Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 01 novembre 2017

Trotteuse

les 3 diables.jpg

Nice, octobre 2017

quand je suis arrivée à Nice vendredi
les aiguilles de l'horloge du cours Saleya
indiquaient midi
pourtant il était dix-sept heures
quand je suis partie de Nice lundi
les aiguilles de l'horloge sur le quai de la gare
indiquaient midi
pourtant il était onze heures
entre ces deux pendules suspendues
au milieu du jour
qui se fichaient éperdument
du passage à l'heure d'hiver
quatre-vingt-dix-huit ans
l'anniversaire de ma grand-mère
née à l'autre bout du vingtième siècle
à Bône anciennement Hippone aujourd'hui Annaba
elle porte sur ses épaules
sa peau comme un châle de soie fine
a le verbe fleuri sans fioriture
mélange de français et judéo-arabe
peut soudain s'absenter de table
pour aller sur l'autre rive
de la Méditerranée
de sa mémoire

attraper une image indélébile
de sa mère morte à trente-quatre ans
et à son retour dire
entre deux rides
entre deux rires
vivons chaque seconde intensément
les heures se chargeront du reste

gare nice.jpg

mardi, 14 juin 2016

Bleus

bleus.jpg

© Pili Vazquez

Maugrebleu foutrebleu
quand le ciel cessera-t-il
d'être incontinent en continu
de griser l'azur et l'horizon
en une teinte monochrome
je veux une zone bleue
que dis-je

un continent de bleus
givrés et fumée
électriques et céruléens

pastel et indigo
de midi et  de minuit

que se canardent de bleu
mes heures et mes lunes
oui je veux me mettre
bleue coeur et corps



08:00 Publié dans MOTS ITINÉRANTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bleu, pluie |  Facebook |

dimanche, 29 mai 2016

Comment ça va, Démocratie ?

démocratie.jpg

En cadre, Lille, mai 2016

Mon morveux s'est frotté hier au concours Sciences PO. Trois épreuves, sous une chaleur moite, dans des amphis bondés. Le matin, la Question Contemporaine ouvrait les festivités : "La démocratie est-elle la force du peuple ?" Vous avez trois heures pour traiter ce sujet. Vous placerez le mot "démocratie" devant son miroir étymologique et lui demanderez comment ça va.
Pendant que mon fils philosophait, moi j'ai déambulé dans les rues, les parcs et les jardins de Lille toute la journée. Cela dit en passant, cette ville aux mille reflets est définitivement extraordinaire. Je n'y ai pas vu une seule fois la pancarte "Pelouse interdite". Les Lillois investissent tous les espaces verts comme s'ils se trouvaient en leur propre jardin.
En fin de journée, rincée d'avoir tant marché, je trouve quand même la force de faire un crochet par le Musée des Beaux Arts.

musée des beaux arts de lille.jpg

En reflet, Lille, mai 2016

Le parvis est noir de gens debout, tous là pour une manifestation sportive. A l'intérieur du Musée, peu de monde, la fraicheur et le calme. Les salles ont été conçues comme les jardins publics. Au centre de chacune, de grands poufs sur lesquels on peut s'asseoir pour prendre vraiment le temps de dialoguer avec une oeuvre. J'en ai même vu certains s'y abandonner pour une sieste.
A l'étage m'attend une surprise de taille : le fameux diptyque de Goya, Les jeunes et Les vieilles. Par quels détours ces deux tableaux avaient-ils pu se retrouver dans le Grand Nord ? Par textos interposés, P., grande spécialiste ès choses espagnoles, met fin à mes interrogations en me rappelant la présence espagnole dans les Flandres qui aurait même laissé des traces dans le patois des gens du nord.
Allez savoir pourquoi mais tout en regardant Les vieilles, j'ai repensé à la question contemporaine sur laquelle avait planché mon morveux. Et à l'arrière plan, Cronos prêt à passer un bon coup de balai... Démocratie chargée de vingt-six siècles, comment ça va ?

DSCN1060.jpg

Le temps, dit les vieilles, Goya

lundi, 02 mai 2016

Terres de paroles 2016

pique nique 1.jpg

Terres de Paroles 2016, c'est fini pour cette année. J'aurais aimé avoir le temps d'écrire après chaque spectacle mais les journées ont été si pleines et les nuits si courtes que je n'ai pas réussi. Seuls Invisible sous la lumière et Juste avant que tu ouvres les yeux ont eu droit à leur billet. Il me reste la possibilité d'un inventaire pour tenter de rattraper tout le reste. Intitulons-le Souvenirs indélébiles et plaçons-y des fragments selon une chronologie approximative.

Souvenirs indélébiles

Eu, à la frontière de la Normandie
Entre les lignes de Tiago Rodrigues : un prisonnier du centre pénitencier de Lisbonne écrit à sa mère entre les vers de L'Oedipe Roi de Sophocle. Et ce retournement : ne plus dire "que peuvent encore apporter les tragédies grecques à notre monde" mais "notre monde est-il encore digne des tragédies grecques ?". 
Rouen,
Prix Terres de Paroles : Une forêt d'arbres creux d'Antoine Choplin et Jecroisenunseuldieu de Stephano Massimi
Le son du cor, les sons des corps sur scène, Au temps où les Arabes dansaient, des gens heureux et la roue qui tourne
Lecture à voix haute d'Antigone à Kandahar de Joydeep Roy-Bhattacharya. Deux lecteurs sur scène, un homme et une femme en jupe courte qui donne chair à cette jeune femme en burqa, venue chercher son frère tué dans une offensive lancée par les Américains.
Les tragédies grecques, encore une fois, les dieux de l'Olympe réduit à un seul dieu et les hommes qui se tuent au nom d'un hybris qui n'a pas changé depuis l'antiquité
Lillebonne, au coeur du théâtre Gallo-Romain
Pique-nique littéraire : on s'assied dans l'orchestra, sur des nappes, entre les lignes de Sur la lecture de Proust. Et on passe commande.

IMG_6615-2.jpg

© Pili Vazquez

Au menu, deux mises en voix et un plat de paroles. Je concède à ma nappée un texte local, Retour à Yvetot d'Annie Ernaux contre un plus lointain La route de Los Angeles de John Fante. Quant au texte de Lydie Salvayre, Quelques conseils utiles aux élèves huissiers, il fait l'unanimité.

pique nique 2.jpg

© Pili Vazquez

Après le repas, sieste littéraire. De transat à transat, Annie me lit Mémé de Philippe Torreton. A quand remonte la dernière fois où on m'a offert une aussi longue lecture ? Je me love dans ce moment comme on redescend en enfance.

pique nique littéraire.jpg

© Pili Vazquez

La journée et le festival prennent fin avec une dernière lecture à haute voix, Palmyre de Paul Veyne. Palmyre, la détruite, l'effacée, Palmyre qui était pourtant classée au Patrimoine Mondial de l'Humanité, Palmyre renaît le temps de quelques pages dans les ruines du théâtre gallo-romain.

pique nique 4.jpg

 

mercredi, 13 avril 2016

Correspondance

poirier.jpg

Hier, le ciel a lâché prise. Il a abandonné en quelques heures tous les résidus d'hiver qu'il avait entreposés, alors qu'il pensait réussir à les contenir jusqu'à l'année prochaine. Ca a commencé par un orage d'une force telle qu'il a nettoyé les trottoirs et les chaussées indistinctement, a décollé l'affiche et sa Défense absolue de stationner devant cette grande porte, a contraint les passantes à attendre que ça se calme sous un porche, sous une verrière devenue caisse de résonance. Quand cela enfin s'est tu, on pensait qu'il en avait fini, le ciel. Mais non, du stock, il en avait encore. De la belle grêle et des grêlons gros comme des balles de pingpong sans options rebond qui s'aplatissaient au sol comme des boules de neiges mal tassées. Le plus étonnant dans toute cette agitation, c'était l'impassibilité du poirier deux fois centenaire dont les branches n'avaient jamais connu de ligne droite. Il semblait trouver son calme dans les plis et les replis de son bois. 
Tard dans la nuit, c'était déjà le lendemain, des éclairs déchiraient encore la ligne d'horizon.
Ce matin, à la première lueur, c'en était d'autant plus étonnant, cette certitude du bleu revenue. C'est cet instant qu'a choisi le cerisier pour ouvrir sa première fleur. Et moi qui avais craint, alors que j'étais à Barcelone et sous les orangers en fleurs et en fruits, qu'il n'attendît pas mon retour pour se couvrir de blanc.

cerisier.jpg

lundi, 26 octobre 2015

Effarement

phare du bout du monde.jpg

Pointe des Minimes, premier soir d'automne passé à l'heure d'hiver.

Nous cheminons lentement le long du rivage. M. glane ce que la mer a délaissé, huitres et galets portant fossiles. Immobile, je laisse un dernier fil de soleil étendre mon ombre loin derrière moi, totem noir sur pierres de craie.

A l'intérieur, c'est flux et reflux d'une impression insolite : quelque chose relie ma bobine de vie à ce lieu.

Impression d'autant plus étonnante que depuis la nuit de mes temps, à la question d'où viens-tu, je reste sans mots et cache mon é-motivité par un détournement. Je ne viens de nulle part. Née à Paris, mon enfance a été brinquebalée à l'Ouest -Bordeaux, La Rochelle, Auch- trop rapidement pour pouvoir s'enraciner, trop prestement pour espérer s'ancrer. Elle s'est définitivement échouée dans une banlieue à l'ouest de Paris, prétentieuse et hautaine.

M., moi et mon sentiment d'appartenance longeons la côte jusqu'à la première plage. Là un bistrot a des allures de bout du monde. Ce n'est pas encore tout à fait le moment de l'apéro sous l'heure d'hiver. Nous nous adaptons en commandant gaufre et martini.

Sur le chemin du retour, dans une pénombre distraite par la pleine lune, le phare est notre repère.

p.jpg

 

mardi, 20 octobre 2015

Sabotage

4792455_3_92b6_erri-de-luca-lors-de-son-proces-pour_d81736df685d756face8d53ad48ea55c.jpg
Erri de Luca ©Marco Bertorello, AFP

Lundi 19 octobre, Erri de Luca a été relaxé par la justice italienne. Le Parquet avait requis huit mois ferme contre lui pour "incitation au sabotage" du percement d’un tunnel de 57 kilomètres pour le futur TGV Lyon-Turin.
Avant que la cour ne se retire pour délibérer, l'écrivain a répété qu'il considérait le verbe saboter comme noble et démocratique, qu'il défendait l’origine du mot dans son sens le plus efficace et le plus vaste : "Je suis prêt à subir une condamnation pénale pour son emploi, mais non pas à laisser censurer ou réduire ma langue italienne. »
En lisant cela hier soir dans Le Monde, j'ai entendu pour la première fois le mot "sabotage". Je veux dire par là que son étymologie m'a soudain sauté aux yeux. Sabotage vient de sabot ! Quel chemin de traverse le mot avait-il emprunté pour passer d'un sens premier "fabrication des sabots" à celui d'action de saboter un travail ? Suis allée fouiller dans mes dicos : ils passent tous d'une définition à l'autre, allègrement, sans explication aucune. La langue aplanie, domestiquée. Exit sa fougue qui, un jour, a imposé au mot un nouveau tournant. Désagréable impression de me retrouver les deux pieds dans le même sabot. C'est ainsi chaussée que je suis allée voir Mustang de Deniz Gamze Ergüven. Magnifique histoire de sabotage là aussi : celui d'une société patriarcale qui voudrait imposer sa loi à cinq fougueuses soeurs.
Ce matin, dès le réveil, pieds nus sur la tomette froide, j'ai repris ma recherche et ai déniché un extrait du passage d'Erri de Luca à La Grande Librairie, le 9 avril 2015, pour son livre Parole contraire.  Il rend au mot "sabotage" ses lettres nobles et démocratiques : au début de l'époque industrielle, les ouvriers employés dans des usines textiles avaient jeté dans les machines leurs sabots par solidarité avec leurs collègues expulsés par la mécanisation.
Je vous laisse en sa compagnie. Moi, je m'en vais dans ma journée, chaussée de deux sabots, autant dire de deux sabotages potentiels...


 

 

 

 

dimanche, 02 août 2015

Pied à pied

yport.jpg

La photo ci-dessus est un panoramique vertical, expérimental et involontaire. Quelque trace d'une journée sur la côte normande : aile d'Icare survolant la pierre de sélénite. Le titre pourrait être "perdre pied" ou " d'arrache-pied ".
La photo ci-dessous se nomme " autoportrait en pied beau ".

Ste marguerite.jpg

dimanche, 26 juillet 2015

Ver à vers

P1110124.jpg

" L’écriture vient des provocations auxquelles la vie nous soumet, mais parfois, plus simplement, il s’agit de répondre à des contraintes plus amicalement posées." Claude Vercey

Sur l'avers d'une tige de noyer un ver sait
qu'il va tracer sans tergiverser un verset :
quelque rêverie sans balises, veine inversée
vertige des seaux de rouille en une rue déversés ;
il se sent prêt à désarchiver des versets
qui glaçaient sous la laine pour en faire des vers, eh !

lundi, 20 juillet 2015

Fil à fil

fils.jpg

 

les fils de mes pensées
cousus de rouge de blanc
s'entremêlent

ç
a se tord et retord
retorses torsions
ne tenir qu'au fil de l'eau


 

11:22 Publié dans MOTS ITINÉRANTS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fil, dw. |  Facebook |

dimanche, 28 juin 2015

L'avoir dans l'os

P1100932.jpg

Athènes, mai 2015

Nos cédilles et nos censures
nos cénures et nos cérambyx
nos certainement et nos cependant
nos cessez-le-feu et nos c'est-à-dire
innocemment
nous croyons partir en noces
ostensiblement
nous partons en os

samedi, 15 mars 2014

LATENT

latent.JPG

Chercher mentalement l'étymologie des mots en écoutant quelqu'un me parler: candida -du latin candidus,a,um "blanc"- albicans -du latin albus, a, um "blanc"...

mercredi, 12 mars 2014

LUCILINE

DSC_9612.jpg

Photo de Bernard

Se raconter des histoires éphémères en regardant les nuages, un soir de tempête.

lundi, 10 mars 2014

DANTESQUE

P1090571.jpg

Regarder mon ombre démesurée rivaliser avec celle d'un arbre.

mercredi, 05 mars 2014

CLAIRURE

chantier.jpg

Ne croyez pas ce qui est écrit sur la palissade. Les Îles Indigo ne sont pas en chantier, c'est sa tenancière qui s'absente quelques jours. Prenez l'interdiction cerclée de rouge comme une invitation à pousser les tôles - elles ne sont pas jointes entre elles- à entrer et à prendre vos aises. Je laisse sur une table un ancien billet: le chantier des chantiers.

Tout idée de titre me faisant défaut, j'ai ouvert le Littré, j'ai lancé une requête vide: il m'a proposé clairure.

mercredi, 05 février 2014

Canopé(e)

canopé(e).jpg

Photo de Bernard

Pourquoi faut-il donc que les ministres de l'Éducation Nationale aient l'impression de laisser leur empreinte en remplaçant un acronyme par un autre?
Quand j'ai commencé à enseigner, on disait CNDP ou CRDP. Je savais même ce qui se cachait derrière chacune des lettres: Centre National / Régional de Documentation Pédagogique. Un jour cette appellation labellisée a été remplacée. Le CNDP est mort, vive le SCÉRÉN! Je n'ai pas joué ma curieuse, j'ai accepté cette étrange entité comme on rentre dans son vocabulaire un néologisme. Si je devais retenir tous les mots qui composent les acronymes inventés à tour de bras par ma hiérarchie, ma mémoire se retrouverait encombrée inutilement de pacotilles éphémères.
Voilà que depuis le début de la semaine, le SCÉRÉN est mort! Du coup, je suis allée voir ce qui se cachait derrière chaque lettre. Bon, d'accord, c'était un acronyme fourre-tout donc loupé: Services Culture, Éditions, Ressources pour l'Éducation Nationale.
"LE SCÉRÉN [CNDP-CRDP] DEVIENT LE RÉSEAU CANOPÉ." C'est comme ça que c'est affiché sur la palissade de chantier du site. Mais laissez-moi deviner: CANOPÉ, CANOPÉ? Serait-ce Culture et Alphabétisation Numériques Orthographées Pour l'Éducation? Alors il manque un N à la fin parce que jusquà preuve du contraire, notre pays bénéficie encore d'une Éducation Nationale! A moins que notre ministre actuel ait voulu se démarquer de ses prédécesseurs en abandonnant la mode de l'acronyme. Dans ce cas, il manque un E parce que la canopée, ça s'écrit -ée à la fin!
Ca me turlupinait cette histoire depuis deux trois jours;  du coup, je suis passée de l'autre côté de la palissade pour voir ce qui s'y préparait. J'y ai trouvé la vidéo d'un ver de terre lumineux rampant sur l'humus, surplombée de la définition du mot Canopée -bingo!- et d'un texte digne de la série Mad Men: "Un nom qui inspire la vitalité, la spontanéité, la complémentarité." 

Par tous les dieux siégeant à l'étage sommital de la forêt tropicale humide et qui abrite la majorité des espèces y vivant, ça leur coûtait quoi d'écrire CANOPÉ avec un E?

Sur ce, je retourne sur mon littoral littéraire: depuis hier y souffle une tempête si décoiffante et débarbante qu'elle amasse des nuages à la canopée sans nul doute inspiratrice pour les vagues à lames.

mercredi, 01 janvier 2014

Quatorze

quatorze.jpg

J'ai soulevé l'écorce espérant y déloger quelque idée-force mais l'exercice, cette année, est retorse et va devoir accepter quelque entorse.
Après les années partouze et baise, quatorze est orphelin de rime: une vraie terre vierge...
Je nous souhaite des embrassements et des embrasements, des croisées de chemins et d'ogives,
Que nous ne finissions pas cette année en disant ça ne rime à rien.

vendredi, 08 novembre 2013

Vortex, Compagnie Non Nova

vortex113_credit-jean-luc-beaujault.jpg

VORTEX n.m. lat. vortex, icis m. Tourbillon creux qui apparaît dans un fluide en écoulement

Vortex, Compagnie Non Nova, Cirque Théâtre d'Elbeuf, du 7 au 9 novembre 2013
La scène est encerclée de ventilateurs. A un point du cercle, un être, énorme, difforme, tout de noir vêtu, affublé des signes distinctifs de l'homme invisible -chapeau et bandelettes sur le visage- se tient à genoux; toute son attention est accaparée par des sacs en plastique, de ceux qu'on ne vous donne plus que rarement à la caisse des supermarchés: il les découpe avec minutie, agence les morceaux. De là où je suis assise, les morceaux assemblés deviennent des marionnettes étêtées au phallus démesuré. Une fois l'ouvrage fini, il lance  les sacs au centre du cercle tourmenté par les souffles. Les plastiques restent quelques secondes avachis avant de se gonfler, de prendre forme et vie: c'est soudain un ballet insoumis d'êtres légers qui cherchent la verticalité et l'ayant atteinte regagnent le sol aussitôt.
Puis l'être se débarrasse, s'extrait de ses couches: il abandonne aux vents sa mue noire avant d'entreprendre avec elle une danse érotique, un combat, la scène devient arène. Il se vide de boyaux en plastique et d'un gigantesque placenta qui cherchent à leur tour la verticalité. L'être difforme se volatilise d'enveloppe de substitution en enveloppe de substitution et la peau apparaît enfin, celle d'une femme.
Un spectacle qui a imprimé pour longtemps la rétine de ma mémoire.

spec_32_visuel.jpg

dimanche, 20 octobre 2013

Effaçade

P1090223.jpg

Regarder la brouette lourde des travaux de façade et se dire qu'il n'est plus possible d'effacer son contenu à la déchetterie. Il y a dans ces capucines quelque chose du lotus surgi d'un étang boueux.

dimanche, 06 octobre 2013

Ignorance

P1090040.jpg

Je ne sais pas de ces deux branches laquelle atteindra la première le bord droit du cadre.

dimanche, 29 septembre 2013

Poussière d'étoile

poussière d'étoile.jpg

Ce matin, en préparant mes cours pour les Biobios, j'ai recherché sur la toile un texte d'Hubert Reeves, Terre planète bleue. De fil en touche de clavier, je suis tombée sur une conférence de l'astro-physicien. Il y avait encore de la place dans l'amphi, je m'y suis assise et je l'ai écouté de bout en bout.
Ce n'était pas vraiment une conférence -les intervenants y sont trop souvent cérémonieux et sententieux- mais plutôt une bal(l)ade pétillante au milieu des interrogations métaphysiques de Woody Allen: Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Que mangeons-nous ce soir? Dans une demi-pénombre -de celles qu'apporte le début de la nuit et qui rendent à la parole sa densité, - il nous a menés de la 1ère poussière d'étoile à la peut-être extinction de notre espèce. Juste avant que la lumière ne soit à nouveau, il a conclu par ces mots: " L’important ce n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé".
En quittant l'amphi, j'ai repensé au documentaire de Patricio Guzman, Nostalgie de la lumière.

 

mercredi, 25 septembre 2013

Le dévouement du suspect X, Keigo Higashino

le devouement du suspect x.jpg

Je ne suis pas lectrice de polars. Il m'est, certes, arrivé d'excursionner* dans les romans de Fred Vargas, il m'est même arrivé de me laisser séduire puis de me lasser tout aussi vite.
Le dévouement du suspect X de Keigo Higashino: ce polar-là fera exception. Je me suis laissée happer et en suis ressortie époustouflée. Je ne me lancerai dans aucun résumé inutile. Juste vous dire que sa clef de voûte est dans cette interrogation récurrente: "Est-il plus difficile de chercher la solution d'un problème que de vérifier sa solution ?"
D'ailleurs, la lecture de ce roman m'a confrontée à un problème auquel je me suis déjà cognée en lisant des auteurs russes. Dès qu'un personnage réapparaît après une absence de quelques pages,je lui demande, tu es qui toi, déjà? A chaque fois, je prends la mesure de mon indécence et m'excuse par un affligeant expédient, que vos noms à mémoriser sont difficiles. Peut-être les éditeurs pourraient-ils prévoir, à l'usage de lecteurs aussi consternants que moi,  des didascalies de personnages au seuil de ces romans. Quelqu'un aurait-il l'obligeance de vérifier que je tiens bien là la solution de mon problème?

*Excursionner: cela n'est même pas un néologisme. Proposé par mon morveux alors que je cherchais un synonyme de "faire une excursion", je l'ai trouvé à la page 991 de mon Petit Robert. Il est rangé dans la catégorie vieilli. Je viens de le rajeunir.

mercredi, 11 septembre 2013

Suspension (3)

tomates de colgar.jpg

Ce matin, j'ai suspendu de leurs fonctions les tomates de Ramallet. Elles avaient fini de recueillir l'été. Le temps était venu de les faire passer à l'étape suivante.
Cette variété-là, c'est la tenancière d'Espaces, instants qui me les avait fait découvrir, sur son île abreuvée de soleil. Elle m'avait envoyé des graines pour tenter l'expérience dans ma région imbibée d'eau. Plus tard dans l'année, en mars, elle m'avait donné des nouvelles de ses semis. Moi, ce même mois, je regardais la neige s'acharner à gommer le jardin.
Malgré un printemps qui se prenait pour un 2ème automne, nous avions lancé des semis, fin avril, alors que Zic mettait bas. J'ai déménagé les pieds en pleine terre enrichie de compost, fin mai. Je les ai abondamment arrosés en guise d'encouragement. Le soir-même, Colo m'écrivait: "rappelle-toi que ces tomates à pendre sont moins soiffardes que les autres sortes de la famille. Bon, contre la pluie on ne peut rien, mais ne les arrose pas trop en été sinon elles attrapent des taches noires et pourrissent." Le lendemain, il pleuvait à seau.
L'été s'est engagé, chaud contre toute attente. Les pieds, ceux de Ramallet et tous les autres, ont donné des fruits. Entre temps, nous avions égaré le papier désignant les variétés sur chaque butte. Les tomates de Ramallet devaient être cueillies au moment où le vert accepte de lâcher prise alors que les autres devaient être menées à maturité. Colo est venue à mon aide en glissant une photo de sa dernière récolte -sic- dans un mail:des tomates à foison et en abondance, du vert au rosé.
Ce matin, j'ai cueilli ma première et modeste récolte. M. l'a suspendue dans la cuisine. Ainsi, le matin, entre café et tartines,je la regarderai sécher. L'hiver venu, les tomates laisseront les jours d'été remonter à la surface.

tomates de colgar 2.jpg

mardi, 10 septembre 2013

Suspension (2)

trampoline.jpg

Suspendus aux ressorts, les rubans de wax s'offrent à l'étreinte du vent avant qu'au-dessus ne recommence le grand chambardement.

lundi, 09 septembre 2013

Suspension (1)

P1090087.jpg


Les corps circassiens
dans l'instant de suspension
oublient la gravité

1085341_580630478646062_1482555997_n.jpg


dimanche, 01 septembre 2013

Couvercle

couvercle.jpg

Hier matin, ma morveuse est partie s'installer à Rouen. Les années-lycée sont derrière elle depuis peu.  Droit devant: une chambre d'étudiante, la fac de médecine et son impatience .
Une ultime fois, nous avons fait le tour de la biquetterie -avers et revers de chaque pièce-  pour trouver ce qu'elle aurait oublié d'emporter: housse de couette, bouilloire et rapeur manuel -ici les ustensiles sont rarement electro-ménagers!- indispensable pour les carottes rapées. Lui trouver dans la journée une théière. Essentiel pour soutenir les longues journées et nuits qui l'attendent. En profiter pour la lui apporter le lendemain avec les légumes des Hauts Prés.
On a pris un café et un jus d'orange avant que. La veille, j'avais laissé le couvercle sur la table au lieu de le ranger sous l'évier; celui qui couvre et qui fait passoire. Le moment était sans doute venu. En moi, ça se marrait bien. La scène de la montre dans Pulp fiction de Tarentino venait de faire une irruption impromptue et décalée. Bien que.
Ce couvercle, ma grand-mère en avait fait l'acquisition en 1957 à son arrivée en France. Elle venait de quitter définitivement Tunis et la Goulette avec ses six enfants pour rejoindre Aulnay-sous-bois et mon grand-père qui avait, le premier, fait la traversée quelques mois auparavant. Comme beaucoup d'autres familles juives et tunisiennes en cette année-là, ils avaient choisi la nationalité française et l'exil.
Ce couvercle, ma grand-mère l'a donné à ma mère, bientôt mariée et déjà enceinte de la tenancière de ces îles, en 1968, alors qu'elle s'installait dans une autre rue mais toujours à Aulnay-sous-bois. Cette année-là, l'ordre familial avait été quelque peu chahuté.
Ce couvercle, ma mère me l'a donné en 1990 alors que je partais enfin m'installer dans une chambre de bonne au-dessus des toits de Paris. Cette année-là, j'ai fait bouillir mon eau au-dessus d'une unique plaque électrique et le thé avait une saveur nouvelle. Les toilettes étaient à la turque et communes à tous les paliers du 7ème étage. Il ne fallait pas oublier le rouleau de papier rose avant d'y aller.
En un mot, a conclu ma morveuse, tu es en train de me dire que tu m'autorises à le prendre même si tu y tiens beaucoup!
Ce couvercle, je l'ai donc transmis, hier, samedi 31 août 2013, à ma fille alors qu'elle partait s'installer dans sa chambre d'étudiante. Cette année-là, je lui souhaite de la vivre pleinement. Qu'elle ose aller vers elle et pour elle. Pour son bien et pour son bonheur.

Ma morveuse vient d'appeler: quand je passerai la voir tout à l'heure, je dois absolument penser à lui ramener ses romans Le passage et Le choeur des femmes, oubliés dans sa chambre...
 

samedi, 17 août 2013

Biotope

biquetterie.jpg

Cette photo est la preuve indéniable que je n'ai pas tenu mes résolutions. Celle de ne pas céder à la tentation de lancer de nouveaux travaux dans la biquetterie.
Nous y avions déjà suffisamment consacré de temps cette année. A partir d'une simple idée lancée par M. à la fin d'un repas même pas arrosé, début décembre -métamorphoser les derniers combles en chambre avec vue sur les coteaux de la Seine et le lever de soleil, le tout applaudi par quatre morveux enthousiastes- nous avions passé un trimestre à trimer, à aller-retourner à la déchetterie, à gratter les poutres -nous avions alors découvert sur l'une d'entre elles, à un endroit inaccessible jusque-là, un coeur gravé suivi de Hannah, le nom de ma morveuse- à isoler, à poser du parquet et du lambris, à désespérer d'en voir le bout, à se relancer, à lancer un S.O.S. à l'Ours pour qu'il conçoive deux marches. En février, les combles étaient devenus une chambre et je clamais haut et fort à qui voulait m'entendre qu'on ne m'y reprendrait plus avant les calendes grecques.
L'été est arrivé et avec lui les calendes romaines, celles de juillet et d'août. Je suis allée et venue, à l'Ouest et à l'Est. Entre deux voyages, je me suis reposée dans le hamac. Me suis dit que je ne me dédirais pas si je lançais l'idée de reprendre des travaux mais cette fois-ci à l'extérieur. Nous avons lancé un chantier coopératif -entendez par là que nous avons appelé les copains pour savoir qui nous filerait un coup de main- avons monté l'échafaudage, avons décrépité la façade, nettoyé les pierres et les briques, sommes allés saluer à nouveau la déchetterie; O. et A. se sont associés pour réaliser le nouveau crépis -l'un à l'eau et l'autre à la poudre; A s'est transformé en cariatide hilare, le pot de crépis sur la tête et moi sur le sommet de l'escabeau cherchant à atteindre les dernières pierres sous la toiture. M. a passé d'une main de maître l'éponge sur le tout.
Ce matin, au réveil, les pierres blanchies accrochaient les rayons de soleil. Quant aux trois quarts encore noircis de la façade, nous nous en occuperons, avant que les pluies diluviennes et le brouillard continu ne refassent leur apparition.

vendredi, 19 juillet 2013

Ursinesque

P1080857.jpg

« La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. »
Gustave Flaubert, Emma Bovary

Si nous trouvions, cher Gustave, des mélodies capables d'entraîner les ours dans des danses improbables, les étoiles -petite et grande ourses- abandonneraient un peu de leur superbe au-dessus de nos têtes.

mercredi, 10 avril 2013

Buzz

P1080346.jpg
L'Atlas Punitions

Buzz: de l'anglais buzz "bourdonnement, brouhaha" ou "coup de fil"
Rumeur créée pour faire parler de soi.

Quelle est donc cette épidémie qui touche tous les collégiens et quelques inconscients de la salle des profs? Ces derniers jours, il suffit qu'une situation ou une parole soit jugée grotesque par les individus susnommés pour qu'ils se mettent à imposer à leur main une étrange gymnastique: ils replient l'annulaire et le majeur vers la paume, tendent le pouce, l'auriculaire et l'index puis montent le tout vers l'oreille. Dans le même temps ils infligent à leur visage une grimace d'ahurissement puis disent "non mais allô quoi". Demandez-leur d'où vient ce tic soudain et collectif. Ils vous parleront avec mépris d'une poupée siliconée et écervelée. Fabula acta est.

samedi, 06 avril 2013

Obscène

P1080509.jpg

Obscène: du latin ob scaenam, ce qui est devant la scène, par conséquent, ce qui n'est pas sur la scène offert aux regards.
Est-ce pour cela que, lorsque l'obscénité se retrouve propulsée sous les projecteurs, elle est toujours accompagnée d'un théâtralité bruyante?