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dimanche, 28 juin 2015

L'avoir dans l'os

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Athènes, mai 2015

Nos cédilles et nos censures
nos cénures et nos cérambyx
nos certainement et nos cependant
nos cessez-le-feu et nos c'est-à-dire
innocemment
nous croyons partir en noces
ostensiblement
nous partons en os

samedi, 21 mars 2015

Arracher la joie aux jours qui filent

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Jeudi, nous étions en plein coeur du Printemps des poètes. La journée s'ouvrait avec mes biobios et un cours consacré à la création du monde, version biblique. Entre le 5ème et le 6ème jour, la porte s'est ouverte. Un couple est entré, costume noir et foulard orange. Tout s'est soudain figé dans la salle. La Femme s'est avancée au milieu de ce silence et a offert un premier poème. Mes biobios ont souri : ils étaient soudain spectateurs d'un BIP - Brigade d'Intervention Poétique - eux qui avaient, à deux reprises depuis le début de l'année, pratiqué cet exercice, les mains tremblantes - M'dame, on n'y arrivera pas! - le coeur battant et le regard lumineux - Quand est-ce qu'on recommence?

Puis ce fut au tour de l'Homme de s'avancer, fixant mes élèves un à un avec les vers d'un poème de Francis Combes qui leur correspondait si bien. 

Vous les tomates qui n’avez jamais vu la terre
Vous les poissons qui n’avez jamais vu la mer
Vous les salades qui poussez dans l’eau et la fibre de verre
Vous les saumons qui n’avez jamais remonté de rivière
Et n’avez pas connu la joie d’étinceler dans l’écume
     et la lumière
Vous les poulets élevés en batterie qui n’avez jamais connu
     l’air libre
Jamais vu le soleil, jamais couru dans l’herbe
Vous les bananes, vous les avocats, vous les melons
Prématurés arrachés à votre famille et mis à mûrir
     loin de chez vous
Dans des hangars sous des rayons
Vous les crevettes qui n’avez jamais fréquenté les grands
     fonds
Et ne connaissez que l’eau du robinet
Vous tous, produits conditionnés de la grande distribution,

Révoltez-vous !
Rompez les rangs !
Formez un syndicat et faites valoir vos revendications !
Refusez d’être enfermés, déportés, calibrés !
Refusez le dopage, refusez de vous faire piquer
     et regonfler
À coups d’hormones, d’OGM et d’anabolisants !
Dénoncez les cadences infernales !
Réclamez ce qui vous est dû, exigez d’avoir le temps
Et les moyens d’une vraie formation initiale !
À bas l’esclavage moderne !
Luttez pour votre dignité !
Pour des conditions de vie et de travail normales !
Faites la grève pour vous offrir
Des vacances à la mer
Un voyage auprès des vôtres en Espagne
Une randonnée sportive dans un torrent écossais
Un séjour, tous frais payés, dans une mer profonde
Au large d’une plage du Sénégal.
Exigez le temps de vivre, de grandir et de mûrir.
Et soyez certains que nous autres les humains
Nous serons solidaires de votre combat. 

Parvenu au dernier vers, l'Homme leur a demandé : et vous, vous connaissez des poèmes?
Ca a fusé de tous les coins, chacun prenant le relai du précédent, le torse bombé : Oui, M'sieur, nous aussi, on a fait des BIP ! La première fois avec des Fables ! La deuxième avec La terre qui ne voulait plus tourner de Françoise du Chaxel !
La Femme : vous nous en récitez un ?
Toutes les têtes, sauf une, sont rentrées dans les épaules comme autant de tortues apeurées : euh, non, on s'en souvient plus. C'est dommage, on ne peut même pas vous les lire ! Ils sont tous dans le premier cahier de français, là on vient de commencer le second. Vous auriez dû venir la semaine dernière !
Dans cette joyeuse débandade, S. qui a toujours le regard pétillant malgré tous les sales coups que la vie lui a réservés, S. a dit : moi, je me souviens des premiers vers. Et elle s'est lancée, seule, avec audace :

 

Elle tournait, tournait, tournait,

Depuis des siècles la Terre

Tournait sur elle-même
Comme une danseuse

Tournait autour du soleil

Comme une amoureuse

 

Soudain un, puis deux puis trois l'ont rejointe dans un murmure surgi des tréfonds de leur mémoire


Sans bruit, sans histoire

Si paisible, si polie

Si fière, si forte
Si douce, Si docile
Si rassurante

 

Le choeur s'est peu à peu agrandi. La rumeur jaillie de la terre a pris de l'ampleur. Ce n'était plus quatre mais vingt-deux voix qui se dressaient en un même rythme 

 
Pendant ce temps
Les hommes

Défrichent
Creusent
Gaspillent
Incendient
Mutilent
Se font la guerre
Puis la négligent

 

De les voir tous emportés par un même élan poétique, je vous promets que chacun des poils de mon corps s'est dressé. Appelons cela la chair de poule mais ça ne dira pas l'émotion qui fut la mienne. La Femme et l'Homme les regardaient abasourdis.

 

S’intéressent à la Lune

La trouvent
Trop grise
Trop laide

Trop froide
Reviennent sur Terre
Se font la guerre

Dévastent les forêts

Bouleversent les marées

Détournent les rivières

Epuisent le sol
Souillent les fleuves

Enfument le ciel
Se font la guerre
Font n’importe quoi

En font tant

Que la Terre se fâche

S’agite
Gronde
Menace
Hurle par ses tempêtes

Crache par ses volcans

Déchaîne ses océans

Puis un jour
S’arrête
Silencieuse
Immobile

Nous les avons applaudis, ils se sont applaudis, tout étonnés de ce qu'ils venaient de faire. Nous venions d'assister à une insurrection poétique...

mercredi, 04 mars 2015

Effréné

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Photo de Moucheron
Entre Vauville et Goury

Entre terre et mer
Le vent échevelé
sénestre et dextre
persévère
vers et revers
s'empresse
véhément svelte
et pêle-mêle
redresse mes pensées .

 

samedi, 03 janvier 2015

Dragon dénué

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Hokusai, Dragon dans les nuées,
Musée Guimet, Photo Thierry Ollivier

Griffes effarouchées,
Corps rétracté dans la nuit,
Dragon, qu’as-tu vu ?

samedi, 05 juillet 2014

Florilège

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L'année est sur le point de se refermer. Les cours sont terminés, les bilans des projets rédigés, mon casier vidé; les murs de ma salle, après avoir été dénudés pour le Brevet, sont à nouveau recouverts d'affiches. Reste le projet Littoral Littéraire. J'attends que M. ait fini de corriger ses copies de Bac pour que nous puissions y consacrer un peu de temps. Au moins finaliser le travail autour de Trouville. Pour me faire patienter, elle m'envoie des perles de copies qui ont planché sur Crépuscule de Victor Hugo:

Version hommage aux grands hommes

En ce qui concerne Victor Hugo né en 1802 et malheureusement mort en 1885 on peut dire qu’il est à l’âme de la littérature française avec tous le respect que j’ai pour les autres grands poètes/écrivains.

Version Raubin des bois  

Victor Hugo est un auteur du XIXe siècle très connut pour ces oeuvres tel que « Les Misérables » ou « Aubin dès l’Aube »…. 

Version passé compliqué et accent circonflexe

Il perdît beaucoup de proche dont sa fille, ce qui l’affectât énormément, mais il gardit la tête haute et devînt un grand hômme politique. Il remportât plusieurs prix et écrit plusieurs textes ayant beaucoup de succès comme « Les misérables » ou bien encore « Quasimodo ».

Version vitaminée

« C’est le mois où les fraises sont mûres » rend une image positif car les fraises rends de bonne humeur grâce à sa couleur…

Version travaux pratiques

De plus l’utilisation de l’expression « Lèvre, cherche la bouche » l’auteur veux nous montrer, nous explique comment faire. 

Version vie mode d'emploi
« Lèvre, cherche la bouche » fait référence au bisous sur la bouche que font deux personnes en couples, puis « Aimez-vous ! La nuit tombe ! » fait référence a ce que font deux personnes en couple le soir dans le lit. Victor Hugo fait aussi référence a la grossesse de la femme : « aimez-vous ! C’est le mois où les fraises sont mûres » car lorsque des femmes sont enceintes elles ont une envie particulière de manger des fraises.

Version perverse (ou altruiste ?)

La tombe, elle, n’est plus apte d’aimer, elle jette son dévolu sur la petite herbe pour qu’elle profite de sa vie.

Sont-ce ces mêmes lycéens qui ont posté à l'issue de l'épreuve -ô combien douloureuse- des twits rageurs, conseillant à Victor Hugo de fumer son brin d'herbe ou de se le carrer dans le séant?
Penser à faire découvrir à mes collégiens l'année prochaines Les Misérables...

 

dimanche, 26 janvier 2014

Littoral littéraire (1)

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Je trouve enfin le temps d'une escale sur mes îles. Leur espace limité et l'intimité de leur géographie me permettent de souffler un peu. Faut dire que depuis plusieurs jours, semaines, je longe avec une collègue  la côte normande du Tréport au Mont-Saint-Michel en des aller-retours incessants. Nous nous sommes lancées dans un projet baptisé Littoral littéraire pour le plaisir de rapprocher deux mots qui pourraient offrir l'illusion d'une étymologie commune. Il est démesuré. Inévitablement, nous finirons par demander à nos inspecteurs de nous accorder une année pour nous y consacrer pleinement.
Nous voulons répertorier les textes du XIXème jusqu'à nos jours qui évoquent la dite côte pour en établir une carte virtuelle: nous placerons là des dunes blanches et grises, ici des chanes et des siffle-vent. Nous inventerons des courants de dérives et juste après la marée haute, la mer déposera ses laisses.
En attendant nous avons déposé nos bagages dans une première ville: Alexandre Dumas, dans sa correspondance, cède à la facilité d'y voir un trou paumé. Trouville, donc. Nous y avons trouvé Pierre et Jean, Un coeur simple, les roches noires et La mer écrite. Rangés côte à côte en un inattendu barrage contre la Manche: Maupassant, Flaubert, Proust et Duras.
Je lance un S.O.S aux passants sur ces îles: qui avons-nous oublié qui viendrait compléter ce quadriptyque?

dimanche, 12 janvier 2014

Envie de rimer en -nelle

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En ce premier mois de l'année, l'arbre se laisse désengourdir par le flux précoce d'une sève remontante. S'imposent à lui des effluves de citronnelle et primprenelle. A la fin du jour, dans la solitude des champs, se demande-t-il, l'arbre, quel aurait été son destin au bout d'une venelle?

lundi, 23 décembre 2013

Lune diurne

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Photo de Flore

Sur ma route, ce matin, j'ai croisé une lune diurne. Elle avait entendu dire que les nuits s'étaient mises à rétrécir. L'espace lui a soudain semblé étroit. Elle a débordé sur le jour naissant.

samedi, 21 décembre 2013

Solstice d'hiver

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Aujourd'hui solstice d'hiver.
Les arbres, désoeuvrés, contemplent leur nudité dans l'eau. En ce jour le plus court, savent-ils que leur reflet est compté?  Une dernière fois.

jeudi, 19 décembre 2013

Le livre des questions (2)

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Pourquoi les vers à soie
vivent-ils si déguenillés?
Pablo Neruda

lundi, 16 décembre 2013

Le livre des questions

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"Quel est l'outil le plus tranchant? La hachette qui écourte un rêve? Ou bien la faux qui ouvre le chemin à un autre rêve?"
Pablo Néruda

samedi, 07 décembre 2013

Rolihlahla Mandela

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Rolihlahla Mandela s'est éteint avant-hier. Depuis hier, tout le monde  souffle sur le feu de sa mémoire. De tout ce que j'ai lu et entendu, je veux déposer sur mes îles deux braises: le poème Invictus de William Ernest Henley dans lequel "celui qui vient poser des problèmes" a puisé, dit-on, sa force à Robben Island:

Out of the night that covers me,         
Black as the pit from pole to pole,        
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

... et l'hommage de Christiane Taubira qui se referme sur ces phrases:

"J'ai envie de me réconforter moi-même, de me consoler. Et je me dis, quoiqu'il arrive, le monde qui a donné naissance à Rolihlahla "celui qui vient poser des problèmes" et n'a pu l'empêcher de devenir Madiba, malgré, malgré tant et tout, ce monde ne sombrera plus jamais dans l'ignoble et l'horreur. Mais je sais qu'en ce moment même, je me mens. Alors, désemparée, avec Pablo Neruda je cède:


"Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée
Si je pouvais m'arracher les yeux et les manger
Je le ferais pour ta voix d'oranger endeuillé
Et pour ta poésie qui jaillit en criant
Parce que pour toi poussent les écoles
Et les hérissons s'envolent vers le ciel"

Repose en paix, Madiba. Nos cœurs, ton linceul."

samedi, 30 novembre 2013

B.N.F.

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De lundi à mercredi, je suis devenue un rat de bibliothèque. De luxe. La bibliothèque, pas le rat. Trois jours de colloque à la B.N.F., trois jours dérapés du quotidien, trois jours pour s'interroger sur les métamorphoses du texte et de l'image à l'heure du numérique.
Obligation était faite chaque matin d'être à l'Ouest pour cause de rénovation de l'entrée Est. Descente entre la Tour des Lois et celle des Nombres.

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Le temps de l'escalator du descalator, laisser le regard glisser le long des pins qui ne s'étonnent plus de la Tour des Lettres, toujours d'équerre.

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Une fois à l'intérieur, emprunter le chemin le plus court et longer le cloître par la Galerie Sud. La moquette orange absorbe le bruit des pas pressés. Les conversations se feutrent, elles-aussi. Passer devant Astérix et Matthew Barney, tous deux endormis encore à cette heure. Traverser le pont-levis drapé de cotte de mailles et entrer dans le Grand Auditorium.

Le soir, sortir du Grand Auditorium et préférer la Galerie Nord, plus propice à la lenteur. Laisser la mémoire vive se délasser et s'étirer avant de rejoindre la cacophonie de la ville aux heures de pointe. Y déplier les plis et replis de la journée.
 

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A main gauche, les derniers habitués du lieu, un oeil sur leur in-folio et l'autre sur leur I-pad: ils profitent de quelques minutes encore de connexion wifi.
A main droite, le cloître maintenant immergé dans les ténèbres. Le long de la galerie, des lutrins -on appréciera au passage le désir de l'architecte de pousser la métaphore religieuse jusque dans ce recoin-là- nomment les essences des arbres que le regard ne distingue plus. Les pins du matin en deviennent sylvestres. "Urbains" aurait été plus juste. Déracinés de la forêt de Bord -à deux enjambées de la Biquetterie- depuis un presque quart de siècle. Leur canopée devait surplomber toutes les autres. Ré-enracinés là. Enfouis entre les Tours des Lois, des Nombres, des Lettres et des Temps. Leur arrive-t-il certains soirs de laisser monter quelque mélancolie en place et lieu de leur sève?

Le temps de l'escalator, les saluer d'une tendresse toute particulière. 

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jeudi, 24 octobre 2013

Patience

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Patient, patience,
Patience dans l’azur!
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr!
Paul Valéry

En me levant ce jeudi matin, j'avais la ferme intention, avant de filer sur Paris, d'aller lire les textes de mes biobios, un itinéraire d'une carte du réel à une carte de l'imaginaire et le passage de l'une à l'autre sous une voie ferrée. L'intention s'est évaporée quand je me suis souvenue que justement nous étions jeudi: à mon retour, il ne me serait plus possible d'écouter Hubert Reeves parler de son dernier essai Là où croît le péril... croît aussi ce qui sauve dans La Grande Librairie du 17 octobre. J'ai bu chacune de ses paroles. Une pensée humaniste et poétique. Science et patience.
Face à lui d'Ormesson, imbuvable.

vendredi, 04 octobre 2013

L'impensable

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Hier je me suis dépensée
Aujourd'hui je pense
Demain je me dispenserai
Un jour je me disperserai

lundi, 09 septembre 2013

Suspension (1)

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Les corps circassiens
dans l'instant de suspension
oublient la gravité

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jeudi, 22 août 2013

Eucalyptique.

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Paul Celan.
Jusqu'à cet été, je n'avais rien lu de lui. Occulté. Ignorant même que c'était un survivant des décombres de la Shoah; arbre écorcé; ignorant même comment prononcer son nom. Celan. Célan.
Paupière décillée avec Leçons de solfège et de piano de Pascal Quignard.

"Celan celant.
Paul Celan est un poète qui se voulut hermétique en raison d'un séisme apocalyptique. Trois voiles épais, telles étaient les tentures prophétiques qui entouraient le tabernacle et le soustrayaient à la vue des fidèles. Paul Antschel sous le voile de Paul Aurel puis sous le voile de Paul Ancel puis sous le voile de Paul Celan. Paul Celan conçut son ultime pseudonyme à cette fin. Celan est celui qui écrit: "La bouteille qui est jetée à la mer contenant quelque chose qui a été écrit à l'encre sur un morceau de papier doit  nécessairement être hermétiquement bouchée." Elle flotte ainsi: parce qu'elle est célée. Ni l'eau externe ni les larmes ne la délavent. Ce scel est une part du poème. C'est ainsi que le poème prouve que la langue, dans son fond, appelle.
Une invocabilité erre en amont des langues naturelles, beaucoup plus profonde que leur sens."

Réapparu dans 7 femmes de Lydie Salvayre à côté d'Ingeborg Bachman: "fille d'un homme qui s'est résolument rangé du côté de Hitler, elle aime un poète juif qui a échappé aux camps d'extermination où ses deux parents moururent."

"En janvier 1948, elle rencontre Paul Celan. (...)
Il a vingt-sept ans, elle en a vingt et un.
Il écrit pour elle le poème "Corona" qui sera publié dans sa version définitive en 1952, dans le recueil Pavot et mémoire:
nous nous regardons,
nous nous disons l'obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous
dormons comme un vin dans les coquillages,

comme la mer dans le rai sanglant de la lune.
Leur lien, qui restera jusqu'à la fin nécessaire à leur vie, à leur oeuvre, viendra buter sur mille impasses et mille incompréhensions. Mais ni leur fardeau de silence, ni les secrets ensevelis dans le fond de leur coeur, ni les questions imprononcées dont ils traquent les réponses sur la bouche de l'autre, ni le poids terrible dans leur vie des mécomptes de l'Histoire, n'auront raison de leur obscur amour."

La semaine dernière, j'ai renouvelé mon abonnement Médiapart. Un article venait d'être mis en ligne. A travers le miroir brisé de l'après-guerre allemand: Paul Celan. Je l'ai lu, étonnée de le trouver même là. Des mots universitaires qui n'osent effleurer le poète. Compte-rendu d'un livre qui vient de paraître. Ai eu envie de relire les mots, ceux de Quignard, ceux de Salvayre. Ai entrouvert aussi Renverse du souffle.

Engholztag unter
netznervigem Himmelblatt. Durch
grosszellige Leerstunden klettert, im Regen,
der schwarzblaue, der
Gedankenkäfer.

Tierblütige Worte
drängen sich seine Fühler.

Jour d'aubier sous
une feuille nervurée. Par
des heures vides à grandes cellules grimpe, sous la pluie,
beau-noir, le
scarabée de pensée.

Des mots à sang animal
se poussent devant ses antennes.

mercredi, 07 août 2013

Bal(l)ade

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Il est des signes que je ne connais que trop. Il suffit de me remettre sur des chemins de randonnées -d'autant plus après une période d'autoroutisme- pour qu'ils apparaissent. Ce matin, ça n'a pas manqué: le fourmillement dans les pieds qui remonte jusqu'au sommet de la tête, les injonctions de mon cerveau qui me tirent sans ménagement de ce qui aurait dû être un pénultième rêve. J'ai cédé à l'impatience collective, ai ouvert un oeil et ai scruté le velux à la recherche d'un premier éclat de jour qui forcerait le réverbère à s'éteindre. Vous ne vous seriez pas un peu plantés? Il fait encore nuit noire. En même temps, j'espère moi-aussi que c'est déjà l'heure -la dernière de la nuit- celle d'aller faire couler un café, de griller des tranches de pain, de les recouvrir de purée d'amande, de remettre les semelles dans les chaussures puis d'aller réveiller M. Au programme du jour, Saoû-Roche Colombe, en passant par la Poupoune et le pas de l'Echelette.
Hier, c'était Piegros la Clastre - la chapelle St Médard, en passant par le pas du Faucon. Là-haut, la Drôme s'offrait à 360°. J'avais tenté de photographier la niche de St Médard pendant que M. élevait un cairn en signe de notre passage. Nous avions eu chaud lors de la montée et la cymbalisation incessante des cigales avait agacé ma descente.

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Après tout, ce pouvait être une bonne idée de partir encore plus tôt, aujourd'hui. J'ai fait confiance à mon instinct et ai descendu les marches de pierre. La pendule de la cuisine indiquait 5h15. Nous partirions donc avec le lever du jour, déjouant ainsi les plus chaudes heures. Comblée, je suis même allée voir ce que la météo concoctait comme record de canicule. La journée était estampillée "alerte orange" avec sa cohorte d'orages et d'averses qui annulait toute possibilité de randonnée.
Moi et ma tasse de café, nous nous sommes demandées comment employer ce temps libéré. Elle ne m'a pas proposé d'aller me recoucher, je lui ai suggéré de finir la lecture de 7 femmes -marcher et lire sont deux des cinq plus grands plaisirs de ma vie: Emily Brontë, Virginia Woolf et Ingeborg Bachmann. Trois autres vies sans concession et un usage salvayrien de la parenthèse qui me réconcilierait presque avec ce caractère typographique auquel je préfère le double tiret: elle y précède son récit, s'excuse bientôt pour la digression.
A 7h30, la dernière page de 7 femmes tournée, j'étais dans une nouvelle impatience: l'ouverture de la librairie de Crest. Il me fallait poursuivre au plus vite ma lecture par un roman de Lydie Salvayre ou de l'une des 7. C'était une bibliothèque entière qui venait de s'ouvrir à moi et août n'avait déjà plus assez de jours pour la parcourir.

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A 9h30, j'ai franchi le seuil de La Balançoire tout en me demandant si son enseigne répondait à quelque désir poétique ou économique. Côté littérature jeunesse, c'était l'heure de l'éveil musical: trois loupiots assis à même le sol cymbalisaient sous le regard attendri de leurs parents. Le tympan à nouveau malmené, j'ai sorti des rayons Hymne de Lydie Salvayre et Orlando de Virginia Woolf. Je n'ai rien trouvé d'Ingeborg Bachman; j'ai évité la frustration malgré tout avec un recueil de Paul Celan, Renverse du souffle.
L'alerte orange peut maintenant prendre son temps...

samedi, 03 août 2013

Galvanisée

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Quand je descends chez mon frangin à Lyon, j'ai toujours l'espérance que cette fois-ci on aura le temps de, qu'il aura laissé un espace pour. Aller visiter le site gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal. A chaque fois, c'est le même scenario recommencé: le temps file, l'espace se remplit sans qu'on fasse le détour. De là à le soupçonner de tout mettre en oeuvre pour ne pas y aller, il y a un pas que je franchis allègrement.
Du coup, hier matin, nous avons quitté la Biquetterie à une heure où le soleil n'était pas assez perspicace pour éclairer le premier essai d'enduit effectué la veille sur la façade; nous avons laissé Zic et sa portée comme uniques gardiens du lieu et avons filé. A10 -se réjouir d'avancer sur un périphérique parisien fluide alors que la Pythie futée avait classé la journée orange- A7 -passer devant Lyon sans s'arrêter, nous y reviendrions le soir- A6 -goulot d'étranglement, 5km de bouchons, s'échapper par les départementales. A 15h, nous y étions. Le mistral soufflait sur la canicule, l'attisait et le Rhône chaotait entre ses deux rives. Même si nous n'avions pas eu ce projet, nous aurions trouvé refuge dans le musée antique.

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L'antique climatisé y dialoguait avec des objets de notre quotidien. Biennale internationale design St Etienne 2013 oblige. Des rapprochements qui appellent l'interrogation: dans deux millénaires, mon Mac, à côté de quoi se retrouvera-t-il?

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à suivre par manque de temps: mon frangin a prévu un programme bien chargé pour ce jour. Pourtant, le risque que je lui propose d'aller à St-Romain-en-Gal n'est plus...

jeudi, 01 août 2013

Autoroutisme

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Retour de Poitiers par l'A10 puis l'A28. Montée de la façade ouest. Après Tours, la circulation devient fluide, mes pensées un peu moins. Champ de blé divisé. Ca file droit sans anicroche. On regrette de n'avoir pas eu le courage d'emprunter le réseau des départementales. Le regard cherche malgré tout l'accroche d'un détail dans le paysage uniforme. Sur l'asphalte, des traces noires dessinent un rythme sinusal. On se dit que l'électrocardiogramme sur la bande d'arrêt d'urgence est celui d'un type mort. Se concentrer sur les deux voies. Faire abstraction de la marge.
Demain, descente de la façade est, par l'A6. Lyon puis Crest...

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mercredi, 24 juillet 2013

Y a-t-il une vie avant la mort?

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Je m'échappe pour quelques jours pictaviens. Je ne peux me résoudre à suspendre un écriteau "en vacances" qui donnerait à ce lieu un air de désolation en plus des herbes grillées par la chaleur. Je dépose sur mes rivages quelque "barroco", à la fois roche granitique et pierre irrégulière, un article du Philosophie Magazine, la rencontre de deux hommes qui, l'un et l'autre, nourrissent mon corps et mes esprits, Pierre Rabbhi et Michel Onfray. Jubilatoire!

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mardi, 23 juillet 2013

Place de l'abbé Herluin

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La façade était propre à charmer l'oeil du touriste à la recherche d'espaces figés: suspensions de fleurs en coton et balustre en hallebardes pour tenir loin le bec du volatile qui se méprendrait.

09:00 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : bec hellouin |  Facebook |

dimanche, 12 mai 2013

Incertitude

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Contraint de voir la vie en rose, le réverbère, à l'heure du crépuscule, réussira-t-il à broyer du noir en quelque rêve amer?

vendredi, 19 avril 2013

De bruit et de silence

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Ce matin, la caresse solaire a salué un symposium de la canopée. Les narcissi pseudonarcissi, eux, somnolaient encore dans la torpeur de leur parfum.

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jeudi, 18 avril 2013

Se mouiller

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Durcet, 13 avril
Ce jour-là, un panneau n'a pas suffi à faire le printemps. Le bitume imbibé continuait sa folle histoire avec les nuages, rivalité de teinte.

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Encapuchonnés, godassés, nous avons été quelques courageux à affronter le chemin des poètes de stèle en stèle. Les poètes auraient dû lire leur texte, étape après étape. Ils ont préféré ne pas se mouiller ou alors juste du bout du pied...

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P.S.: Tenancier de Biloba, si tu passes par là...
1. Il me faudrait indiquer sous les deux dernières photos, le nom des poètes.
2. Aurais-tu une photo de la stèle portant le poème Mathématique?

lundi, 11 mars 2013

Aujourd'hui blanc.

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Rome, le 4 mars

347/366
Le vent des Açores
a rencontré ce matin
un vent scandinave.

- La biquetterie est recouverte de "blanc"...
- Mets tes hauts et tes bas
et file bosser!

jeudi, 28 février 2013

Aujourd'hui froid.

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Le vent de l'est* souffle,
L'araignée a déserté
Ses fils éphémères.

* : personne ne semble avoir pensé à nommer les vents normands. Si j'avais vécu dans les Cévennes, mon vent de l'est se serait appelé agueil ou aiguolas. Quant à Homère, il l'aurait appelé Euros.

lundi, 14 janvier 2013

Aujourd'hui transparences.

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La vitre effacée
dédouble le monde-
effare le soleil.

vendredi, 04 janvier 2013

Aujourd'hui le plus petit des petits riens.

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Photo de Moucheron

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Les lacets de mer
de vides en liés -
signent l'infini.

lundi, 17 décembre 2012

Aujourd'hui un pli.

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L'ombre se déplie.
Atteindra-t-elle le saule
Avant la nuit?