19 octobre 2008
RIRE EST LE PROPRE DE L'HOMME

Je reviens d'une drôle de rencontre où l'on parla de Babeth 1ère, de Riton IV et de Poléon. D'aucuns appellent cela une conférence. Jugez par vous-même. Mettez à une même table, certes imposante, dans une salle, certes dite de conférence, une Dame pétrie d'humanisme et une réincarnation Brueghelo-Dumassienne, dixit la Dame à ses côtés. La Dame se nomme Béatrice Fontanel et derrière la double réincarnation se cache Ours gris. Laissez-leur le temps de conférer -l'une l'oeil pétillant et le verbe humble, l'autre hilare et le poil hirsute- et vous obtiendrez un échange truculent autant dire rabelaisien.
Ces deux-là étaient venus nous parler de leur Histoire de France dessinée pas encore -à peine?- sortie chez Gallimard. L'Histoire avec sa grande hache, ils s'y étaient déjà frottés avec Riton IV et Babeth 1ère. Et moi à les entendre parler, j'ai regretté de ne pas avoir qu'une poignée d'années au compteur. Le Monde, j'aurais aimé le rencontrer par le biais de leurs plumes et miquets. De -750 à 1968, double page après double page, il leur a fallu sélectionner des tranches de saucisson (1), réincarner des événements pétrifiés par leur célébrité sans céder à la tentation de seulement les resucer pour les recracher ensuite, trouver dans cette matière odeurs et couleurs. Parce que raconter l'Histoire, cela passe aussi par l'anecdote, ils nous ont dit Saint Louis le cul par terre sous son chêne, Jules et ses rouflaquettes qui avait inscrit les noms des parents récalcitrant à l'éducation nationale sur la place publique, Charlemagne et son éléphant -était-il indien ou africain?-, la chaleur terrifiante de la Saint-Barthélémy, le froid des maisons au Moyen-Âge et la houppelande, tenue de mise pour traîner chez soi.
Lorsque vous regarderez les illustrations de l'Ours, n'oubliez pas que le moindre centimètre carré a été au préalable documenté, vérifié, digéré puis aquarellisé. A chaque fois, d'un semi-remorque plein, il a dû garder une brouette.Lorsque vous lirez les textes de la Dame, souvenez-vous que sa maxime est: il n'y a rien de plus émancipateur que d'apprendre quelque chose chaque jour. Entre la prose de l'une et les illustrations de l'autre, il est une matière que vous ne pourrez pas lire mais que peut-être vous sentirez en tournant les pages. L'Ours, à chaque expédition d'un nouveau miquet par les tuyaux d'internet direction Gallimard, s'est laissé aller à des textes défoulatoires. La Dame s'est laissée aller à dialoguer avec eux. Ils circulent actuellement sous cape ouverte à tous vents. En voici quelques passages.

Après avoir donné ses armes à César Jules , Vercingétorix est couvert de chaînes, puis il est invité a un voyage organisé vers Rome. Dans cette belle cité, il va participer au grand triomphe de Jules et pour que la fête soit complète, le même Jules le fera étrangler dans le bungalow où il était

1347 Les rats arrivent à Marseille et débarquent avec la peste dans les bagages. Le bacille va faire une tournée grandiose!
Tiguidiguidi voilà la grande peste!
Tiguidiguidi tout’l’monde râle et crêve!
Tiguidiguidi elle rentre partout!
Dans les palais dans les taudis!
Tiguidiguidi elle franchit mêm’les limites du pays!!
Allez pour vous remonter le moral faut pas oublier qu’il y a une guerre de cent ans sur le feu! Quand les pestiférés auront réchappé au bacille ils seront bons pour aller faire le soldat, ou subir les soldats.
Vercingétorix, la grande peste, les têtes coupées gaillardement au moment de la révolution parce qu'elles étaient bon marché, tout cela fait partie de notre histoire. Mais que dire alors de celle qui est encore chargée de souvenirs, de celle sur laquelle encore nous sommes assis. Dire aux enfants d'où ils viennent, cela revient à dire l'histoire de leurs arrière-pépés et arrière-mémés. A la question "par quelle illustration avez-vous commencé?", l'Ours ne cherche pas ses mots, rejette du revers de la main un begaiement: celle de la Shoah. L'illustration, je vous laisse aller la découvrir dans leur livre. De ce qu'il en dit l'Ours pour se défouler, je vous laisse le lire...
Ben moi ça me met le moral à zéro cette soirée diapo qui a commencé avec la “grande” guerre qui faisait partie des récits des grands pères et qui se termine avec l’arrivée des cousins pieds-noirs, des harkis avec leurs cabanes dans la forêt et des gros cons qui organisaient des “ratonnades”. Ce qui est coincé entre n’est pas reluisant, quel sandwich!
Une chance, les prochaines pages sont sur mai 68, les rêves ne dureront pas, d’accord, ça fera feu de paille mais le temps que le feu aura brûlé on aura vu clair…
Au moment de refermer ce billet, je m'en voudrais d'avoir parlé de tout cela sans jamais évoquer le gallicé. L'ours l'avait peintuluré mais Gallimard l'a ignoré. Qu'à cela ne tienne...

(1): la tenancière des Îles Indigo a toujours rêvé de noter mot pour mot la gouaille de l'Ours. Assise dans la salle de conférence, elle en a abusé et retranscrit ici quelques entrechoquements de mots doux à son imaginaire. (ndlr)

16:25 Publié dans Album, pensées itinérantes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fontanel, pommier, histoire de france
18 septembre 2008
TOUT UN MONDE

Des bourses crevées et des milliards réinjectés, une Edvige franco-hétéro, un ministre de l'éducation nationale et des maternelles, succursales de Pampers, c'est vrai qu'il faut de tout pour faire un monde mais gloire soit rendue à Queneau qui avait revu et corrigé cette phrase fossilisée ."C'est dégueulasse, mais il faut de tout pour faire un monde."
Ce matin, ils étaient une bonne trentaine à venir pointer à mes cours pour préparer le concours de professeurs des écoles. Alors j'ai présenté les nouveaux programmes, décharnés -leur chair chaude est ailleurs-, j'ai parlé de l'autodafé des documents d'accompagnement. Et puis j'ai sorti de mon sac l'imagier Tout un monde parce que souvent les mots, trop caressés dans le sens du poil, ne savent plus dire. Je leur ai proposé cette carte comme une invitation au voyage, une invitation à écrire.

Arnaud fut le premier à dérouler des pieds agiles pour dire son insouciance. Avec sa façon de mâchonner ses mots, j'aurais bien aimé qu'il le déclame tel un slam son texte.
L'idée d'un voyage m'a traversé
En voiture, à vélo ou à pied
Venant du nord, j'irai vers le sud
Ou bien vers l'est pour changer mes habitudes
Ca y est je pars à l'aventure
Pour la sécurité j'attache ma ceinture
Et peu importe l'endroit où j'irai
J'ai tant de choses à explorer
Je regarde à gauche puis à droite
Sur la route je m'embarque
Pour parcourir le monde de mille façons
Toujours plus loin vers l'horizon.
15:41 Publié dans Album, bal(l)ade poétique, Espace des cris, pensées itinérantes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : couprie, louchard
29 mars 2008
BILLET HOMÉOPATHIQUE (2)

Le parapluie vert
Yun Dong-jae, Kim Jae-hong
Texte français de Michèle Moreau
Didier Jeunesse
Des volatiles de mauvais augures prétendent que l'accalmie ne saurait dépasser ce jour. C'est ce que nous allons voir... Ceux-là ignorent que je continue ma danse des bâtons de pluie, ceux-là ne connaissent pas la force de mon nouvel album homéopathique Le parapluie vert, amené par la mousson coréenne. La première fois que je l'ai regardé, j'ai su que je ne possédais pas les mots pour le dire sans l'écorcher, un accroc sera donc là dans la toile.
"Yeong est en route pour l'école. Il pleut très fort ce matin-là. Juste avant d'arriver, Yeong voit un vieux mendiant assis par terre, adossé contre un mur."
Le scénario est simple: Yeong profitera de la récréation pour confier son parapluie au vieil homme qui toujours garde sa face tournée vers le sol. Peut-être dort-il, peut-être tâche-t-il d'ignorer les moqueries des gamins et les insultes de la dame qui vend les crayons et les gommes -ah que ne peut-elle gommer le vieux fou de son mur rien qu'à elle-
La mise en scène est toute en retenue. Au milieu de la grisaille d'un jour de pluie, seules Yeong de jaune vêtue et la vieille boite en fer du mendiant savent encore faire couleur. Et lorsque la petite fille vient déposer le parapluie aux pieds du vieil homme, le point de vue change. Seul le sol qui regorge de flaques d'eau est donné à voir. Dans l'une d'entre elles, un reflet vert et jaune s'approche...
Tout était dit dès la première illustration: sur le rebord d'une fenêtre, un bouquet de fleurs jaunes dans une boîte de conserve cerclée de vert.
18:39 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : parapluie vert, formule incantatoire pour que le soleil ne disparaisse pas
26 mars 2008
BILLET HOMÉOPATHIQUE
Que faire quand rien n'y fait? J'ai d'abord joué l'indifférente. Ne pas en parler, faire comme si je n'avais pas remarqué les volets battus, les carreaux larmoyants. Cela finira bien par cesser. Ne surtout rien dire. Puis j'ai changé de stratégie. Juste quelques mots à ce sujet. Oh trois fois rien. Un haïku, qu'est-ce donc? Mais, non! Rien n'y fait. Il pleut, il pleut, il pleut. Les grenouIlles, de contentement d'être depuis si longtemps à la fête, ont depuis belle lurette explosé. Les boeufs les regardent, la paupière abattue. Tout semble indiquer que si rien n'est fait, nous allons bientôt atteindre les quarante jours fatidiques. Que ce que nous vivions avant méritait bien le nom de période antédiluvienne. Alors j'ai décidé de prendre le problème à bras le corps, pas si simple, me direz-vous, dans le cas d'un fluide qui n'en fait qu'à sa tête.
Je mets donc en place une stratégie homéopathique, le mal par le mal, je vais combattre. Depuis ce matin, à chaque nouvelle averse, entre le poirier en fleurs et le compost, juste au-dessus des jeunes pousses de fèves et de roquette, je tourne et retourne deux bâtons de pluie, un dans chaque main.
A partir d'aujourd'hui, je ne vous parlerai plus que d'albums pluvieux. Le réseau est vaste et les trombes d'eau sècheront avant moi!

"Madame HÔ ne sortait jamais sans son parapluie.
Il lui servait de canne pour soutenir son dos fatigué, l’abritait du soleil, ou la protégeait de la pluie.
Parfois même, depuis la mort de son mari, il était son confident. Mais ça, Madame HÔ n’aimait pas beaucoup qu’on en parle. »
Album qui se décline sur le mode de la pudeur. Si peu est dit, si peu est montré. Tout indique qu'on est bien au Japon mais Madame HÔ se dissimule dans le hors-cadre, seuls apparaissent son bras, son chignon. Une bourrasque emporte le parapluie et le pousse haut dans le ciel. La page se fait légère, légère et devient calque. La pluie tombe soudain, de plus en plus lourde. Madame HÔ, de porte en porte, cherche le confident envolé. Elle le retrouve chez un vieil homme au doux sourire qui lui rappelle quelqu'un. Un thé chaud l'attend. Par un jeu de pages découpées -original origami en deux dimensions- leurs bols se retrouveront côte à côte et cessera la pluie.
11:05 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : parapluie vert, madame hô, pluie qui n'en fait qu'à sa tête
24 janvier 2008
LA FILLE DES BATAILLES

Le vent m’a soufflé des rumeurs à son sujet. On la dit muette, abandonnée « par une de ces épouvantables tempêtes que l’automne envoie pour annoncer l’hiver ». J’ai coupé court aux bruits, ne pas en savoir plus.
Repousser le moment de sa lecture de quelques heures encore, regarder Andréi Roublev de Tarkovski. Y rencontrer une fille muette, éphémère reine tatare, un vieux fou de dessin et son vœu de silence et un tout jeune fondeur de cloche peut-être muette elle-aussi.
Puis tourner la première page, se laisser saisir, déserter le maintenant pour le siècle du roi Soleil et l’ici pour là-bas. Mais, en matière de repères spatiaux , texte et images malmènent le lecteur, lui demandent de lâcher prise: de Vaudaran dans le Midi –et ce nom-là, l’unique nom propre de l’album, sonne trop vrai pour l’être- jusqu’au Nord, l’errance repassera toujours par l’auberge Le soleil d’or, « en un grand déménagement immobile».
Le soleil d’or, c’est là que la fille muette rejetée par la mer a trouvé tendresse et identité. Garance, c’est ainsi que se nommera la Sarrasine à la peau sombre, un nom aussi rouge que son turban. Cette couleur sera un des fils de l’album : rouge l’écharpe du Seigneur qui a jeté un dévolu obsessionnel sur elle, rouge le tambour de son fiancé Bastien, rouge sa tenue de bagnard.
Mais ce qui frappe le plus à la lecture de La fille des batailles, c’est le silence. De page en page, de tableau en tableau, des fragments de vie entrecoupés d’ellipses - la rencontre de Bastien et Garance, le lien indéfectible qui les unira au-delà de la guerre et du bagne, la perpétuelle menace du Seigneur- se déroulent. De page en page, tous les personnages sont privés de parole, pour la simple et bonne raison que le narrateur se garde bien de la leur confier. À trois reprises, le texte disparaît pour laisser place à trois illustrations en double-page : se dessinent alors les batailles de Bastien, la guerre, l'arrestation mouvementée, l'embuscade de la délivrance, en un grand tohu-bohu silencieux. Au cœur de ces morceaux de silences, les seuls bruits du texte que j’ai entendus sont les battements des cœurs du jeune tambour et de Garance.
En somme, qui est-elle, la fille des batailles ? Séraphine, qui a été conçue au beau milieu des batailles, ou sa mère qui sa vie durant a mené des batailles pour rejoindre Bastien ? Qu’importe du moment que l’album se ferme enfin sur un naufrage en carton pâte et que Séraphine, grimpée sur les planches, puisse porter la parole des sans-voix.
11:00 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
05 décembre 2007
QUESTION EXISTENTIELLE

Tant de choses à vous dire,
Trois jours durant
Montre oeil à Montreuil
Ai vu de mes yeux vu
Un cortège de plumes et de pinceaux
Desplechin et sa Pome
Sera-t-elle Verte celle-là
Place et sa Fille des batailles
Au milieux de géants et gens de la haute
Bottero, Thouard et Isayama
Même que c'est Moucheron qui me les a montrés
Sara métamorphosée par ses lectures d'Ovide
Cuvellier et Jean-Débile MOnchon et moi
Enfin, quand je dis moi ce n'est pas moi,
C'est juste que c'est dans le titre
Après trois jours à ne plus voir le jour
Et Après la lune
Seule persistait cette question
Pourquoi les chauves-souris préfèrent sortir la nuit?
21:55 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
05 novembre 2007
DE L'INVENTION DE LA DIFFÉRENCE

Didier jeunesse
Il est des textes qui ont sillonné toutes les routes, arpenté tous les chemins. Ils vous ont croisés un jour ou l’autre, inévitablement.
Celui qui a rencontré Francine Vidal et Elodie Nouhen s’était même figé en une expression : Tour de Babel !
Qu’allaient-elles bien pouvoir en faire ?
Briser la statue de sel, donner vie à ces hommes lancés dans une folle entreprise par le roi Nemrod, pièce montée entre une coiffe démesurée et un trône babélien à l’équilibre précaire .
Se jouer aussi du récit et du texte qui se décline en plusieurs langues alors même qu’il raconte qu’au tout début du monde, nous parlions tous la même langue.
Au fil des pages -la palette vert-bleu s’obscurcit irrémédiablement- les hommes sont réduits à quelques traits et placés dans les cases de la tour. Pourtant, on sent bien que tout cela n’est pas forcément tragique, que la chicane n'est qu'étape, on sourit lorsque ceux de là-haut n’ont plus une assez grande bouche pour se faire comprendre et qu’à la place du plâtre demandé, on leur envoie des pâtes.
Echec mais pas mat ! Tel est le verdict de l’Eternel, assis sur son nuage, le visage dissimulé dans le hors champ.
La verticale fourmilière humaine et polyglotte ne peut plus ainsi perdurer et l’on souffle presque lorsque le patatras de la tour enfin effondrée s’inscrit, libérateur, sur la page sombre. Il préfigure l’autre côté : dans l’horizon blanc et vide enfin dessiné, des trappes s’ouvrent qui n’ont pas attrapé les hommes fous aux alphabets désormais multiples, les hommes qui se mettent à inventer des comptines pour ne pas oublier mais aussi pour dire Amédée aux pieds ailés qui là-haut, dans le ciel, danse.
Et l’on se surprend même à penser, au moment de refermer l’album, qu’il aurait été dommage que l’humanité n’en passe pas par là…
06:55 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
19 octobre 2007
LIRE EN FÊTE

A L'Oiseau Lire, les albums -les alba?- se sont passés le mot: ce sont des jours de fêtes qui se préparent. Du coup, certains se mettent à faire de l'oeil au voisin. Ils se trouvent soudain des airs d'appartenances-nul besoin de test ADN pour s'en assurer.
Le hasard les a mis sur le même présentoir: le dernier livre de Van Allsburg, Probouditi l'hypnotisante onomatopée...

...et le dernier d'Alex Godard Le jour où la mer a disparu.

Celui-ci a perdu la tête parce que son illustrateur sera présent ce ouiquende sur les ailes de l'oiseau. Celui-là la lui a rendue!

22:20 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
04 septembre 2007
FABRIQUE À COPEAUX ET MIQUETS

Cela faisait hier la une des journaux, d'aucuns y allaient de leurs commentaires socio-politico-vido-inutilo, il y eut même des dérapages "de rigueur" dans ce qui fut dit, à peine dérapé déjà rattrapé, mais voilà, malgré tout, c'était la rentrée, sans faux-pas possibles.
"La rentrée": c'est donc que nous étions sortis mais de quel lieu? Et si nous appelions hier "la sortie" et que nous parlions d'entrée en vacances? Cela ferait débandade, là où nous sommes attendus en petits tailleurs d'heures sup'.
Toute à ces réflexions, peut-être bien vido-inutilo, j'ai pensé à deux compères, écrivains et illustrateurs qui eux ne rentraient pas car pas sortis. Chaque jour, ils remettent sur l'établi vaillamment leurs mots et images.
Alors en sortant de cette rentrée, je suis allée dans la tanière de l’un d’entre eux. Je l’ai trouvé dans sa fabrique à copeaux, nous avons parlé de Moby Dick, il m’a montré son dessin d'Ishmaël et Queequeg au chaud, sous la même couette, en train de fumer le même calumet, il m'a relu hilare le sacro-saint chapitre La chasuble.
En sortant de là, deux éditions différentes de Moby Dick sous le bras, j'ai eu envie de vous faire entrer dans le dernier album de l'ours de la tanière...

Zig et zag...
Avant de déambuler Dans l’atelier de Pépère, il est une planche-départ en guise de petit préambule : un canif y est transmis de main de grand-père à main de petit-fils. A force de passages, lame et manche ont été renouvelés. Et cette question : Est-ce toujours le même canif ?

SSkric et sskrac…
Et lorsque une histoire passe de génération en génération, est-ce toujours la même histoire ? Seuls les lutins présents de toute éternité pourraient répondre.
Crouic-crouic…
Toujours est-il que Pépère, au fond de son atelier, sous l’égide de Jean-le-vert, est un passeur d’histoires sans la grande hache, de celles inscrites dans l’aubier de ses outils de menuisier, venues de l’aube des temps, des siècles derniers ou d’outre-tombe.

Pim-Pam…
Face à Pépère, le faiseur de sciure, les fesses dans les copeaux de bois fraîchement raboté, Sylvain, le petit-fils, est tout ouïe : John Twilbil, le chercheur d’or, Salomon le tueur de Dragomir, Robin la gueule cassée, Charles le fratricide et Etienne aux ailes trop tôt brisées.

Alors, lorsque des histoires passent de génération en génération, sont-ce toujours les mêmes histoires ?
Peu m’importe ce qu’elles étaient avant et ce qu’elles deviendront, pourvu qu’elles passent. Mais je n’échangerai ma place contre aucune autre car quelle chance de les lire, l'ours, sous ta plume au verbe tantôt déchaîné tantôt pudique et tes pinceaux, mythiques faiseurs de somptueux dessins minutieux ou d’ombres chinoises!
Ours gris a fait sa rentrée sur France Culture dimanche dernier. Vous pouvez télécharger l'émission Jusqu'à la lune et retour par là.

00:25 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
05 juillet 2007
PAS PIED, PAS NIAIS

Les Doigts Niais
Olivier Douzou Natali Fortier
Editions du Rouergue
Dans ma subversothèque, j’ai rencontré un ver aux idées fixes.
Il veut passer la frontière, le ver lancé dans sa course, il veut oublier sur la page de gauche un pays désespérément marron-ocre, caillasseux.
Le ver sait ce qu'il veut, il est prêt à tout: aller à découvert, ramper, avancer sur la pointe des pieds pour passer sur la page de droite, pays où le miel ne coule peut-être pas en abondance, mais où du moins on trouve oranger, oiseau rouge et graines de tournesol ici et là.
Il est obstiné le ver, il le tourne et le contourne dans tous les sens le sol, même pas peur des Doigts Niais qui gardent la frontière.
Ceux-là, s’ils sont Niais –essaye donc de faire la ronde d’un carré de terre et des demi-tours complets- sont surtout acharnés : ils le renvoient, le ver.
Tu crois qu'il va se décourager? Il ne peut passer en dessous, il passera au-dessus, propulsé par une cuillère. Quel ver veinard! La quatrième de couverture s’en retrouve transpercée.
Le ver était peut-être sans papiers mais certainement pas pied.
05:05 Publié dans Album | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


