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vendredi, 30 juin 2017

Une femme debout

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Sam Szafran, Arborescence,
juin 2017, Chaumont-sur-Loire


Vous portiez le n° 78651
mais je veux me souvenir de vous avec votre nom
j'ai l'impression de l'avoir toujours connu
pourtant en 1975 je n'avais que six ans
lundi j'ai pensé à vous
en montrant à mes élèves Les Héritiers
vous y faites une brève apparition
sur l'écran d'un ordinateur
et je me suis demandé
ce que vous deveniez

vendredi, 23 juin 2017

Post-capilotade

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La fraicheur est enfin de retour. Après quatre jours de canicule. Quatre jours lors desquels monter deux étages pour gagner ma salle m'a semblé un défi plus surhumain que gravir l'Everest. Quatre jours à voir tomber les élèves avant les mouches. Quatre jours à espérer qu'une main bienveillante se décide à débrancher le souffle chaud en continu. Quatre jours à presque regretter de ne pas avoir choisi l'option "clim" pour ma voiture.

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Quatre jours où je me suis évaporée, corps et pensées. Seule la venue du soir me faisait battre à nouveau, coeur et mots. Heures nocturnes dans mon potager à laisser l'énergie des cucurbitacées, poivrons et haricots grimper en moi.

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mardi, 11 avril 2017

Terrassées

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© Pili Vazquez

Les verticalités du cairn et des tulipes,
de la prêle et du réverbère
la promesse de roses
et sur le wax
fourbue par la journée
le regard déposé
sur la ligne d'horizon
notre horizontalité

lundi, 24 octobre 2016

Demeurer

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Arradon, Octobre 2016

C'est le matin maintenant
je m'assieds sur le banc
entre les gouttes de la nuit
tout se reflète dans tout
le jour naissant dans l'eau
le clapotis contre les coques
dans les nuages
moment de calme intense
les bernaches sur le sable

C'est le soir maintenant
nous posons sur la pointe
nos semelles fourbues
face au silence
des nuages aspirés
par la lumière qui décline

Demeurer dans la beauté du monde
d'une frontière à l'autre de ce jour

 

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Arradon, Octobre 2016

vendredi, 16 septembre 2016

L'ombre d'un verre de vin

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Aux gens heureux on y va
pour étirer son sourire
comme on allongerait ses jambes
après un jour de fatigue
pour ralentir le temps
deux ou trois heures
le monde peut bien
s'agiter tout autour
courir à sa banqueroute
on s'y sent en terre parallèle
on s'y pose s'y dépose
à livres ouverts

et quand la coupe est vide
et quand sur la planche
il n'y a plus de pain
on pousse à la roue
pour l'ombre d'un verre de vin

mardi, 13 septembre 2016

Nouveau jour

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Factorie, Léry

Apesanteur des rêves
pas léger sur la terrasse
enivrement
de volute hier
de jasmin ce matin

je m'étire vers aujourd'hui

lundi, 22 août 2016

Epoustsoufflant

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Petite pause dans mon carnet de voyage toscan pour saluer le départ de J. avec ses deux filles...

Ce matin, tu as pris la route, bien décidée à ne pas la rendre, du moins jusqu'aux causses. Ton éclat dans tes yeux et ta fierté quand tes mains se sont enfin posées sur le volant, je les imagine. Tu as sans doute jeté un coup d'oeil par la lucarne. Derrière toi, tout un début de vie et ton esprit nomade qui a si longtemps trépigné, qui n'en pouvait plus d'être assis. Tu l'as installé entre tes deux filles. Il t'a dit ça y est tu ne rêves plus, tu t'inventes. Oui je suis sûre que ce sont les mots qu'il a employés. Derrière toi aussi, ton camion circassien. Chaque recoin a été pensé, mesuré, bricolé pendant de longs mois : les lits, la cuisine, la douche, les étagères et même les toilettes sèches.  C'est désormais un studio ambulant.

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Jusqu'à ce vieux jean que tu as dû traîner les soirs de désespérance et les matins de lumière. Il est devenu vide-poche. Tu pourras y mettre tout ce qui n'est pas essentiel et garder le reste précieusement pour toi.

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Peu de gens savent ce que c'est de tout quitter. Les amis qu'il faut saluer avant le départ, avec un rhum qui a la force de l'appel de la vie. Les souvenirs à ranger dans les albums. Lesquels prendre, lesquels laisser ?

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Malgré tout, c'est un combat ordinaire qui t'attend. Celui que tu as choisi comme une évidence. Si certains en chemin trouvent que tout cela est mauvais genre, pense à leur offrir ton sourire et la certitude qui t'a mise sur la route ce matin.

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Demain, tu ne seras pas arrivée à Florac. Parce que ton camion a déjà beaucoup vadrouillé. Parce que tu prendras le temps pour passer d'ici à là-bas. Après-demain, peut-être. Peu importe, pourvu que jour après nuit, un vent époustsouffflant te porte.
Que la route te soit douce et légère...

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jeudi, 05 mai 2016

L'après rit

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Barcelone, avril 2016

Cette photo est l'une des dernières que j'ai prises à Barcelone. Ma morveuse et moi étions retournées nous attabler au Mescladis, découvert un jour de pluie, pour écrire des cartes et tracer la cartographie des journées que nous venions de passer ensemble.
Cette photo où les bouteilles semblent traversées par un rayon d'or blanchi d'ondée, j'avais décidé alors de la déposer sur mes îles le jour où la pile de plis se serait enfin dépliée.
Reste à cartographier une terra incognita mais l'après rit.

mardi, 15 mars 2016

Pile de plis

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Empilement, Athènes, 2015

Emplie de plis
je me lève

même pas chiffonnée

je dégoupille un demi piment rouge
et file donner
la réplique à cette journée
pour lui insuffler le désir de se déplier

à l'heure des complies
juste avant le repli des pupilles
je l'estampille désopilante

samedi, 12 mars 2016

Apprenti sage

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Que la lumière soit, Athènes, 2015

Cette semaine, avec mes pioupious de 6ème, j'ai commencé une nouvelle séquence consacrée à la création et recréation du monde. J'aime ce moment-là parce qu'avant de pouvoir déposer le premier chapitre de la Genèse sur leurs tables, il faut que je déblaie, débroussaille, défriche et éclaircisse le terrain en m'adressant tout à la fois à ceux qui sont athées, à ceux qui ne sont pas de ce Dieu-là, à ceux qui vont au caté et qui parfois pensent que l'humanité a commencé comme ça, avec deux nudités au fond d'un jardin et un index divin pointant le panneau exit. Alors je retrace l'histoire de la Bible,  dont les plus vieux textes n'ont que vingt-neuf siècles et que nous ne possédons plus. Je parle des traductions de ce best-seller de l'humanité et m'offre même un détour par la légende qui accompagne La Septante : soixante-douze sages invités par Ptolémée II sur l'île de Pharos pour traduire la Bible en grec, chacun séparément. Ils ont rendu leurs copies au bout de soixante-douze jours, inévitablement, et elles étaient en tous points identiques, immanquablement !
Les uns et les autres, dans la salle, réagissent. C'est gros comment la Bible ? Ce n'est pas possible, ils ont triché ! Ils ont photocopié soixante et onze fois une traduction. Soudain, E. qui d'habitude se réduit au silence et règle tout avec ses deux poings, l'insulte et la provocation, me demande : c'est quoi un sage ? Fragilité de l'instant. Les yeux dans les yeux, je me suis dit : mon p'tit bonhomme, tu ne connais sans doute ce mot que sous sa version adjectif précédé d'une négation : pas sage. Je n'ai pas cherché à circonscrire le mot par une définition, je lui ai juste répondu : tu ne le sais peut-être pas, mais tu as l'étoffe d'un sage... Il m'a offert son regard étonné et aussi, pour la première fois depuis le début de l'année,  le début d'un passage de lui à moi.
Plus loin dans le cours, une fois la semaine de la création lue, d'injonction divine en injonction divine,  les uns et les autres dans la salle réagissent en mode brouhaha : en six jours, ce n'est pas possible ! Il faut plus d'un jour pour se reposer de tout ça. E. dont le nom et le prénom côte à côte sont le début d'un poème  -les deux dernières syllabes  identiques- me demande : il se repose de quoi, Dieu ? D'avoir mal aux lèvres ?
Non seulement, mon p'tit bonhomme, tu as l'étoffe d'un sage mais ta sagesse est décapante...

 

dimanche, 21 février 2016

Se tenir

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Si facilement on tient
la chandelle la plume
l’article la queue de la poêle
et même la dragée haute
si aisément on tient
tête ferme compte ou rigueur
tout en tenant son sérieux
en haleine en bride
en échec en laisse en respect
on tient aussi
et même à cœur
mais se tenir debout

 

jeudi, 31 décembre 2015

Réveillons-nous

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réveillons-nous
à la lisière de matins en liesses
oubli des minuits blancs et livides
éveillons-nous
aux partages de midis
rétrécissement de nos ombres

de nos certitudes
veillons aussi
sur nos soirs fragiles
ceux qui dans le fracas
doutent de se frayer un chemin
jusqu'à des lendemains
libres et fraternels
réveillons-nous

mardi, 20 octobre 2015

Sabotage

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Erri de Luca ©Marco Bertorello, AFP

Lundi 19 octobre, Erri de Luca a été relaxé par la justice italienne. Le Parquet avait requis huit mois ferme contre lui pour "incitation au sabotage" du percement d’un tunnel de 57 kilomètres pour le futur TGV Lyon-Turin.
Avant que la cour ne se retire pour délibérer, l'écrivain a répété qu'il considérait le verbe saboter comme noble et démocratique, qu'il défendait l’origine du mot dans son sens le plus efficace et le plus vaste : "Je suis prêt à subir une condamnation pénale pour son emploi, mais non pas à laisser censurer ou réduire ma langue italienne. »
En lisant cela hier soir dans Le Monde, j'ai entendu pour la première fois le mot "sabotage". Je veux dire par là que son étymologie m'a soudain sauté aux yeux. Sabotage vient de sabot ! Quel chemin de traverse le mot avait-il emprunté pour passer d'un sens premier "fabrication des sabots" à celui d'action de saboter un travail ? Suis allée fouiller dans mes dicos : ils passent tous d'une définition à l'autre, allègrement, sans explication aucune. La langue aplanie, domestiquée. Exit sa fougue qui, un jour, a imposé au mot un nouveau tournant. Désagréable impression de me retrouver les deux pieds dans le même sabot. C'est ainsi chaussée que je suis allée voir Mustang de Deniz Gamze Ergüven. Magnifique histoire de sabotage là aussi : celui d'une société patriarcale qui voudrait imposer sa loi à cinq fougueuses soeurs.
Ce matin, dès le réveil, pieds nus sur la tomette froide, j'ai repris ma recherche et ai déniché un extrait du passage d'Erri de Luca à La Grande Librairie, le 9 avril 2015, pour son livre Parole contraire.  Il rend au mot "sabotage" ses lettres nobles et démocratiques : au début de l'époque industrielle, les ouvriers employés dans des usines textiles avaient jeté dans les machines leurs sabots par solidarité avec leurs collègues expulsés par la mécanisation.
Je vous laisse en sa compagnie. Moi, je m'en vais dans ma journée, chaussée de deux sabots, autant dire de deux sabotages potentiels...


 

 

 

 

samedi, 21 mars 2015

Arracher la joie aux jours qui filent

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Jeudi, nous étions en plein coeur du Printemps des poètes. La journée s'ouvrait avec mes biobios et un cours consacré à la création du monde, version biblique. Entre le 5ème et le 6ème jour, la porte s'est ouverte. Un couple est entré, costume noir et foulard orange. Tout s'est soudain figé dans la salle. La Femme s'est avancée au milieu de ce silence et a offert un premier poème. Mes biobios ont souri : ils étaient soudain spectateurs d'un BIP - Brigade d'Intervention Poétique - eux qui avaient, à deux reprises depuis le début de l'année, pratiqué cet exercice, les mains tremblantes - M'dame, on n'y arrivera pas! - le coeur battant et le regard lumineux - Quand est-ce qu'on recommence?

Puis ce fut au tour de l'Homme de s'avancer, fixant mes élèves un à un avec les vers d'un poème de Francis Combes qui leur correspondait si bien. 

Vous les tomates qui n’avez jamais vu la terre
Vous les poissons qui n’avez jamais vu la mer
Vous les salades qui poussez dans l’eau et la fibre de verre
Vous les saumons qui n’avez jamais remonté de rivière
Et n’avez pas connu la joie d’étinceler dans l’écume
     et la lumière
Vous les poulets élevés en batterie qui n’avez jamais connu
     l’air libre
Jamais vu le soleil, jamais couru dans l’herbe
Vous les bananes, vous les avocats, vous les melons
Prématurés arrachés à votre famille et mis à mûrir
     loin de chez vous
Dans des hangars sous des rayons
Vous les crevettes qui n’avez jamais fréquenté les grands
     fonds
Et ne connaissez que l’eau du robinet
Vous tous, produits conditionnés de la grande distribution,

Révoltez-vous !
Rompez les rangs !
Formez un syndicat et faites valoir vos revendications !
Refusez d’être enfermés, déportés, calibrés !
Refusez le dopage, refusez de vous faire piquer
     et regonfler
À coups d’hormones, d’OGM et d’anabolisants !
Dénoncez les cadences infernales !
Réclamez ce qui vous est dû, exigez d’avoir le temps
Et les moyens d’une vraie formation initiale !
À bas l’esclavage moderne !
Luttez pour votre dignité !
Pour des conditions de vie et de travail normales !
Faites la grève pour vous offrir
Des vacances à la mer
Un voyage auprès des vôtres en Espagne
Une randonnée sportive dans un torrent écossais
Un séjour, tous frais payés, dans une mer profonde
Au large d’une plage du Sénégal.
Exigez le temps de vivre, de grandir et de mûrir.
Et soyez certains que nous autres les humains
Nous serons solidaires de votre combat. 

Parvenu au dernier vers, l'Homme leur a demandé : et vous, vous connaissez des poèmes?
Ca a fusé de tous les coins, chacun prenant le relai du précédent, le torse bombé : Oui, M'sieur, nous aussi, on a fait des BIP ! La première fois avec des Fables ! La deuxième avec La terre qui ne voulait plus tourner de Françoise du Chaxel !
La Femme : vous nous en récitez un ?
Toutes les têtes, sauf une, sont rentrées dans les épaules comme autant de tortues apeurées : euh, non, on s'en souvient plus. C'est dommage, on ne peut même pas vous les lire ! Ils sont tous dans le premier cahier de français, là on vient de commencer le second. Vous auriez dû venir la semaine dernière !
Dans cette joyeuse débandade, S. qui a toujours le regard pétillant malgré tous les sales coups que la vie lui a réservés, S. a dit : moi, je me souviens des premiers vers. Et elle s'est lancée, seule, avec audace :

 

Elle tournait, tournait, tournait,

Depuis des siècles la Terre

Tournait sur elle-même
Comme une danseuse

Tournait autour du soleil

Comme une amoureuse

 

Soudain un, puis deux puis trois l'ont rejointe dans un murmure surgi des tréfonds de leur mémoire


Sans bruit, sans histoire

Si paisible, si polie

Si fière, si forte
Si douce, Si docile
Si rassurante

 

Le choeur s'est peu à peu agrandi. La rumeur jaillie de la terre a pris de l'ampleur. Ce n'était plus quatre mais vingt-deux voix qui se dressaient en un même rythme 

 
Pendant ce temps
Les hommes

Défrichent
Creusent
Gaspillent
Incendient
Mutilent
Se font la guerre
Puis la négligent

 

De les voir tous emportés par un même élan poétique, je vous promets que chacun des poils de mon corps s'est dressé. Appelons cela la chair de poule mais ça ne dira pas l'émotion qui fut la mienne. La Femme et l'Homme les regardaient abasourdis.

 

S’intéressent à la Lune

La trouvent
Trop grise
Trop laide

Trop froide
Reviennent sur Terre
Se font la guerre

Dévastent les forêts

Bouleversent les marées

Détournent les rivières

Epuisent le sol
Souillent les fleuves

Enfument le ciel
Se font la guerre
Font n’importe quoi

En font tant

Que la Terre se fâche

S’agite
Gronde
Menace
Hurle par ses tempêtes

Crache par ses volcans

Déchaîne ses océans

Puis un jour
S’arrête
Silencieuse
Immobile

Nous les avons applaudis, ils se sont applaudis, tout étonnés de ce qu'ils venaient de faire. Nous venions d'assister à une insurrection poétique...

mercredi, 31 décembre 2014

Décalage

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Quasiment deux mois sans poser le pied sur mes îles. Deux mois aussi sans excursions sur vos blogs. Chose encore plus exceptionnelle: même le jour du solstice d'hiver n'a pas été fêté par son traditionnel billet, de ceux qui se moquent avec impertinence des festivités de fin d'année. Un automne tempétueux a fait place à l'hiver, dans le silence. Après le fracas des vagues qui ont malmené mon rivage, je reste toute étonnée. Me revient en mémoire cette phrase d'un sage japonais : "Jamais, depuis les temps anciens, personne n’a vu ni entendu dire que l’hiver s’était transformé en automne. Toujours il se transforme en printemps".

lundi, 27 octobre 2014

Rue des brumes

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Matinée de brumes
le houblon devient cimaise
d'une toile orbiculaire.

mercredi, 27 août 2014

Question de principe

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L'été dernier, nous avions fait crépiter la moitié de la façade de la Biquetterie. Nous promettant de nous y remettre avant que les jours froids ne reviennent. Promesse de cigales. L'automne, l'hiver et même le printemps sont passés sans que nous ne nous en soucions. En août, entre un retour des Cévennes et un départ vers les Cévennes, trois jours se sont imposés. Disons que j'ai tellement tanné M. que nous avons fini par ressortir l'échafaudage, les marteaux, les maillets, des gants, la chaux et le sable.
Le décrépitage d'une façade nécessite d'avoir à portée de remorque une déchèterie. En période estivale, ces lieux, en proportion de leur surface, sont tout aussi fréquentés que les plages. C'est là un va-et-vient incessant, longue procession sur la rampe d'accès aux bennes. Pour tromper le temps d'attente, on regarde. Les coffres s'ouvrir, les bâches virevolter. Que jettent donc les quidams dans des déchèteries? La logique étymologique répondrait de toute évidence: des déchets, à savoir « la quantité qui est perdue dans l'emploi d'un produit ». Détrompez-vous, d'à peine héritiers y balancent le contenu de la maison de la grand-mère qu'il faut bien vider -table, chaises, canapé, napperons, ustensiles de cuisine, boîte à couture, cadres de photos avec leurs photos, linge de maison- un apprenti jardinier qui ne possède pas de cheminée -ce qui n'est pas le cas de son voisin- y enfourne le chêne débité dans l'après-midi. En un week-end, il y aurait de quoi aménager et chauffer plusieurs logements, ne serait-ce qu'en venant se servir. Vol condamné par la loi.
Lors de notre dernier accès aux bennes, une femme a ouvert son coffre et en a sorti trois superbes grosses bonbonnes en verre -bonbonnes que je suis en mesure de nommer "dame-jeanne" après le passage d'Yves dans les commentaires. On les récupère, a lancé M. Avant qu'elles n'atterrissent dans les encombrants, avant que nous ne tombions sous le coup de la loi.
Faut préciser qu'en juillet, au festival Rêves de nuit, j'avais été subjuguée par le théâtre performance de Nico, Au coeur de la nuit: perché sur un vélo, il pédalait. Pour éclairer les loupiotes dans des dame-jeanne qui traçaient un chemin dans l'obscurité, jusqu'en contrebas, à flanc de colline. Pour éclairer l'arbre sur lequel il avait juché son vélo. A chaque tour de pédale, la chaîne grinçait et lui, remontait le long de sa mémoire, loin au-dessus de nous. Au coeur de la nuit, les souvenirs s'imposent de façon désordonnée ou bien avec une logique qu'eux-seuls connaissent. Quand son visage se crispait, on ne savait plus si c'était parce que les images qu'il réveillait étaient encore trop à fleur de peau ou parce que l'effort physique l'épuisait.
Depuis ce soir-là, je me suis mise à rêver d'un chemin de verre lumineux dans le jardin de la Biquetterie, jusqu'au cerisier de Montmorency. Pour l'instant, l'arbre est trop jeune pour supporter le poids d'un vélo et pas assez haut. Mais plus tard, j'aimerais bien y remonter le fil de mes souvenirs, au creux d'une nuit.
On les récupère, a lancé M. La femme, une dame-jeanne dans chaque main, s'apprêtait à commettre l'irréparable. Elle a suspendu son geste, nous a fixées, hautaine dans son bermuda bleu, son polo rose et ses chaussures de sport qui n'avaient pas été conçues pour s'adonner à la moindre activité sportive. Certainement pas, s'est-elle offusquée, question de principe! Joignant le geste à la parole, elle les a jetées avec assez de rage dans la benne pour qu'elles explosassent en mille éclats. J'en suis restée bouche bée. De quel principe s'agissait-il donc là?
Le gardien, après son départ, a rattrapée la dernière dame-jeanne qu'il avait placée délicatement en équilibre pour qu'elle ne s'ébréchât pas. Il nous l'a tendue, l'air malicieux. Dessus était écrit, au feutre noir, Pépère.
Depuis, elle trône, dans le jardin, entre capucines et misères. Elle attend le coeur d'une nuit.

 

vendredi, 27 juin 2014

Après la pluie

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La brume du petit matin tisse des entremêlements qui s'effaceront au grand jour. 

dimanche, 25 mai 2014

Silence et lumière

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Photo de Ma2thieu

Vendredi s'est enfin refermé un mois tellement empli qu'il a bien failli passer par dessus bord. Cela s'appelle être débordée.
Le soir, nous avons filé sur Etretat. Le soleil étreignait silencieusement la ligne d'horizon. Déferlante de lumières.

12:06 Publié dans LE SEL DE LA VIE | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : etretat |  Facebook |

jeudi, 01 mai 2014

KUDOKU

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Entendre pour la première fois le mot japonais "kudoku" et se dire que seule la fougère qui se déroule serait capable de prendre une telle position, le coude au cou.

vendredi, 25 avril 2014

That moment when

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Se balader en un voyage immobile sur deezer et découvrir que le benjamin du Trio Joubran navigue en solo et qu'Hadouk Trio est devenu un quartet.

samedi, 12 avril 2014

TRAJET

dick annegarn,vélo va

Partir chaque matin à vélo, le long de la voie verte, croiser jour après jour un vélocipède orange fluo, encapuchonné jusqu'au sourcil, écouter le dialogue entre ciel et terre -moutonnement des nuages et tourbillons de rivière- arriver au collège en même temps que le soleil.

dick annegarn,vélo va

 

dimanche, 16 mars 2014

LUNE ROUSSE

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Photo de mon morveux

S'installer aux premières loges de la biquetterie pour applaudir la lune rousse et pleine.

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Photo de Moucheron

20:35 Publié dans LE SEL DE LA VIE | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : lune |  Facebook |

samedi, 15 mars 2014

LATENT

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Chercher mentalement l'étymologie des mots en écoutant quelqu'un me parler: candida -du latin candidus,a,um "blanc"- albicans -du latin albus, a, um "blanc"...

mercredi, 12 mars 2014

LUCILINE

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Photo de Bernard

Se raconter des histoires éphémères en regardant les nuages, un soir de tempête.

lundi, 10 mars 2014

DANTESQUE

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Regarder mon ombre démesurée rivaliser avec celle d'un arbre.

jeudi, 27 février 2014

Fleurs de prunier

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S'initier au kirigami un jour de pluie et voir le printemps affleurer sur la feuille de papier.

dimanche, 23 février 2014

Indigo

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Lire cela dans les écrits de Daishonin: Tirer de l’indigo un bleu encore plus profond. Les feuilles de l’indigotier sont d’un vert qui tend légèrement vers le bleu, mais un tissu trempé plusieurs fois dans la teinture extraite de ces feuilles prendra un ton bleu foncé éclatant.
En aimer plus intimement la couleur de mes îles.

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samedi, 22 février 2014

Coïncidence

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Après une accumulation de folles journées, se lover dans un moment oublié par tout le reste et sous la couette; commencer enfin la lecture de ce phénomène littéraire: Rencontre, Mon père, Les manières, Au collège, La douleur.
Accorder à la paupière lourde son dû, refermer le livre et ouvrir la radio. Tomber très exactement sur la 29ème seconde de la 32ème minute de La dispute, au moment précis où Arnaud Laporte dit En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis...