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dimanche, 13 novembre 2016

Une chambre en Inde (1)

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Il est des semaines où je mettrais bien le monde en liste d'attente, je lui passerais en continu quelques notes de musique, de celles qu'on trouve invariablement sur les répondeurs des dentistes. Il est des semaines où se mettre heureuse et rire n'est plus aussi simple qu'enfiler un bon pull pour faire face aux jours de froidure. Ces semaines où le monde ne se pointe plus qu'avec sa gueule de chaos, mal peignée, mal grimée, mal au dedans, mal au dehors : un an depuis le Bataclan - comment avons-nous habité ces 365 jours? - quatre jours depuis Trump - qu'avons-nous fait de ces 96 heures ? -  et une petite moitié d'année avant les élections chez nous - qu'inventerons-nous durant ces 6 mois pour que ne pas ?
Alors, oui, mettre le monde en liste d'attente quelques heures et trouver un espace où se revigorer pour le penser autrement et s'emparer à nouveau du désir d'y retourner, résolument debout.

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Vendredi, nous avons pris Une chambre en Inde au Théâtre du Soleil. Tu n'y es jamais allée. Trente ans que j'y retourne pour m'y blottir comme en une matrice. J'ai la certitude de retrouver là la force originelle du théâtre : un espace poétique et politique, un espace où circonscrire la démesure du monde - les Grecs la nommaient l'hybris - un espace où se réfugier pour penser notre place dans la cité et dans l'Histoire, les jours où nous nous sentons les naufragés d'un fol espoir.

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C'est une chambre en Inde et par les fenêtres ce sont bien les bruits de l'Inde qui nous parviennent mais c'est surtout une chambre où déferlent l'Orient et l'Occident avec son cortège de terreurs et de chaos. Une chambre où s'invitent aussi Shakespeare, le Theru Koothu, Gandhi, Brecht et Chaplin. Un condensé d'humanité dans ce qu'elle a de plus terrible, de plus bouleversant. Et pour l'accueillir, coincée dans cette chambre, une troupe de théâtre  - son directeur Lear, désemparé par les attentats, s'est volatilisé - en quête de spectacle et le rire malgré tout, comme dernier rempart.

ariane mnouchkine,une chambre en inde

© Pili Vazquez


"Il faut savoir être heureux si possible ! Le monde actuel n’a que faire de nos plaintes, de nos désenchantements, la nostalgie ne sert à rien et nous affaiblit. Nous avons voulu surmonter nos angoisses par le rire ! Pour parler de la peur que ce monde engendre, nous avons choisi le comique comme une sorte d’antibiotique. Nous voulons rire de nous-mêmes, rire de nos échecs et rire de nos peurs, ce qui ne veut pas dire en nier la légitimité. "
Ariane Mnouchkine, 30 août 2016

 

mardi, 08 novembre 2016

Se mettre heureuse

No sabía que ponerme...me puse feliz. Foto Bariloche-2.jpg

© Bariloche

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
la machine à laver qui n'avait pas tourné
depuis de nombreux jours
la pile de linge réduite à peau de chagrin
la bannette débordante
logique des vases communicants

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
je suis restée sous la couette
en tenue d'Eve

j'ai laissé le soleil se lever
et les minutes filer
j'ai pensé que
demain matin Trump ou Clinton
et après-demain ?
j'ai songé
au documentaire vu hier
Fuocoammare
au film vu avant-hier

Moi, Daniel Blake
j'ai regardé la pile des romans
menhir de rien du tout
à côté de mon lit
Petit pays
Continuer

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
et tenue dérisoire
ou pour insuffler au monde
un sourire
je me suis mise heureuse

lundi, 24 octobre 2016

Demeurer

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Arradon, Octobre 2016

C'est le matin maintenant
je m'assieds sur le banc
entre les gouttes de la nuit
tout se reflète dans tout
le jour naissant dans l'eau
le clapotis contre les coques
dans les nuages
moment de calme intense
les bernaches sur le sable

C'est le soir maintenant
nous posons sur la pointe
nos semelles fourbues
face au silence
des nuages aspirés
par la lumière qui décline

Demeurer dans la beauté du monde
d'une frontière à l'autre de ce jour

 

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Arradon, Octobre 2016

jeudi, 06 octobre 2016

Point de suspension

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© Pili Vazquez

J'aspire à une halte
dans le hamac
suspendue un temps
au-dessus de l'herbe coupée

pour lire et relire
de tout mon saoul
jusqu'à livresse
Le plancher de Jeannot
Les Demeurées
Espèces d'espaces
Je me souviens
Petit piment
Petit pays

suspendue un temps
au-dessus de la parade des jours

pour penser classer
des bouts des morceaux des bribes
pour rechercher retrouver
des mots qui ne soient pas des miettes
des phrases qui ne soient pas des restes
pour tracer l'écrit dans le silence

jeudi, 29 septembre 2016

Cubisme

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Gaspard Lieb, Le cube

Pour se mettre ainsi en boîte devant le Musée des Beaux Arts de Rouen, Gaspard Lieb doit être pourvu d'un sacré sens de l'humour.

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Gaspard Lieb, Le cube

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vendredi, 16 septembre 2016

L'ombre d'un verre de vin

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Aux gens heureux on y va
pour étirer son sourire
comme on allongerait ses jambes
après un jour de fatigue
pour ralentir le temps
deux ou trois heures
le monde peut bien
s'agiter tout autour
courir à sa banqueroute
on s'y sent en terre parallèle
on s'y pose s'y dépose
à livres ouverts

et quand la coupe est vide
et quand sur la planche
il n'y a plus de pain
on pousse à la roue
pour l'ombre d'un verre de vin

mardi, 13 septembre 2016

Nouveau jour

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Factorie, Léry

Apesanteur des rêves
pas léger sur la terrasse
enivrement
de volute hier
de jasmin ce matin

je m'étire vers aujourd'hui

mardi, 06 septembre 2016

Aux jours qui viennent

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Pavement du Duomo
Siena, août, 2016

"Nul ne sait le passé qui nous attend", Orlando Luis Pardo, in Cuba, année zéro

Dans le Duomo de Sienne, je n'ai pas résisté au plaisir de mettre mes pieds face à ceux de la Sibylle de Cumes, prêtresse d'Apollon, experte en prophéties. Entre nous deux, plusieurs siècles et cette légende : "Sibylla Cumana cuius meminit Virgilius Eclog. IV." Comprenez : la Sibylle de Cumes dont Virgile se souvient dans l'églogue IV (des Bucoliques). De retour à la biquetterie, je suis allée regarder de plus près le passage en question. Le poète fait annoncer à la prêtresse le retour de l'âge d'or...
Première semaine de reprise des cours. Sauf que cette année, je n'ai pas l'impression de reprendre mes cours mais de débuter après vingt-deux ans de bons et loyaux services. La Réforme, malgré nos protestations, a tout chamboulé, promettant monts et merveilles. Mais en Langues et Culture de l'Antiquité, le bilan est amer.  Le Latin n'est plus une matière et est relégué à l'obscure catégorie " enseignement complémentaire ". Mes latinistes perdent la moitié ou le tiers de leurs heures. Comment fait-on pour inviter à un voyage antique une classe de 5ème en une heure hebdomadaire ? Nous n'allons quand même pas rester sur le rivage et regarder les bateaux tendre leur voilure vers le grand large ? Mes latinistes gagnent néanmoins le grand honneur de fermer le collège chaque soir puisque la pause méridienne est désormais d'une heure trente, incompressible et intouchable. A nous la case de 16h à 17h, dans le silence d'or enfin revenu.
Je m'en vais de ce pas , pour préparer un cours, ouvrir le fameux chant VI de l'Enéide où l'on croise à nouveau la Sibylle de Cumes qui guide Enée dans sa descente aux Enfers. Quand le printemps reviendra, je descendrai avec mes latinistes en Toscane, dans le Latium et en Campanie. Et j'aime déjà les pages de notre passé que nous y écrirons...

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Pavement du Duomo
Siena, août, 2016

samedi, 03 septembre 2016

Il barbiere è di ritorno

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Lucca, août 2016

Il faisait particulièrement chaud ce jour-là à Lucca. Nous avions laissé la voiture - nous ne savions pas encore qu'une durite avait lâché - sur le parking à l'extérieur des murailles et nous dirigions à pied vers la via Fillungo. Tu en avais plein les bras -carton de victuailles, pot de basilic- j'en avais plein le dos et le ventre -un sac derrière, un sac devant- mais mes mains étaient encore libres d'attraper l'appareil-photos quand nous sommes passées devant ce lieu improbable, via Vittorio Emanuele.

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Lucca, août 2016

Chez BISB -the barber is back- ce n'était plus exactement la Toscane. C'était l'Italie passée par Il était une fois en Amérique ou Le Parrain.

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Lucca, août 2016

Nous en avons oublié notre chargement. Nos regards ne savaient plus où donner de l’œil. Tout se reflétait dans tout par un jeu de miroirs : barbiers, clients, tissus rayés, murs plus chargés que ceux d'un musée. Et surtout le sérieux imperturbable de l'enfant.

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Lucca, août 2016

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vendredi, 02 septembre 2016

Etonnement

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Lucca, août 2016

Oui, même quand la journée a été bien pleine, alors même qu'on pensait ne plus pouvoir rien voir ni écouter, se laisser surprendre par la caresse du reflet sur les carreaux et s'attarder devant les courbes dessinées.

jeudi, 01 septembre 2016

Il faudra

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Lucca, août 2016

Malgré tous les discours
vigilance-attentats
protection contre
interdiction de
patrouille de
vigilance si

il faudra oser
ôter les barreaux
et regarder le ciel libre
ouvrir grand les fenêtres
et laisser les bruissements  entrer
desceller les murs de briques 
et aller et venir dans le monde ;
et le soir venu se laisser surprendre
par un reflet dans les carreaux

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mercredi, 31 août 2016

Lovée sur mon vélo

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Lyon, juillet 2016

Toutes les chaînes de radio en parlaient ce matin. Aujourd'hui, c'était la rentrée des profs. Rentrée : le mot convient parfaitement pour dire cet espace sans murs qu'il faut quitter pour retrouver ma salle 207. Accepter de se retrouver entre quatre murs n'est pas simple. J'ai profité de cette journée de transition pour raccrocher mes affiches - Botticelli, Printemps des poètes, Les derniers géants et Les géographes d'Orbae - une phrase de René Char pour qu'elle continue de me porter heure après heure "Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront" et le 1 hebdo consacré aux migrants. J'ai aussi profité de cette journée pour partir bosser à vélo, le long de la voie verte. Comme une évidence que je veux renouveler jour après jour.
Si la canicule ne lâche pas prise, prévoir d'investir dans un parasol.

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Vada, juillet 2016

En prévision des jours de gros chargement, il faudra que je demande à A. ou R. de m'installer une caisse sur mon porte-bagages en plus de mes sacoches ...

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© Pili Vazquez
Lucca, juillet 2016

 ... à moins que je ne me lance le défi de réussir l'équilibre ci-dessous. Dans ce cas, demander à Dw. son accordéon diatonique et à P. son aquarium !

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Volterra, juillet 2016

 

mardi, 30 août 2016

Bures qui nippent

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Lucca, août, 2016

Je me souviens que pour prendre cette photo, mon 1,60 m était de trop. Que je me suis assise à même le sol. Que d'en-bas la basilica San Frediano était encore plus belle. Ossature bois, galerie d'arcs et rayon de soleil sur les bancs. Je me souviens que je me suis imprégnée du lieu avant de déclencher l'obturateur. Que je cherchais le bon angle quand un ecclésiastique a surgi du hors-champ comme un ange de sa boîte. Ses gestes n'étaient pas équivoques et sa soutane dans tous ses états. J'ai pris mon temps. Pour prendre la photo. Pour jouer mon rôle de diablesse effrontément face à la bure qui nie le droit de s'asseoir à même le sol. Si j'avais parlé italien couramment, je lui aurais demandé de m'indiquer l'arrêté divin suivant lequel il agissait.
Je me souviens qu'à l'entrée du Duomo de Sienne, les hommes en marcel n'étaient pas inquiétés. Mais que des tuniques post-opératoires étaient distribuées aux femmes en short et débardeur. Cachez-moi ces épaules que l'Eternel ne saurait voir. Ça t'avait fait rire - sur la tunique, tu avais torqué ta bretelle de sac à dos  - ça m'avait fait râler. Notre monde est étonnant : ici on couvre les femmes avec de hauts cris et là on les découvre avec de hauts cris.

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Siena, août 2016

 

lundi, 29 août 2016

Vertiges

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© Pili Vazquez,
Siena, août 2016

Je m'absente de mes îles pour une journée bien remplie. Trop remplie. Je crains même qu'elle soit un peu étroite aux entournures. Filer à Arras avant même le début du jour avec ma bonne étoile sur le siège arrière, penser à la mettre dans ma poche à l'arrivée, chercher un appartement pour mon fils, l'inscrire à la fac, détourner la conversation quand la secrétaire demandera la collante du Baccalauréat qu'il a égarée, prendre le temps de découvrir la ville puis rentrer. Se dire que ce soir, on pourra. Rire de la journée qui vient de s'écouler. A pleines dents. Ça doit être possible.

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© Pili Vazquez
Siena, août 2016

Nous voici de retour. Nous pouvons rire à pleines dents. Mon fils a accroché son blouson à la patère de son studio. D'ici quelques jours, il pourra glisser sa carte d'étudiant dans la poche de son blouson.

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05:25 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : toscane, siena, arras |  Facebook |

dimanche, 28 août 2016

Ailes et elles

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Siena, août 2016

Les jours se sont soudain accélérés. Ma fille est revenue de l'Océan. Mon fils de Tel Aviv. Ce sont autant de signes qui annoncent la presque fin de l'été. Déjà la rentrée chargée de lourdes réformes se profile et je renâcle à lui ouvrir la porte. Je le ferai quand je lui aurai trouvé une juste place. Aujourd'hui, je me dis que je ne vais peut-être pas avoir le temps de continuer à passer sur mes îles chaque jour et pourtant je n'imagine pas que mes jours puissent s'enchaîner sans ce détour quotidien.

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Siena, août 2016

Intranquillité que j'apaise à tire d'ailes avec l'impassibilité de cet ange qui surplombe le fourmillement humain,
et ces visages d'elles.

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© Pili Vazquez, Figures d'albâtre
Volterra, août 2016

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© Pili Vazquez, Envol de la pensée
Siena, août 2016

 

15:49 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : toscane, siena, aile, elle |  Facebook |

samedi, 27 août 2016

Ursinesque

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Siena, août 2016

 La part manquante
a profilé le contour
bien léché d'un ours

vendredi, 26 août 2016

Epatement du petit matin

toscane, san gimignano

San Gimignano, août 2016

 Ce matin quand je me suis réveillée, le soleil n'était pas encore levé ou plus exactement il n'était pas encore passé au-dessus de la brume qui enveloppait la plaine. Vite un café, vite mes chaussures de course. Malgré la chaleur qui, elle, avait oublié de s'endormir -comment réussit-elle à tenir après autant de nuits blanches ?- je suis montée jusqu'au panorama de St Pierre du Vauvray. D'habitude, arrivée là-haut, je me réhydrate puis file sur la deuxième moitié de ma boucle. Ce matin, j'ai eu envie de m'attarder un peu. Mon corps ne risquait pas de se refroidir. J'ai emprunté la courbe du chemin qui descend à flanc de coteau et me suis assise dans la prairie. Silencieuse, le souffle à nouveau calme, j'ai laissé mon esprit prendre pour corps l'univers. C'est ce moment que le soleil a choisi pour illuminer la brume, c'est ce moment que ma mémoire a choisi pour faire remonter un autre matin.
A San Gimignano, quand je me réveillais assez tôt, je filais sur la terrasse du haut pour admirer l'épatement* du petit matin, au-dessus des rues vides. Seule une statue, dans un jardin derrière moi, se tenait à la verticale, immobile et burinée par les premiers rayons, jour après jour. Jamais elle ne manquait un rendez-vous. D'habitude, le soleil rayait la ligne d'horizon comme un diamant sur une plaque de verre. Ce matin-là, il a mis pied à terre tout embrumé et s'est attardé dans les plis des collines. Exactement comme moi aujourd'hui sur les coteaux de la Seine.

*"épatement" : je rends à ma fille, qui est très forte pour inventer des mots ou donner des sens nouveaux à des mots qui existent déjà, ce qui appartient à ma fille.

toscane, san gimignano

© Pili Vazquez
San Gimignano, août 2016

 

jeudi, 25 août 2016

Ritornare

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Siena, août 2016

Ça se savoure comme une madeleine cette canicule normande. Je garde certes les portes de la biquetterie fermées pour travailler au frais. Mais quand cet aprèm', j'ai lancé un espresso italiano dans ma cafetière Bialetti, j'ai jeté un coup d'oeil à G. qui voulait dire, on va le boire dehors ? Ni une, ni deux, nous nous sommes installés en pleine fournaise, avec contentement. C'était l'Italie retrouvée, pour lui l'Ombrie, pour moi la Toscane.

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© Pili Vazquez, Il cuore della città
Siena, août 2016

L'image qui est aussitôt remontée est celle de la Piazza del Campo, incurvée comme une vasque que n'inonderait plus que la lumière. Au fil des heures, la place prend même des allures de cadran solaire avec la Torre del Mangia dans le rôle du gnomon. Les touristes s'assoient dans son ombre et se décalent imperceptiblement, minute après minute, pour prolonger une fraîcheur toute relative.

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© Pili Vazquez, Sol y sombra
Siena, août 2016

Via Banchi di Sopra, une femme tourne le dos à cet exode nonchalant. Son pas se hâte lentement. Il la ramène chaque fin d'après-midi au même endroit. Ce jour-là, elle est en retard. Via dei Rossi, celles qu'elle rejoint sont toutes installées depuis une bonne heure. Elles sont déjà dans le vif d'un sujet. Elle n'a pas pris sa chaise pliante et le rebord de la fenêtre qui est déjà pris. Rosmunda, une fois sa cigarette finie, ira lui chercher un siège. A Sienne, il n'y a que les touristes pour s'asseoir à même le sol.

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© Pili Vazquez, Almodovaresque
Siena, août 2016

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mercredi, 24 août 2016

Fenêtres et drapés siennois

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Siena, août 2016

Les deux gardiennes de la Sala del Mappamondo du Palazzo Pubblico ont beaucoup de chance. Alors que d'autres de leurs consoeurs somnolent dans des salles obscures, elles règnent au milieu d'une salle lumineuse dédiée à deux fresques majeures de Simone Martini : d'un côté Guidoriccio da Fogliano all'assedio di Montemassi, de l'autre La Maesta. D'un côté un cavalier, de l'autre, une vierge à l'enfant. Entre les deux, un espace immense où nous nous sommes assises à même la dalle pour pouvoir observer longuement l'un puis l'autre chef d'oeuvre. Il suffisait pour cela, sans même nous lever, de pivoter de 160° en décollant légèrement les pieds du sol.

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Siena, août 2016

Donc confortablement installées, nous avons photographié les deux fresques dans leur ensemble. Mais très vite, j'ai cédé à la tentation de la fragmentation. Ici les fenêtres des cités, là un drapé. Je vous laisse imaginer ici le cavalier, là la vierge, en bas à droite.

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Siena, août 2016

De ce qui s'est passé quand nous nous sommes enfin levées, je pense que les gardiennes en parlent encore à leurs consoeurs des salles obscures avec perplexité. Mais la salle était si belle, elle-aussi...

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© Pili Vazquez, Souffle intérieur
Siena, août 2016

Tu as photographié ici un drapé qui sonnait bien à tes yeux. J'ai photographié là une fenêtre, paumes tendues.

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© Pili Vazquez, Mains en ogive
Siena, août 2016

mardi, 23 août 2016

Façades siennoises

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Siena, août 2016

Aux façades de Sienne qui dans les rues ne cessent de s'entrelacer

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Siena, août 2016

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Siena, août 2016

toscane, mur, siena

Siena, août 2016


Façades de face
front contre front
dans l'étroitesse des ruelles
façades de trois-quarts
dont la douceur écarte les incartades
Façades de profil
fil à fil dans les dédales
vous toutes
imbriquées les unes contre les autres

pierres et marbres côte à côte
vous dissimulez
au-dessus de nos têtes insouciantes
le jour qui passe
en un camaïeu terracotta
et quand l'oeil voit un nuage
il se dit qu'il se trompe

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Siena, août 2016

 

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lundi, 22 août 2016

Epoustsoufflant

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Petite pause dans mon carnet de voyage toscan pour saluer le départ de J. avec ses deux filles...

Ce matin, tu as pris la route, bien décidée à ne pas la rendre, du moins jusqu'aux causses. Ton éclat dans tes yeux et ta fierté quand tes mains se sont enfin posées sur le volant, je les imagine. Tu as sans doute jeté un coup d'oeil par la lucarne. Derrière toi, tout un début de vie et ton esprit nomade qui a si longtemps trépigné, qui n'en pouvait plus d'être assis. Tu l'as installé entre tes deux filles. Il t'a dit ça y est tu ne rêves plus, tu t'inventes. Oui je suis sûre que ce sont les mots qu'il a employés. Derrière toi aussi, ton camion circassien. Chaque recoin a été pensé, mesuré, bricolé pendant de longs mois : les lits, la cuisine, la douche, les étagères et même les toilettes sèches.  C'est désormais un studio ambulant.

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Jusqu'à ce vieux jean que tu as dû traîner les soirs de désespérance et les matins de lumière. Il est devenu vide-poche. Tu pourras y mettre tout ce qui n'est pas essentiel et garder le reste précieusement pour toi.

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Peu de gens savent ce que c'est de tout quitter. Les amis qu'il faut saluer avant le départ, avec un rhum qui a la force de l'appel de la vie. Les souvenirs à ranger dans les albums. Lesquels prendre, lesquels laisser ?

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Malgré tout, c'est un combat ordinaire qui t'attend. Celui que tu as choisi comme une évidence. Si certains en chemin trouvent que tout cela est mauvais genre, pense à leur offrir ton sourire et la certitude qui t'a mise sur la route ce matin.

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Demain, tu ne seras pas arrivée à Florac. Parce que ton camion a déjà beaucoup vadrouillé. Parce que tu prendras le temps pour passer d'ici à là-bas. Après-demain, peut-être. Peu importe, pourvu que jour après nuit, un vent époustsouffflant te porte.
Que la route te soit douce et légère...

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dimanche, 21 août 2016

Rendez-vous avec un arbre

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Août 2016

"Incantation de l'espace, décantation du texte" Nicolas Bouvier, Réflexion sur l'espace et l'écriture

Sur la route de Volterra, cet espace étonnamment vide. Après les rues gonflées de linges, les fenêtres dédoublées de reflets, les toits amarrés les uns aux autres, les champs striés d'oliviers, la plage sous les serviettes. Et avant les murs de Sienne couverts de fresques. Suffisamment déroutant pour sortir de la route et s'asseoir dans un champ à même le chaume.
Espace vide. Jusque dans les sillons arides. La saison des moissons est passée. Seul se dresse un arbre. J'ai l'impression de le connaître. De l'avoir déjà côtoyé ailleurs. Je recherche dans les zones encombrées de ma mémoire. Au dedans. Je ressors l'affiche de Le goût de la cerise d'Abbas Kiarostami et la photo d'un arbre prise par Nicolas Bouvier à Dunhuang. Au dehors. La lumière décline. Le jour exténué. La peau séchée de vent et de sel. Les rires de deux enfants japonais. Et mon regard qui ne peut se détacher.

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Août 2016

samedi, 20 août 2016

La città ideale

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Volterra, août 2016

La première chose que nous cherchons en arrivant à Volterra est le théâtre antique. Indiqué dès le parking, nous le trouvons sans peine. Au premier regard, il est évident que ce n'est pas un simple lieu archéologique. Quelque chose s'est passé là, la veille ou l'avant-veille. L'orchestra est remplie de chaises bleues et des tissus claquent au vent. L'air bruisse encore des applaudissements.
Ce n'est qu'arrivées sur la place principale que nous comprenons ce que nous avons manqué. Chaque année, se tient à Volterra, pendant une semaine, un festival de théâtre, le I teatri dell'impossibile. Il vient de s'achever la veille. Il ne nous reste plus pour nous consoler qu'à parcourir une exposition des affiches du festival depuis sa création. En remontant année après année, il est évident que ce n'est pas un simple festival de théâtre. Quelque chose se passe là qui rend au théâtre sa fonction antique : un lieu politique où interroger notre monde et notre manière d'appartenir au monde.
Je suis allée chercher sur la toile quelque site officiel et ai trouvé sur la page d'accueil ce texte :

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Volterra, août 2016

" Nous sommes figés et nous avons la sensation physique de tomber à la renverse. Nous ne croyons plus pouvoir faire quelque chose, nous ne croyons plus qu'il puisse y avoir une solution. (…) Avec le recul de quelques siècles, ce qui un temps était hérésie, est aujourd'hui devenu une évidence à nos yeux. Je sais que je suis un hérétique aux yeux de nombreuses personnes, mon hérésie est de croire aux potentialités transformatrices de l'homme, même à celles des hommes perdus. Un jour, même très loin, l'homme se libèrera des peurs et des liens qui le lient, qui l'emprisonnent. Je travaille en alimentant cette idée qui vient de si loin et va au delà de notre actuelle existence.
Armando Punzo
(...)

Sur nos scènes s'agitent beaucoup de nostalgie, de bonheur et de futur, mais ce dernier reste souvent piégé dans la langue du scepticisme. Le festival de cette année veut donc être, encore une fois, une œuvre dans son ensemble, au travers d'une symphonie de spectateurs, scènes, atmosphère, rencontres qui libèrent le sens de la possibilité de l'impossible, qui expérimentent une langue au travers de laquelle nous pouvons penser l'impensable. Mais comme l'Utopie est une notion dangereuse, parce que nous sommes victimes d’une déformation propre au XXème siècle, elle nous fait penser à ce qui ne pourra jamais exister, et non pas à ce qui existe encore, nous parlerons alors de Cité Idéale. Une figure lumineuse, une invitation à l'idéalisation, à concevoir des rêves plus ambitieux, des idées pour un modèle de civilisation qui vont au delà du temps et de l'espace.

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Volterra, août 2016

(…)
J'aimerais continuer le discours commencé avec Mercuzio non vuole morire et commencer ici, à Volterra, cette action déterminante. Avec la complicité de nombreux citoyens de tous âges concernés personnellement par ce chantier créatif, nous voulons nous demander pour quelle ville, quel homme, quel désir et quelle histoire il vaudrait la peine de se battre avec nous-mêmes et sur les scènes. Le cœur palpitant de la Cité Idéale est le théâtre, entendu comme lieu idéal de toute ville et de tous temps, le lieu de l'âme dans sa configuration concrète et visible; comme le dit Armando Punzo "le théâtre comme architecture concrète d'un espace impalpable, espace dans l'homme qui va contre toute logique du quotidien et qu’il faut cultiver et faire évoluer."*

Comment en le lisant, ne pas penser aux mois qui viennent et qui seront sous la bannière de promesses électorales?  Réussirons-nous à nous battre avec nous-mêmes pour inventer une nouvelle manière d'habiter le monde et transformer nos cités suspendues comme une épée de Damoclès en cités idéales où naîtront des idéaux et des rêves ambitieux?

* La pauvreté de mon italien ne m'aurait jamais permis de traduire ce texte. Merci à S. pour la diligence avec laquelle elle s'est attelée à la tâche et à P. pour sa relecture attentive.

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Volterra, août 2016

vendredi, 19 août 2016

La città del teatro

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Volterra, août 2016

Selon S., un voyage en Toscane doit passer par la case Volterra pour deux raisons. C'est une cité médiévale nettement plus belle que San Gimignano et y a été tourné un épisode de Twilight !
Volterra est certes une belle cité médiévale mais de là à détrôner San Gimignano dans mon coeur... Néanmoins, il faut passer à Volterra ne serait-ce que pour son théâtre antique qui accroche les rayons en fin de journée. Le théâtre est tellement présent dans cette cité - j'y reviendrai dans mon prochain billet - que lorsque l'on voit des vêtements de bure sécher aux fenêtres, on se demande si ce sont les dessous d'un ecclésiastique du coin ou le costume d'un acteur.

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© Pili Vazquez
Volterra, août 2016

Bonus tout spécialement pour S.
Ci-dessous la seule trace de Twilight à Volterra!

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© Pili Vazquez
Volterra, août 2016

jeudi, 18 août 2016

S'évader

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© Pili Vazquez, Le poids des rêves
Vada, juillet 2016

Ce jour-là nous aspirons, après plusieurs jours passés à sillonner l’intérieur des terres toscanes à rejoindre la côte. D’El Nido perché au sommet de San Gimignano, seule une route montagneuse, lente et à lacets, permet de gagner les plages blanches conseillées par S. Nous n’allons pas jusque-là, les routes qui longent la côte sont plus lentes encore que celles qui traversent les collines. Nous finissons par abandonner la voiture auprès d’un camping, traversons une pinède et débouchons sur la plage de Vada. C’est plus une bande de sable entre dune et mer qu’une plage. A droite, l’espace privé, propre sur lui, avec son bar, ses transats, son terrain de volley, le tout limité par une corde. A gauche, l’espace des quidams. Nous y posons tant bien que mal nos serviettes. A droite, à gauche, l'humanité à l’horizontal sous un soleil de plomb. J’aspire déjà à me baigner vite et échanger l’endroit contre un sentier qui se baladerait entre vignes et oliviers.
Pourtant nous sommes restées longtemps à regarder ces hommes vêtus de la tête aux pieds qui arpentaient inlassablement la plage dans un sens, arrêt à la corde, puis dans l’autre.
Le vendeur de serviettes et maillots de bain, pourquoi avait-il ainsi surchargé son improbable charrette ? Espérait-il vraiment vendre tout son stock dans la journée ?

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© Pili Vazquez, Prendre le large
Vada, juillet 2016

L’homme aux paréos allait et venait, sans un regard pour la mer qui léchait ses semelles. En fin de journée, prenait-il le temps de s’allonger sur l’un d’entre eux pour délasser ses jambes des kilomètres parcourus ?

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Vada, juillet 2016

L’homme aux cerfs-volants, quels rêves rembobinait-il en enroulant le dévidoir ?

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© Pili Vazquez, Désillusion des illusions
Vada, juillet 2016

Et juste avant la corde, la douceur de ce visage de femme, assise à côté de son portant à vêtements surchargé de frou-frous et dentelles bon marché. Douce et désabusée.
D’où venaient-ils, tous les quatre ? Quel destin les avait fait s’échouer sur cette plage ?
En les regardant aller et venir inlassablement, j’ai repensé à cet homme croisé en hiver sur un autre coin de la méditerranée et qui élevait un cairn attrape-rêves.

mercredi, 17 août 2016

A fresco

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Lucca, août 2016

Dernier quart du jour
le klaxon des piaggio
les femmes sur les bancs
le linge oublié sur les fils
 des reflets encore à la fenêtre
 les arbres sur l'ocre des murs

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San Gimignano, Juillet 2016

 

mardi, 16 août 2016

Instant de grâce

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© Pili Vazquez, Attimo di grazia
Firenze, Juillet 2016

Au moment où tu prends cette photo, tu sais que tu as attrapé un nouvel instant fragile. Je me dis même qu'il fait diptyque avec Chemins parallèles. A nouveau ces verticalités au fil de plomb, à nouveau cet espace vide ou presque. C'était jour de grande chaleur à Florence.  Les rues dégorgeaient de touristes. Nous rêvions de fraîcheur, de silence, de fontaines et de cascades. L'eau était tellement au centre de nos préoccupations que je t'ai parlé de condensation d'humanité insupportable. En fin de journée, nos ombres étirées à l'extrême sur les graviers du Giardano di Boboli étaient rincées.
Mais de tout cela, ta photo ne dit rien. Elle n'est traversée que par le regard de deux femmes. Qu'y avait-il donc hors-champ de si inattendu pour attirer leur attention au même moment ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Reste la légèreté d'un instant suspendu.

lundi, 15 août 2016

C'est sa fête !

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Cripta del Duomo, Sienne

Cela fait un peu plus de neuf ans que j'ai posé le pied sur ces îles et pas une seule fois je n'ai consacré un billet à l'assomption. Faut dire que je n'ai jamais compris comment ce mot pouvait désigner une quelconque élévation dans le ciel. Essayez de le dire à haute voix. Vous en aurez tellement plein la bouche de toutes ces consonnes aussi indigestes qu'une brochette de Chamallow passée au barbecue après les andouillettes que vous vous sentirez soudain d'humeur très terre à terre.
Mais cette année, c'est décidé, après avoir vilipendé tant et tant de fois Noël, je vais lui faire sa fête, à la vierge ! Et j'ai de quoi faire. Après dix jours passés en Toscane, à raison d'un ou deux musées par jour, ma photothèque est pleine de tableaux, fresques et mosaïques virginales, d'autant plus que P. n'y est pas allée de main morte. Avant de lancer le diaporama, je présente mes plus plates excuses aux passants sur ces îles. Nous n'avons pas eu la rigueur de photographier à chaque fois le cartel. Je ne suis donc pas en mesure de vous donner le nom des peintres, le titre des œuvres et toutes autres informations pertinentes qui figurent sur ces notices, habituellement. Seul reste le nom du lieu où ces œuvres sont exposées. Retour donc sur une vie en cinq épisodes avec sous-titres iconoclastes...

Episode 1 : L'annonciation

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Galleria degli Uffizi, Firenze
© Pili Vazquez

Commençons par une représentation somme toute très classique. Quand Gaby vient annoncer à Marie que l’Éternel l'a choisie pour son rejeton, qu'elle doit renoncer aux siestes amoureuses et qu'il faut qu'elle explique tout ça à son gars Jo, évidemment que la demoiselle a été épatée : ça me plaît bien, ce plan-là! répond-elle en levant sa main droite, délicatement. Comment pourrait-il en être autrement ?

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Galleria degli Uffizi, Firenze
© Pili Vazquez

Ah moins qu'elle n'ait reçu l'ange par ces mots : Oh, Gaby,  sérieusement, quoi, tu t'es vu dans ta tenue du dimanche? Fallait pas te mettre en frais comme ça pour moi ! Va donc rendre à ton patron son salut et dis-lui de faire sans moi ! S'il est si doué qu'on le rapporte, il doit même pouvoir se débrouiller tout seul. Sur ce, elle a repris son bouquin et s'est replongée dans la lecture. Ce jour-là, elle lisait le mythe de la naissance de Bacchus qui comme tout le monde le sait est né de la cuisse de Jupiter.

Episode 2 : L'heure de l'allaitement

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El Duomo, Siena
© Pili Vazquez

Sauf que le Patron a fait avec elle et que le rejeton était glouton.

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Chiesa San Michele, Lucca
©
Pili Vazquez

Episode 3 : Photomatons de la mère et du fils

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Torre del Mangia, Siena
© Pili Vazquez

Ça n'a pas dû être la joie tous les jours. Nuits blanches et cernes sous les yeux. Et cette manie que son fils a de toujours vouloir s'asseoir sur son genou gauche !

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Palazzo del Podesta, San Gimignano
© Pili Vazquez

Episode 4 : Scène de famille

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Crypta del Duomo, Siena
© Pili Vazquez

Sans parler des jours où ils se demandaient avec le gars Jo "A qui la faute ?". Ils se renvoyaient tous les trois la balle.

Episode 5 : Mater dolorosa

Au final, quand le petit trentenaire a enfin quitté le giron familial, ils ont cru qu'ils allaient enfin pouvoir couler des jours tranquilles. Ça n'a duré que trois ans. Y a sérieusement de quoi faire la gueule devant une vie pareille.

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Galleria degli Uffizi, Firenze
© Pili Vazquez

Tous mes remerciements vont à P. Sans ses photos, cette année encore, je n'aurais pu fêter l'assomption. Durant les jours toscans, j'ai réussi l'exploit de ne prendre aucune photo de la vierge. En effet, pendant que P.  prenait une fresque dans son ensemble ...

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Cripta del Duomo, Siena
© Pili Vazquez

... moi, je cédais à ma manie du fragment, ce qui me permettait de me poser des questions existentielles. Ah oui, au fait, qui donc s'est chargé d'enlever les clous ? Sans ce geste passer sous silence depuis deux mille ans, la descente de croix n'aurait pu avoir lieu. Mais je m'éloigne de mon sujet à moins que  je ne retombe sur mes pieds.

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Cripta del Duomo, Siena

dimanche, 14 août 2016

Pieds d'oeuvres

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La Primavera (fragment), Botticelli Filipepi
© Pili Vazquez

Faites l'expérience devant des tableaux de Botticelli. Invitez la personne à vos côtés qui a, sans doute, fixé son regard sur les mains et les visages, à admirer les pieds. Ne débutez pas par un fragment trop impressionnant. Prenez, par exemple, ceux des Grâces dans La Primavera, vus de talons et chatouillés par des pétales oblongs.

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La Primavera (fragment), Botticelli Filipepi
© Pili Vazquez

Poursuivez par ceux de Flora. Vu de profil, le 2ème orteil est nettement plus long que le gros orteil, particularité indiscutable du pied grec ; ce qui au final est logique pour un tableau traitant un sujet mythologique. La personne qui se prête à l'expérience devrait commencer à remuer discrètement ses pieds dans ses sandales tout en leur jetant un coup d’œil inquiet.

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La naissance de Venus  (fragment), Botticelli Filipepi

Profitez de ce moment pour l'inviter à se retourner vers La naissance de Venus et à contempler ceux de Zéphyr. Aériens, écarquillés, le petit orteil étonnamment dissimulé. Déjà, le petit orteil dans la sandale à vos côtés essaie de renouveler l'exploit. En vain.

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La naissance de Vénus (fragment), Botticelli Filipepi

Dernière étape et ce n'est pas la moindre dans ce parcours de va-nu-pieds, Venus à peine sortie du coquillage. On retrouve le pied grec mais celui-là fait bombance et le tour des ongles est franchement noir. C'est le moment que vous devez choisir pour poser votre question : tu les trouves comment les pieds peints par Botticelli ? Inévitablement, vous entendrez "laids" si la personne manque de délicatesse ou "étonnants en comparaison de l'émotion que dégagent les mains et les regards" si elle veut vous épargner. Peut-être même serez-vous d'accord avec elle ! En ce qui me concerne, mon amour des pieds de Botticelli est tel que rien ne peut l'écailler. Je les trouve beaux, superbes, somptueux, sardanapalesques ! Je n'ai pas convaincu grand monde avec cette expérience qui n'est cependant pas totalement dépourvue d'utilité publique : en général, la personne repart réconcilée avec ses propres pieds, les regarde enfin attendrie alors que quelques minutes auparavant elle les trouvait trop ceci ou pas assez cela !

samedi, 13 août 2016

Printemps au coeur de l'été

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La Primavera (fragment), Botticelli Filipepi
Galleria degli Uffizi, Firenze

Pour être déjà allée à la Galleria degli Uffizi, je sais qu'il faut que j'économise mon émerveillement, ne pas tout dépenser dès les premières salles. Garder en moi un espace vide et ce jusqu'au bout de la galerie du 2ème étage. Ne pas céder à la tentation d'y inscrire ce qui précède même lorsque mon regard me supplie de lui accorder un peu plus de mémoire vive. Il y a tant dont il voudrait garder l'empreinte. Si l'exercice devient trop compliqué, je passe plus vite dans les pénultièmes salles pour m'arrêter enfin au seuil de celle qui accueille les oeuvres de Botticelli. Je fais abstraction de tous ceux qui sont arrivés avant moi et qui selfisent à coup de perche. J'ouvre enfin grand les portes de l'espace laissé vide. Il ne me reste plus qu'à me diriger vers La naissance de Venus, le regarder longuement pour laisser le temps au tremblement intérieur que font toujours naître en moi les œuvres de Botticelli, ici ou au Louvre, de se réveiller.  Alors seulement, je me retourne vers La Primavera, je m'en approche lentement. Il n'est pas simple de maîtriser mon regard impatient, je lui dis tu te souvenais toi que printemps en italien est un mot féminin, je l'invite à redécouvrir Mercure et Zéphyr aux deux extrémités, Vénus et Cupidon au centre et soudain je le laisse aller. Vers ces mains entrelacées, vers ces regards qui tentent de prendre la mesure de ce que l'autre est devenue après quelques jours d'absence. Tout mon espace vide s'en emplit et mon tremblement intérieur en devient saisissement bouleversé...