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lundi, 27 juillet 2009

VENT DU SUD

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Photo de Moucheron

Il me faut quitter mes îles indigo quelques temps et rejoindre au plus vite Petite Terre. Là-bas, le roi est mort et tout dans l'air vespéral dit son chagrin. Brit, chargée d'années, m'attendra sans doute sur le rivage -peut-être l'avez-vous déjà croisée, vous aurez été marqués alors par les uh-uh qui ponctuent invariablement ses phrases. Elle ne sait pas encore qu'elle ne peut plus prétendre à plus d'éternité que le xéranthème. Elle est sans aucun doute entièrement responsable de tout ce qui se produit sur Petite Terre aujourd'hui -que pensait-elle qui pourrait se réaliser d'autre en agissant comme elle l'a fait?- sans parler du feu qui brûlera, de ceux qui demain auront aussi définitivement tourné la page. Qu'elle en soit remerciée, sans elle, ce voyage n'aurait pas lieu. Il sera là aussi, le Grand Conteur, l'air goguenard de ceux qui se réjouissent de tenir entre leurs mains des possibles à l'infini. Tantôt, il prétendra ne pas en savoir plus que ceux de Petite Terre, tantôt, il me happera hors de tout ce brouhaha pour me dévoiler le fond du décor.
J'aspire à un voyage long et tumultueux. En attendant, je laisse les loupiotes allumées et la porte entrouverte...

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Le chagrin du roi mort, Mourlevat
Gallimard jeunesse

mercredi, 24 juin 2009

LA TOURNIQUETTE À VINAIGRETTE

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Je me souviens qu' il fallait attendre le vendredi soir pour voir une émission littéraire.
Regarder Apostrophes c'était l'assurance pour moi de me coucher tard. Ma mère somnolait déjà dans le fauteuil tandis que mon père levait enfin le regard de sa pile de dossiers.
Je me souviens que la plupart du temps Pivot recevait une tablée d'auteurs et quand c'était jour de fête, il se lançait dans un tête à tête.
Je me souviens de la barbe hirsute de Soljenitsyne et des lunettes amusées de Duras.
Apostrophes a fait place à d'autres émissions: est-ce parce que se coucher tard ne dépend plus que de moi ou parce que j'ai beau sucer la madeleine sans qu'aucun charme n'opère, aucune ne m'a séduite. Trop de cire-godasses et repasse-limaces ou de chasse-filous. Je me contente de blogs dits littéraires. Je suis d'une ligne distraite Assouline, par contre j'aime que le blog de François Bon soit sous l'égide de Rabelais. La désillusion du dernier personnage de Mabanckou, Fessologue dans Black bazar, me convenait presque:
"Je n'avais pas entendu parler de cet écrivain avant. Moi je suis un type très prudent avec nos contemporains, je ne lis que les morts, les vivants m'énervent, ils m'agacent. Quand tu les vois à la télé ils te font des discours sur ce qu'ils écrivent et ils sont satisfaits comme s'ils avaient trouvé la pierre philosophale après avoir résolu la quadrature du cercle ou rempli le tonneau des Danaïdes. Alors que les morts, ils ont fait leur oeuvre, ils ont tiré leur révérence, ils reposent en paix dans des cimetières marins ou au pied des saules pleureurs, ils nous laissent dire ce qu'on veut sur ce qu'ils ont pondu parce qu'ils savent que tôt ou tard on sera obligés de les lire si on ne  veut pas être traîtés de cancres par les beaux-parents au cours d'un dîner."
Pourtant, là, je ressors d'un drôle de bouillon: j'ai regardé quatre émissions dites littéraires à la file, un peu comme on rattrape d'un coup une saison entière d'une série culte. D@ns le texte, sur le site d'arrêt sur image, j'ai vu Michon qui toujours enveloppe son front de sa main droite pour trouver une réponse au plus juste et Lanzmann, le cou avalé par les épaules. Sur Le bateau libre, j'ai vu Philippe Grimbert et Gérard Genette: la présence de la table les garde plus immobiles, à moins que ce ne soit le roulis de la Seine?
Codicille, La mauvaise rencontre, Le lièvre de Patagonie, Les onze seront mes prochaines lectures car dans ces deux émissions pas d'éventre-tomates ni d'écorche-poulet, juste un espace où tentent de se cotoyer des impressions de lecture et des parcours d'écriture.
Le tonneau des Danaïdes continue de fuir et c'est bien comme ça.

dimanche, 14 juin 2009

DÉSERT

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Désert: adjectif ou nom masculin, tous deux tirent leur racine du latin desertus "inculte, sauvage", participe passé adjectivé de deserere "se séparer de, abandonner, délaisser".
Le désert, donc, un lieu de non-culture? Allons voir de l'autre côté de la rive et jetons un de -prononcez dé- au passage. A deserere s'oppose serere "joindre, enchaîner, unir, attacher". De là viennent les sermons et les dissertations. Serait-ce pour leur enchaînement dans les idées?
En hébreu, qui à l'écrit est une langue uniquement consonnantique, existe un mot MDB. Prononcez-le "midbar" et il signifie "désert". Dites "médaber" et c'est "la parole" qui est là.

Pour moi, Désert c'est le roman de Le Clézio. Je garde de cette lecture un souvenir irréfragable qui a occulté celles qui ont précédé. Début des années lycée. Un espace urbain hautain, figé par le grand siècle. Des rues balayées par les sermons et les dissertations en guise de parole. Et la lecture* de Désert, les pieds dans la Cité de Lalla, la tête à hauteur des dunes et le ciel qui entre dans les yeux.
Ce Désert-là m'a ouvert un espace inculte.

* Lecture de Désert par Charles Berling lors du marathon des mots sur France Culture, le 13 juin 2009.
A été aussi retransmis lors de cette journée le discours de réception du prix Nobel de littérature Dans la forêt des paradoxes.

 

lundi, 18 mai 2009

BOUTS DE MONDE

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Que peut-on connaître du monde ? De notre naissance à notre mort, quelle quantité d’espace notre regard peut-il espérer balayer ? Combien de centimètres carrés de la planète Terre nos semelles auront-elles touché ?
Perec, Espèces d’espaces

lundi, 20 avril 2009

VENT PRINTANIER

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Photo d'Anita

Ca y est les vacances de printemps sont arrivées et pour moi une grande respiration...
J'ai mis un peu d'ordre dans le jardin: les herbes adventices, communément appelées "mauvaises", ne sont toujours pas enclines cette année à quelque bonté. Je ne procède jamais à leur extermination sans avoir une pensée pour Ruines de Rome de Pierre Senges. Peut-être un jour oserai-je leur laisser le champ libre...
J'ai lavé le hamac qui, tout une saison durant, dans l'entrée de la dépendance, a ouvert sa trame aux visites catarrhales de l'hiver. Une odeur tenace qui ne pouvait s'accomoder aux premières effluves de la glycine voisine.
Il ne me restait plus qu'à trouver un livre en accord avec cette volupté, les babouches abandonnées dans l'herbe. J'ai commencé par quelques titres retenus pour le prix France Inter. Paris-Brest de Viel, Traques de Clémençon. Inspirez, expirez, ci-gît l'inavouable des familles. Du coup, j'ai enchaîné avec un roman à la couverture faux-semblant-bouton-d'or, en prétendue harmonie avec le gazon fraîchement tondu. Quand je l'ai ouvert, le seul souvenir de nature qui s'est imposé à moi a été le frais cresson bleu et des haillons d'argent dans un trou de verdure. L'homme barbelé, Béatrice Fontanel en avait parlé en octobre. J'avais hâte de voir comment son ton iconoclaste pourrait ouvrir le placard de famille et dire Ferdinand, le grand-père, héros des deux guerres et tyran domestique. A chaque tournant de page, je m'attendais à lire la boussole de mon grand-père, pièce authentique du musée familial qui lui avait permis de s'échapper des travaux forcés en Allemagne. Ceci dit, elle y parle aussi du printemps, à sa manière...
"L'almanach s'est ouvert au hasard, en mars. Le mois de l'arrestation de Ferdinand. On peut y lire les travaux du mois: Au jardin: bêcher et semer: pois, carottes, radis, fèves. (...)Au verger: tailler les arbres. Commencer le greffage, supprimer les chancres, cicatriser les blessures...
Les détenus des camp avaient souvent des furoncles qui s'infectaient, furoncles qu'ils ne savaient pas comment protéger et qui suintaient.
A la rubrique "Vie naturelle" de l'almanach est annoncé le retour de la grive et du pigeon ramier. (...) Cueillette des plantes médicinales: bourgeons des sapins, fleurs de tussilage, primevères...
Les bourgeons m'ont toujours mise mal à l'aise. Je n'ai jamais compris pourquoi tant de gens s'attendrissaient devant eux. Lorsque j'avais quatorze ans, une prof de français nous avait demandé d'écrire un poème sur le printemps. A l'époque, je connaissais peu de choses sur la Shoah. J'avais écrit en rimes bancales que le printemps puait, que les bourgeons velus et collants n'étaient que putréfaction annoncées, furoncles de saison. (...)
La semaine dernière, en travaillant à la rédaction d'un livre pour enfant sur l'histoire de France, j'ai appris que les grandes rafles entreprises un peu partout en Europe en 1942 avaient été baptisées par les nazis du nom de "Vent printanier"."
Demain, il faudra que je me trouve des lectures en adéquation avec la saison. Je pensais à la mignonne de Ronsard, mais il me semble que c'est encore une histoire qui finit mal...

Ce mardi 21 avril, le vent a soufflé sur Calais...

mercredi, 04 mars 2009

LE TEMPS DES MIRACLES

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Photo de l'autre bout de l'Europe, de Matthieu


Son histoire, Koumaïl, dit Blaise Fortune, pourrait la raconter comme s'il l'avait vécue mais Gloria Bohème sait si bien trouver les mots qu'il préfère la laisser dire, dans les méandres de sa mémoire et de son imagination. Alors, il se blottit dans les douceurs de son embonpoint et écoute les temps oubliés. Comment Gloria a quitté les vergers de son père Vassili, comment elle l'a sauvé d'un Caucase en guerre où les trains déraillent et offrent des passeports français. Lorsqu'ils reprennent la route de l'exil, les histoires de Gloria ont ça de bon qu'elles rendent la vérité supportable. Dans leur sac, un samovar, une radio sans piles, un violon sans cordes et un atlas vert avec des pages. Du Caucase jusqu'au pays des droits de l'homme et de Baudelaire, en passant par la Russie, l'Ukraine, la Moldavie, la Roumanie, Koumaïl y suit leur avancée cahotique, page après page, et à ces lèvres ces mots ou plutôt ce mot: "jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurevérité."
Dans ce roman, "la pure vérité" ne se laisse pas saisir au premier détour: sans cesse rocambolisée, on la pressent mais on ne veut pas l'approcher trop vite, que l'histoire dure encore quelques pages...
Le temps des Miracles d'Anne-Laure Bondoux a ce quelque chose, ce presque rien qui éloigne l'espace d'une lecture le risque "d'attraper un désespoir".

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Anne-Laure Bondoux dévoile les méandres de son écriture par , sous l'égide de la plus pure vérité, bien sûr!

samedi, 21 février 2009

LE CHANT DES SIRÈNES (FIN)

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Je dis à Chaker:
- Qu'ils fassent vite. Je ne leur en voudrai pas. D'ailleurs, je n'en veux plus à personne.
Puis je me concentre sur les lumières de cette ville que je n'ai pas su déceler dans la colère des hommes.
In Les sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra

jeudi, 12 février 2009

LE CHANT DES SIRÈNES

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Beyrouth retrouve sa nuit et s'en voile la face. Si les émeutes de la veille ne l'ont pas éveillée à elle-même, c'est la preuve qu'elle dort en marchant. Dans la tradition ancestrale, on ne dérange pas un somnambule, pas même lorsqu'il court à sa perte.
In Les sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra, Julliard

dimanche, 08 février 2009

ORPHELINE

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Gravure de Lambert Doomer

Lire c'est entrer en deuil lorsque se profile la dernière page, la dernière ligne. Dans ces moments-là, j'envierais presque ceux qui jamais ne lisent.
L'attentat, puis Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra engloutis dans une incivique absence au reste du monde. Attendre en une impatience fiévreuse le retour des Sirènes de Bagdad à la médiathèque.

 

 

samedi, 22 novembre 2008

BLUE NOTE

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Je suis donc allée louer le pied de biche d'Ours Gris et m'emparer du Swing des marquises. Il trônait sur les ailes de l'oiseau lire, sans fanfare ni trompette. Je suis rentrée, one-step, two-steps. Je ne l'ai pas naïvement posé sur la table, une fois m'avait suffi. Celui-là, je serai la première à le lire! La semaine s'annonçait chargée, je l'ai planqué comme prévu sous une planche du parquet -il est vrai que la tâche fut nettement facilitée par l'outil de l'Ours!
Les jours qui suivirent furent noirs de la grève engagée -était-ce la trente troisième depuis huit ans?- des colères claironnées mais rien n'y fit.  Nuits blanches et matins gris passés à lire le Swing, voici tout ce qui me restait pour égayer ces mornes moments. Dans ces pages, il y avait assez de bruits cuivrés pour oublier le pavé battu inutilement.
Il ne me reste plus qu'à entrer en Résistance...

 

 

 

dimanche, 09 novembre 2008

RÉSISTANCE

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Ce mois de novembre est celui du "à suivre"...
À suivre Le souffle des marquises: certaines pages du web annonçaient le 5 novembre mais toujours rien sur les rayons de L'oiseau ni même dans ses cartons. Eléonore, donc, va devoir prendre son peut-être bientôt bonheur en patience avant de pouvoir swinguer à nouveau dans les bras de Jim.

À suivre La déclaration: La résistance est bien au rendez-vous au jour dit et sa couverture -le summum du mauvais goût- aux fumeroles evanescentes, un regard surchargé de fard -celui d'Hannah?- qui transperce, même les murs de briques. Peter, -mais est-ce bien lui?- baisse la tête, tu ne fais pas le poids... Ramené triomphalement à la maison. Posé crâneusement sur la table basse. Un moment d'inattention -quelques préparations de cours vivement expédiées- et disparu. L'une et l'autre s'en sont emparé, ont organisé leurs journées en fonction. À l'aube, l'une, à peine la paupière soulevée, se propulse hors du lit, court à l'autre bout de la maison, monte à l'étage et récupère le bouquin. Puis à nouveau, descendre l'escalier, traverser la maison, se jeter sous la couette et enfin lire. L'autre n'a pas bronché et ne bronchera pas avant midi: une nuit de lecture a entamé sa résistance. Les heures critiques se situent l'après-midi, l'une a encore de l'énergie pour quelques pages et l'autre bout d'impatience pour reprendre la page interrompue. J'ai bien proposé de les départager en me mettant sur ce créneau. Mais à leurs regards -reportez-vous à la couverture, c'était quelque chose comme ça- j'ai remballé. Pour la peine, Le souffle des marquises, lorsqu'il sortira, je le planquerai sous une latte du plancher, sous mon lit!

Momentanément vaincue, j'ai proposé au fils de l'aider à préparer son autodictée. Sur son agenda, il l'avait recopiée pour combler un mercredi laissé vide. L'encre avait fui, il en avait même rajouté un peu après  la fuite pour voir l'étrange dessin que cela pourrait produire en refermant le livre des choses à faire: le sous-marin avait-il égaré sa balle dans l'Atlantique? Le monde en semblait tout tourneboulé, disparue la Méditerranée et accrochée l'Afrique à l'Europe. Sainte Thècle, l'invincible, n'avait rien pu empêcher.

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Et les deux là-bas, si je leur mettais une épingle d'uraniOmE dans leur soupe pour les booster un peu dans leur lecture..
À suivre...

vendredi, 24 octobre 2008

POIL

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Les singes ont l'air méchants, aigris, amers, perpétuellement vexés d'avoir raté l'humanité à un quart de poil. Ca les obsède à l'évidence, ils ne pensent qu'à ça.
in Courir, Jean Echenoz, Les éditions de minuit

dimanche, 05 octobre 2008

CERNE (suite)

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Notre petite vie cernée de rêves
Je l'ai ouvert et je l'ai lu. Force m'est de changer ma bobine intérieure. Prière de reprendre le billet précédent avec La fureur de vivre en projection simultanée. Donc le petit nom de la dame peu avenante sur la couverture c'est Orpha. Faut-il y voir un allusion très allusive au mythe d'Orphée? Toujours est-il qu'elle va tirer le jeune Albert des Enfers, comprenez la petite vie toute bleuie, flétrie, rabougrie de ses parents. A coups de souvenirs tirés de sa propre jeunesse, de citations de Shakespeare et Rilke, de vie rêvée en fin de compte, elle va le tirer jusqu'à l'entrée de ses propres désirs. Comme dans le mythe, une main lâchera mais ce ne sera pas pour avoir regardé derrière soi si près du but. Comme dans le mythe, la femme gagnera le séjour des morts.

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vendredi, 03 octobre 2008

CERNE

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Notre petite vie cernée de rêves
Il se joue tant et tant entre un titre de roman et son peut-être lecteur. Il suffit, sur fond de crise persistante, de quelques mots discernés trop rapidement pour que la rencontre ne s’engage pas bien.
Notre petite vie cernée de rêves
Celui-là avait tout pour déplaire et ma mémoire, mon inconscient et humeur du jour ont sorti les banderoles pour me le dire. Allez savoir pourquoi j’ai pensé à Un tramway nommé désir, de la noirceur en plus (!) et à Mathilda, l’humour en moins. Et ce n’est pas le regard fixe de la femme sur la couverture qui a changé la bobine de mon écran intérieur.
Qu’y a-t-il derrière ce « notre » ? Un couple désillusionné pour qui le rêve n’est plus que la trace d’une fatigue extrême qui bleuit les contours d’une vie bien rangée ? Les rêves ont-ils encore le pouvoir d’assiéger une vie aussi petite soit-elle ?
Pas envie de lui décerner mon temps. Recherchais plus de l’anti-cernes par ces temps qui courent sans reprendre leur souffle. Mais la tenancière de L’Oiseau lire ne s’est pas sentie concernée par mes réticences. Le roman, elle me l’a posée d’une main ferme sur une pile semblable à la tour de Babel juste avant que l’Eternel n’envoie tout valdinguer. Alors, je l’ai pris. Et même que pour le comité de lecture de la semaine prochaine, je l’ai ouvert…

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notre petite vie cernée de rêves
B. Wersba
Ed. Thierry Magnier

jeudi, 04 septembre 2008

TORCHE-CUL

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Photo de Gaspard et Yann d'un lieu melliflu

Torche-cul inaugure donc au-delà de toute bienséance cette nouvelle catégorie dite Mots itinérants. Mots saisis au fil de mes lectures, à découvrir dans le texte.

- Je suis vraiment content que tu te sois joint à nous, Thomas, me confie Pavot sur le chemin du retour. Mais revenons à ton nouveau rôle de parrain. L'adoption est une chose grave, tu sais! Subséquemment, il te faudra prendre ton rôle au sérieux!
- Pas de souci! Je ferai de mon mieux. Au fait, je ne me souviens plus de votre mot à vous!
- Torche-cul, ne vous déplaise jeune prince!
- Raté! Torche-cul est bien vivant! J'avais un prof de maths qui appelait toujours nos contrôles des torche-culs!
- Vraiment? Cet homme mérite qu'on lui délivre la médaille d'honneur des SPDM*! Tu vois, ça, c'est le sauvetage des mots! Faisons un calcul. Disons qu'en trente ans d'enseignement, ce prof aura vu défiler en gros quelques cinq mille élèves à qui il aura transmis ce mot, et qui eux le transmettront à leurs proches, leurs copains. Et le tour est joué.
*SPDM: Société Protectrice Des Mots

in Suivez-moi- jeune-homme, Yaël Hassan, Casterman

 

jeudi, 14 août 2008

TRIBULATION D'UNE DOPÉE

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Cet après-midi, j'avais prévu de passer la tondeuse et la première couche de blanc à l'étage, de préparer quelque cours -remarquez le singulier, tant que le 15 août n'est pas trépassé, la rentrée reste une vague projection de mon esprit- et pour finir d'aligner quelques longueurs à la piscine -histoire de calculer combien d'aller-retours Laure Manaudou avale alors que je lâche un bord pour aller toucher l'autre, soit 25 mètres, Val de Reuil n'étant pas équipé d'une piscine olympique.

Histoire de me doper, je me suis allongée juste quelques minutes pour commencer Les tribulations du prince Seyin au royaume d'Ashkabad. Le roman est épais avec son allure de conte d'une 1002ème nuit oubliée et la réunion de sélection des titres pour Dévoreurs de livres 2OO9 devient jour après jour un peu plus qu'une simple projection de mon esprit. Après une après-midi et une soirée de lecture, je me dis quelle chance de ne pas avoir encore acheté ce livre mais qu'il m'ait été prêté par la tenancière de L'oiseau lire: non seulement je vais le défendre bec et ongles et y mettre les griffes s'il le faut pour qu'il soit gardé dans la sélection, mais en plus je suis quasi certaine qu'il va tellement plaire qu'il en sera vendu rapidement 499 999 exemplaires et que je serai votre 500 000 ème lectrice, môôssieur Stéphane Terranova! Je ne l'achèterai pas avant, je tiens bien trop à venir partager avec ma tribu votre couscous tunisien. Je prends au mot ce que vous avez écrit en exergue:"Il fait un couscous (tunisien) d'anthologie (la recette de sa grand-mère Nina) et promet solennellement d'inviter le 5OO OOOème lecteur et toute sa famille à le déguster, en compagnie de son éditeur bien sûr..." Ma grand-mère Georgette, alias mamie courgette, est la reine du couscous (tunisien). J'espère que le vôtre réussira à enchanter mon palet palais autant que votre roman a enchanté mon esprit et ses projections aujourd'hui. Je  ne vois aucune objection à la présence de votre éditeur ce jour-là pourvu qu'il vous prévienne de l'existence de ce billet.
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Les tribulations du prince Seyin au royaume d'Ashkabad, Stéphane Terranova, Bayard jeunesse

 

 

 

 

mercredi, 30 juillet 2008

RESTES

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Vous est-il déjà arrivé de parcourir de l'index la tranche des livres de votre bibliothèque, tout en vous demandant ce que chacun d'entre eux avait imprimé en vous? A l'issue  de cet exercice, je me suis retrouvée au beau milieu de fragments -de situations, de personnages, de bouts de phrases ou sensations- et parfois au milieu de ces décombres, un récit est réapparu. Pour certains est juste resté indélébile le moment de sa lecture.

Vous est-il déjà arrivé au détour d'un coin de rue ou d'un visage de songer à un roman? Hier, j'ai emprunté un sentier bordé de roses trémières. Inévitablement, j'ai aussitôt pensé Au bonheur des ogres de Pennac: Môôssieur Mlaussène et sa maison de campagne envahie par les dites fleurs. Mes souvenirs de lecture sont incertains, la maison appartient-elle à Malaussène ou à sa copine? Par contre je suis sure qu'il s'agit bien de roses trémières. A l'époque, je ne savais pas à quoi cela ressemblait. Mon imagination leur avait confié un aspect farouche, quelque allure de fleurs tropicales carnivores. Il faut préciser que leur présence rendait impossible l'entrée dans le jardin après quelques mois d'absence. Des petits riens pour de longues heures de lecture: ma mémoire sélectionne et classe en suivant les règles d'un jeu qui m'est inconnu.

Inversement pour certains romans, à peine la lecture achevée, je l'aide à faire son ouvrage. De Alors partir? de Julia Billet, je veux juste graver en moi ce que l'ancien de la tribu de gitans rappellent aux siens lorsqu'ils apprennent qu'ils sont expulsés par la commune et qu'ils vont devoir reprendre la route après six années sédentaires. Peut-être parce que le terrain pour gens du voyage qui se construit, pas loin de chez moi, pour la bonne conscience d'une commune, a des grillages trop hauts. Peut-être parce que ce qui se passe en Italie à des relents de déjà vu. Peut-être parce que certains jours je me sens étrangère au monde que j'habite...

"Ils croient posséder et ils n'ont rien.  Ils détruisent la Terre, oublient leurs enfants, oublient qu'un jour tout sera pourri par la fumée, les engrais, les gaz, les voitures, leurs centrales nucléaires, leurs déchets qu''ils cachent. Ils brisent, cassent, brûlent, sans savoir qu'ils scient la branche sur laquelle nous sommes tous assis.
Nous n'avons rien, rien d'autre que notre foi, notre savoir, nos corps et nos esprits. Nos vies ensemble sont liées à jamais, depuis toujours. La Terre a donné à chacun de nos pas des pans de la sagesse qui manquent aux gadjé. Ils ne bougent pas, restent attachés à des bouts de Terre, jusqu'à croire que la propriété est un acte. Ils sont fous de leurs biens.
Nous avons collecté ces morceaux de l'humanité et nous devons les transporter toujours plus loin pour continuer à faire tourner la Terre. Ils ne savent pas que la Terre tourne parce que la marche de notre peuple la fait tourner. Nous, Gitans, Roms, Tsiganes, nous et aussi les nomades des déserts, les nomades de toute race, de toute la Terre, nous donnons son mouvement circulaire au globe par la force de nos pas..
Nos pas font rouler la Terre sur elle-même, nos pas font marcher leur monde à eux aussi.
Et ça non plus, ils ne le savent pas. Ils nous pensent inutiles, voleur et fragiles; nous sommes forts et nécessaires à leur survie.
Peut-être nous sommes-nous arrêtés depuis trop longtemps maintenant? Peut-être est-ce pour cela que la Terre ne tourne plus rond?"
Alors partir, Julia Billet, Seuil

 

 

 

samedi, 26 juillet 2008

DE L'USAGE DE "DE"

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De est ce qu'on appelle une préposition. Mais si, voyons, vous aviez une petite phrase pour vous en souvenir à l'école. Vous dites? Non, ce n'est pas "mais ou et donc or ni car". Auriez-vous oublié le pauvre Adam qui fait sa valise pour Anvers? L'histoire ne racontait pas s'il y allait à pinces ou à vélo, ce qui est sûr c'est qu'il n'était pas assez fortuné pour y aller en train: à dans par pour en vers avec de sans sous.
Revenons donc à la huitième préposition de la liste. A quoi sert-elle lorsqu'elle ne permet pas à notre ancêtre d'aller boire un petite mousse chez nos voisins?
Elle peut marquer l'origine.
ex.1: Pablo vient de Colombie. Là-bas, la peau sentait le soleil et non pas le beignet inachevé.  Là-bas, on pouvait marcher dans des rues qui embaument l'ananas et la mangue. Là-bas, il a fallu marcher une nuit, dans le silence pour ne pas réveiller les bottes jaunes et s'exiler, sans papiers, la famille au grand complet, d'abuelita à la petite Rose, jusqu'à un HLM de la Courneuve.
Elle peut marquer aussi la cause.
ex.2: Pablo est blanc de peur à l'idée de devoir récupérer une poupée chez la Goule, sorcière aux ongles bien sûr longs. Sauf qu'une fois cet exploit accompli, de la cause on passe à l'appartenance.
ex.3: La Goule devient la confidente de Pablo. Confident aussi, Georges, percuté à un carrefour, cycliste adjoint au maire et sans doute membre de RESF -mille respects, monsieur, que ne convertissez-vous tous vos collègues. Et Marisol qui échangerait bien un sol contre un e, Marie, confidente et hermania prête d'un coup de crayon pour les yeux à raturer ses origines. C'est compter sans son frère. Et puis, il y a...
ex.4: Pablo de la Courneuve
Pablo, dès qu'il dispose de quelques minutes, marche loin des tours. Il marche comme il marchait dans son pays. Il n'est pas originaire de la Courneuve ni ne lui appartient. Pourtant dans ce "de" là se déploie tout le chemin parcouru qui fera qu'un jour il lui sera possible de dire qu'il est Courcolombien. Ce "de" là vaut largement une particule. Pablo DE la Courneuve.

 

 

 

samedi, 19 juillet 2008

FUITER

L'on connaissait le verbe fuir, pour l'avoir trop souvent conjugué à la troisième personne à l'école lorsqu'un robinet perdait tant de gouttes par heure, gouttes qu'il fallait ensuite transcrire en termes de litres par jour. Inévitablement s'en suivaient des oh la la d'étonnement: que de bains qui s'étaient égouttés incognito! Plus personnellement, depuis hier, je connais le verbe fuir à gros flots dans la salle de bain en travaux, devenue pour l'occasion une pataugeoire, pis-aller des bains perdus.
Or, dans la colonne de fuir vient d'apparaître dans l'édition du Larousse 09 (1) un doublon en la personne du verbe fuiter. A l'heure où j'écris ce billet, aucune fuite quant à la définition de ce verbe...
Ces derniers jours, lorsque mes activités de peintre-carreleuse se déroulent sans trop d'encombres -autant dire lorsque le mur à peindre ne se révèle pas pourri au point de le changer ou lorsque les carreaux se décident enfin à tenir sur un mur qui gondole- je lis. Fini en début de semaine un roman de Claudie Gallay que la franco-québécoise m'a apporté en attendant de récupérer Les déferlantes à la médiathèque.

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Office des vivants: le parallèlle s'imposait avec l'office des morts. Influencée par la couverture, j'avais même imaginé que le récit tourbillonnerait dans un camp d'extermination. Personnages en survie, certes, mais dans Les Cimes, là haut, là où au pied de l'arbre on enterre le cordon, celui qui reliait à la mère. Marc et Simone ont le leur mais pas Manue, née de l'éblouissement du père pour Mado. Manue venue avec la pluie et l'éblouissement de Marc qui parle aux arbres, pour les loups, pour Manue.
Lu ensuite, juste derrière sans reprendre mon souffle, quand elle sera reine de Rachel Hausfater.

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La fatigue aidant et les problèmes de fuite de robinet, je ne sais plus lequel des deux j'ai dans les mains. Les personnages fuitent. Mira et Manue, toutes deux de mère inconnue, filles flamboyantes en marge d'une société pensant à mal de préférence. Et Mira qui tourbillonnera, elle, dans un camp.

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Croyant souffler, j'écoute la Fille, à la dernière page de Le souffle des marquises de Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas, exclamer (2) à qui veut bien l'entendre son mécontentement. De la saga, seul est disponible le tome 1. En suspens, Eléonore que tout destinait à frotter les cuivres dans la cuisine et qui, malgré l'interdiction paternelle, jouera du cornet à piston. Elle, son tourbillon, c'est la Commune, l'exposition universelle, les frères Sax et Jim Mississippi venu de Nouvelle-Orléans.

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Croyant me reposer, le soir venu, je propose au Fils de me rejoindre sur le banc, dehors, pour poursuivre la lecture de Coeur de Louve à la lueur de l'éclairage public -ceci est possible jusqu'à 23h après l'éteigneur de réverbère passe. Les personnages fuitent à nouveau. Demain, je dirai à la Fille qu'en attendant septembre pour le tome 2, il y a Mauve et la Commune et la fuite pour Québec.

Fuiter, vb intr.: se dit de tout personnage de littérature jeunesse s'amusant à passer d'un roman à l'autre.

(1) ndrl: l'indigotière ne jure que par son vieux Bob, dit aussi Petit Robert et fait en général peu de cas du Larousse.
(2) Ce verbe-là existe-t-il autrement qu'à la forme pronominale? Je viens peut-être de trouver un néologisme pour le Larousse 10...

mardi, 24 juin 2008

COMBAT D'ÉTÉ

Dimanche, le centre de rétention des sans-papiers -il faudra que je cherche dans un dico la différence avec détention- de Vincennes a brûlé, de l'intérieur. Camp de la honte, l'enfer s'est enflammé. Les retenus ont sans aucun doute médité cette dernière issue. On pourra même les accabler de préméditation. Lu à l'instant le billet de François Bon sur tiers livre. Ses mots justes, juste ce qu'il faut.

Lu ces derniers jours La déclaration de Gemma Malley...

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Angleterre, an de disgrâce 2140
Un elixir de jouvence a accordé à chacun l’immortalité. Mais ce programme de Longévité est bientôt suivi de la Déclaration. L’immortalité a un prix : il devient impossible d’avoir des enfants. Tout contrevenant verra sa progéniture enfermé dans un centre de rétention de Surplus -esclaves des Légaux, ils doivent savoir Où-Était-Votre-Place.

La surplus Anna est détenue à Grange Hall. D'avant, elle a tout oublié. Elle ne se pose pas la question d'enflammer son enfer quotidien. Jusqu'au jour où Peter arrive qui se dit envoyé par ses parents...

"Les Légaux ont tous deux noms. Parfois plus. Moi non. Je suis juste Anna. Les gens comme moi n'ont pas besoin d'avoir deux noms, d'après Mrs Pincent. Un seul suffit. Elle n'aime pas le nom d'Anna, d'ailleurs; elle m'a même expliqué qu'elle avait essayé de m'en faire changer quand je suis arrivée ici. Mais j'étais une enfant bornée, je ne répondais qu'à Anna, alors elle a fini pa laisser tomber. Tant mieux -il me plaît moi ce nom. même si ce sont mes parents qui l'ont choisi.

Lu ces avant-derniers jours un autre roman dit d'anticipation Combat d'hiver de Jean-Claude Mourlevat...

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Dans un pays tout droit sorti de l'imagination de l'auteur, de jeunes gens vivent dans un centre de rétention, euh, dans un orphelinat. Lorsqu'ils apprennent qu'ils sont la descendance d'hommes et femmes éliminés par la faction totalitaire qui a pris le pouvoir quinze ans plus tôt, ils s'évadent et entrent à leur tour en résistance.


"Sur un signe de la surveillante, une fille du premier rang se leva et alla tourner le bouton de l'interrupteur métallique. Les trois ampoules nues éclairèrent la salle d'étude d'une lumière blanche. Depuis longtemps déjà, on pouvait à peine lire, tant il faisait sombre, mais le règlement était strict: en octobre, on allumait les lampes à dix-huit heures trente, pas avant. Helenpatienta encore une dizaine de minutes avant de prendre sa décision. Elle avait compté sur la lumière pour dissiper cette douleur qui logeait dans sa poitrine depuis le matin et remontait maintenant dans sa gorge, une boule oppressante dont elle connaissait bien le nom: tristesse. Pour avoir déjà éprouvé cet état, elle savait qu'elle ne pourrait pas lutter et qu'attendre ne ferait qu'aggraver le mal. Alors, oui, elle irait voir sa consoleuse, et tant pis si on était seulement en octobre et que c'était trop tôt dans l'année."


Comment dit-on déjà dans les films? Vous savez le rapport avec la réalité qui serait fortuit... Au train où nous allons, si nous continuons à nous laisser souffler dans les bronches -je rends à Toc-Toc sa suffocante expression- nous aurons bientôt une locomotive d'avance sur les romans d'anticipation.

mardi, 03 juin 2008

TRANSPORTS

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Illustration Maurice Pommier pour la Droguerie marine

Mon fils a dégoté au fond d'un carton une vieille édition de L'île au trésor; de celles à la couverture verte tendant sur le jaunâtre, à l'odeur tenace de renfermé que prenait toute chose qui avait séjourné un peu plus d'une semaine dans la cabane au fond du jardin landais de mes grands-parents. Il a d'abord fait sit down -je lui ai fait réviser ses verbes anglais ce matin- dans le hamac, puis aussitôt stand up et re-sit down sur un tabouret à côté de moi.
-    Je sens que ce truc c’est super, mais je vais te le lire à haute voix. J’entendrai mieux l’histoire. Stevenson, il utilise une langue morte et c’est pas facile tout seul dans sa tête.
-    Can you repeat please ?
La mère du petit gars a sitdowné à son tour.
-    Langue morte… un peu comme le grec et le latin, tu veux dire ?
Il faudra que je lui redise que ce sont des langues-racines, de celles qui n’ont pas fini de nous porter, de nous transporter.
Le petit gars venait de faire l’expérience de la langue littéraire qui ne se laisse pas avoir du premier coup, qui résiste encore et encore. Il venait de faire l’expérience de ces œuvres qui vous transportent longtemps après les avoir lues.

 

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samedi, 24 mai 2008

LETTRE DES MÈRES

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A Pome -qui trouve que je ne me foule vraiment pas en ce moment sur mon blog- et à Wombat

Ce midi à la sortie de l'école, vous avez fait semblant de ne pas voir que leur cartable un peu plus bombé que d'habitude peinait à cacher les rubans et le papier transparent du fleuriste. Ce soir, vous deviendrez sourde, lorsqu'ils s'entraîneront une dernière fois à réciter le poème. Vous savez bien celui qui vous offrira plus de fleurs, merles rieurs et baisers que le monde entier ne pourrait en compter à vous l'unique alors même que la terre compte des milliers de grains de sable, des milliers de coquillages sur la plage, des milliers de fleurs dans les champs, des milliers d'oiseaux dans le ciel. Et je n'ai même pas repris mon souffle pour écrire tout ça!

Cette année au festival malouin Étonnnants voyageurs, Susie Morgenstern a déconcerté son public lors d'un atelier d'écriture. Iconoclaste, elle a fait valser tous les stéréotypes précédents en quelques mots: "Pour la fête des mères, vous écrivez à votre mère et lui dites les colères que vous ressentez envers elle..." J'ai trouvé l'idée génialement gonflée et ai regretté l'absence de mes deux loustics. Ceci dit, il leur reste encore vingt-quatre heures, aux miens et aux vôtres d'ailleurs, pour tremper rageusement la plume ou pianoter sur le clavier.

Si jamais demain vous receviez, malgré tous mes efforts, un collier de nouilles enrubanné dans son papier transparent de fleuriste agrémenté de quelques rimes mal arrimées, vous pourrez toujours aller lire, au milieu des coquillages ou des fleurs des champs l'autobiographie de Susie Morgenstern. Certaines pages sont à la hauteur de cette lettre des mères.

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dimanche, 02 septembre 2007

DEUX MOIS DEUX SEMAINES ET DEUX JOURS...

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...que Les Îles Indigo existent, avec trente-trois arpents de terre explorés et pas la moindre trace de François Place! Pas si simple d'écrire sur un Géant. Ce n'est pas faute d'avoir effectué quelques excursions: relire Les Derniers Géants, en regarder l'affiche accrochée dans la chambre de mon fils chaque fois que je passe devant, mettre au pied de mon lit les trois tomes de L'Atlas des géographes d'Orbae, en parcourir les contrées et toujours le garder ouvert à la page Les Îles Indigo, laisser en évidence sur une étagère un livre oublié par un ami François Place, Illustrateur, texte de François Bon. Il y est question de Moby Dick. Relire dans la traduction de Giono  l'embarquement pour Nantucket d'Ishmaël et de Queequeg. Remonter aux premières phrases du roman:
"Je m'appelle Ishmaël. Mettons. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n'ayant plus d'argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l'envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l'eau. C'est ma façon à moi de chasser mes cafards et de me purger le sang. Quand je me sens des plis amers autour de la bouche..."
Et découvrir que le titre du premier chapitre est Mirages...
Mirages aussi ces illustrations d'Ours Gris pour une édition de Moby Dick chez Gallimard qui ne vit pas le
jour?
 

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vendredi, 22 juin 2007

ECOUTER LES COULEURS

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L’ami indien

Jean Touvet

Mouche, l’école des loisirs

 

 

Il est des petits bonheurs de lecture inattendus que l’on a envie de partager illico presto, histoire que l’on ait tous envie de se poser l’arrière-train sur une vieille voiture américaine toute rouge, pas trop amochée par le temps.

Comme ça, pour trois fois rien, juste pour écouter ce qui se passe, les couleurs et les odeurs, tout ce qui parle à la peau, tout ce qui bouge.

L’ami indien est de ceux-là : Jonathan a une conception des Indiens digne de l’âge d’or des westerns. Chevaux au galop, évidemment, tipis sous la lune, bien sûr, sans oublier le soleil masqué par la poussière soulevée par les bisons, comme de bien entendu ! Pourtant ce Québécois vit à la limite de la réserve de Chicoutimi. Le décor est en place pour que vienne le temps de la désillusion ! Le lieu, un car de ramassage scolaire, placez-y un jeune indien peu conforme et même en jean, au regard assez insistant pour qu’éclate ce cri outragé : « T’es pas un Indien, toi. Pas un vrai. »
Il peut toujours protester, le gamin aux stéréotypes emplumés, il vient de faire le premier pas sur cette route qui, de plume en galet, le mènera de l’autre côté, dans cet espace réservé où un grand-père regarde la terre autrement et l’Autre pour ce qu’il est vraiment.

A la chum qui a mis ces mots entre mes mains, mine et plume de rien...

05:05 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : l'ami indien, touvet |  Facebook |