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mercredi, 06 novembre 2019

Biffure 70

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© Pili Vazquez

vous remercier
pour
le jour inapte à porter l'uniforme
et
la nuit
sous le souffle de la caresse

Biffure de la page 77 de Mon chien stupide de John Fante

mardi, 22 octobre 2019

Biffure 69

ceux qui partent.jpg

Lectoure, juillet 2019

Main-tenant
elles marchent

il faudra prendre
grand soin
jour après jour
des rêves espiègles de la langues des poètes
des bourrasques lumineuses de la couleur des détails

Biffures de la page 323 de Ceux qui partent de Jeanne Benameur

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vendredi, 18 octobre 2019

Pêle-mêle

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pêle-mêle de détails fugaces

le tressaillement attendrissant de ta soie
la douceur ébouriffée de tes cheveux
le tracé fragile de ton fard
les rebonds gourmands de tes veines
le velouté apprivoisé de tes muqueuses
les volutes insondables de ton silence

voilà
pêle-mêle
ce qui m'émeut en toi

vendredi, 04 octobre 2019

Sombre

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Rouen, août 2019
©
Gaspard Lieb


Sombre le nuage qui a traversé la Seine

amiante benzène plomb
sombres les décombres
fuites fûts hydrocarbure
sombre la ville sous la suie
toits jardins toboggans
sombres nos interrogations
pourquoi comment et si
sombre l'écran de fumée
de vos analyses de l'air et de vos mensonges

inspirez expirez
qui d'entre nous pour le crever
sinon la terre sombre et nos ombres avec elle

samedi, 21 septembre 2019

Biffure 68

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Mont Caroux, août 2019

mes pieds tiennent aux chemins
à l'appel de la légèrete
à l'ivresse de l'écho répété
à la gravité immense du soir qui tombe
et à l'enlacement à la terre
poussière soulevée

Biffures de la page 246 de Marcher, une philosophie de Frédéric Gros

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lundi, 16 septembre 2019

Filer

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Raoul Dufy au MuMa, LeHavre

Cet été j'ai regardé filer
nos pas sur les chemins de randonnées
l'ipomée sur le bambou
tes mains sur mon dos
la clématite sur l'osier
mes lèvres sur ta peau
le cyclanthère sur le noisetier
les oies cendrées dans le ciel
les passants sur le front de mer
le cargo noir devant le soleil rouge
mais regarder filer les étoiles dans le ciel
j'ai oublié.
Mon voeu patientera jusqu'à l'été prochain.

19:28 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le havre |  Facebook |

vendredi, 16 août 2019

Haut banc

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Mont Caroux, août 2019
© Pili Vazquez

Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Antonio Machado

Rentrée depuis peu de vacances et je n'ai pas trouvé le temps de m'exiler sur mes îles. Il y a eu tant à faire dans mon potager : relever les pieds de tomates allongés sur les graminées et les cyclanthères sur les herbes de Simone, redonner un peu d'espaces aux choux toscans, récolter les pois chiche, mettre en terre les salades d'hiver, les betteraves, le basilic ramenés des Coquets et les plantes récupérées dans les allées du jardin de Coursiana, faire cairn avec les pierres du cirque de Mourèze et les lauzes du cimetière de Bédarieux.
Il y a eu tant à faire et pourtant nous avons failli remettre à plus tard. La semaine dernière au rond point de l'aire du Larzac, à notre droite l'autoroute pour remonter patiemment vers le nord, à gauche une ultime indication vers le Haut Languedoc. J'ai dit chiche, on va à gauche, tu as dit, on fait reset et on recommence les vacances. Oh oui, recommençons les terres rouges du cirque des dolomites et les terres noires de bruyères du Mont Caroux, recommençons les genêts qui pétouillent à notre passage et les mouflons qui nous guettent en haut du chemin, recommençons à écouter la poésie, debout et  assises sur l'humus, les arbres et caetera, recommençons le vol des hérons cendrés au-dessus de la prairie fraichement coupée et nos cris sous les buis dévorés par la pyrale, recommençons les brins de cuisine, les vins de Faugères et les figures fantastiques sur les troncs creusés des châtaigners. Oui recommençons ce temps côte à côte où il est si simple d'être ici et maintenant.
On a fait risette et trop sagement nous nous sommes engagées sur l'autoroute.
Plus tard quand la rentrée sera passée et qu'il faudra se retrouver à nouveau entre quatre murs, que s'éloigneront les chaudes journées d'été passées dehors, quand l
es jours seront chargés inutilement comme sait si bien le faire l'éducation nationale, j'irai m' asseoir sur ce banc croisé lors de notre dernière rando comme on monte le long du hauban pour voir loin et retrouver le calme.

mardi, 06 août 2019

Patineuses de l'eau

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En face des Mouflons Joyeux se trouve le moulin de Nougayrol. Il suffit de passer la route et d'emprunter l'escalier taillé dans la pierre pour se retrouver au bord de la rivière, entre deux gués. Autant dire que c'est notre spot baignade - apéro. C'est aussi le spot des patineuses d'eau. De loin, on dirait de longs moustiques, de près, des hydroglisseurs à six points d'appui. Elles nagent une brasse particulière. Seules leurs pattes médianes s'activent. Elles avancent ainsi par mouvements saccadés. Leurs trajets en apparence désordonnés répondent sans doute à une logique.
Aujourd'hui, je suis restée longtemps à les regarder non pas pour parfaire le paragraphe entomologique ci-dessus mais dans l'attente d'une trouée dans le ciel nuageux car alors...
leurs ombres au fond de l'eau
se faufilant dans les failles d'un GR aquatique
gravissant les parois escarpées
les redescendant avec la même élégance
ont la grâce d'un ballet de minuscules Atomium.

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© Pili Vazquez qui avec patience a attendu l'ombre des patineuses

dimanche, 04 août 2019

Objection

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Chapelle St Eutrope

Qui pour la première fois a parlé du chant des cigales ? Comprenez-moi bien : qui a eu l'idée d'associer ces deux mots "chant" et "cigale" ?
A peine arrivées aux Mouflons Joyeux, nous sommes allées faire pèlerinage jusqu'à la chapelle St Eutrope. Non pas pour déposer quelque bougie mais pour nous asseoir sur les lauzes empilées devant l'érable, le dos contre l'arbre. Là, le corps se délasse de la montée et le regard glisse du cairn à la cabane -tu dis c'était le presbytère de l'ermite- puis loin sur les monts. Oui il avait bien raison, Eutrope, de venir s'installer là entre silence et quiétude.
J'en étais là de mon laisser-aller quand une cigale dans l'érable perchée s'est réveillée suivie rapidement d'une consoeur. Et ce n'est pas un chant en stéréo qui s'élève alors dans les airs. Oh que non, c'est un réveil matin en mode snooze de part et d'autre de nos oreilles qui s'emballe sur lequel on voudrait trouver la touche stop ou du moins celle "répétition dans dix minutes". Le temps de goûter encore un peu silence et quiétude avant de nous laisser glisser dans la vallée.

jeudi, 01 août 2019

Je reviens d'un pays

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Lectoure, juillet 2019

Je reviens d'un pays
où les collines revêtues de champ d'ails
se dévêtissent au petit matin

où les départementales jouent aux montagnes russes
entre les platanes
où les tournesols quand ils n'ont pas la tête trop lourde
vous fixent comme des insectes
où les cyprès ont un je-ne-sais-quoi de toscan
où l'on boit le soir un verre de rouge sous le marronnier

Dans ce pays-là
j'ai laissé
il y a si longtemps
un rideau de peupliers
une maison sans prétention
et l'insouciance d'une gamine
qui ne savait pas
qu'au-delà l'attendait
une ville étriquée
entre ses avenues tirées
au cordeau de la bien-pensance
où il faudrait bien grandir

Oui je reviens d'un pays
qu'on ne peut plier
et mettre dans sa poche
un mouchoir dessus

 

jeudi, 25 juillet 2019

Matin de canicule

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Lectoure, juillet 2019

J'ai ouvert chaque fenêtre
ai chassé la moiteur de la nuit
une bouffée de toi
les moustiques gorgés de nos peaux à nu

déjà les guêpes vont et viennent sous le poirier

j'ai ouvert chaque fenêtre
sont entrés les sept coups au clocher
l'ombre du muret
des éclats de fraicheur

déjà la lumière lèche le haut des façades

pas le temps de t'embrasser
j'ai pris le large dans la ruelle
qui donne sur  la place baignée de soleil
puis la rue à droite jusqu'à la boulangerie

le pain est encore dans le four

je me suis assise sur la terrasse
où l'on peut respirer le silence de la ville
j'ai bu un café ai ouvert mon carnet
sur la surface de ce jour

 

samedi, 20 juillet 2019

Désirer toujours

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Cultiver les rêves
Festival des jardins, Chaumont sur Loire

désirer toujours
étourdir le jour étirer la nuit
tresser des routes et  détours
le long de tes sourires
siroter l'iode sur tes joues
dérouter ton œil de féline


vendredi, 19 juillet 2019

Biffure 67

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 Festival des jardins, Chaumont sur Loire

Je raconte la fille sur la photo
perdue dans le poids de sa famille
mais rêvant sur un carnet
l'odeur de l'herbe bordée de hauts chênes

Biffures de la page 439 de L'empreinte d'AlexandriaMarzano-Lesnevich

08:15 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 17 juillet 2019

Une bête au Paradis, Cécile Coulon

cécile coulon

Agapé
 Festival des jardins, Chaumont sur Loire

Une bête au paradis, commencé un soir de juin et fini l'après-midi suivant au fond de mon hamac, juste avant de partir au Festival des Jardins de Chaumont sur Loire dont le thème cette année est "Jardins de paradis". J'avais même prévu un billet qui se serait appelé Un week-end aux Paradis.
Les jours qui ont suivi ne m'ont pas laissé l'espace pour écrire : l'année à finir, la suivante à projeter, mes jardins -celui devant la biquetterie et le potager derrière- à embellir pour qu'ils aient quand même une gueule de Paradis malgré la canicule, la table, le soir, qui ne désemplit pas, tout ce qui s'y est dit et qui emplit les pensées longtemps après, L'empreinte d'Alexandria Marzano-Lesnevich et les jours à Arradon.
Pendant tout ce temps, Une bête au paradis est resté sur le muret en briques de la cuisine. Chaque jour m'éloignant un peu plus de ma lecture. Qu'allait-il en rester?
J'ai gardé vide aujourd'hui, entre un retour et un départ; je me suis assise à la table de la cuisine; le roman devant moi. Il m'a suffi de le feuilleter pour que tout ressurgisse.
Le Paradis et sa fosse aux cochons. Attachés à ce lieu en un lien inextricable, Émilienne, ses petits enfants - Blanche, c'est elle la bête, et Gabriel puisque tout Paradis a son ange -  et le commis Louis puisque tout Enfer a son cerbère. Gravitant autour, Alexandre, le conquérant du coeur de Blanche. Cela commence comme une tragédie antique avec un prologue où tout est dit : Blanche se tenant au milieu de la fosse à cochons, un bouquet de fleurs rouges à la main comme on se tiendrait devant une tombe. Reste à dérouler une machine implacable d'où ne surgira aucun dieu in extremis. La fatalité s'enfle et se gonfle d'autant plus que les personnages se pensent libres. Remarquable !
Chapeau bas, mamzelle Tête d'Or !

15:10 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cécile coulon |  Facebook |

dimanche, 07 juillet 2019

Nodal

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Le Clos Lucé, mai 2019

En ses nœuds
comme un muscle
qui ne sait plus se détendre
l'arbre s'est contracté

Si j'y déposais mes paumes
cela le soulagerait-il ?

lundi, 10 juin 2019

Biffure 66

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L'espinousette, juillet 2018

Parce que l'oiseau.
écouter au vif
nouer dénouer renouer
des liens en parole
où l'on saura qu'on tient droit

Biffures de la page 107 de Nos cabanes de Marielle Macé

08:34 Publié dans BIFFURES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 05 juin 2019

L'évidence

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© Pili Vazquez

Hier, dans le silence d'une salle d'attente, temps suspendu, j'ai tourné la dernière page de Mes bien chères sœurs. Jubilatoire ! Un manifeste pour les femmes d'hier, d'aujourd'hui et celles que nous aurons l'audace de devenir...
Comme il me fallait encore attendre, j'ai laissé s'imposer l'image du rocher de la plage de Varengeville. Oui c'est vrai, au début, je n'y ai vu que de la roche. Tu as dit, tu as vu le visage ? Et soudain c'était évident, la moitié d'un sourire, un nez découpé le long de l'arête et l'ombre d'un regard bienveillant. Fixement posé sur nous.
Reste à inventer la part manquante et à poursuivre, le sourire jusqu'aux oreilles, sans plus attendre.

mercredi, 15 mai 2019

Biffure 65

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© Pili Vazquez

en mon corps les fibres de la nuit
sur mes paumes les coupures de la clarté

Biffure de la page 129 de Le tour de l'oie d'Erri de Luca

dimanche, 12 mai 2019

Biffure 64

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Soudain
l'après-midi se rompt
le souvenir s'ouvre
comme un mouchoir
et la contraction funeste
s'éparpille dans les herbes

Biffure de la page 76 de Les os des filles de Line Papin

dimanche, 05 mai 2019

Insiste

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J'ai passé l'après-midi à bouquiner dans mon transat devant la ciste

nous avons ça en commun entre autres
l'hésitation sur le genre de certains mots
ciste est masculin, qu'importe, tu insistes
disons la ciste

J'ai passé l'après-midi à bouquiner dans mon transat devant la ciste

nouvelle venue dans le jardin de la biquetterie
entre la prêle et l'allée menant à la dépendance
bientôt elle sera buisson
déjà elle a trois fleurs en préparation

J'ai passé l'après-midi à bouquiner dans mon transat devant la ciste

espérant que les nuages se raréfient
espérant des rayons de soleil assez nombreux
pour déplier les pétales de la première fleur
avant la nuit

J'ai passé l'après-midi à bouquiner dans mon transat devant la ciste

mais souvent j'ai perdu le fil des pages
je la regardais
et elle me gardait
dans le souvenir des heures partagées

los petalos de las jaras
arrugados
como las sábanas
Después de una noche
entrelazadas

samedi, 04 mai 2019

Biffure 63

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© Pili Vazquez

Devant moi
son visage
son sourire
et quelques secondes de silence
dans l'air

Biffures de la page 95 de Partiellement nuageux d'Antoine Choplin

mercredi, 01 mai 2019

Biffure 62

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Arrêter les nuits
sans sommeil
des transports en commun
imprimer
sur mes lèvres
le goût de l'instant infini

Biffures de la page 265 d'Amour minuscule de Térésa Radice et Stefano Turconi

mercredi, 17 avril 2019

Deux bouts

cabine.jpg

Mercredi dernier, nouvelle journée "les filles à la plage" avec D. puis R., deux amies syriennes...

Face à la nonchalance des paquebots
l
e bord de mer sort de sa torpeur
château de cartes écroulé
les cabines se relèvent
une à une
malgré un vent entêtant

les passants sont rares
sur la promenade désertée
nous allons jusqu'Au-Bout-du-Monde
pas à pas D. raconte
elle a maintenant les mots pour le dire
les mois qui se sont écoulés
sa reconstruction malgré tout

chemin faisant
j'ai un autre bout du monde en tête
à une dizaine de milliers de kilomètres
et un peu moins d'un an de là
Valparaiso et la terre des grands pieds
ta paume contre ma paume

pour apprendre l'espagnol d'ici là
- je n'en connais que quelques mots
hasta la luna y vuelta-
j'ai trouvé des bottes de sept lieues
un cahier-journal
tu y remplis le vide qui est le mien
et Espaces, instants

Le es más fácil
a la clematis
enrollarse al nuevo arco
que a mi
encontrar camino en el nuevo idioma

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© Pili Vazquez

15:25 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : le havre, chili |  Facebook |

jeudi, 11 avril 2019

Les gratitudes de Delphine de Vigan

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© Nicole Farizon

J'étais dans cet entre-deux inconfortable. J'avais fini la veille Les confidences. Je ne savais à quel nouveau livre me confier. Une pile attendait au bord de mon lit. Je n'osais y toucher. Il y a quelque chose d'intransigeant en moi dans ces moments-là. Il faut que le suivant soit à la hauteur du précédent. Et souvent le suivant en pâtit.
J'en étais là de mon indétermination quand j'ai vu que C. avait oublié Les gratitudes sur la table dans le salon. Je n'ai jamais rien lu de Delphine de Vigan jusqu'au bout. Sur France Inter, dans la semaine, les premières lignes en boucle m'avaient fait grimacer : "Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci ? "
Tant qu'un livre en pâtisse, autant que ce soit celui-là ! Commencé en début de soirée, il s'est opposé à la nuit jusqu'à la dernière page.
Bien sûr, les pleins et les déliés de Michka, l'ancienne journaliste qui est parvenue à la presque fin de sa vie et perd inexorablement ses phrases. Grand-mère des mots tordus. Bien sûr, Marie, sa fille de coeur. Mais surtout Jérôme, l'orthophoniste de l'EHPAD ; ses exercices pour faire barrage aux mots qui fichent le camp ; les murs qu'il a dressés entre lui et son père, son silence depuis si longtemps.
Bien sûr, les failles, les fêlures, les fractures de ces trois-là. Mais surtout l'interstice qui s'ouvre là.

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09:13 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : delphine de vigan |  Facebook |

dimanche, 07 avril 2019

Les confidences de Marie Nimier

marie nimier

 C'est un peu comme si vous alliez à une séance chez votre psy, à ceci près que jamais vous ne voyez son regard et elle le vôtre. C'est un peu comme si vous alliez à confesse, à ceci près que vous ne vous confessez pas mais vous confiez, que vous n'avez pas dix Ave Maria à réciter à la sortie mais sans doute l'envie étonnée de dire Ave Marie !  De toute façon, le titre Les confessions n'était plus libre.
Et Les confidences est un mot tellement plus doux pour dire cette écrivaine qui, dans un appartement meublé a minima -deux chaises, une table, un philodendron sur parquet flottant et une patère- reçoit, les yeux bandés, des anonymes venus là pour raconter remords et regrets à vif que le temps n'a su apaiser, rêves et fantasmes.
Matière vive récoltée jour après jour. Puis ruminée.
"Faut-il vraiment que j'avale toutes ces choses qu'on me raconte ? Et non seulement que je les avale, mais que je les rumine pendant la nuit ? (...) L'écrivain tient de la vache. Combien d'heures lui faut-il pour métamorphoser un carré de prairie en un litre de lait ? Passer du solide au liquide, du vert au blanc... Dans sa grande lenteur, la vache tourne et retourne sa langue. Écrire est une histoire de temps. "
J'ai lu Les confidences, l'une après l'autre. Avec lenteur. M'obligeant à n'en découvrir qu'une par soir, à laisser la gorgée de lait se transformer en moi pendant la nuit. Et au réveil, toujours cette interrogation : si j'étais allée dans l'appartement meublé a minima, qu'aurais-je raconté ? Hier, j'ai tourné la dernière page. Ce matin, je me suis dit que, oui, c'est sans doute cela que j'aurais tenté de dire : l'émotion abrupte et à vif, l'été dernier au Bout du Monde, devant un colosse blanc, la tendresse contenue dans ses mains enveloppant celles de sa fille et leurs regards à tous deux portant loin. Le tremblement de mes mains, ce jour-là.

 

11:29 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marie nimier |  Facebook |

mardi, 26 mars 2019

Biffure 61

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Pompéi, mars 2019

Soudain
un arbre gigantesque
caresse
d'une feuille alanguie
le drap de la nuit
il pressent l'aube

Biffures de la page 126 de Vie et mort en quatre rimes d'Amos Oz

vendredi, 15 mars 2019

Biffure 60

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Le Havre, août 2018

Sème
sous les pensées
du matin
une langue ardente

Biffures de la page 19 de La guerre des pauvres d'Eric Vuillard

14:04 Publié dans BIFFURES, ROMAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le havre |  Facebook |

jeudi, 14 mars 2019

biffure 59

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Les Coquets, février 2019

dans ma mémoire patibulaire
la beauté tranquille
de son regard clair

Biffures de la page 49 de Rendez-vous à Parme de Michèle Lesbre

12:34 Publié dans BIFFURES, ROMAN | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : lune |  Facebook |

lundi, 11 mars 2019

D'un nerf poétique

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Les Coquets, février 2019

Le week-end a été mécanique : remplir des bulletins, débiter des copies, remplir des bulletins, débiter des copies, des heures durant. En arriver à préférer le sort d'une des Danaïdes, voire même d'un Sisyphe. Oui prête à échanger ma table de labeur contre un seau percé à remplir ou un rocher à faire tenir en équilibre en haut d'une montagne pourvu que le grand air me fût rendu.
Pourtant quand tout au bout d'une ligne, j'ai lu ça : "Les minutes s'écroulèrent. Elle marchait dans ses pensées d'un nerf triste ", la ligne d'horizon est réapparue.
Presque aussi beau que de la ficelle de paille qui s'entortille comme une crosse de fougère.

vendredi, 08 mars 2019

biffure 58

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Noyant, février 2019

Déplier la tête vers l'extérieur
Regarder la silhouette d'une bise
au-delà de la terre
de sa propre histoire
attacher de l'importance
à un empilement de pierres
à une incroyable immensité
t'y attendre
debout dans le silence

Biffures de la page 298 de Les étoiles s'éteignent à l'aube de Richard Wagamase