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samedi, 21 mars 2020

Aux confins de soi (4)

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Le confinement ralentit et aiguise mon regard. Il apprend à se poser sur le cerisier et à demeurer à l'extrémité d'une de ses branches.
Hier, j'ai écouté Le journal de confinement  de Wadji Mouawad. Mon regard s'en trouve transformé, un peu plus encore. L'arbre, dans mon jardin, est confiné. Depuis seize ans, l'arbre est confiné dans mon jardin ; moi, depuis seize ans, je suis allée et venue. Aujourd'hui, nous sommes face à face. Lui immobile, moi, immobilisée. Mon regard sur lui.
Sur fond de ciel laiteux, ce matin, sa première fleur s'est ouverte. Plus imprudente, plus curieuse que toutes les autres. Autour d'elle, l'inhabituel silence des choses humaines et la présence décuplée des mésanges.
Sait-elle qu'il y a quatre ans, cet événement s'était produit un 13 avril ?
Sur les confins d'une autre terre, la première fleur de ton pêcher. Au début du mois, nous l'avions déconfiné de quelques mètres.

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© Pili Vazquez

mardi, 13 novembre 2018

Mi-rage

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elles étaient nombreuses
encore la semaine dernière

serrées les unes contre les autres
houppelande contre les frimas de la nuit
houppe balayée par le vent d'est
hop hop hop
ce matin elle est la dernière
réceptacle solaire

tenant à un fil à la branche
je dirais bien qu'elle est courageuse
mais tu me répondrais
que les feuilles n'ont pas de courage
pourtant je t'assure
qu'à tendre ainsi son cou
elle est un mirage doré

jeudi, 13 avril 2017

Faire le poirier

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Mesurer la croissance de mon cerisier sur une année est si simple. Attraper comme repère le câble électrique au-dessus de lui. L'espace de l'un à l'autre de moins en moins vide.

Mais prendre la démesure de ton poirier ! Suivre du regard la courbe de son tronc, se perdre dans ses ramifications, poursuivre dans un labyrinthe de murmures, de souffles, sens dessus dessous, découvrir ici la douceur nouvelle d'un pli et d'un repli, là une complicité qui n'y était pas l'année dernière, pas encore, m'en emplir comme les feuilles tout là-haut réchauffent leur lignes de chance, lignes de vie à la lumière.

10:38 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poirier, cerisier |  Facebook |

mercredi, 13 avril 2016

Correspondance

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Hier, le ciel a lâché prise. Il a abandonné en quelques heures tous les résidus d'hiver qu'il avait entreposés, alors qu'il pensait réussir à les contenir jusqu'à l'année prochaine. Ca a commencé par un orage d'une force telle qu'il a nettoyé les trottoirs et les chaussées indistinctement, a décollé l'affiche et sa Défense absolue de stationner devant cette grande porte, a contraint les passantes à attendre que ça se calme sous un porche, sous une verrière devenue caisse de résonance. Quand cela enfin s'est tu, on pensait qu'il en avait fini, le ciel. Mais non, du stock, il en avait encore. De la belle grêle et des grêlons gros comme des balles de pingpong sans options rebond qui s'aplatissaient au sol comme des boules de neiges mal tassées. Le plus étonnant dans toute cette agitation, c'était l'impassibilité du poirier deux fois centenaire dont les branches n'avaient jamais connu de ligne droite. Il semblait trouver son calme dans les plis et les replis de son bois. 
Tard dans la nuit, c'était déjà le lendemain, des éclairs déchiraient encore la ligne d'horizon.
Ce matin, à la première lueur, c'en était d'autant plus étonnant, cette certitude du bleu revenue. C'est cet instant qu'a choisi le cerisier pour ouvrir sa première fleur. Et moi qui avais craint, alors que j'étais à Barcelone et sous les orangers en fleurs et en fruits, qu'il n'attendît pas mon retour pour se couvrir de blanc.

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