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mercredi, 11 juillet 2018

Un vent-terre

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Pierre feuille
mais pas de ciseau pour raboter
les rainures du bois grisées par le plomb du soleil
Pierre feuille
où noter ce qu'il ne faudra pas oublier demain
la purée d'amande et la gelée de groseilles
les shorts et une polaire
dans la bergerie les nuits seront peut-être fraîches
les graines de chia le roiboos et le café
pour les premières heures de la journée et les suivantes aussi
des fruits secs mi-figue mi-datte
le laguiole et le notron
le sac à dos pour les gorges
les lampes frontales
si la lune n'éclaire pas suffisamment le sentier jusqu'à la yourte
Les métamorphoses, Lysistrata et les Boloss
à lire entre ombres et lumières

penser à faire aussi la liste de ce qu'on oubliera

mardi, 10 juillet 2018

Mise en abyme abyssale

petit éloge du running.jpg

Par une journée très chaude, trop chaude pour aller courir, se réfugier sous l'ombre du cerisier, dans le transat, pour se poser un peu, en attendant que le soleil soit à nouveau fréquentable, en profiter pour lire Petit éloge du running de Cécile Coulon. Mais par littérature interposée, se retrouver à enfiler ses baskets, grimper le long du sentier qui mène au panorama, transpirer suer cracher se moucher avec les doigts, réveiller d'anciennes douleurs et être à nouveau au pied du mur !
A la dernière page, je croyais être arrivée au bout de mes joies. C'était sans compter sur le portail qui soudain s'ouvre sur l'auteur en tenue de running -ou était-ce de jogging ou encore de footing?- en os et en chair rouge mais à peine essoufflée par la côte et qui lance : c'est ici le ravitaillement thé à la menthe ?
Aujourd'hui, le soleil est moins chaud mais j'ai bien envie d'essayer quand même : se réfugier dans le transat sous l'ombre du cerisier, en profiter pour relire Autoportrait de l'auteur en coureur de fond d'Haruki Murakami et attendre le grincement du portail de fer forgé.

 

vendredi, 29 juin 2018

Nous voici

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Senneville-sur-Fécamp, juin 2018

Nous voici devant la cabane
nous avons laissé derrière nous
les jours à toute allure
les docs ouverts sur l'écran
une pile de copies dans un tiroir
sur les lattes de bois rouge
le soleil se prélasse
comme un chat en fin de journée
le vent est plus frais ici
qu'à l'intérieur des terres
nous voici dans la cabane
sans électricité ni eau courante
au milieu une table creusée par les coudes
de ceux qui se sont arrêtés là
avant nous

immobiles devant la grande baie vitrée
perchés au-dessus de la mer
sur le fil de l'horizon
je n'ai pas le vertige mais
je retiens mon souffle et ta main
nous voici maintenant au pied de la falaise
des blocs en se détachant ont trouvé
l'équilibre improbable des menhirs
la mer est basse
nous avançons sur des dalles de craie
dédale de mes pensées
nos ombres se retrouvent
plus loin sur le sable
la rouille d'une épave dentelée par le sel
a-t-elle déjà eu la trouille

face à une marée un peu plus haute qu'une autre
nous voici à nouveau dans l'escalier
qui grimpe à la cabane
nous repassons devant l'orchidée
et les choux sauvages

bientôt la nuit tombera doucement
dans les draps des vagues

samedi, 23 juin 2018

Biffures 45

berlin.jpg

Berlin, mai 2018

sans peser
je t'accompagnerai
jusqu'à la frontière
là où savent marcher
les sourires

Biffures de la page 79 de La nature exposée d'Erri de Luca

 

21:05 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : berlin, erri de luca |  Facebook |

jeudi, 07 juin 2018

Biffures 44

berlin cimetière.jpg

Berlin, mai 2018

Les vagabonds pouvaient entendre
le frétillement rare
du nuage
appartenance au monde
qui ne parle pas

Biffures de la page 57 d'Une tête de nuage d'Erri De Lucca

08:55 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

vendredi, 18 mai 2018

Les Amnésiques, Géraldine Schwarz

mur,berlin

Mauer Park
Berlin, mai 2018

"La bande frontalière fut détruite autour de Berlin-Ouest, une enclave en territoire ennemi cernée par un mur de 184 km de longueuret 3,6m de hauteur, derrière lequel s'étendait une zone militaire large de 30 à 500 mètres, délimitée par un autre mur haut de 2 à 3 mètres, côté Est. Sa démolition laissa place à de grands espaces vides bordés d'immeubles abandonnés. Après avoir symbolisé l'oppression, la frontière devint un terrain de jeu inépuisable pour les Berlinois qui prirent possession de cet espace gratuit où tout était possible. (...)
Peu à peu, ces espaces se remplirent et l'on oublia presque qu'un mur avait été érigé là. (...) Je trouve dommage qu'on n'ait pas conservé davantage de pans, même étroits, dispersé dans la ville ; il n'y a rien de plus efficace qu'un mur pour se souvenir que la liberté de mouvement n'est pas un droit immuable. "
Les amnésiques, Géraldine Schwarz

 

mardi, 15 mai 2018

Biffures 43

berlin 3.jpg

Mur de Berlin, East Side Galery
Mai 2018

où mène
chaque pas ?
près de la vie
dans un souffle qui fait trembler
les fantômes
je crois.

Biffures de la page 20 d'Une verrière sous le ciel de Lenka Hornakova-Civade, lu dans le train qui me ramenait de Berlin et dont l'avant dernière phrase est "Le mur est tombé, quelque chose a changé."

06:18 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlin, mur |  Facebook |

dimanche, 13 mai 2018

Biffure 42

mur de berlin 2.jpg

Mur de Berlin, East Side Galery
Mai 2018

Nous ne sommes jamais
retournées au bord
d'un lointain souvenir
bras dessus bras dessous
le soleil clapote
frivole
sur un après-midi lent

Biffures de la page 271 de Giboulées de soleil de Lenka Hornakova-Civade, lu dans le train qui me menait à Berlin et dont la dernière phrase est "L'Europe enceinte d'une envie de liberté, a fini par en accoucher dans un craquement de mur le 9 novembre 1989."

 

13:44 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : berlin, mur |  Facebook |

samedi, 12 mai 2018

Fraternité

berlin.jpg

Sur les rives de la Spree
Berlin, mai 2018

De retour d'une semaine à Berlin. Coupée des informations pendant autant de temps. Ce matin, au lever du jour, j'ai retrouvé mon potager et l'oiseau sur la plus haute branche. Accroché à mon poirier, mon transistor déversait la dérive du monde : Trump qui prétend postuler au Prix Nobel de la Paix, le plateau du Golan sillonné de roquettes et toujours et encore nos frontières fermées. J'ai posé la grelinette contre le tronc et suis allée chercher Destinée arbitraire sur une étagère...

Chant pour la belle saison, Robert Desnos (mort à Theresienstadt)

Rien ne ressemble plus à l'inspiration
Que l'ivresse d'une matinée de printemps,
Que le désir d'une femme.
Ne plus être soi, être chacun.
Poser ses pieds sur terre avec agilité.
Savourer l'air qu'on respire.

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.
Les plaisirs de la vie.
Le vin qu'on boit avec des camarades.
L'amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l'on chante en marchant sur la route.
Le lit où l'on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.

Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d'autres choses
Dont on ose refuser la possession aux hommes.

(...)

12:02 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : berlin, migrants |  Facebook |

mardi, 01 mai 2018

Biffure 41

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Dans l'entre deux
© Pili Vazquez

On se tait
ta présence a les couleurs
vives des robes légères
- veux-tu que ..
la clarté de ton rire
une main dans mon dos
des gestes qui ont
la mine des choses intimes

En attendant que le tome 3 arrive à la médiathèque, mots rescapés des biffures des pages 45 et 6(6) des tomes 1 et 2 d'A la place du coeur d'Arnaud Cathrine...

14:54 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

dimanche, 22 avril 2018

Biffure 40

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Lune diurne, Giverny, avril 2018

Mots rescapés des biffures à douze mains de la page 57 de Un membre permanent de la famille de Russel Banks

Histoire et abandon
la lune couverte de neige
en gilet de décembre
l'enfant reconnut

un livre de classe
C.

Il savait que
la salle de séjour
ne pouvait pas avoir avancé
devant une pièce adjacente.

Quand il fut devant,
il comprit que
c'était un fauteuil à bascule

D.

S'effondrer avec
une humiliation de jaloux
il regrettait ses amis
N.

S'effondrer
sur la pente polaire
et récupérer
l'heure neuve
A.

Noël se casserait
à bonne distance
de la lune

mais il savait que
dans sa parka de fête

il regretterait
la baby-sitter à bascule
B.

Abandon de la lune
contre sa bouche
P.

18:32 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lune, lune diurne |  Facebook |

mercredi, 18 avril 2018

Biffure 39

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Sienne, août 2016

Ses pas l'ont cherchée longtemps
dans son carnet se froissent
secrets et rêves
caresse accrochée
au mur de ses émotions

Mots rescapés des biffures de la page 171 de Rêves oubliés de Léonor Recondo

lundi, 16 avril 2018

Et la cage ?

maison de la poésie.jpg

Cab : un jour je monterai dans un cab, pour y manger un riz au lait
CAC 40 : comprendre ce qu'est le CAC 40 ne changerait rien à ma vie
Cade : Huile de cade ou d'amande, pour la douceur
CAF : sujet de préoccupation de mon fils ces derniers jours
Cage : (vide)
Cake : nom que ma grand-mère donne aux petits gâteaux qu'elle cuisine pour accompagner le café. Elle prononce (kak)

Cale : un ami utilise les livres qu'il n'a pu éditer comme cale pour son établi
Came : abréviation de camelote. A camelote, je préfère le mot pacotille

Et la cage ?

Canne : la semaine dernière, un des acteurs de Dale recuerdos avait besoin de sa canne pour rejoindre le bord de la scène
Cap' : de quoi sommes-nous capables ?

Caque : longtemps j'ai orthographié ainsi les gâteaux que ma grand-mère prépare pour accompagner le café
Car-Casse : "A chaque jour qui recommence, on recommence notre vie"
Cave : si j'en avais une, j'y ferais vieillir des vins toscans et quelques Love and flowers

Et la cage ?
Même si j'ai lu Le pays imaginé, je ne connais de la cage que son inutilité. L'oiseau, je l'aime perché sur une branche de ton poirier s'apprêtant à briser le silence d'une nuit pour chanter un jour nouveau.

mardi, 20 mars 2018

A la belle impérieuse

l'ardeur.jpg

15h, aujourd'hui comme tous les jours, c'est l'heure de la pause : dix petites minutes pour attraper en salle des profs mes deux  comparses, un café, une clope puis filer derrière le collège pour fumer la clope, boire le café et discuter avec mes deux comparses sous un froid rayon de soleil. Dix petites minutes pour recharger les batteries. Ce temps est d'autant plus sacré le mardi que j'ai déjà quatre heures de cours au compteur et qu'il m'en reste encore deux à faire. 

C'est ce moment-là précisément que choisit E. pour croiser mon chemin pressé.
- Madame, puis-je passer dans votre prochain cours pour faire un B.I.P. ?
Je suspends deux secondes mon vol pour lui dire oui avec plaisir, m'étonne à peine de la proposition, ne pense pas à lui demander avec quel prof il a préparé son B.I.P. - j'avais E. en français l'année dernière, je sais qu'il pratique cet exercice avec art : entrer dans une salle de cours, déclamer un poème puis ressortir - et allonge mon pas pour rattraper mes deux comparses.

15h10, je récupère mes latinistes 3ème. Au centre de mon cours, ce jour-là, le mot VIRTUS. On cherche ses traces dans la langue française : virtuel, vertu, virtuose... Traduisons-le rapidement par courage.
C'est ce moment-là précisément que choisit E. pour apparaître. Il ne me laisse pas le temps de remarquer qu'il a troqué son sweat contre une chemise blanche et un gilet de costume. Il dégage une tension que je ne lui connais pas. Je me recule pour lui laisser la place.

A la belle impérieuse de Victor Hugo

Je souris, le poème s'accorde bien avec le thème du Printemps des Poètes, Ardeur,

L'amour, panique
De la raison,
Se communique
Par le frisson.

Sa voix tremble, glissando ; en face la classe a suspendu son souffle,

Laissez-moi dire,
N'accordez rien.
Si je soupire,
Chantez, c'est bien.

Son visage reste obstinément tourné vers la droite,

Si je demeure,
Triste, à vos pieds,
Et si je pleure,
C'est bien, riez.

Je vois son coeur battre à tout rompre, côtes, chemise blanche et gilet...

Un homme semble
Souvent trompeur.
Mais si je tremble,
Belle, ayez peur.

Le dernier vers flotte encore dans l'air, qu'E. a déjà disparu. Tous applaudissent avec un sourire immense. Seule V., à ma droite, baisse la tête, avec cette grâce particulière propre aux personnages de Botticelli. L'un dit : incroyable, il a eu le courage de le faire ! C'est alors seulement que je comprends. Je dis : je me trompe ou on vient d'assister à une magnifique déclaration d'amour ? J'en reste époustouflée, E. venait d'imposer sa chance, serrer son bonheur et aller vers son risque.
Ce mardi devait filer comme un autre, il est devenu un jour de joie.

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dimanche, 18 mars 2018

Un vers c'est...(3)

gent.jpg

Gent, février 2018

les uns pressent ions

cisaillent cou

lacèrent

vagues à bond

vagabond

là serre

six haïkus

les impressions

11:02 Publié dans UN VERS C'EST... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gent |  Facebook |

mercredi, 07 mars 2018

Biffure 38

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Patrick Van Caeckenbergh, De Schelp (fragment)
© Pili Vazquez

Je reboutonne
à double tour
le trottoir
un nuage
dans mes mains
se dandine

Mots rescapés des biffures de la page 28 de Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

08:40 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mardi, 06 mars 2018

Art murs

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Gent, février 2018

Sous la griffe de graffitis
gaufrés ou agrafés
les murs ne sont plus plan-plan

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Lisbonne, février 2017
© Pili Vazquez

09:37 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mur |  Facebook |

lundi, 05 mars 2018

Un vers c'est...(2)

héron.jpg

Vers Contraste
Gent, février 2018

L'un dit
je l'ai
la chemise
les ai
les ronds résiniers
de
l(e)' héron* résigné
lésé
lâche mise
gelé
lundi

*Pour que la glace de l'holorime ne rompe point, je me suis autorisé une licence : d'aspiré, le "h" est devenu muet.

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09:42 Publié dans UN VERS C'EST... | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : gent |  Facebook |

dimanche, 04 mars 2018

Contraste

sirène gent 2.jpg
Gent, février 2018

le matin
au passage du pont
elle est notre cadran solaire
sur la chute de ses reins le long de sa cuisse 
la ligne de partage de l'ombre et la lumière

tout le jour
battre le pavé gourd
doigts de gel
un café un chocolat
monter au beffroi
les langues du vent
un musée
longer les canaux figés
lipstick sur les lèvres
une troubadour une mort subite

le soir
nue au ponton
elle est là
la main en conque sur son oreille
elle écoute la ligne
de rencontre de la Lys et l'Escaut
l'écho de nos pas fourbus
mais tant de force au coeur

sirène gent 3.jpg

12:22 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : gent |  Facebook |

dimanche, 18 février 2018

Prix du Meilleur Roman Points Poche (2)

une bouche sans personne.jpg

2ème chronique pour le Prix Points Poche

Souvent quand je commence la lecture d'un nouveau roman, je file un cocon-silence, au coin de la cheminée, dans un recoin de mon jardin, au pied de ton poirier, dans les replis de mon hamac ou dans les plis de ton canapé. C'est selon, en fonction des saisons. Absente au monde, à ma propre vie pour mieux y revenir. Parfois au contraire, je choisis la vitre d'un TGV, exposée à l'espace qui défile, je trace ma route de ligne en ligne.
Mais dès les premières pages d'Une bouche sans personne, j'ai su que ces espèces d'espaces n'allaient pas convenir. J'ai quitté mon village perché sur les coteaux - ce jour-là, les poubelles s'entassaient sur le trottoir, les rippers, le matin, n'avaient pas bravé la tempête de neige- ai passé le pont et suis entrée au bistrot. Me suis installée à une table, contre une vitre, sous un rayon de soleil, ai commandé un premier café. Je pouvais enfin passer l'après-midi à lire Une bouche sans personne, en une mise en abyme parfaite.
J'ai écouté son narrateur se raconter soir après soir dans le bistrot de Lisa, après ses journées de comptable, faire le conte de ses souvenirs, les siens et celui de son grand-père. Tout d'abord pour ses amis puis pour une assemblée trop imposante pour le bistrot trop étroit. Garçon, un 2ème café s'il vous plaît. Il n'y a pas grand monde cet après-midi là, un jeune qui boit une bière, le regard perdu dans son verre et deux femmes qui se chuchotent au-dessus de leur chocolat. Je l'ai écouté descendre le long de sa blessure, celle qu'il dissimule derrière une écharpe. Avec pudeur, repoussant toujours plus loin le moment où il faudra dire jusqu'à l'indicible. Garçon, un verre de rouge, s'il vous plaît. Quand j'ai tourné la dernière page, il faisait nuit depuis longtemps.
J'ai pris la route du retour, ai franchi le pont, ai remonté les coteaux, ai longé l'alignement des poubelles. Penser à commander à mon libraire Une rose et un balai de Michel Simonet. Chemin faisant, je ne savais pas encore que le lendemain, je commencerais, au coin du feu, la lecture de Six degrés de liberté de Nicolas Dickner, que je le trouverais drôle puis perdant de son humour, que je me laisserais la liberté de l'abandonner pour commencer Eroïca de Pierre Ducrozet, que je me dirais, tiens j'ai changé de roman mais le personnage principal s'appelle toujours Jay.

19:19 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

mercredi, 07 février 2018

Un vers c'est...

holorime.jpg

Le corrélat :
Maupassant
sait parler d'eux

lettres et lait froid.
mais l'écurie ?

mais les culs rient
l'être et l'effroi
séparent les deux
mots passants
le corps est là

 

dimanche, 04 février 2018

Border-eau

crue.jpg

Paris, janvier 2018
© Pili Vazquez


- que d'eau que d'eau !
disent les badauds sur les ponts
de Paris à Andé
ils sont aux premières loges
pour admirer la mise en Seine
côté jardin

plus de terre que du terreau
côté cours d'eau
l'asphyxie des lampadaires

on ne peut plus battre la campagne
alors on bat l'eau
faudra-t-il aussi fendre les flots
Queneau, Queneau ?

crue2.jpg

St Pierre du Vauvray, février 2018

jeudi, 25 janvier 2018

Interrogation

casse-texte.jpg

Mettre en scène un texte
est-ce inévitablement un casse-texte ?

samedi, 20 janvier 2018

Branche éplore

arbre en poche.jpg

Acte 1 : En 1957, Italo Calvino écrit Il barone rampante, où le jeune Côme décide de monter dans l'yeuse de son jardin et de ne plus en descendre. Le monde vu d'en haut.
Acte 2 : Trois ans plus tard, ce texte est traduit en français : Le baron perché.
Acte 3 : Soixante ans plus tard, Claire Diterzi n'ayant pu obtenir les droits sur ce texte intitule son spectacle L'arbre en poche.
Acte 4 : Mardi soir, nous allons voir ce spectacle à l'Arsenal et découvrons que l'un est l'anagramme de l'autre, y compris l'accent devenu apostrophe.
Tu dis, oui, et alors ? Comment ça, oui et alors ? C'est génialissimement oulipien, cette histoire !!! Tu imagines, peut-être qu'Italo lui même ne savait pas que Le baron perché contenait L'arbre en poche.

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dimanche, 14 janvier 2018

L'invention des corps, Pierre Ducrozet

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Dimanche dernier, je me projetais tranquillement sur ma rentrée et envisageais de souhaiter à mes élèves de connaître la morsure d'un livre...
Je ne savais pas encore que le soir-même, c'est moi qui allais me retrouver mordue, soufflée comme une fenêtre par la tempête, estomaquée comme après un uppercut. Mes résolutions de refermer la journée tôt ont disparu dès le premier chapitre. J'ai lu loin dans la nuit. Le lendemain à la pause-clope, je n'avais que L'invention des corps à la bouche. Le mardi soir, pour la réunion Terres Parallèles, j'ai tout mis en oeuvre pour que mon enthousiasme soit contagieux. Toute la semaine, j'ai voulu l'accélération des jours pour reprendre de retour chez moi, oublieuse du tas de copies à corriger, la lecture de cet incroyable récit en rhizome qui se joue de la chronologie dans un monde en réseau, d'Iguala à la Silicone Valley, qui invente des univers sous la peau ou dans les câbles, qui place Bonnie and Clyde face à Frankenstein, qui fait renaître le désir dans le corps massacré puis augmenté d'Alvaro.
Jeudi matin, j'ai tourné la dernière page avec le premier café. Le ciel était gris et les contours de mon jardin estompés par une brume tenace. J'ai décidé de refaire les joints de ma salle de bain. En arrachant le silicone jauni, c'est encore à L'invention des corps que je pensais. Sur ma baignoire, j'ai posé mon ordi et ai écouté Pierre Ducrozet se demander : où en est-on dans nos corps en 2017 ?

vendredi, 12 janvier 2018

Prix du Meilleur Roman Points Poche (1)

prix points poches.jpg

En octobre, deux excellentes nouvelles tombaient : j'étais sélectionnée pour faire partie du jury du Prix du Meilleur Roman Points Poche dont la Présidente cette année est Lydie Salvayre ! Voici mes premières chroniques...

Histoire du lion Personne, Stéphane Audeguy

J'ai commencé ce roman par la dernière phrase: "Alors nul ne se souvint plus de Personne". J'ai souri. Ce lion de papier allait-il rentrer dans ma galerie de personnages inoubliables ou bien donnerai-je raison au narrateur? 
Je vous le dis sans détour, le lion Personne flanqué de son fidèle compagnon Hercule passant de mains en mains, de pays en pays, de St Louis jusqu'à Paris, des ports négriers jusqu'à la révolution française ne passera pas aux oubliettes. Je lui ai donné une place de choix dans ma galerie, aux côté d'Ulysse, même si ce Personne-là ne retrouvera jamais sa terre natale.
Cette histoire n'est pas une fable -silence des bêtes ; peut-être bien un conte philosophique comme une invitation à reconsidérer notre propre humanité.

Eclipses japonaises, Eric Faye

Ces derniers matins, quand la Corée du Nord a fait la une des journaux radiophoniques, Eclipses japonaises est réapparu dans mes pensées. Partant d'un fait réel -la volatilisation de Japonais à la fin des années 70, enlevés par des Coréens désireux d'infiltrer le pays du soleil levant- Eric Faye entrelace les destins de l’Américain Selkirk, des Japonais Naoko Tanabe, Setsuko Okada, Shigeru Hayashi en un roman choral. Se tisse alors une toile entre désespoir et résilience.
Même si j'ai trouvé que le roman s'essoufflait sur la fin, je garderai dans ma galerie Naoko qui contrainte et forcée de donner des cours à des Japonais, a la "sensation de se vider de sa langue maternelle comme de son enfance". Parfois l'envie de se rebeller l'effleure : "larder ses cours d'erreur, inculquer une incongruité, comme une bombe à retardement qui, un jour, ferait voler en éclats la vie de ces types. Elle se l'interdisait pourtant, en vertu de l'espoir inextinguible d'être renvoyée chez elle. Rendue à l'enfance."

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

Ce roman m'a semblé tellement mièvre -style et récit- que pour me consoler je suis allée relire quelques belles pages de Georges Bernanos.

Quant à Derniers feux sur Sunset de Stewart O'Nan, je l'ai laissé tomber après avoir lu les premiers chapitres et ai oublié de le ramasser.

 

 

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mercredi, 10 janvier 2018

Biffure 37

nuits de rêve.jpg

© Pili Vazquez

Marcher chaque nuit
dans le lit des géants
valait mieux
que de vieillir en disant
"ça fera l'affaire"

Mots rescapés des biffures de la page 15 de Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

dimanche, 07 janvier 2018

Amorcer

la morsure.jpg

 

Les vacances touchent à leur fin. Une part de moi se laisse glisser avec délices dans cette dernière journée vide, l'autre part est déjà ailleurs, dans demain. Je me prépare à retrouver les gamins avec lesquels je chemine cette année. Dès 8h30, je les rejoindrai dans la cour de récréation - bonne année, m'dame - il me restera deux étages pour amorcer cette nouvelle année pour qu'elle soit bonne. Au moment d'ouvrir la porte de ma salle 207, je relirai l'affiche patafixée dessus - pour travailler ici, il n'est pas obligatoire d'aimer lire et écrire mais ça peut aider - les inviterai à entrer, les uns avec la gueule à la retourne, les autres  pas encore réveillés mais tous, la poche arrière bombée d'un téléphone portable. Nous ne nous lancerons pas tout de suite dans notre séquence "Chute assurée", je leur parlerai d'abord de cette interview d'Alberto Manguel, je leur lirai sans doute ce passage :

" Vouloir que nous lisions tous, est-ce une utopie ?

La lecture s`acquiert par contagion et nous ne finissons pas tous malades. Pour tout lecteur il y a un livre, même si ce lecteur et ce livre ne se rencontrent pas toujours. Si l`on continue à voir la lecture comme quelque chose de sacré ou élitiste, comme quelque chose d`étranger à notre quotidienneté ou comme une nécessité, cela restera une utopie.

Voilà pourquoi il faut voir la lecture comme un acte de rébellion, si l`on transmettait cela aux jeunes, les choses seraient différentes. Il y a dans la jeunesse une impulsion de rébellion et de curiosité que les sociétés essaient en général de réprimer et si les jeunes veulent se rebeller ou s`opposer comme individus, la meilleure manière de le faire est de s`opposer aux valeurs du troupeau, de s`opposer à ce qui est facile, rapide, de savoir que la difficulté est un trésor précieux, que la pensée l`est aussi et qu`à travers tout cela ils trouveront une force par leur propre liberté et intelligence."

Oui, je leur lirai ce passage et leur souhaiterai à tous la morsure d'un livre telle qu'elle leur donnera une impulsion de rébellion, leur offrira le désir de se dresser dans cette nouvelle année...

samedi, 06 janvier 2018

Biffure 36

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Iles Chausey
©
Pili Vazquez

Avec les puzzles
de la vie
t'as l'impression que
la ligne brumeuse de la photo de la boîte
oublie
le souvenir posé sur la table

Mots rescapés des biffures de la page 87 de Bariloche d'Andrès Neuman

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lundi, 01 janvier 2018

Etre poule ou luciole

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© Maurice Pommier

Chouette, les voeux de l'Ours viennent de tomber dans ma boîte. Quel nouvel épisode a-t-il inventé pour ses fabuleuses* poules et renard ? Après la course-poursuite entre des gallinacées aux dents pointues et un renard apeuré, après un goupil qui se couche avec les demoiselles ailées et des promesses d'intenses amours entre tout ce petit monde à plume et à poil, où l'ont conduit ses coups de ciseaux pour l'année 2018 ? La logique voudrait qu'il nous annoncât qu'ils eurent beaucoup d'enfants... Mais voilà, l'utopie a suffisamment duré, l'heure de la morale de la fable a sonné : "ventre affamé n'a point d'oreille" ni même de coeur.

Certes, l'Ours, au festin du libéralisme et de la finance, nous avons perdu beaucoup de plumes en 2017, mais continuons de réussir à plier sans rompre, d'être du poil à gratter malgré tout. Hier nous avons chanté des lendemains nouveaux, aujourd'hui inventons des pas de danse, n'en déplaise à la fourmi.

Ce soir, avant de me lancer dans cette nouvelle année, je vais commencer la lecture de Frères migrants  mais avant je dépose ici une phrase de Georges Didi-Huberman que Patrick Chamoiseau a placée en exergue de son texte : "Nous devons donc nous-mêmes -en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur -devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre". Est-ce ainsi que l'année sera bonne ?

* : comment écrire fabuleux en écriture inclusive ? fabuleu.se.s.x? Dans le doute j'ai accordé avec les poules qui dépassent en nombre le renard...