R. et D. installées depuis peu au Havre.

C'était déjà la limite du jour, quand nous sommes arrivées au bout du monde, fourbues. Nous venions de loin.

Du MuMa et ses créatures nées de l'écume et des rêves. De la côte que nous avions longée sous un ciel gris laiteux. De la digue que nous avions empruntée alors qu'une tempête mettait fin à ces jours de canicule : plus rieuses que les mouettes en troupeau sur les galets qui attendaient que le grain passe, si légères que les bourrasques qui faisaient gémir les mâts comme un choeur tragique auraient pu nous emporter mais nous avions tenu bon pour atteindre l'équilibre improbable d'un éléphant sur un homme. Du silence de l'église St Joseph où pour échapper quelques minutes au boucan du vent, alignées sur les strapontins nous avions improvisé un concert de vocalises entrecoupées de fous-rires. Du bistrot où nous nous étions réfugiées pendant qu'une pluie lourde recouvrait le bitume et que les éclairs découpaient les nuages.

Oui de tout cela nous venions, quand nous sommes arrivées au bout du monde, à la limite du jour.

La ville était loin derrière nous, le vent, la pluie et l'orage aussi. Il ne restait plus que la falaise abrupte, le roulement des galets sous l'écume et un colosse blanc.

Était-ce la tendresse contenue dans ses mains enveloppant celles de sa fille ou la force de son regard guettant ceux que la mer pourrait déposer sur le rivage mais nous nous sommes tues. Notre folle journée soudain suspendue. Il y avait dans cette crique quelque chose de sacré ou de profondément humain. Nous nous sommes assises et longtemps nous avons regardé au loin en silence, sous la protection du colosse blanc.
Avant de repartir, R. qui avait traversé montagnes et mers, bravé les dangers qui font le quotidien des migrants, a déposé une pierre sur un des cairns. A mon tour, j'ai déposé une pierre pour qu'un jour de grand vent, la sienne ne rejoigne pas les flots et ne s'éloigne de nos rives.

mardi, 07 août 2018

Biffure 46

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Blanhac, juillet 2018
© Antoine Farizon

Nous nous souvenons de jours clairs
épinglés au milieu des roses obliques
petits cailloux amassés
réserves
pour les années suivantes
pour passer la vie en marche
derrière un océan

Biffures de la page 44 de Les jours clairs de Zsuzsa Bank. Merci à la libraire des Petits papiers d'Auch pour ce conseil de lecture, récit porté par une écriture lumineuse.

dimanche, 05 août 2018

Faire le plein

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Lectoure, juillet 2018
© Pili Vazquez

Rentrée depuis quelques jours mais accaparée par la biquetterie. A l'extérieur, le potager à déliseronner, les pieds de tomates à redresser pour qu'ils retrouvent la tête haute,  la terrasse à balayer. A l'intérieur, mes sacs à vider, la poussière à aspirer, les toiles à enlever, la toile à passer.
Aujourd'hui, j'ouvre enfin une journée vide. 
A l'heure où l'ombre du marronnier retrouvera un peu d'épaisseur, j'irai m'asseoir sur le banc. Je replierai mes jambes, les entourerai de mes bras, déposerai mon menton sur mes genoux et laisserai partir mon regard. Vers l'extérieur : la ligne d'horizon. Vers l'intérieur : ces jours clairs à tes côtés. Je ne sais quels fragments, quels éclats viendront s'asseoir à ma droite, à ma gauche. Il n'y aura sans doute pas assez de chaises. J'en rajouterai, ouvrirai un nouveau demi-cercle.
A ton retour,
tu viendras t'asseoir à mes côtés et nous regarderons la nuit allumer l'étoile du berger Vénus.

15:04 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : lectoure |  Facebook |