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mercredi, 01 avril 2020

Aux confins de soi (9)

poirier

Ce matin comme tous les matins
côte à côte
le poirier et le poteau

l'un écorcé vif et rectiligne
n'occupant pas plus d'espace à sa base qu'à son sommet

l'autre tortueux, ligneux, vertigineux
son envergure immense

tout mettre en oeuvre
pour matin après matin
être poirier plutôt que poteau

dimanche, 29 mars 2020

Aux confins de soi (8)

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© Antoine Farizon

Il y a eu le fracas du vent contre les nuages
le retour du froid
il y a eu plus de fenêtres fermées qu'ouvertes

et, ou donc, le ménage de la biquetterie
il y a eu la montée jusqu'au panorama
pour suivre du regard les méandres de la Seine
elle aussi ne file pas droit

il y a eu toi au moment du café-clope
Il y a eu la lecture d'Ordesa
et de textes d'élèves sur César doit mourir
le confinement des prisonniers de Rebibia
dans leur cellule, dans leur peau
la porte ouverte par le théâtre
il y a eu deux fois La mort d'Achille
l'hybris d'Agammenon devant le corps du héros
les paroles de sa mère Thétis
"j'entends les gouffres des vies qui s'éteignent
comment savoir ce qui peut consoler les morts
quand nous n'avons toujours pas trouvé
ce qui peut consoler les vivants"
il y a eu l'écho de ce que nous vivons
il y a eu la photo de sachets de graines prêts à être expédiés
il y a eu le beefsteak des Andes de tante Ruby
il y a eu plusieurs fois et à tue-tête Seeds
il y a eu une heure de moins
il y a eu la lumière revenue alors que c'était déjà le soir
 

samedi, 28 mars 2020

Aux confins de soi (7)

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il y a eu les brumes matinales dans la plaine et le soleil au-dessus
tache de lumière sur la rétine en ouvrant le velux
il y a eu le premier café-clope et la lecture de La vitesse sur la peau dans le transat
il y a eu le retour de trois oies sauvages
le cercle d'un rapace
les allées et venues des abeilles au creux de l'hellébore

il y a eu dans le cerisier deux mésanges  qui zinzinulaient
il y a eu l'appel-vidéo de mon fils confiné dans son appart
le partage des ancolies et des pivoines prêtes à s'ouvrir
l'iris sur le point de se déplier

le violet des tulipes et le bleu des myosotis
côte à côte
il y a eu la décision de ne fumer que toutes les deux heures
il y a eu la route à vélo jusqu'aux Hauts Prés pour les légumes
puis jusqu'à la brasserie des deux amants pour la bière
il y a eu Wadji Mouawad jour 11
tout en préparant les blettes cueillies hier dans le potager
il y a eu toi au moment du café-clope
il y a eu les plumes de paon et les papillons
cousus le long d'une branche de noisetier tortueux
il n'y a pas eu de radio

il y a une journée qui s'écoule
et moi qui apprends à ne pas nager à contre-courant

 

jeudi, 26 mars 2020

Aux confins de soi (6)

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Nouvelle journée de confinement. La 11ème. Nous avons passé ce stade où les doigts des deux mains réunies ne suffisent plus. Il y a eu des jours évidents, d'autres où je me suis sentie comme une mouche contre la vitre.
Peu à peu, j'ai pris mes repères dans l'espace tracé par la biquetterie. Peu à peu, j'ai accepté les limites imposées. Plus que jamais, j'ai ressenti la force de la littérature. Dans ma salle, j'ai élevé une tour de Babel. Tous les livres qui la composent ont un point commun : leurs héros sillonnent le monde.  Hier j'ai ouvert L'Odyssée et ai pensé aux paroles de Wadji Mouawad dans son journal de confinement : Ulysse n'aspire qu'à une chose, se confiner à Ithaque ! Demain j'irai Bourlinguer avec Blaise Cendrars, pendant des heures, sur des centaines de kilomètres et sans formulaire d'autorisation de sortie.
Peu à peu, j'ai organisé mes heures, me levant tôt pour consacrer ma matinée à la continuité pédagogique. Onze jours et il y a déjà presque quelque chose d'habituel dans le fait de me retrouver devant mon ordinateur pour de longues heures silencieuses, quelque chose que j'accepte, sans plus me dire : il y a peu, j'étais encore devant mes élèves.
Ce matin, assise à mon bureau, attendant que s'ouvre mon Espace Numérique de Travail, j'ai laissé mon regard s'échapper dans le jardin, jusqu'au portail. La rue est vide et ce jour, semblable aux dix autres précédents, est vide de quelque chose auquel je ne m'habituerai pas : un passage à l'improviste. Cela n'est plus. Les voisins sont confinés, les amis sont confinés, mes enfants sont confinés.
Récupérant mon regard, je me suis attelée à la tâche : mettre en ligne mes cours, corriger des copies numériques, répondre aux nombreux messages d'élèves. Leur expliquer encore et encore ce qui n'a pas été compris, sans compliquer une situation qui l'est déjà assez. A chaque mail envoyé grandit mon impatience de les retrouver tous, de reprendre les cours, les yeux dans les yeux. Quelle empreinte, le confinement aura laissée chez chacun ?
J'en étais là de mes réflexions lorsque on a frappé au portail.
- Y a quelqu'un ?
Ce ne pouvait être un voisin, mon amie ou l'un de mes enfants. Ceux-là rentrent sans frapper. Un vendeur ambulant de patates ou un témoin de Jéhovah ? Ni l'un, ni l'autre mais un jeune homme parlant vite et quelque peu paniqué.
- Deux de nos biquettes sont dans votre jardin, derrière la maison. Vous nous autorisez à rentrer pour les attraper ?
Le jardin en question est mon potager, depuis onze jours j'y ai multiplié les semis !  Je m'y précipite avec lui. J'y trouve un autre homme qui me demande si on peut fermer le portail. Impossible, il est tellement rouillé qu'il ne ferme plus. Il s'empare des poubelles pour bloquer le passage, je me suis lavé les mains, ne vous inquiétez pas ! J'imagine bien, mon gars, qu'avant de courir après tes biquettes, tu t'es dit, tiens je vais me laver les mains au cas où il faudrait toucher des poubelles ! Il en attrape une première par les pattes -une biquette pas une poubelle- et veut la confier à son compère. Celui-là refuse de la prendre, a peur de se faire mordre, regarde un sac de jardinage, espère l'y mettre. Fais pas ta femmelette, prends-la ! qu'il lui dit. J'entonnerai mon couplet féministe un autre jour. Pendant ce temps de répit, la seconde biquette lorgne vers les jeunes pousses de fèves et de pois mange-tout. Oh les gars, si vous ne vous décidez pas, je vais l'attraper ! Finalement l'hommelette prend à deux mains son courage et la biquette, ce qui libère les mains du premier pour récupérer la seconde. Vous suivez ?
Avant de repartir, ils se sont confondus en excuses.
Moi je les ai remerciés pour l'imprévisible qu'ils avaient fait entrer dans ma journée de confinement. En les regardant s'éloigner, je me suis demandé s'ils avaient pensé à prendre dans la précipitation leurs formulaires d'autorisation de sortie après avoir coché la case "course de première nécessité".

mardi, 24 mars 2020

Aux confins de soi (5)

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© Pili Vazquez

Nouvelle journée
de confinement strict
pour les nuages aussi

 

lundi, 23 mars 2020

biffure 76

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© Pili Vazquez

Pause un livre à la main
pour atténuer la distance

défense de laisser s'installer
sur mon visage un mouvement de tristesse

avant les gens riaient
légèreté disparue du jour au lendemain

plus tard on reprendra ce sentier du désir
qui allait et venait

Biffure de la page 255 de Les choses humaines de Karine Tuil

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samedi, 21 mars 2020

Aux confins de soi (4)

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Le confinement ralentit et aiguise mon regard. Il apprend à se poser sur le cerisier et à demeurer à l'extrémité d'une de ses branches.
Hier, j'ai écouté Le journal de confinement  de Wadji Mouawad. Mon regard s'en trouve transformé, un peu plus encore. L'arbre, dans mon jardin, est confiné. Depuis seize ans, l'arbre est confiné dans mon jardin ; moi, depuis seize ans, je suis allée et venue. Aujourd'hui, nous sommes face à face. Lui immobile, moi, immobilisée. Mon regard sur lui.
Sur fond de ciel laiteux, ce matin, sa première fleur s'est ouverte. Plus imprudente, plus curieuse que toutes les autres. Autour d'elle, l'inhabituel silence des choses humaines et la présence décuplée des mésanges.
Sait-elle qu'il y a quatre ans, cet événement s'était produit un 13 avril ?
Sur les confins d'une autre terre, la première fleur de ton pêcher. Au début du mois, nous l'avions déconfiné de quelques mètres.

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© Pili Vazquez

vendredi, 20 mars 2020

Aux confins de soi (3)

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Je me sens saule pleureur
les larmes en moins
penchée au-dessus de moi
à chercher le reflet du monde
dans la rivière qui s'écoule

 

mercredi, 18 mars 2020

Aux confins de soi (2)

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© Pili Vazquez

matinée de brume et après-midi de grand soleil
la biquetterie est dans sa ouate
et moi
à ma table de travail ou dans mon jardin
comme un noyau dans son fruit *

*J'aurais bien aimé qu'elle soit de moi mais la comparaison est de Rilke

 

mardi, 17 mars 2020

Aux confins de soi (1)

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Outrenoir : je ne savais pas la semaine dernière, alors même que je lançais le Printemps des poètes dans mes classes, combien l'affiche de Soulages était prémonitoire. Les établissements scolaires ont fermé, puis les théâtres, les bibliothèques, les librairies et les cinémas. Sur eux tous : rideau noir
Crève-coeur : mon agenda s'est vidé de toutes les rencontres prévues. Reportée sine die la lecture poétique de mes élèves à la médiathèque Boris Vian.

Fait rage : la pandémie qui trace de nouvelles frontières invisibles. L'espace se réduit, se resserre.
Courage : le prendre à deux mains. Le regarder encore et encore sous toutes ses faces. Avec lui, habiter ces jours inhabituels.  On ne sait plus de quoi demain sera fait -l'a-t-on seulement su une seule fois ?- autant cueillir chaque jour. Renoncer à survivre et apprendre à vivre chaque instant d'un temps ralenti...

 

mercredi, 11 mars 2020

biffure 75

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Auschwitz, février 2020

Ruines d'Auschwitz
se taire au milieu de l'impensable
retour en France
difficile de dire

sur la cellulose
l'impouvoir de l'encre ou du crayon
éparses les lettres

Biffures de la page 189 du Ghetto intérieur de Santiago H Amigorena et de la page 53 d'Eparses de Geoges Didi-Huberman.

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mardi, 18 février 2020

biffure 74

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Auschwitz, février 2020

Elle prolongeait le corps de sa pensée
vêtue de bouts de toile :
il fallait que ces âmes obtiennent réparation

pas d'autre antidote à la peur que
réapprendre

le vivre ensemble doigts entremêlés

Biffure de la page 369 de L'ultime humiliation de Rhéa Galanaki

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samedi, 01 février 2020

biffure 73

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longues marches
à la lisière
de tes yeux noirs

Biffure de la page 226 de Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois

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samedi, 11 janvier 2020

Deux vingt

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© Maurice Pommier

Entendu au collège lundi
bonne année 20/20
parole de gamins parole de profs

interrogation
c'est quoi une année 20/20
une année sans fautes sans erreurs

Vu dans les rues de Rouen jeudi
une vague humaine en colère
blanchie aux gaz lacrymogènes
par un État sourd et quinze-vingt

doute
ça a presque une gueule d'année vain/vain
ces jours-là

Reçu dans ma boîte aujourd'hui
la carte de vœux de l'Ours
dessin rouge et noir joyeux

certitude
je nous souhaite des combats sans peur des ravins
et des désirs bouillonnant de levain
je nous souhaite d'écrire cette année 2020
et qu'importe les fautes les erreurs si c'est avec ivresse

lundi, 06 janvier 2020

Biffure 72

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Attrape-rêves
août 2019

Tu es au milieu de mes soupirs
dans ton regard la poussière du monde
le souvenir d'il y a longtemps maintenant
et parfois la beauté du givre
l'envie de passer les frontières
être libre, autant qu'on puisse l'être

Biffure de la page 217 de Sans foi ni loi de Marion Brunet

jeudi, 26 décembre 2019

Biffure 71

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Venables, décembre 2019

respiration insouciante
dans la brise voilée
pieds et bras grands ouverts
face à la lumière fragile
elle parvenait à imaginer
le souffle de l'arbre
Biffure de la page 213 de Starlight de Richard Wagamese

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dimanche, 15 décembre 2019

aux si grandes mains

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nous ne savions pas
quand nous étions descendus il y a deux mois
pour fêter tes cent ans
tous autour de toi
ma toute petite grand-mère aux si grandes mains
que la grande aiguille des années s'était déjà arrêtée
nous avions l'insouciance de penser 
l'année prochaine à Nice encore une fois
quand ce fut au tour
de l'aiguille des mois puis des semaines
de stopper leur course
notre cœur chargé de tristesse
a battu plus lourdement
nous ne savions ni le jour ni l'heure
et pourtant l'arrêt de la trotteuse inéluctablement

ma toute petite grand-mère aux si grandes mains
nous t'avons accompagnée en haut de la colline
et chaque pas semblait prendre des minutes
sous un soleil plongeant
nous t'avons confiée à la terre

nous allons apprendre à marcher sans toi
qui as traversé la Méditerranée d'une rive à l'autre
qui si souvent nous as appris
à nous tenir droit face à la vie
à vivre chaque seconde intensément
forts de tout ça
nos pas redeviendront légers
et nous nous risquerons à vivre
encore et encore
ma toute petite grand-mère aux si grandes mains


dimanche, 08 décembre 2019

G(rêve)

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Toit du Hamelet


l'après-midi tire à sa fin
l'obscurité descend autour de moi
seuls une flamme dans la cheminée
et le langage du vent dans le conduit
froissent le silence
allongée sur le canapé je souffle
je souffle sur tous les bruits et toutes les fatigues

d'une fin de semaine passée
à battre le pavé
à courir les rues
les poings tendus
tenant haut notre pancarte*
pour la réaliser nous avions usé
dans le local à vélos
tant de ces mauvais marqueurs du collège
qui d'habitude ne tiennent pas une journée
sur nos tableaux devenus muets

oui souffler et écouter le silence
quelques heures encore
et rêver à demain

il faudra se remettre debout
organiser une vaste murmuration
comme ces oiseaux que j'ai croisés
en rentrant de chez toi ce midi
ajouter du souffle à toutes choses
se sentir ardemment vivants
et trouver le courage de porter nos pas
aussi longtemps qu'il le faudra
pour atteindre le monde de nos grèves

* "nous ne sommes pas des vaches Hamelet, tire pas sur notre re-traite"

mercredi, 06 novembre 2019

Biffure 70

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© Pili Vazquez

vous remercier
pour
le jour inapte à porter l'uniforme
et
la nuit
sous le souffle de la caresse

Biffure de la page 77 de Mon chien stupide de John Fante

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mardi, 22 octobre 2019

Biffure 69

ceux qui partent.jpg

Lectoure, juillet 2019

Main-tenant
elles marchent

il faudra prendre
grand soin
jour après jour
des rêves espiègles de la langues des poètes
des bourrasques lumineuses de la couleur des détails

Biffures de la page 323 de Ceux qui partent de Jeanne Benameur

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vendredi, 18 octobre 2019

Pêle-mêle

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pêle-mêle de détails fugaces

le tressaillement attendrissant de ta soie
la douceur ébouriffée de tes cheveux
le tracé fragile de ton fard
les rebonds gourmands de tes veines
le velouté apprivoisé de tes muqueuses
les volutes insondables de ton silence

voilà
pêle-mêle
ce qui m'émeut en toi

vendredi, 04 octobre 2019

Sombre

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Rouen, août 2019
©
Gaspard Lieb


Sombre le nuage qui a traversé la Seine

amiante benzène plomb
sombres les décombres
fuites fûts hydrocarbure
sombre la ville sous la suie
toits jardins toboggans
sombres nos interrogations
pourquoi comment et si
sombre l'écran de fumée
de vos analyses de l'air et de vos mensonges

inspirez expirez
qui d'entre nous pour le crever
sinon la terre sombre et nos ombres avec elle

samedi, 21 septembre 2019

Biffure 68

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Mont Caroux, août 2019

mes pieds tiennent aux chemins
à l'appel de la légèrete
à l'ivresse de l'écho répété
à la gravité immense du soir qui tombe
et à l'enlacement à la terre
poussière soulevée

Biffures de la page 246 de Marcher, une philosophie de Frédéric Gros

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lundi, 16 septembre 2019

Filer

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Raoul Dufy au MuMa, LeHavre

Cet été j'ai regardé filer
nos pas sur les chemins de randonnées
l'ipomée sur le bambou
tes mains sur mon dos
la clématite sur l'osier
mes lèvres sur ta peau
le cyclanthère sur le noisetier
les oies cendrées dans le ciel
les passants sur le front de mer
le cargo noir devant le soleil rouge
mais regarder filer les étoiles dans le ciel
j'ai oublié.
Mon voeu patientera jusqu'à l'été prochain.

19:28 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le havre |  Facebook |

vendredi, 16 août 2019

Haut banc

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Mont Caroux, août 2019
© Pili Vazquez

Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Antonio Machado

Rentrée depuis peu de vacances et je n'ai pas trouvé le temps de m'exiler sur mes îles. Il y a eu tant à faire dans mon potager : relever les pieds de tomates allongés sur les graminées et les cyclanthères sur les herbes de Simone, redonner un peu d'espaces aux choux toscans, récolter les pois chiche, mettre en terre les salades d'hiver, les betteraves, le basilic ramenés des Coquets et les plantes récupérées dans les allées du jardin de Coursiana, faire cairn avec les pierres du cirque de Mourèze et les lauzes du cimetière de Bédarieux.
Il y a eu tant à faire et pourtant nous avons failli remettre à plus tard. La semaine dernière au rond point de l'aire du Larzac, à notre droite l'autoroute pour remonter patiemment vers le nord, à gauche une ultime indication vers le Haut Languedoc. J'ai dit chiche, on va à gauche, tu as dit, on fait reset et on recommence les vacances. Oh oui, recommençons les terres rouges du cirque des dolomites et les terres noires de bruyères du Mont Caroux, recommençons les genêts qui pétouillent à notre passage et les mouflons qui nous guettent en haut du chemin, recommençons à écouter la poésie, debout et  assises sur l'humus, les arbres et caetera, recommençons le vol des hérons cendrés au-dessus de la prairie fraichement coupée et nos cris sous les buis dévorés par la pyrale, recommençons les brins de cuisine, les vins de Faugères et les figures fantastiques sur les troncs creusés des châtaigners. Oui recommençons ce temps côte à côte où il est si simple d'être ici et maintenant.
On a fait risette et trop sagement nous nous sommes engagées sur l'autoroute.
Plus tard quand la rentrée sera passée et qu'il faudra se retrouver à nouveau entre quatre murs, que s'éloigneront les chaudes journées d'été passées dehors, quand l
es jours seront chargés inutilement comme sait si bien le faire l'éducation nationale, j'irai m' asseoir sur ce banc croisé lors de notre dernière rando comme on monte le long du hauban pour voir loin et retrouver le calme.

mardi, 06 août 2019

Patineuses de l'eau

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En face des Mouflons Joyeux se trouve le moulin de Nougayrol. Il suffit de passer la route et d'emprunter l'escalier taillé dans la pierre pour se retrouver au bord de la rivière, entre deux gués. Autant dire que c'est notre spot baignade - apéro. C'est aussi le spot des patineuses d'eau. De loin, on dirait de longs moustiques, de près, des hydroglisseurs à six points d'appui. Elles nagent une brasse particulière. Seules leurs pattes médianes s'activent. Elles avancent ainsi par mouvements saccadés. Leurs trajets en apparence désordonnés répondent sans doute à une logique.
Aujourd'hui, je suis restée longtemps à les regarder non pas pour parfaire le paragraphe entomologique ci-dessus mais dans l'attente d'une trouée dans le ciel nuageux car alors...
leurs ombres au fond de l'eau
se faufilant dans les failles d'un GR aquatique
gravissant les parois escarpées
les redescendant avec la même élégance
ont la grâce d'un ballet de minuscules Atomium.

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© Pili Vazquez qui avec patience a attendu l'ombre des patineuses

dimanche, 04 août 2019

Objection

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Chapelle St Eutrope

Qui pour la première fois a parlé du chant des cigales ? Comprenez-moi bien : qui a eu l'idée d'associer ces deux mots "chant" et "cigale" ?
A peine arrivées aux Mouflons Joyeux, nous sommes allées faire pèlerinage jusqu'à la chapelle St Eutrope. Non pas pour déposer quelque bougie mais pour nous asseoir sur les lauzes empilées devant l'érable, le dos contre l'arbre. Là, le corps se délasse de la montée et le regard glisse du cairn à la cabane -tu dis c'était le presbytère de l'ermite- puis loin sur les monts. Oui il avait bien raison, Eutrope, de venir s'installer là entre silence et quiétude.
J'en étais là de mon laisser-aller quand une cigale dans l'érable perchée s'est réveillée suivie rapidement d'une consoeur. Et ce n'est pas un chant en stéréo qui s'élève alors dans les airs. Oh que non, c'est un réveil matin en mode snooze de part et d'autre de nos oreilles qui s'emballe sur lequel on voudrait trouver la touche stop ou du moins celle "répétition dans dix minutes". Le temps de goûter encore un peu silence et quiétude avant de nous laisser glisser dans la vallée.

jeudi, 01 août 2019

Je reviens d'un pays

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Lectoure, juillet 2019

Je reviens d'un pays
où les collines revêtues de champ d'ails
se dévêtissent au petit matin

où les départementales jouent aux montagnes russes
entre les platanes
où les tournesols quand ils n'ont pas la tête trop lourde
vous fixent comme des insectes
où les cyprès ont un je-ne-sais-quoi de toscan
où l'on boit le soir un verre de rouge sous le marronnier

Dans ce pays-là
j'ai laissé
il y a si longtemps
un rideau de peupliers
une maison sans prétention
et l'insouciance d'une gamine
qui ne savait pas
qu'au-delà l'attendait
une ville étriquée
entre ses avenues tirées
au cordeau de la bien-pensance
où il faudrait bien grandir

Oui je reviens d'un pays
qu'on ne peut plier
et mettre dans sa poche
un mouchoir dessus

 

jeudi, 25 juillet 2019

Matin de canicule

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Lectoure, juillet 2019

J'ai ouvert chaque fenêtre
ai chassé la moiteur de la nuit
une bouffée de toi
les moustiques gorgés de nos peaux à nu

déjà les guêpes vont et viennent sous le poirier

j'ai ouvert chaque fenêtre
sont entrés les sept coups au clocher
l'ombre du muret
des éclats de fraicheur

déjà la lumière lèche le haut des façades

pas le temps de t'embrasser
j'ai pris le large dans la ruelle
qui donne sur  la place baignée de soleil
puis la rue à droite jusqu'à la boulangerie

le pain est encore dans le four

je me suis assise sur la terrasse
où l'on peut respirer le silence de la ville
j'ai bu un café ai ouvert mon carnet
sur la surface de ce jour

 

samedi, 20 juillet 2019

Désirer toujours

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Cultiver les rêves
Festival des jardins, Chaumont sur Loire

désirer toujours
étourdir le jour étirer la nuit
tresser des routes et  détours
le long de tes sourires
siroter l'iode sur tes joues
dérouter ton œil de féline