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mercredi, 08 juillet 2020

Equilibre

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îles Chausey, septembre 2017

Je ne savais pas que tout pouvait s'arrêter juste après le tournant de la cinquantaine. Brutalement. Sans appel. Irrémédiablement. J'avais la naïveté de penser qu'il y avait un âge pour mourir et que cent ans était un âge acceptable.
Elle ne savait pas que c'était pour elle la dernière randonnée, le dernier livre lu, le dernier repas entre amis, la dernière nuit quand elle s'est allongée sous les draps. Qu'il n'y aurait plus de demain et après-demain. Elle nous les laissait, avec les aujourd'hui aussi. Amers et iodés.
Depuis les pas sont plus fragiles ; au milieu du jour, il est possible de dévisser parce qu'on voit soudain la vie abrupte, vertigineuse. La tête tourne, le coeur vrille.
C'est implantée dans ton transat comme sur un radeau, traversant le jour de bout en bout, immobile, blottie contre la toile que je me suis souvenue d'une phrase lue récemment : vivre chaque instant intensément comme si c'était le premier. Dans lequel des deux Alma était-ce, celui de Le Clézio ? Celui de De Fombelle ? Oui peut-être. Juste à côté du sous-titre, moitié d'un vers, emprunté au poète, Le vent se lève. Il faut tenter de vivre. Intensément. Chaque instant. Comme si c'était le premier.

 

jeudi, 02 juillet 2020

Biffures 84 et 85

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Le vent malmène
l'ombre des cartes
il tire l'aventure

Biffure de la page 240 d'Alma de J.M.G. Le Clézio

le poids du hasard
est aussi redoutable
que l'eau-de-vie
coupée à la gouge

Biffure de la page 101d'Alma de Timothée de Fombelle

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mercredi, 17 juin 2020

Biffure 83

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Il dépend de nous
qu'un atome éclate
en un grondement de mer

Biffures de la page 30 de La baleine de Paul Gadenne

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mardi, 16 juin 2020

Biffure 82

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Rondo sur Seine

Le racisme trouble l'histoire
le remède immunitaire reste
la lecture du monde fraternel
et l'insurrection de nombreuses voix

Biffures de la page 13 d'Europe, mes mises à feu d'Erri de Luca, tracts Gallimard

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dimanche, 07 juin 2020

Biffure 81

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J'irai, si vent veut,
jusqu'au bout de ma vie
en nomade
pour m'agrandir comme une terre

Biffures de la page 406 de La horde du Contrevent d'Alain Damasio

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lundi, 11 mai 2020

Aux confins de soi (12)

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Il y a eu le vent qui se lève, il faut tenter de vivre
autrement

il y a eu portés par les rafales
des fragments et des bribes de ces deux mois de confinement
venus me rendre visite
avant de s'enfouir
les trois pleines lunes
les cercles tracés dans la terre et parfois dans l'eau
les journaux de confinements de Wadji Mouawad
écoutés chaque jour dans le quart d'heure le plus fragile
pour grandir en humanité
Il y a eu dans le hamac balloté par le slamino la lecture de La horde du contre-vent
Il y aura la route vers toi librement

lundi, 20 avril 2020

Biffure 80

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- Quelle histoire vous amène ? ai-je dit à tout hasard.
- Le passage du temps au trot sur des chemins pentus.

Biffure de la page 70 de Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz

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dimanche, 19 avril 2020

Biffure 79

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Chaumont sur Loire
Juin 2019

Penser le savoir vivre
malgré la liberté désactivée
voir là-bas la veine du temps
et bredouiller des invocations au hasard

Biffure de la page 149 d'Ordesa de Manuel Vilas

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samedi, 18 avril 2020

biffure 78

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Chaumont sur Loire
Juin 2019

Mais à l'instant où je vous ai vue
m'attendait - ni destin ni hasard
toujours entre les deux -

un voyage à la géographie insoupçonnée.

Biffure de la page 27 de Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad

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vendredi, 17 avril 2020

biffure 77

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c'est déjà quelque chose :
verser sur mon chemin la beauté du hasard
notre rencontre comme des herbes hautes dans le vent

Biffure de la page 127 de La vitesse sur la peau de Fanny Chiarello

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samedi, 11 avril 2020

Aux confins de soi (11)

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Tôt ce matin, la lune a accepté une partie de bilboquet avec le poteau électrique. Elle l'a laissé gagner. Ça lui a permis de voir le soleil se lever.

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mardi, 07 avril 2020

Aux confins de soi (10)

lune

Tard la nuit dernière, c'était déjà aujourd'hui, j'étais sur le point de refermer toutes les portes et une nouvelle journée de confinement. Je sais combien de portes a ma maison. Quatre. Une dans l'entrée, une dans le bureau, une dans la cuisine et une dernière dans la salle. Je sais combien de journées de confinement nous avons traversé. Vingt deux. A ce stade, les doigts de nos mains, quand elles sont réunies, ne suffisent plus. Ce que je ne sais pas, c'est combien il en reste encore. Aucun compte à rebours n'a été lancé. Si seulement on nous disait dans quarante, ou même soixante jours, ce sera fini ! Je sais qu'alors, dans mon périmètre restreint, si restreint que certains jours on dirait une peau de chagrin, chaque pas me rapprocherait de cette ligne à franchir.
Tard la nuit dernière, c'était déjà aujourd'hui, j'étais sur le point de refermer la dernière porte de la biquetterie. Quelque chose a suspendu mon geste. Je suis allée m'asseoir dans le jardin, à côté de l'oranger et ai écouté. Le silence était absolu. Semblable à celui que l'on croise dans une chapelle vide. Seules quelques chauves-souris le traversaient. La presque pleine lune grimpaient entre les fils électriques. Ce n'était pas celle du poète comme un point sur un i. Elle était une ronde blanche sur une portée musicale, un son unique et prolongé qui ne parvenait pas jusqu'à moi. Je les ai suspendus au fil à linge, elle et son halo, le temps de laisser renaître d'autres lunes et d'autres halos blottis dans les plis de ma mémoire ;  puis je les ai laissés reprendre leur cours. C'est alors que le silence s'est brisé en mille éclats. En contrebas, des grenouilles ont pris coassements, joyeusement, éhontément. L'espace déserté par les hommes leur appartenait. Une chouette les a rejointes. Longtemps je les ai écoutées.
Ce soir, après notre apéro messenger puis mon entraînement pour la classe virtuelle de demain - toi la prof, moi l'élève, moi la prof, toi l'élève  - je reste attablée dans le jardin, fixant la ligne d'horizon. Le jour peu à peu se retire, des volets se ferment, les voix s'estompent. La lune apparaît et reprend sa montée entre les fils. Elle est aussi ronde et rousse qu'une matsa sucrée au vin et à l'orange de la marque La bienfaisante. De celles que j'allais chercher à Belleville quand j'étais étudiante, avant de descendre à Nice chez mes grands parents pour fêter la semaine de Pessah.
Me revient cette phrase que nous chantions le premier soir : Ma nishtana, halayla hazè, mikol haleylot ? Qu'y a-t-il de changé cette nuit par rapport aux autres nuits ? La lune est plus ronde, j'ai attendu son lever avec la même joie que le lever du soleil le matin. Est-ce suffisant pour la rendre différente des autres nuits ? J'essaie d'imaginer cette dernière nuit qui sera passage vers ce jour où nous sortirons enfin du confinement. Le temps sera encore plus doux que ce soir, la lune peut-être pleine à nouveau ; les volets resteront ouverts et des maisons s'échappera l'impatience d'être le lendemain  ;  dans l'instant qui précèdera l'aube,  nous délaisserons nos nippes d'intérieur pour revêtir des habits de fête.
Dans combien de nuits encore, cela sera-t-il ?

lune

mercredi, 01 avril 2020

Aux confins de soi (9)

poirier

Ce matin comme tous les matins
côte à côte
le poirier et le poteau

l'un écorcé vif et rectiligne
n'occupant pas plus d'espace à sa base qu'à son sommet

l'autre tortueux, ligneux, vertigineux
son envergure immense

tout mettre en oeuvre
pour matin après matin
être poirier plutôt que poteau

dimanche, 29 mars 2020

Aux confins de soi (8)

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© Antoine Farizon

Il y a eu le fracas du vent contre les nuages
le retour du froid
il y a eu plus de fenêtres fermées qu'ouvertes

et, ou donc, le ménage de la biquetterie
il y a eu la montée jusqu'au panorama
pour suivre du regard les méandres de la Seine
elle aussi ne file pas droit

il y a eu toi au moment du café-clope
Il y a eu la lecture d'Ordesa
et de textes d'élèves sur César doit mourir
le confinement des prisonniers de Rebibia
dans leur cellule, dans leur peau
la porte ouverte par le théâtre
il y a eu deux fois La mort d'Achille
l'hybris d'Agammenon devant le corps du héros
les paroles de sa mère Thétis
"j'entends les gouffres des vies qui s'éteignent
comment savoir ce qui peut consoler les morts
quand nous n'avons toujours pas trouvé
ce qui peut consoler les vivants"
il y a eu l'écho de ce que nous vivons
il y a eu la photo de sachets de graines prêts à être expédiés
il y a eu le beefsteak des Andes de tante Ruby
il y a eu plusieurs fois et à tue-tête Seeds
il y a eu une heure de moins
il y a eu la lumière revenue alors que c'était déjà le soir
 

samedi, 28 mars 2020

Aux confins de soi (7)

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il y a eu les brumes matinales dans la plaine et le soleil au-dessus
tache de lumière sur la rétine en ouvrant le velux
il y a eu le premier café-clope et la lecture de La vitesse sur la peau dans le transat
il y a eu le retour de trois oies sauvages
le cercle d'un rapace
les allées et venues des abeilles au creux de l'hellébore

il y a eu dans le cerisier deux mésanges  qui zinzinulaient
il y a eu l'appel-vidéo de mon fils confiné dans son appart
le partage des ancolies et des pivoines prêtes à s'ouvrir
l'iris sur le point de se déplier

le violet des tulipes et le bleu des myosotis
côte à côte
il y a eu la décision de ne fumer que toutes les deux heures
il y a eu la route à vélo jusqu'aux Hauts Prés pour les légumes
puis jusqu'à la brasserie des deux amants pour la bière
il y a eu Wadji Mouawad jour 11
tout en préparant les blettes cueillies hier dans le potager
il y a eu toi au moment du café-clope
il y a eu les plumes de paon et les papillons
cousus le long d'une branche de noisetier tortueux
il n'y a pas eu de radio

il y a une journée qui s'écoule
et moi qui apprends à ne pas nager à contre-courant

 

jeudi, 26 mars 2020

Aux confins de soi (6)

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Nouvelle journée de confinement. La 11ème. Nous avons passé ce stade où les doigts des deux mains réunies ne suffisent plus. Il y a eu des jours évidents, d'autres où je me suis sentie comme une mouche contre la vitre.
Peu à peu, j'ai pris mes repères dans l'espace tracé par la biquetterie. Peu à peu, j'ai accepté les limites imposées. Plus que jamais, j'ai ressenti la force de la littérature. Dans ma salle, j'ai élevé une tour de Babel. Tous les livres qui la composent ont un point commun : leurs héros sillonnent le monde.  Hier j'ai ouvert L'Odyssée et ai pensé aux paroles de Wadji Mouawad dans son journal de confinement : Ulysse n'aspire qu'à une chose, se confiner à Ithaque ! Demain j'irai Bourlinguer avec Blaise Cendrars, pendant des heures, sur des centaines de kilomètres et sans formulaire d'autorisation de sortie.
Peu à peu, j'ai organisé mes heures, me levant tôt pour consacrer ma matinée à la continuité pédagogique. Onze jours et il y a déjà presque quelque chose d'habituel dans le fait de me retrouver devant mon ordinateur pour de longues heures silencieuses, quelque chose que j'accepte, sans plus me dire : il y a peu, j'étais encore devant mes élèves.
Ce matin, assise à mon bureau, attendant que s'ouvre mon Espace Numérique de Travail, j'ai laissé mon regard s'échapper dans le jardin, jusqu'au portail. La rue est vide et ce jour, semblable aux dix autres précédents, est vide de quelque chose auquel je ne m'habituerai pas : un passage à l'improviste. Cela n'est plus. Les voisins sont confinés, les amis sont confinés, mes enfants sont confinés.
Récupérant mon regard, je me suis attelée à la tâche : mettre en ligne mes cours, corriger des copies numériques, répondre aux nombreux messages d'élèves. Leur expliquer encore et encore ce qui n'a pas été compris, sans compliquer une situation qui l'est déjà assez. A chaque mail envoyé grandit mon impatience de les retrouver tous, de reprendre les cours, les yeux dans les yeux. Quelle empreinte, le confinement aura laissée chez chacun ?
J'en étais là de mes réflexions lorsque on a frappé au portail.
- Y a quelqu'un ?
Ce ne pouvait être un voisin, mon amie ou l'un de mes enfants. Ceux-là rentrent sans frapper. Un vendeur ambulant de patates ou un témoin de Jéhovah ? Ni l'un, ni l'autre mais un jeune homme parlant vite et quelque peu paniqué.
- Deux de nos biquettes sont dans votre jardin, derrière la maison. Vous nous autorisez à rentrer pour les attraper ?
Le jardin en question est mon potager, depuis onze jours j'y ai multiplié les semis !  Je m'y précipite avec lui. J'y trouve un autre homme qui me demande si on peut fermer le portail. Impossible, il est tellement rouillé qu'il ne ferme plus. Il s'empare des poubelles pour bloquer le passage, je me suis lavé les mains, ne vous inquiétez pas ! J'imagine bien, mon gars, qu'avant de courir après tes biquettes, tu t'es dit, tiens je vais me laver les mains au cas où il faudrait toucher des poubelles ! Il en attrape une première par les pattes -une biquette pas une poubelle- et veut la confier à son compère. Celui-là refuse de la prendre, a peur de se faire mordre, regarde un sac de jardinage, espère l'y mettre. Fais pas ta femmelette, prends-la ! qu'il lui dit. J'entonnerai mon couplet féministe un autre jour. Pendant ce temps de répit, la seconde biquette lorgne vers les jeunes pousses de fèves et de pois mange-tout. Oh les gars, si vous ne vous décidez pas, je vais l'attraper ! Finalement l'hommelette prend à deux mains son courage et la biquette, ce qui libère les mains du premier pour récupérer la seconde. Vous suivez ?
Avant de repartir, ils se sont confondus en excuses.
Moi je les ai remerciés pour l'imprévisible qu'ils avaient fait entrer dans ma journée de confinement. En les regardant s'éloigner, je me suis demandé s'ils avaient pensé à prendre dans la précipitation leurs formulaires d'autorisation de sortie après avoir coché la case "course de première nécessité".

mardi, 24 mars 2020

Aux confins de soi (5)

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© Pili Vazquez

Nouvelle journée
de confinement strict
pour les nuages aussi

 

lundi, 23 mars 2020

biffure 76

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© Pili Vazquez

Pause un livre à la main
pour atténuer la distance

défense de laisser s'installer
sur mon visage un mouvement de tristesse

avant les gens riaient
légèreté disparue du jour au lendemain

plus tard on reprendra ce sentier du désir
qui allait et venait

Biffure de la page 255 de Les choses humaines de Karine Tuil

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samedi, 21 mars 2020

Aux confins de soi (4)

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Le confinement ralentit et aiguise mon regard. Il apprend à se poser sur le cerisier et à demeurer à l'extrémité d'une de ses branches.
Hier, j'ai écouté Le journal de confinement  de Wadji Mouawad. Mon regard s'en trouve transformé, un peu plus encore. L'arbre, dans mon jardin, est confiné. Depuis seize ans, l'arbre est confiné dans mon jardin ; moi, depuis seize ans, je suis allée et venue. Aujourd'hui, nous sommes face à face. Lui immobile, moi, immobilisée. Mon regard sur lui.
Sur fond de ciel laiteux, ce matin, sa première fleur s'est ouverte. Plus imprudente, plus curieuse que toutes les autres. Autour d'elle, l'inhabituel silence des choses humaines et la présence décuplée des mésanges.
Sait-elle qu'il y a quatre ans, cet événement s'était produit un 13 avril ?
Sur les confins d'une autre terre, la première fleur de ton pêcher. Au début du mois, nous l'avions déconfiné de quelques mètres.

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© Pili Vazquez

vendredi, 20 mars 2020

Aux confins de soi (3)

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Je me sens saule pleureur
les larmes en moins
penchée au-dessus de moi
à chercher le reflet du monde
dans la rivière qui s'écoule

 

mercredi, 18 mars 2020

Aux confins de soi (2)

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© Pili Vazquez

matinée de brume et après-midi de grand soleil
la biquetterie est dans sa ouate
et moi
à ma table de travail ou dans mon jardin
comme un noyau dans son fruit *

*J'aurais bien aimé qu'elle soit de moi mais la comparaison est de Rilke

 

mardi, 17 mars 2020

Aux confins de soi (1)

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Outrenoir : je ne savais pas la semaine dernière, alors même que je lançais le Printemps des poètes dans mes classes, combien l'affiche de Soulages était prémonitoire. Les établissements scolaires ont fermé, puis les théâtres, les bibliothèques, les librairies et les cinémas. Sur eux tous : rideau noir
Crève-coeur : mon agenda s'est vidé de toutes les rencontres prévues. Reportée sine die la lecture poétique de mes élèves à la médiathèque Boris Vian.

Fait rage : la pandémie qui trace de nouvelles frontières invisibles. L'espace se réduit, se resserre.
Courage : le prendre à deux mains. Le regarder encore et encore sous toutes ses faces. Avec lui, habiter ces jours inhabituels.  On ne sait plus de quoi demain sera fait -l'a-t-on seulement su une seule fois ?- autant cueillir chaque jour. Renoncer à survivre et apprendre à vivre chaque instant d'un temps ralenti...

 

mercredi, 11 mars 2020

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Auschwitz, février 2020

Ruines d'Auschwitz
se taire au milieu de l'impensable
retour en France
difficile de dire

sur la cellulose
l'impouvoir de l'encre ou du crayon
éparses les lettres

Biffures de la page 189 du Ghetto intérieur de Santiago H Amigorena et de la page 53 d'Eparses de Geoges Didi-Huberman.

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mardi, 18 février 2020

biffure 74

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Auschwitz, février 2020

Elle prolongeait le corps de sa pensée
vêtue de bouts de toile :
il fallait que ces âmes obtiennent réparation

pas d'autre antidote à la peur que
réapprendre

le vivre ensemble doigts entremêlés

Biffure de la page 369 de L'ultime humiliation de Rhéa Galanaki

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samedi, 01 février 2020

biffure 73

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longues marches
à la lisière
de tes yeux noirs

Biffure de la page 226 de Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois

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samedi, 11 janvier 2020

Deux vingt

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© Maurice Pommier

Entendu au collège lundi
bonne année 20/20
parole de gamins parole de profs

interrogation
c'est quoi une année 20/20
une année sans fautes sans erreurs

Vu dans les rues de Rouen jeudi
une vague humaine en colère
blanchie aux gaz lacrymogènes
par un État sourd et quinze-vingt

doute
ça a presque une gueule d'année vain/vain
ces jours-là

Reçu dans ma boîte aujourd'hui
la carte de vœux de l'Ours
dessin rouge et noir joyeux

certitude
je nous souhaite des combats sans peur des ravins
et des désirs bouillonnant de levain
je nous souhaite d'écrire cette année 2020
et qu'importe les fautes les erreurs si c'est avec ivresse

lundi, 06 janvier 2020

Biffure 72

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Attrape-rêves
août 2019

Tu es au milieu de mes soupirs
dans ton regard la poussière du monde
le souvenir d'il y a longtemps maintenant
et parfois la beauté du givre
l'envie de passer les frontières
être libre, autant qu'on puisse l'être

Biffure de la page 217 de Sans foi ni loi de Marion Brunet

jeudi, 26 décembre 2019

Biffure 71

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Venables, décembre 2019

respiration insouciante
dans la brise voilée
pieds et bras grands ouverts
face à la lumière fragile
elle parvenait à imaginer
le souffle de l'arbre
Biffure de la page 213 de Starlight de Richard Wagamese

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dimanche, 15 décembre 2019

aux si grandes mains

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nous ne savions pas
quand nous étions descendus il y a deux mois
pour fêter tes cent ans
tous autour de toi
ma toute petite grand-mère aux si grandes mains
que la grande aiguille des années s'était déjà arrêtée
nous avions l'insouciance de penser 
l'année prochaine à Nice encore une fois
quand ce fut au tour
de l'aiguille des mois puis des semaines
de stopper leur course
notre cœur chargé de tristesse
a battu plus lourdement
nous ne savions ni le jour ni l'heure
et pourtant l'arrêt de la trotteuse inéluctablement

ma toute petite grand-mère aux si grandes mains
nous t'avons accompagnée en haut de la colline
et chaque pas semblait prendre des minutes
sous un soleil plongeant
nous t'avons confiée à la terre

nous allons apprendre à marcher sans toi
qui as traversé la Méditerranée d'une rive à l'autre
qui si souvent nous as appris
à nous tenir droit face à la vie
à vivre chaque seconde intensément
forts de tout ça
nos pas redeviendront légers
et nous nous risquerons à vivre
encore et encore
ma toute petite grand-mère aux si grandes mains


dimanche, 08 décembre 2019

G(rêve)

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Toit du Hamelet


l'après-midi tire à sa fin
l'obscurité descend autour de moi
seuls une flamme dans la cheminée
et le langage du vent dans le conduit
froissent le silence
allongée sur le canapé je souffle
je souffle sur tous les bruits et toutes les fatigues

d'une fin de semaine passée
à battre le pavé
à courir les rues
les poings tendus
tenant haut notre pancarte*
pour la réaliser nous avions usé
dans le local à vélos
tant de ces mauvais marqueurs du collège
qui d'habitude ne tiennent pas une journée
sur nos tableaux devenus muets

oui souffler et écouter le silence
quelques heures encore
et rêver à demain

il faudra se remettre debout
organiser une vaste murmuration
comme ces oiseaux que j'ai croisés
en rentrant de chez toi ce midi
ajouter du souffle à toutes choses
se sentir ardemment vivants
et trouver le courage de porter nos pas
aussi longtemps qu'il le faudra
pour atteindre le monde de nos grèves

* "nous ne sommes pas des vaches Hamelet, tire pas sur notre re-traite"