21 octobre 2009

BOUVARD ET PECUCHET

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Après une journée passée sur les ponts -de pierre ou d'Europe et je passe sous silence les averses soudaines et à répétition- l'envie me prend de vous parler de la lecture à haute voix entendue hier soir. J'aime bien dire "haute voix" et non "voix haute". Au-delà de toute idée reçue, on pressent le livre tourneboulé, mastiqué et fait sien.
Bouvard et Pécuchet, donc, lu par Patrick Pineau et Hervé Briaux. Ces deux-là étaient comme larrons en foire sur scène. Flaubert, ils s'en étaient déjà approchés l'année dernière avec la correspondance mais là il y avait de la jubilation dans leurs mains qui se frottaient avant de repartir le long des pages.
Je n'avais pas ouvert ce livre depuis les années fac, j'en avais oublié combien il était drôle. L'avais-je seulement perçu? Bouvard et Pécuchet ou comment épuiser deux vies en des chantiers toujours recommencés. Et puis le roman qui s'achève, inachevé et nos rires frustrés de devoir en rester là. Le mot de la fin, Pineau l'a placé dans la dernière phrase d'un roman lu le matin même, écrit à la hâte sur une feuille devenue moite depuis, peut-être comme un viaduc à ce qui précédait:
"On peut tout te prendre; tes biens, tes plus belles années, l'ensemble de tes joies, et l'ensemble de tes mérites, jusqu'à ta dernière chemise -il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué."
L'attentat, Yasmina Khadra

27 juillet 2009

VENT DU SUD

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Photo de Moucheron

Il me faut quitter mes îles indigo quelques temps et rejoindre au plus vite Petite Terre. Là-bas, le roi est mort et tout dans l'air vespéral dit son chagrin. Brit, chargée d'années, m'attendra sans doute sur le rivage -peut-être l'avez-vous déjà croisée, vous aurez été marqués alors par les uh-uh qui ponctuent invariablement ses phrases. Elle ne sait pas encore qu'elle ne peut plus prétendre à plus d'éternité que le xéranthème. Elle est sans aucun doute entièrement responsable de tout ce qui se produit sur Petite Terre aujourd'hui -que pensait-elle qui pourrait se réaliser d'autre en agissant comme elle l'a fait?- sans parler du feu qui brûlera, de ceux qui demain auront aussi définitivement tourné la page. Qu'elle en soit remerciée, sans elle, ce voyage n'aurait pas lieu. Il sera là aussi, le Grand Conteur, l'air goguenard de ceux qui se réjouissent de tenir entre leurs mains des possibles à l'infini. Tantôt, il prétendra ne pas en savoir plus que ceux de Petite Terre, tantôt, il me happera hors de tout ce brouhaha pour me dévoiler le fond du décor.
J'aspire à un voyage long et tumultueux. En attendant, je laisse les loupiotes allumées et la porte entrouverte...

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Le chagrin du roi mort, Mourlevat
Gallimard jeunesse

20 avril 2009

VENT PRINTANIER

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Photo d'Anita

Ca y est les vacances de printemps sont arrivées et pour moi une grande respiration...
J'ai mis un peu d'ordre dans le jardin: les herbes adventices, communément appelées "mauvaises", ne sont toujours pas enclines cette année à quelque bonté. Je ne procède jamais à leur extermination sans avoir une pensée pour Ruines de Rome de Pierre Senges. Peut-être un jour oserai-je leur laisser le champ libre...
J'ai lavé le hamac qui, tout une saison durant, dans l'entrée de la dépendance, a ouvert sa trame aux visites catarrhales de l'hiver. Une odeur tenace qui ne pouvait s'accomoder aux premières effluves de la glycine voisine.
Il ne me restait plus qu'à trouver un livre en accord avec cette volupté, les babouches abandonnées dans l'herbe. J'ai commencé par quelques titres retenus pour le prix France Inter. Paris-Brest de Viel, Traques de Clémençon. Inspirez, expirez, ci-gît l'inavouable des familles. Du coup, j'ai enchaîné avec un roman à la couverture faux-semblant-bouton-d'or, en prétendue harmonie avec le gazon fraîchement tondu. Quand je l'ai ouvert, le seul souvenir de nature qui s'est imposé à moi a été le frais cresson bleu et des haillons d'argent dans un trou de verdure. L'homme barbelé, Béatrice Fontanel en avait parlé en octobre. J'avais hâte de voir comment son ton iconoclaste pourrait ouvrir le placard de famille et dire Ferdinand, le grand-père, héros des deux guerres et tyran domestique. A chaque tournant de page, je m'attendais à lire la boussole de mon grand-père, pièce authentique du musée familial qui lui avait permis de s'échapper des travaux forcés en Allemagne. Ceci dit, elle y parle aussi du printemps, à sa manière...
"L'almanach s'est ouvert au hasard, en mars. Le mois de l'arrestation de Ferdinand. On peut y lire les travaux du mois: Au jardin: bêcher et semer: pois, carottes, radis, fèves. (...)Au verger: tailler les arbres. Commencer le greffage, supprimer les chancres, cicatriser les blessures...
Les détenus des camp avaient souvent des furoncles qui s'infectaient, furoncles qu'ils ne savaient pas comment protéger et qui suintaient.
A la rubrique "Vie naturelle" de l'almanach est annoncé le retour de la grive et du pigeon ramier. (...) Cueillette des plantes médicinales: bourgeons des sapins, fleurs de tussilage, primevères...
Les bourgeons m'ont toujours mise mal à l'aise. Je n'ai jamais compris pourquoi tant de gens s'attendrissaient devant eux. Lorsque j'avais quatorze ans, une prof de français nous avait demandé d'écrire un poème sur le printemps. A l'époque, je connaissais peu de choses sur la Shoah. J'avais écrit en rimes bancales que le printemps puait, que les bourgeons velus et collants n'étaient que putréfaction annoncées, furoncles de saison. (...)
La semaine dernière, en travaillant à la rédaction d'un livre pour enfant sur l'histoire de France, j'ai appris que les grandes rafles entreprises un peu partout en Europe en 1942 avaient été baptisées par les nazis du nom de "Vent printanier"."
Demain, il faudra que je me trouve des lectures en adéquation avec la saison. Je pensais à la mignonne de Ronsard, mais il me semble que c'est encore une histoire qui finit mal...

Ce mardi 21 avril, le vent a soufflé sur Calais...

22 novembre 2008

BLUE NOTE

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Je suis donc allée louer le pied de biche d'Ours Gris et m'emparer du Swing des marquises. Il trônait sur les ailes de l'oiseau lire, sans fanfare ni trompette. Je suis rentrée, one-step, two-steps. Je ne l'ai pas naïvement posé sur la table, une fois m'avait suffi. Celui-là, je serai la première à le lire! La semaine s'annonçait chargée, je l'ai planqué comme prévu sous une planche du parquet -il est vrai que la tâche fut nettement facilitée par l'outil de l'Ours!
Les jours qui suivirent furent noirs de la grève engagée -était-ce la trente troisième depuis huit ans?- des colères claironnées mais rien n'y fit.  Nuits blanches et matins gris passés à lire le Swing, voici tout ce qui me restait pour égayer ces mornes moments. Dans ces pages, il y avait assez de bruits cuivrés pour oublier le pavé battu inutilement.
Il ne me reste plus qu'à entrer en Résistance...

 

 

 

09 novembre 2008

RÉSISTANCE

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Ce mois de novembre est celui du "à suivre"...
À suivre Le souffle des marquises: certaines pages du web annonçaient le 5 novembre mais toujours rien sur les rayons de L'oiseau ni même dans ses cartons. Eléonore, donc, va devoir prendre son peut-être bientôt bonheur en patience avant de pouvoir swinguer à nouveau dans les bras de Jim.

À suivre La déclaration: La résistance est bien au rendez-vous au jour dit et sa couverture -le summum du mauvais goût- aux fumeroles evanescentes, un regard surchargé de fard -celui d'Hannah?- qui transperce, même les murs de briques. Peter, -mais est-ce bien lui?- baisse la tête, tu ne fais pas le poids... Ramené triomphalement à la maison. Posé crâneusement sur la table basse. Un moment d'inattention -quelques préparations de cours vivement expédiées- et disparu. L'une et l'autre s'en sont emparé, ont organisé leurs journées en fonction. À l'aube, l'une, à peine la paupière soulevée, se propulse hors du lit, court à l'autre bout de la maison, monte à l'étage et récupère le bouquin. Puis à nouveau, descendre l'escalier, traverser la maison, se jeter sous la couette et enfin lire. L'autre n'a pas bronché et ne bronchera pas avant midi: une nuit de lecture a entamé sa résistance. Les heures critiques se situent l'après-midi, l'une a encore de l'énergie pour quelques pages et l'autre bout d'impatience pour reprendre la page interrompue. J'ai bien proposé de les départager en me mettant sur ce créneau. Mais à leurs regards -reportez-vous à la couverture, c'était quelque chose comme ça- j'ai remballé. Pour la peine, Le souffle des marquises, lorsqu'il sortira, je le planquerai sous une latte du plancher, sous mon lit!

Momentanément vaincue, j'ai proposé au fils de l'aider à préparer son autodictée. Sur son agenda, il l'avait recopiée pour combler un mercredi laissé vide. L'encre avait fui, il en avait même rajouté un peu après  la fuite pour voir l'étrange dessin que cela pourrait produire en refermant le livre des choses à faire: le sous-marin avait-il égaré sa balle dans l'Atlantique? Le monde en semblait tout tourneboulé, disparue la Méditerranée et accrochée l'Afrique à l'Europe. Sainte Thècle, l'invincible, n'avait rien pu empêcher.

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Et les deux là-bas, si je leur mettais une épingle d'uraniOmE dans leur soupe pour les booster un peu dans leur lecture..
À suivre...

05 octobre 2008

CERNE (suite)

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Notre petite vie cernée de rêves
Je l'ai ouvert et je l'ai lu. Force m'est de changer ma bobine intérieure. Prière de reprendre le billet précédent avec La fureur de vivre en projection simultanée. Donc le petit nom de la dame peu avenante sur la couverture c'est Orpha. Faut-il y voir un allusion très allusive au mythe d'Orphée? Toujours est-il qu'elle va tirer le jeune Albert des Enfers, comprenez la petite vie toute bleuie, flétrie, rabougrie de ses parents. A coups de souvenirs tirés de sa propre jeunesse, de citations de Shakespeare et Rilke, de vie rêvée en fin de compte, elle va le tirer jusqu'à l'entrée de ses propres désirs. Comme dans le mythe, une main lâchera mais ce ne sera pas pour avoir regardé derrière soi si près du but. Comme dans le mythe, la femme gagnera le séjour des morts.

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03 octobre 2008

CERNE

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Notre petite vie cernée de rêves
Il se joue tant et tant entre un titre de roman et son peut-être lecteur. Il suffit, sur fond de crise persistante, de quelques mots discernés trop rapidement pour que la rencontre ne s’engage pas bien.
Notre petite vie cernée de rêves
Celui-là avait tout pour déplaire et ma mémoire, mon inconscient et humeur du jour ont sorti les banderoles pour me le dire. Allez savoir pourquoi j’ai pensé à Un tramway nommé désir, de la noirceur en plus (!) et à Mathilda, l’humour en moins. Et ce n’est pas le regard fixe de la femme sur la couverture qui a changé la bobine de mon écran intérieur.
Qu’y a-t-il derrière ce « notre » ? Un couple désillusionné pour qui le rêve n’est plus que la trace d’une fatigue extrême qui bleuit les contours d’une vie bien rangée ? Les rêves ont-ils encore le pouvoir d’assiéger une vie aussi petite soit-elle ?
Pas envie de lui décerner mon temps. Recherchais plus de l’anti-cernes par ces temps qui courent sans reprendre leur souffle. Mais la tenancière de L’Oiseau lire ne s’est pas sentie concernée par mes réticences. Le roman, elle me l’a posée d’une main ferme sur une pile semblable à la tour de Babel juste avant que l’Eternel n’envoie tout valdinguer. Alors, je l’ai pris. Et même que pour le comité de lecture de la semaine prochaine, je l’ai ouvert…

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notre petite vie cernée de rêves
B. Wersba
Ed. Thierry Magnier

30 juillet 2008

RESTES

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 Vous est-il déjà arrivé de parcourir de l'index la tranche des livres de votre bibliothèque, tout en vous demandant ce que chacun d'entre eux avait imprimé en vous? A l'issue  de cet exercice, je me suis retrouvée au beau milieu de fragments -de situations, de personnages, de bouts de phrases ou sensations- et parfois au milieu de ces décombres, un récit est réapparu. Pour certains est juste resté indélébile le moment de sa lecture.

Vous est-il déjà arrivé au détour d'un coin de rue ou d'un visage de songer à un roman? Hier, j'ai emprunté un sentier bordé de roses trémières. Inévitablement, j'ai aussitôt pensé Au bonheur des ogres de Pennac: Môôssieur Mlaussène et sa maison de campagne envahie par les dites fleurs. Mes souvenirs de lecture sont incertains, la maison appartient-elle à Malaussène ou à sa copine? Par contre je suis sure qu'il s'agit bien de roses trémières. A l'époque, je ne savais pas à quoi cela ressemblait. Mon imagination leur avait confié un aspect farouche, quelque allure de fleurs tropicales carnivores. Il faut préciser que leur présence rendait impossible l'entrée dans le jardin après quelques mois d'absence. Des petits riens pour de longues heures de lecture: ma mémoire sélectionne et classe en suivant les règles d'un jeu qui m'est inconnu.

Inversement pour certains romans, à peine la lecture achevée, je l'aide à faire son ouvrage. De Alors partir? de Julia Billet, je veux juste graver en moi ce que l'ancien de la tribu de gitans rappellent aux siens lorsqu'ils apprennent qu'ils sont expulsés par la commune et qu'ils vont devoir reprendre la route après six années sédentaires. Peut-être parce que le terrain pour gens du voyage qui se construit, pas loin de chez moi, pour la bonne conscience d'une commune, a des grillages trop hauts. Peut-être parce que ce qui se passe en Italie à des relents de déjà vu. Peut-être parce que certains jours je me sens étrangère au monde que j'habite...

"Ils croient posséder et ils n'ont rien.  Ils détruisent la Terre, oublient leurs enfants, oublient qu'un jour tout sera pourri par la fumée, les engrais, les gaz, les voitures, leurs centrales nucléaires, leurs déchets qu''ils cachent. Ils brisent, cassent, brûlent, sans savoir qu'ils scient la branche sur laquelle nous sommes tous assis.
Nous n'avons rien, rien d'autre que notre foi, notre savoir, nos corps et nos esprits. Nos vies ensemble sont liées à jamais, depuis toujours. La Terre a donné à chacun de nos pas des pans de la sagesse qui manquent aux gadjé. Ils ne bougent pas, restent attachés à des bouts de Terre, jusqu'à croire que la propriété est un acte. Ils sont fous de leurs biens.
Nous avons collecté ces morceaux de l'humanité et nous devons les transporter toujours plus loin pour continuer à faire tourner la Terre. Ils ne savent pas que la Terre tourne parce que la marche de notre peuple la fait tourner. Nous, Gitans, Roms, Tsiganes, nous et aussi les nomades des déserts, les nomades de toute race, de toute la Terre, nous donnons son mouvement circulaire au globe par la force de nos pas..
Nos pas font rouler la Terre sur elle-même, nos pas font marcher leur monde à eux aussi.
Et ça non plus, ils ne le savent pas. Ils nous pensent inutiles, voleur et fragiles; nous sommes forts et nécessaires à leur survie.
Peut-être nous sommes-nous arrêtés depuis trop longtemps maintenant? Peut-être est-ce pour cela que la Terre ne tourne plus rond?"
Alors partir, Julia Billet, Seuil

 

 

 

26 juillet 2008

DE L'USAGE DE "DE"

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De est ce qu'on appelle une préposition. Mais si, voyons, vous aviez une petite phrase pour vous en souvenir à l'école. Vous dites? Non, ce n'est pas "mais ou et donc or ni car". Auriez-vous oublié le pauvre Adam qui fait sa valise pour Anvers? L'histoire ne racontait pas s'il y allait à pinces ou à vélo, ce qui est sûr c'est qu'il n'était pas assez fortuné pour y aller en train: à dans par pour en vers avec de sans sous.
Revenons donc à la huitième préposition de la liste. A quoi sert-elle lorsqu'elle ne permet pas à notre ancêtre d'aller boire un petite mousse chez nos voisins?
Elle peut marquer l'origine.
ex.1: Pablo vient de Colombie. Là-bas, la peau sentait le soleil et non pas le beignet inachevé.  Là-bas, on pouvait marcher dans des rues qui embaument l'ananas et la mangue. Là-bas, il a fallu marcher une nuit, dans le silence pour ne pas réveiller les bottes jaunes et s'exiler, sans papiers, la famille au grand complet, d'abuelita à la petite Rose, jusqu'à un HLM de la Courneuve.
Elle peut marquer aussi la cause.
ex.2: Pablo est blanc de peur à l'idée de devoir récupérer une poupée chez la Goule, sorcière aux ongles bien sûr longs. Sauf qu'une fois cet exploit accompli, de la cause on passe à l'appartenance.
ex.3: La Goule devient la confidente de Pablo. Confident aussi, Georges, percuté à un carrefour, cycliste adjoint au maire et sans doute membre de RESF -mille respects, monsieur, que ne convertissez-vous tous vos collègues. Et Marisol qui échangerait bien un sol contre un e, Marie, confidente et hermania prête d'un coup de crayon pour les yeux à raturer ses origines. C'est compter sans son frère. Et puis, il y a...
ex.4: Pablo de la Courneuve
Pablo, dès qu'il dispose de quelques minutes, marche loin des tours. Il marche comme il marchait dans son pays. Il n'est pas originaire de la Courneuve ni ne lui appartient. Pourtant dans ce "de" là se déploie tout le chemin parcouru qui fera qu'un jour il lui sera possible de dire qu'il est Courcolombien. Ce "de" là vaut largement une particule. Pablo DE la Courneuve.

 

 

 

19 juillet 2008

FUITER

L'on connaissait le verbe fuir, pour l'avoir trop souvent conjugué à la troisième personne à l'école lorsqu'un robinet perdait tant de gouttes par heure, gouttes qu'il fallait ensuite transcrire en termes de litres par jour. Inévitablement s'en suivaient des oh la la d'étonnement: que de bains qui s'étaient égouttés incognito! Plus personnellement, depuis hier, je connais le verbe fuir à gros flots dans la salle de bain en travaux, devenue pour l'occasion une pataugeoire, pis-aller des bains perdus.
Or, dans la colonne de fuir vient d'apparaître dans l'édition du Larousse 09 (1) un doublon en la personne du verbe fuiter. A l'heure où j'écris ce billet, aucune fuite quant à la définition de ce verbe...
Ces derniers jours, lorsque mes activités de peintre-carreleuse se déroulent sans trop d'encombres -autant dire lorsque le mur à peindre ne se révèle pas pourri au point de le changer ou lorsque les carreaux se décident enfin à tenir sur un mur qui gondole- je lis. Fini en début de semaine un roman de Claudie Gallay que la franco-québécoise m'a apporté en attendant de récupérer Les déferlantes à la médiathèque.

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Office des vivants: le parallèlle s'imposait avec l'office des morts. Influencée par la couverture, j'avais même imaginé que le récit tourbillonnerait dans un camp d'extermination. Personnages en survie, certes, mais dans Les Cimes, là haut, là où au pied de l'arbre on enterre le cordon, celui qui reliait à la mère. Marc et Simone ont le leur mais pas Manue, née de l'éblouissement du père pour Mado. Manue venue avec la pluie et l'éblouissement de Marc qui parle aux arbres, pour les loups, pour Manue.
Lu ensuite, juste derrière sans reprendre mon souffle, quand elle sera reine de Rachel Hausfater.

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 La fatigue aidant et les problèmes de fuite de robinet, je ne sais plus lequel des deux j'ai dans les mains. Les personnages fuitent. Mira et Manue, toutes deux de mère inconnue, filles flamboyantes en marge d'une société pensant à mal de préférence. Et Mira qui tourbillonnera, elle, dans un camp.

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 Croyant souffler, j'écoute la Fille, à la dernière page de Le souffle des marquises de Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas, exclamer (2) à qui veut bien l'entendre son mécontentement. De la saga, seul est disponible le tome 1. En suspens, Eléonore que tout destinait à frotter les cuivres dans la cuisine et qui, malgré l'interdiction paternelle, jouera du cornet à piston. Elle, son tourbillon, c'est la Commune, l'exposition universelle, les frères Sax et Jim Mississippi venu de Nouvelle-Orléans.
 

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 Croyant me reposer, le soir venu, je propose au Fils de me rejoindre sur le banc, dehors, pour poursuivre la lecture de Coeur de Louve à la lueur de l'éclairage public -ceci est possible jusqu'à 23h après l'éteigneur de réverbère passe. Les personnages fuitent à nouveau. Demain, je dirai à la Fille qu'en attendant septembre pour le tome 2, il y a Mauve et la Commune et la fuite pour Québec.

Fuiter, vb intr.: se dit de tout personnage de littérature jeunesse s'amusant à passer d'un roman à l'autre.

(1) ndrl: l'indigotière ne jure que par son vieux Bob, dit aussi Petit Robert et fait en général peu de cas du Larousse.
(2) Ce verbe-là existe-t-il autrement qu'à la forme pronominale? Je viens peut-être de trouver un néologisme pour le Larousse 10...

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