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mercredi, 01 novembre 2017

Trotteuse

les 3 diables.jpg

Nice, octobre 2017

quand je suis arrivée à Nice vendredi
les aiguilles de l'horloge du cours Saleya
indiquaient midi
pourtant il était dix-sept heures
quand je suis partie de Nice lundi
les aiguilles de l'horloge sur le quai de la gare
indiquaient midi
pourtant il était onze heures
entre ces deux pendules suspendues
au milieu du jour
qui se fichaient éperdument
du passage à l'heure d'hiver
quatre-vingt-dix-huit ans
l'anniversaire de ma grand-mère
née à l'autre bout du vingtième siècle
à Bône anciennement Hippone aujourd'hui Annaba
elle porte sur ses épaules
sa peau comme un châle de soie fine
a le verbe fleuri sans fioriture
mélange de français et judéo-arabe
peut soudain s'absenter de table
pour aller sur l'autre rive
de la Méditerranée
de sa mémoire

attraper une image indélébile
de sa mère morte à trente-quatre ans
et à son retour dire
entre deux rides
entre deux rires
vivons chaque seconde intensément
les heures se chargeront du reste

gare nice.jpg

mercredi, 27 septembre 2017

Illusion

claude ponti.jpg

Nantes, octobre 2016

Une goutte de rosée
posée sous le réverbère
luciole d'automne

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dimanche, 03 septembre 2017

Dans l'entre deux

CAIRN.jpg

Qui tu sais
Puy Mary, août 2017

Fenêtre ouverte sur le jardin les premières taches de rousseur
écran affichant mon cahier de texte
des cases qui se rempliront

plus tard au long des quarante quatre semaines à venir
pour l'heure je rembobine mes pensées
et les lacets des sentiers foulés cet été
GR 40 36 223 400
mis bout à bout on dirait un numéro de téléphone
à appeler en cas d'urgence les jours d'hiver sans lumière
un été à marcher
le regard qui porte loin devant
dans mon dos des fils s'entrelacent sur mon sac
comme autant de souvenirs du chemin parcouru
ensemble
un été à rencontrer des gens
qui n'ont pas laissé la vie les lasser
qui portent en eux des rêves si immenses
qu'ils ne risquent pas de les perdre de vue
un été à faire grandir les cairns
une pierre pour toi une pierre pour moi
un été que je garderai aimanté sur la porte de ma mémoire
quand demain je retrouverai
les murs fissurés de ma salle sous plafond amianté
pour essayer de faire naître dans le regard des gamins
qui chemineront avec moi cette année
des rêves si immenses
qu'ils ne risqueront pas de les perdre de vue


dimanche, 27 août 2017

à corps

aurillac.jpg

Aurillac, août 2017


sous l'ombrelle
raccord des corps
l'ombre d'elles

 

 

08:19 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : aurillac |  Facebook |

mercredi, 16 août 2017

Biffure 24

moulin de ségrie.jpg

Danse ortique
Moulin de Ségrie, août 2017

dans la vallée
maintenant
les terres
faisaient tourner
des sculpture de prés
ça devenaient des gens

Mots rescapés des biffures de la page 15 de Joseph de Marie-Hélène Lafon

mardi, 15 août 2017

Biffure 23

anse st martin.jpg

Anse St-Martin, août 2017

Qui sait
son chemin ?
On perd
l'égarement

bleu nuit
regarder longtemps
la diagonale
des migrations
à l'intérieur
comme si...

Mots rescapés des biffures de la page 11 de La plage de Marie Nimier

lundi, 14 août 2017

Biffure 22

mochila.jpg

GR 223, août 2017

idées
sur mes peurs à dos
mochila
compagnon de chaque instant

au petit matin repartir
l'ajuster
avec sérieux

Mots rescapés des biffures de la page 235 d'Immortelle randonnée de Jean-Christophe Ruffin

11:37 Publié dans BAL(L)ADE, BIFFURES, ROMAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gr 223 |  Facebook |

mardi, 08 août 2017

La saveur du monde

cairn orne.jpg

Sentier des granits, août 2017

Demain je reprends la route. Une nuit trois trains et un bus m'en séparent encore. A l'autre bout, ce sera le GR 223 de Les Pieux jusqu'à Cherbourg.  Ce soir, mon sac n'est pas fait. Tout au long de la journée, j'ai étalé dans mon bureau ce que j'ai prévu d'emporter : mon bol en bois, ta gourde, mon pantalon de rando, ton blouson de pluie, mon laguiole, ta lampe frontale, du pain noir, la tome entamée hier, des noix de cajou et des figues, ton duvet, un carnet et Marcher, éloge des chemins et de la lenteur.
J'aime l'impatience qui précède une longue marche. Je sais qu'elle me réveillera tôt demain matin. Qu'il fera peut-être même encore nuit. J'aurai bien le temps alors de remplir mon sac. C'est drôle que notre langue ne connaisse pas l'expression "remplir son sac" alors qu'elle a inventé "vider son sac".
Demain, quand mon sac sera plein, je trouverai encore un peu d'espace pour glisser  quelques instants partagés avec toi sur le GR 36, la semaine dernière. Il y aura celui-ci : nous venions d'arriver au gîte, tu te serais bien posée un peu mais déjà je t'entraînais sur le sentier des granits. L'une derrière l'autre, nous avons progressé dans les gorges de l'Orne. Le soleil était en train de retirer les derniers rayons du jour. Il m'arrivait d'avancer tout autant sur le chemin que dans mes pensées. Tu as vu que j'étais passée trop vite, que je n'avais pas remarqué. Tu as dis, tu as vu ? Quand tu marches, ton regard est aux aguets. Toujours. Sur la rive, des cairns. Veilleurs sur leur pierre plate, gardiens de la rivière. Equilibre improbable. Si tu n'avais pas été là, je ne me serais pas arrêtée, je n'aurais pas regroupé quelques galets sur une pierre laissée libre, je n'aurais pas élevé à mon tour un cairn. Un peu rectiligne, diras-tu. Plutôt élancé, rectifierai-je.

Demain, sur le GR 223, j'ouvrirai grand les yeux et les oreilles et laisserai la saveur du sentier se déposer sur mes lèvres.

 

dimanche, 30 juillet 2017

Les vaches noires

falaise des vaches noires

Falaise des vaches noires, juillet 2017

Aux vaches noires, il est deux heures. La mer se retire et laisse sur le sable ce qu'elle a soutiré à la falaise. Des fossiles, parsemés entre les coquillages et les crabes. Au dedans, c'est le reflux de souvenirs de gamine : moi et mon seau face à l'océan cherchant chapeaux chinois et étoiles de mer. Au-dehors, je ne porte en bandoulière que mon sac. Qu'à cela ne tienne, j'ouvre une poche extérieure, cela fera office de seau. Au début, je ramasse le moindre petit fragment porté des millénaires durant par les entrailles argileuses. Traces de vie entêtée. Après, c'est comme pour la cueillette des chanterelles à l'automne, je deviens de plus en plus exigeante magnanime. Je recherche l'ammonite et ces coques qui à force de sédimentation ont acquis la légèreté de la feuille dans l'herbier.
Le retour se fait le long du rivage, pieds-nus dans l'eau. Je ne sais plus si c'est la mer ou mon sac qui sent les embruns. Mes pensées oscillent.  Que ferai-je de ces fragments qui ont su résister aussi bien aux tempêtes qu'aux jours étals ? Les alignerai-je à tous vents sur le rebord de ma fenêtre ou sous l'ombre calme du cerisier ?

lundi, 17 juillet 2017

Rendez-vous avec un arbre (2)

ravin de corboeuf.jpg

Ravin de Corbeuf, juillet 2017

Sur la route de Blanhac, cet espace étonnamment horizontal, stries bleutées sur arêtes saillantes. Après la yourte toute en rondeur, la table sous l'ombre du tilleul, les chemins qui s'enlacent, les entrelacs de nos murmures. Et avant des Nuits de rêve sous la voie lactée et bouton de rose.
Espace horizontal. Sillons désertiques. Les géologues l'appellent "badlands", mauvaises terres. Pourtant un arbre pousse, agile dans l'argile. J'ai l'impression de le connaître, de l'avoir déjà côtoyé ailleurs. Je descends quelques strates plus bas dans ma mémoire. Au dedans, un arbre toscan. Au dehors, le vent qui nous porte et mon regard qui reprend la route.

 

lundi, 12 juin 2017

Eroder les obstacles

ganesh.jpg

Geste premier : choisir un lieu dans le jardin en vue d'y déposer Ganesh. Il y a sans doute là quelque superstition.
Geste second : libérer le lieu choisi des herbes adventices, liseron et mouron, épargner l'oxalis.
Geste troisième : s'étonner que le lieu choisi recèle une pierre plate.

mercredi, 10 mai 2017

Chaîne de véloulipo (4)

véloulipo 7.jpg

Pour poursuivre cette nouvelle semaine sereinement, une nouvelle chaîne de véloulipo. Le mode d'emploi se lit sur mon billet Véloulipo.  

Rayon de soleil

Ou de vélo, souvent

Tu m'emmènes au loin

 

Tu m’emmènes au loin

Chemin tu avances plus vite

Plus vite que mes efforts

 

Plus vite que mes efforts

L'impatience ne vaincra pas

Bonjour souplesse

 

Bonjour souplesse

Je compte les syllabes

Le nez au vent

 

Le nez au vent

Pour trouver l'inspiration

Vélo sans parole.


Les auteurs des haïkus par ordre d'apparition sont : Angeline R., Eduardo B., Dom C.,  la tenancière de ces lieux et Angéline R.

 

samedi, 06 mai 2017

Chaîne de véloulipo (2)

véloulipo 5.jpg


Les nuages en troupeau m'empêcheront-ils de monter sur mon vélo aujourd'hui ? Qu'à cela ne tienne, voici une chaîne de véloulipo réalisée la semaine dernière. Le mode d'emploi se lit sur mon billet Véloulipo.  

Rire d'un enfant

Ail des ours dissimulé

Espace de verdure

Espace de verdure


Espèce d'espace espéré


par les hommes-salades

Par les hommes-salades

Ils ne sont plus écoutés

Les vers de bitume

Les vers de bitume

Sentent la chaleur du goudron

et crient au secours

Et crient au secours

Sous le volcan des bombes

Un chant sans paroles. 

Les auteurs des haïkus par ordre d'apparition sont : Dom C., Antoine C. , la tenancière de ces lieux, Dom C. et Val L.

vendredi, 05 mai 2017

Chaîne de véloulipo (1)

véloulipo.jpg

La météo, l'emploi du temps à tout autre chose, tous les astres se sont alignés pour m'empêcher de sortir mon vélo cette semaine. Qu'à cela ne tienne, voici une chaîne de véloulipo réalisée la semaine dernière. Le mode d'emploi se lit sur mon billet Véloulipo.

Caresse des roues

Sur les courbes de la voie verte

Les saules nous saluent


Les saules nous saluent

Trois vieilles dames qui rient et rient

Je veux leur adresse.


Je veux leur adresse

Pour ne pas aller chez eux

Pour rester au calme


Pour rester calme

goûte le pourquoi des pinsons

et rêve en même temps


Et rêve en même temps

Qu'il tente de nous convaincre

Que de vaines paroles.

Les auteurs des haïkus par ordre d'apparition sont : la tenancière de ces lieux, Pili V., Eduardo B., Antoine C. et Grégory R.

mardi, 02 mai 2017

Tu es

l'après rit.jpg

Marais Vernier, avril 2017

Entre deux prairies
l'odeur des jours funambulesques
les heures de la clepsydre écourtées
la clarté des désirs étendue
sur le fil
des chemins essorés
des terres sèches
des instants buissonniers
le crissement dans l'allée
le crépitement des pensées
le murmure des paumes

le raffut sous la peau
les choses tues
tu es
et l'après rit

lundi, 01 mai 2017

Véloulipo

véloulipo 1.jpg

Festival Terres de Paroles, c'est fini pour cette année. Mais quelle fin !
Cinq oulipiens, Jacques Jouet, Frédéric Forte, Eduardo Berti, Olivier Salon et Paul Fournel (par ordre d'apparition de gauche à droite sur la photo ci-dessous) ont débarqué en Normandie pour une virée véloulipienne sur l'avenue verte.

véloulipo2.jpg

Monter sur son vélo
Rejoindre la voie verte
Pédaler quelques tours de roues
S'arrêter au premier banc
Laisser Eduardo Berti donner sa contrainte d'écriture
"Ecrire des haïkus"

Eduardo berti.jpg

Remonter sur son vélo
Pédaler, pédaler, pédaler lentement
Regarder, écouter, sentir

Laisser les trois vers apparaître
Pianoter sur son guidon 5,7,5

Descendre de son vélo
Ecrire, raturer et lire à haute voix
Recevoir la contrainte suivante
prendre le dernier vers de son voisin
en faire le premier vers du haïku suivant
- Je reçois donc en partage "Moi qui suis si fleur bleue". C'est joliment dit, d'habitude mes amis m'appellent l'utopiste. Puis "Bonjour souplesse". Beau détournement littéraire. Mais quand je me retrouve avec "Par les hommes-salade"...-
Demander à l'auteur de répéter
remonter sur son vélo
se demander quoi faire de ces hommes-salade
pédaler, pédaler encore plus lentement
essayer de gagner du temps
Descendre de son vélo
sans avoir trouvé les deux vers manquants
Regarder une oulipienne à genoux sur le macadam
Implorer l'inspiration
Remplir la page presque blanche
vous donner à lire l'ensemble...

véloulipo3.jpg

-1-

Blancheur des pommiers

Le long de mon vélo, l’eau

Voyage de printemps

Entendu en pédalant la réponse d’un gamin à qui son père demandait de serrer à droite pour éviter une bande d’oulipiens pédalant à contre-sens...

- C’est difficile de rester toujours à droite !
-
Faut voter Mélenchon !

-2-

Caresse des roues

Sur les courbes de la voie verte

Les saules nous saluent

-3-

A quoi pensent les saules

Penchés au-dessus du lac ?

A rire un peu plus

-4-

Moi qui suis si fleur bleue

Je n’ai pas vu une seule fois

Un champ de lin

-5-

Bonjour souplesse

Je compte les syllabes

Le nez au vent

-6-

Par les hommes-salade

Ils ne sont plus écoutés

Les vers de bitume

-7-

Ici je m’enivre

De l’oulipisme caché

En toutes paroles

 

 

jeudi, 13 avril 2017

Faire le poirier

poirier.jpg

Mesurer la croissance de mon cerisier sur une année est si simple. Attraper comme repère le câble électrique au-dessus de lui. L'espace de l'un à l'autre de moins en moins vide.

Mais prendre la démesure de ton poirier ! Suivre du regard la courbe de son tronc, se perdre dans ses ramifications, poursuivre dans un labyrinthe de murmures, de souffles, sens dessus dessous, découvrir ici la douceur nouvelle d'un pli et d'un repli, là une complicité qui n'y était pas l'année dernière, pas encore, m'en emplir comme les feuilles tout là-haut réchauffent leur lignes de chance, lignes de vie à la lumière.

10:38 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poirier, cerisier |  Facebook |

dimanche, 26 février 2017

Desassossego

capo verde.jpg

Calada da noite
Lisbonne, février 2017
© Pili Vazquez

chienne de vie
y a des soirs au coin du lit
où tu aboies à pleins crocs
sur les rives du Tage
en haut des miradouros
les rêves s'emmêlent
noeuds et nous

ô mon amour(heur)euse
ta peau sur ma peau
dénoue mon coeur
par un baiser de saudade

chienne de vie
y a des soirs au coin de la table
où tu chantes en pleine gueule
lamentos au bord de l'obscurité
à déchirer la nuit
à briser la bouteille
à faire pleurer les pessoas

ô mon amour(heur)euse
ta main dans ma main
pose sur mes lèvres
l'intranquillité bienheureuse

samedi, 18 février 2017

Le pied manquant

vigne.jpg

quand le printemps faisait à nouveau signe
le framboisé des feuilles
quand l'été était au zénith
les sarments entrelacés aux branches du figuier
quand l'automne roussissait
l'ivresse folle des grappes

tout cela maintenant
(serrement de cœur dans l'interligne)
le pied de vigne
l'exécutera
sur une autre terre
avec la même alacrité

mercredi, 15 février 2017

Le coeur en fête

DSCN3337.jpg

le soleil
qui s'invite
par la fenêtre et les portes

le rideau gonflé de bise
les baisers dans l'air
le murmure de la sève
le frémissement des branches
ça a une de ces gueules
de printemps

aujourd'hui

mardi, 14 février 2017

Aspiration

belle du nord.jpg

Coulisse du Musée des Beaux Arts
Lille, Mai 2016

Aspirons
tant qu'il fait jour
la poussière de nos oublis
les toiles sur l'Histoire
grande hache, repli sur soi
et pire-to-pire

Aspirons
sans nous assoupir
à embraser

du fond de la nuit
la poussière d'étoiles
de nos os
unis vers demain


belle du nord 2.jpg

dimanche, 12 février 2017

Laissons

DSCN0918.jpg

St Malo, mai 2016

La terre est encore dure
craquelée et sombre
comme le bitume
pourtant
les sons
d'une saison nouvelle
déjà s'élèvent
polis par l'âme du vent

ou n'est-ce que le frisson
de la fleur de l'hellébore
qui a pris le risque d'éclore
au bord de ton trottoir

14:59 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hellébore |  Facebook |

dimanche, 18 décembre 2016

Vous êtes ici

vousetesici.jpg

Factorie, © hgwo

. vous êtes ici
à l'entrée du poème
libre à vous
de recommencer votre vie
ou de vous connaître vous-même
par le pouvoir d'un mot

 

18:07 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : factorie, éluard |  Facebook |

mercredi, 14 décembre 2016

Fractale d'une semaine avec un galet

galet.jpg

Mercredi 7 décembre

Atelier d'écriture à la Factorie avec Mélanie Leblanc. Des falaises à la verticale. A l'horizontale aussi, comme de belles endormies. Je repars avec un galet dans la poche de mon blouson. Ça lui donne une drôle d'allure à mon blouson ; disloqué à droite ;  et les clés, le tabac, le briquet, le papier à rouler, le ticket de caisse dans l'autre poche ne font pas le poids pour rééquilibrer le tout.  La dislocation va durer une semaine. Sept jours pendant lesquels ma main découvrira, en aveugle, le galet. Le polira un peu plus. Les mots qui vont venir, il faudrait que je les note en braille.

Jeudi 8 décembre

avec ce galet qui fait bombance
décombres de la mer
ma poche mérite
le nom de galetas

Vendredi 9 décembre

je le tiens à pleine main
en une faille de son pourtour
mes doigts se calent un à un
c'est une île écorniflée

Samedi 10 décembre

je dis mon galet n'est pas gris
il porte traces
fracas de la mer, flegme de l'algue
tumulte d'une nuit d'orage

Dimanche 11 décembre

en son centre le vide
pierre feuille puits ciseaux
le trop plein perdu au creux de la vague
géométrie du hasard

Lundi 12 décembre

quelle probabilité
pour qu'il retrouve cette part manquante
qu'elle emplisse à nouveau
le vide, l'absence, le trou

Mardi 13 décembre

le jour où il s'est échoué sur la plage
la pluie tombait lentement
elle n'a pas effacé les traces
elle n'a pas comblé l'absence

samedi, 10 décembre 2016

En corps

en corps.jpg

© Pili Vazquez, novembre 2016

maintenant c'est le jour
hier s'en est allé mourir
en mon corps vivante encore

 

vendredi, 09 décembre 2016

Comment c'est

comment c'est.jpg

© Pili Vazquez, juin 2016, Pointe de la Roque

comment c'est
le cri de la craie

comment c'est
le bloc de la brise

recommencer

comment c'est
la ligne de l'engouleciel

comment c'est
l'effritement du vent

jeudi, 08 décembre 2016

Déjà

glissade.jpg

© Pili Vazquez, Volterra, août 2016

l'un certitude
l'autre glissade
l'un à l'arrêt
l'autre loin
déjà

lundi, 24 octobre 2016

Demeurer

arradon1.jpg

Arradon, Octobre 2016

C'est le matin maintenant
je m'assieds sur le banc
entre les gouttes de la nuit
tout se reflète dans tout
le jour naissant dans l'eau
le clapotis contre les coques
dans les nuages
moment de calme intense
les bernaches sur le sable

C'est le soir maintenant
nous posons sur la pointe
nos semelles fourbues
face au silence
des nuages aspirés
par la lumière qui décline

Demeurer dans la beauté du monde
d'une frontière à l'autre de ce jour

 

arradon2.jpg

Arradon, Octobre 2016

mardi, 06 septembre 2016

Aux jours qui viennent

sibylle de cumes.jpg

Pavement du Duomo
Siena, août, 2016

"Nul ne sait le passé qui nous attend", Orlando Luis Pardo, in Cuba, année zéro

Dans le Duomo de Sienne, je n'ai pas résisté au plaisir de mettre mes pieds face à ceux de la Sibylle de Cumes, prêtresse d'Apollon, experte en prophéties. Entre nous deux, plusieurs siècles et cette légende : "Sibylla Cumana cuius meminit Virgilius Eclog. IV." Comprenez : la Sibylle de Cumes dont Virgile se souvient dans l'églogue IV (des Bucoliques). De retour à la biquetterie, je suis allée regarder de plus près le passage en question. Le poète fait annoncer à la prêtresse le retour de l'âge d'or...
Première semaine de reprise des cours. Sauf que cette année, je n'ai pas l'impression de reprendre mes cours mais de débuter après vingt-deux ans de bons et loyaux services. La Réforme, malgré nos protestations, a tout chamboulé, promettant monts et merveilles. Mais en Langues et Culture de l'Antiquité, le bilan est amer.  Le Latin n'est plus une matière et est relégué à l'obscure catégorie " enseignement complémentaire ". Mes latinistes perdent la moitié ou le tiers de leurs heures. Comment fait-on pour inviter à un voyage antique une classe de 5ème en une heure hebdomadaire ? Nous n'allons quand même pas rester sur le rivage et regarder les bateaux tendre leur voilure vers le grand large ? Mes latinistes gagnent néanmoins le grand honneur de fermer le collège chaque soir puisque la pause méridienne est désormais d'une heure trente, incompressible et intouchable. A nous la case de 16h à 17h, dans le silence d'or enfin revenu.
Je m'en vais de ce pas , pour préparer un cours, ouvrir le fameux chant VI de l'Enéide où l'on croise à nouveau la Sibylle de Cumes qui guide Enée dans sa descente aux Enfers. Quand le printemps reviendra, je descendrai avec mes latinistes en Toscane, dans le Latium et en Campanie. Et j'aime déjà les pages de notre passé que nous y écrirons...

sibylle.jpg

Pavement du Duomo
Siena, août, 2016

samedi, 03 septembre 2016

Il barbiere è di ritorno

slip.jpg

Lucca, août 2016

Il faisait particulièrement chaud ce jour-là à Lucca. Nous avions laissé la voiture - nous ne savions pas encore qu'une durite avait lâché - sur le parking à l'extérieur des murailles et nous dirigions à pied vers la via Fillungo. Tu en avais plein les bras -carton de victuailles, pot de basilic- j'en avais plein le dos et le ventre -un sac derrière, un sac devant- mais mes mains étaient encore libres d'attraper l'appareil-photos quand nous sommes passées devant ce lieu improbable, via Vittorio Emanuele.

toscane, lucca, barbier

Lucca, août 2016

Chez BISB -the barber is back- ce n'était plus exactement la Toscane. C'était l'Italie passée par Il était une fois en Amérique ou Le Parrain.

bisb.jpg

Lucca, août 2016

Nous en avons oublié notre chargement. Nos regards ne savaient plus où donner de l’œil. Tout se reflétait dans tout par un jeu de miroirs : barbiers, clients, tissus rayés, murs plus chargés que ceux d'un musée. Et surtout le sérieux imperturbable de l'enfant.

pieds.jpg

Lucca, août 2016

11:12 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : toscane, lucca, barbier |  Facebook |