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samedi, 28 juin 2014

Nous ne sommes pas des marionnettes

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Hier soir, coup d'envoi de la 25ème édition du festival des arts dans la rue, Vivacité. Au-dessus de nos têtes, la menace d'un ciel orageux. Au sol, les grondements des intermittents du spectacle. Dans l'entre-deux, Les Grandes Personnes de Boromo. J'aurais voulu un tremplin pour me jucher sur leurs épaules et m'enivrer à pleins poumons du rythme des balafons et djembés. De là-haut, cela doit frapper comme une évidence: nous ne sommes pas des marionnettes!

 

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vendredi, 27 juin 2014

Après la pluie

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La brume du petit matin tisse des entremêlements qui s'effaceront au grand jour. 

samedi, 21 juin 2014

Que vive l'intermittence pour que vive la culture!

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La semaine dernière, c'était le retour d'un des rituels de fin d'année: assister à la présentation des saisons 2014-2015, celle de la Scène Nationale de Louviers, celle du Cirque Théâtre d'Elbeuf.
Scène Nationale de Louviers: tout y semblait normal. Longue litanie des spectacles à venir, sans même un mot pour l'onde de mécontentement des intermittents qui dehors s'élevait en continu. Déconcertant. La soirée devait s'achever autour d'une représentation d'H6M2, la version d'Henry VI de Shakespeare  par la Piccolia Familia condensée sur 6m2. La troupe réduite à quatre acteurs nous a laissés prendre place sur les bancs disposés dans le parc. L'expression de leur visage détonnait avec la bouffonnerie qu'ils s'apprêtaient à jouer. Quand le silence dans les rangs s'est fait, une voix s'est élevée, celle de Jeanne d'Arc, pour annoncer qu'ils étaient en grève. Grève des intermittents du spectacle. L'enjeu est d'autant plus grand qu'ils sont attendus au 68ème festival d'Avignon pour jouer l'intégralité de la pièce, soit dix-huit heures de spectacle. Si ce festival a bien lieu, plus que jamais politique et poétique se rencontreront sur scène.

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Cirque Théâtre d'Elbeuf: avant même de présenter la nouvelle saison, le Directeur dit son soutien au mouvement des intermittents en ces temps où la culture est mise à mal. Plusieurs fois dans la journée, il donne la parole à son armée de l'ombre, ses techniciens-intermittents du spectacle. Ils ne veulent pas prendre en otage la troupe de la Tohu, venue de Montréal, mais sont solidaires du mouvement de grève.
Sur l'affiche de la saison 2014-2015, un homme court dans les airs, prenant son élan de livre en livre. Le chemin est instable et fragile.
La journée s'est achevée avec Attrape-moi de la Flip FabriQue. Sur le mur de fond de scène, la troupe avait tracé à la craie: de quoi sont faits les liens qui lient les gens entre eux? En ces temps d'incertitude, de crise, d'individualisme, nous pourrions tous nous soumettre à cette question: de quoi sont faits les liens qui me lient aux autres?

samedi, 31 mai 2014

Dardennesque

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Il est quelques réalisateurs dont je ne manquerai à aucun prix le dernier film. Dès le premier jour de sortie. Sans lire aucune critique au préalable. En une confiance absolue. Les frères Dardenne font partie de ceux-là.
Il est quelques réalisateurs dont je revois l'intégralité des films après avoir vu leur petit dernier. Après deux jours et une nuit, j'ai donc sorti de leur boîte La promesse, L'enfant, Le silence de Lorna et Rosetta. J'ai réservé à la médiathèque Le garçon au vélo et ai grimacé en découvrant que Le fils n'y est qu'en cassette video.
Chez les Dardenne, les routes sont périphériques et lacérées par le passage des voitures. Elles longent une rivière ou une forêt. Les traverser se fait toujours au pas de course.
Chez les Dardenne, on enfouit souvent dans la terre du menu fretin et autre larcin.
Chez les Dardenne, on choisit d'approcher et de s'éloigner des personnages par de longs plans-séquence. Le dernier referme inévitablement le film "in medias res".

dimanche, 25 mai 2014

Silence et lumière

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Photo de Ma2thieu

Vendredi s'est enfin refermé un mois tellement empli qu'il a bien failli passer par dessus bord. Cela s'appelle être débordée.
Le soir, nous avons filé sur Etretat. Le soleil étreignait silencieusement la ligne d'horizon. Déferlante de lumières.

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samedi, 03 mai 2014

Macbeth au Théâtre du Soleil

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Le Théâtre du Soleil: depuis presque trente ans, je vais y réchauffer mon imaginaire et mon appartenance au monde. De L'indiade ou l'Inde de leurs rêves aux Naufragés du fol espoir, en passant par les Atrides, Le Tartuffe, Tambour sur la digue, Le dernier caravansérail et Les Ephémères, ce sont autant d'éblouissements, de fils d'Ariane dans le dédale de ma mémoire. C'est là que j'ai grandi, contre vents et marécages.
Aller au théâtre du soleil, c'est à chaque fois une aventure recommencée. Hier, donc, nous avons quitté tôt la Normandie après avoir attrapé D. pour qui c'est la 1ère fois. Nous avons filé sur Paris sans encombre, remonté laborieusement le périphérique sud jusqu'à la porte de Vincennes, gagné le bois du même nom, hésité quelques secondes à un carrefour pour finalement retrouver nos traces laissées quatre ans auparavant.
Devant le théâtre, les marronniers sont en fleurs, au-dessus de la porte, trois mots qui ici sonnent vrais, "liberté, égalité, fraternité" et le banc de pierre qui continue de se réchauffer au soleil. Nous y avons attendu l'étape suivante: l'arrivée du tableau arborant  le plan de la salle et autocollants correspondant à chaque place. Je ne me souviens plus comment cela a été possible mais je me suis retrouvée la 1ère à choisir. Sans hésitation aucune, j'ai opté pour H14, H15 et H16, juste au-dessus de la rampe d'accès des acteurs. D., amusée, m'a fait remarquer que je ne pourrais pas dire que je n'avais pas l'embarras du choix...

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A 18h30, Ariane Mnouchkine a ouvert les portes du théâtre. Cette heure qui précède la représentation est à chaque fois comme un prologue à la pièce.

 

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Découvrir le hall -pronaos conviendrait mieux- et ses nouvelles peintures murales -des affiches polyglottes de représentations de Macbeth et un immense portrait de Shakespeare-, y boire un verre de vin, s'approcher de la troupe qui sous les gradins finit de se préparer.

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Derrière le voile, l'odeur qui flotte dans l'air est inchangée: effluves de poudre de riz et flagrances d'étoffes épicées.

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Puis le moment est venu de nous asseoir à nos places de choix, au-dessus de la rampe d'accès des acteurs. H14, H15, H16. La première existait bien, les deux autres avaient été transformées en un espace de travail. Ariane Mnouchkine , un bloc note et un antique téléphone devant elle, s'apprêtait à vivre cette 3ème représentation de Macbeth comme un nouveau filage. Elle nous a proposé de nous laisser de la place sur sa banquette en nous précisant que ce n'était pas le meilleur endroit. Elle allait faire du bruit. D. était hilare. Effectivement, c'était des places de choix!
(...)
Tard dans la nuit, c'était presque ce matin, nous avons regagné la Normandie. Encore toutes éblouies par un Macbeth à la fois contemporain et atemporel. Nous demandant déjà quand nous allions y retourner.
Cet après-midi, immobile dans cet entre-deux, encore dans hier et pas tout à fait dans aujourd'hui, je suis allée sur le site du théâtre du soleil, pour vous ramener les mots d'Ariane Mnouchkine.
"En montant Macbeth, il ne s’agit pas de faire un constat apocalyptique passif. Le dévoilement est déjà un combat, il nous faudra la patience, la force, l’humilité, le courage de chercher, de comprendre, de mettre le mal sur le théâtre, en musique, en rythme, en spectacle. Il faudra ouvrir le personnage aux spectateurs comme on dissèque un poisson pourri... Comme quand Molière monte Tartuffe, il écrit Tartuffe pour que cela ne soit plus, et c’est effectivement, je crois, dans cette pièce qu’il va le plus loin dans sa réflexion sur le mal. Montrer les choses, c’est déjà les changer. Les cacher, c’est refuser de les voir changer."

Revue de presse
Une journée au soleil avec Ariane Mnouchkine
De levers de soleil en levers de rideau, cinquante ans d'Ariane

 

jeudi, 01 mai 2014

KUDOKU

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Entendre pour la première fois le mot japonais "kudoku" et se dire que seule la fougère qui se déroule serait capable de prendre une telle position, le coude au cou.

dimanche, 27 avril 2014

Mathématique existentielle

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Aujourd'hui, j'ajoute une année supplémentaire aux quarante-quatre déjà écoulées.
Ce qui fait 45 ans.
Ma mère est née en 45.
Dans trois jours, elle ajoutera une année aux soixante-huit déjà écoulées.
Ce qui fera 69 ans.
Je suis née en 69.
Quand ma fille aura 69 ans, serai-je toujours pour fêter mes 95 ans?

vendredi, 25 avril 2014

That moment when

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Se balader en un voyage immobile sur deezer et découvrir que le benjamin du Trio Joubran navigue en solo et qu'Hadouk Trio est devenu un quartet.

mardi, 15 avril 2014

Que du blanc!

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Mes Biobios se préparent à rencontrer Xavier-Laurent Petit pour son dernier roman Itawapa. Ils ont d'abord embarqué dans un aéroplane pour voir à quoi ressemblait le livre vu d'en haut. Quatre îlots distincts -Les mangeurs d'arbres, India, Itawapa, La part indienne- et trente-six ans entre les deux premiers, d'avril 1974 à mars 2010: un espace silencieux qu'au fil de la lecture je leur demande d'interpréter. Je les encourage à être des voyants plus voyants que le Vieux qui annonce l'avenir dans sa cahute, de lire entre les lignes. A. a levé la main et dans ses yeux, une terra incognita: "Mais, Madame, entre les lignes, il n'y a que du blanc!"
L'heure qui a suivi, nous nous sommes baladés dans ce "que du blanc". Nous sommes entrés en dialogue avec lui. Sous leurs yeux médusés, il s'est mis à murmurer ce que les mots ne disaient pas: le lien d'Ultimo à L'India et Talia.
Après la sonnerie, je me suis attardée dans ma salle vide pour ne pas rompre trop vite le charme du chemin parcouru. J'ai repensé à la phrase d'A., à la part du lecteur appelé à déchiffrer. Dans le silence de ma salle, j'ai savouré ce moment.

samedi, 12 avril 2014

TRAJET

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Partir chaque matin à vélo, le long de la voie verte, croiser jour après jour un vélocipède orange fluo, encapuchonné jusqu'au sourcil, écouter le dialogue entre ciel et terre -moutonnement des nuages et tourbillons de rivière- arriver au collège en même temps que le soleil.

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jeudi, 03 avril 2014

HEROS

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Mercredi 2 avril

Hier, il y eut le passage d'un portefeuille de Vincent Peillon à Benoît Hamon. On verra bien quels seront l'audace et le courage de ce nouveau ministre...

Hier, il y eut surtout le passage d'Oedipe Roi de Sophocle à Wadji Mouawad.

Avant tout, je dois avouer ici que je suis une spectatrice de tragédies grecques intolérante.  Je suis prête à aboyer à la plus petite apparition de médiocrité sur scène. Je ne pardonne rien et n'attends que l'excellence et le brio. On ne touche pas impunément à des textes d'une telle grandeur pour se contenter d'une pâle copie de ce qui devait se faire à Athènes, il y a vingt-six siècles.
Ainsi, il y a plus de vingt ans j'ai quitté au bout d'un quart d'heure un Oedipe Roi grotesque et insipide joué à la Comédie Française -que j'ai regretté de ne pas savoir siffler, le pouce et l'index outrés, posés sur les lèvres!- et suis retournée soir après soir, puis des samedis entiers voir Les Atrides de Mnouchkine à la Cartoucherie.
Hier, dès les premières minutes, j'ai eu cette certitude que Sophocle aurait applaudi devant une telle réappropriation de la violence et de la beauté de son texte.
« Sophocle, c'est un vertige. Un souffle puissant. Une matrice de la littérature occidentale. Je souhaitais le monter dans son entièreté, car j'aime les aventures fleuves qui charrient avec elles marécages et beauté, paysages, eaux pures et eaux sales, férocité, émotions et catharsis. »
Et la fulgurance de la mise en scène: Oedipe qui nous regarde de bout en bout sans jamais s'abaisser, dans sa démesure, à un face à face avec les autres personnages, Jocaste promise à un suicide certain qui entre en scène la corde au cou, le choeur antique réduit à deux chanteurs et cet immense panneau noir en fond de scène qui peu à peu descend puis se décompose au fur et à mesure que la vérité éclate.

Ce billet semble fait de bric et de broc et le mot passage aurait presque l'air d'un lien surfait. Une deuxième citation de Wadji Mouawad réussira-t-elle à lier le tout?

"Tous les héros ne cessent de claironner leur vertu et sont pourtant rattrapés, à la fin (...) Le héros tragique agit avec démesure en pensant qu'il est un dieu.
Il s'agit de “connaître” sa mesure : si tu penses que tu es un dieu, c'est démesuré. Si tu crois que tu n'es rien, c'est sous-évalué. Entre le rien et le dieu, où es-tu, toi ?"

dimanche, 23 mars 2014

Littoral littéraire (3)

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En attendant que les précipitations cessent de perturber la Normandie, retour sur des jours lumineux.
Escapade avec mon morveux jusqu'à Trouville pour mon projet Littoral littéraire. Les badauds, ce jour-là, ont croisé un curieux duo: elle, Lumières normandes à la main et lui, skate sous un bras et matériel photo à l'épaule.
Nous cherchions où Monet avait posé son chevalet pour peindre ses tableaux Plage à Trouville et L'hôtel des Roches Noires. 

littoral littéraire, trouville, monet
Monet, Plage à Trouville

La légèreté de l'ombrelle s'est volatilisée, les planches se sont éloignées et les lampadaires imposent des verticales sans élégance.

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Claude Monet, L'hôtel des Roches Noires à Trouville, 1870, Musée d'Orsay

L'hôtel des Roches Noires a perdu son vis-à-vis, celui des réverbères et des drapeaux. Volets fermés, il attend. Le visage d'une nouvelle locataire qui poserait ses bagages pour écrire la mer.

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dimanche, 16 mars 2014

LUNE ROUSSE

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Photo de mon morveux

S'installer aux premières loges de la biquetterie pour applaudir la lune rousse et pleine.

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Photo de Moucheron

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samedi, 15 mars 2014

LATENT

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Chercher mentalement l'étymologie des mots en écoutant quelqu'un me parler: candida -du latin candidus,a,um "blanc"- albicans -du latin albus, a, um "blanc"...

mercredi, 12 mars 2014

LUCILINE

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Photo de Bernard

Se raconter des histoires éphémères en regardant les nuages, un soir de tempête.

lundi, 10 mars 2014

DANTESQUE

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Regarder mon ombre démesurée rivaliser avec celle d'un arbre.

mercredi, 05 mars 2014

CLAIRURE

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Ne croyez pas ce qui est écrit sur la palissade. Les Îles Indigo ne sont pas en chantier, c'est sa tenancière qui s'absente quelques jours. Prenez l'interdiction cerclée de rouge comme une invitation à pousser les tôles - elles ne sont pas jointes entre elles- à entrer et à prendre vos aises. Je laisse sur une table un ancien billet: le chantier des chantiers.

Tout idée de titre me faisant défaut, j'ai ouvert le Littré, j'ai lancé une requête vide: il m'a proposé clairure.

mardi, 04 mars 2014

Littoral littéraire (2)

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Carte de Maurice Pommier

Pour notre projet littoral littéraire, il nous fallait une carte que nous puissions remplir au fur et à mesure de notre avancée. Nous avons d'abord fouiné sur la toile, avons demandé conseil à des collègues géographes. Rien ne nous satisfaisait -taches de couleur sans volume, mer plate et désespérément bleu insipide- nous continuions de rêver d'une terre vierge de frontières, d'une terre traversée par les seuls cours d'eau.
Cela ne me désespérait nullement, cela me convenait même: j'allais être contrainte de demander à l'Ours d'en créer une...

J'aime cette mer faite de papier "à la cuve". Elle porte en elle les embruns et les tableaux d'Eugène Boudin.

samedi, 01 mars 2014

Prisons, Ernest Pignon-Ernest

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Juste avant les vacances, j'ai trouvé dans mon casier une feuille. "Exposition Prisons d'Ernest Pignon-Ernest à la galerie Lelong", qu'elle disait la feuille. F. l'y avait glissée. Il sait que depuis que j'ai rencontré l'artiste à Etonnants Voyageurs, je n'ai de cesse d'interroger ses passages sur les marches et sur les murs -ceux de Naples, de Palestine et de Charleville. Il sait aussi que je rêve de me retrouver face à un mur qui porterait encore l'un de ses papiers collés.
En parcourant la feuille, j'ai pesté, ragé. C'était à portée de TGV, deux ans plus tôt.
En 2012, à Lyon, Ernest Pignon-Ernest a investi la prison Saint-Paul désaffectée avant qu'elle ne devienne une université: « La prison Saint Paul n'est pas une prison ordinaire. Barbie y a sévi. Jean Moulin, Raymond Aubrac, de nombreux résistants y ont été emprisonnés. Avant que la transformation des lieux en campus ne provoque une amnésie collective, j’ai tenté d’y réinscrire par l’image le souvenir singulier d’hommes et de femmes, célèbres ou inconnus, qui y ont été torturés ou exécutés. Dans différents lieux, couloirs, cellules, je me suis efforcé d'inscrire leur visage, de stigmatiser les lieux avec le signe de l'humain."
Il ne me restait plus qu'à aller voir quelques traces à la Galerie Lelong, donc, juste en-dessous du parc Monceau. C'est tout propre par là-bas. A se demander comment les passants font pour passer sur les trottoirs sans laisser la plus petite trace, ne serait-ce celle d'un espoir ou d'une attente.
Au 1er étage de la galerie, une fois abstraction faite de tout le reste -les cadres, les verres, un guide, des acheteurs potentiels- le face à face reste saisissant.

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Les dessins d'un grand drapé accroché aux barbelés à Lyon, déroulé le long du mur, ici.

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Sur un autre mur, l'esquisse du corps drapé en un ecce homo réinvesti...

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Et surtout les yoyos, "bouteilles de plastique qu'avec l'aide d'une ficelle, les détenus tentent de faire passer, en les balançant de fenêtre à fenêtre, d'une cellule à l'autre. Messages, café, cigarettes, shit, autant de bouteilles à la mer le plus souvent prises dans les barbelés où elles pendent comme autant d'ex-voto qui n'ont plus rien à espérer."

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Au 1er étage de la galerie, une fois abstraction faite de tout le reste, le face à face reste pétrifiant.

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Nota bene: les citations d'Ernest Pignon-Ernest sont extraites du "catalogue" de l'exposition.

 

jeudi, 27 février 2014

Fleurs de prunier

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S'initier au kirigami un jour de pluie et voir le printemps affleurer sur la feuille de papier.

dimanche, 23 février 2014

Indigo

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Lire cela dans les écrits de Daishonin: Tirer de l’indigo un bleu encore plus profond. Les feuilles de l’indigotier sont d’un vert qui tend légèrement vers le bleu, mais un tissu trempé plusieurs fois dans la teinture extraite de ces feuilles prendra un ton bleu foncé éclatant.
En aimer plus intimement la couleur de mes îles.

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samedi, 22 février 2014

Coïncidence

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Après une accumulation de folles journées, se lover dans un moment oublié par tout le reste et sous la couette; commencer enfin la lecture de ce phénomène littéraire: Rencontre, Mon père, Les manières, Au collège, La douleur.
Accorder à la paupière lourde son dû, refermer le livre et ouvrir la radio. Tomber très exactement sur la 29ème seconde de la 32ème minute de La dispute, au moment précis où Arnaud Laporte dit En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis...

jeudi, 13 février 2014

Jusqu'ici tout va plus ou moins

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Jusqu'ici tout va plus ou moins.
Dimanche dernier, Copé, invité au grand jury RTL, s'emportait contre l'album Tous à poil. Ton offusqué et bienpensitude. "On ne sait pas s'il faut sourire, mais comme c'est nos enfants, on n'a pas envie de sourire." Ben nous, on s'est bien poilés sur la fesse du bouc dès lundi: chacun a sorti l'album qu'il ne faudrait pas oublier de censurer. On a allongé la liste avec quelques tableaux tant qu'on y était, chapelle Sixtine et L'origine du monde. Extraordinaire manif' pour touffes sans demande préalable auprès de la préfecture. Rouergue, l'éditeur déséquilibré et pervers, a imprimé une carte pour l'occasion...

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Jusqu'ici tout va plus ou moins.
Hier, ce fut au tour du poète David Dumortier de passer à la poêle. Invité à rencontrer une classe dans un haut lieu de la bienpensitude française, il avait emporté avec lui Mehdi.

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Si Mehdi met du rouge à lèvres, c'est pour que ses baisers restent plus longtemps sur nos joues. Parents offusqués. Rajoutez à cela que l'auteur est homosexuel. Mais que fait l’Éducation Nationale?
De cette histoire qui vient se rajouter à la 1ère, je n'ai plus trop envie de me poiler. Moi, je pensais que ça appartenait à des temps révolus, les nuits déchirées par les autodafés.
Chez ces gens-là qui crient si régulièrement "au scandale" dans nos rues, le dimanche matin, on récite sans doute au rejeton qui est au collège Sous le pont Mirabeau quand on passe au-dessus. Ont-ils oublié qu'Apollinaire a aussi écrit Les onze mille verges?
Chez ces gens-là, on discute avec la rejetonne qui est en Terminale de son épreuve de littérature. Au programme cette année, Les mains libres de Man Ray et Paul Eluard. L'ont-ils seulement feuilleté jusqu'à la dernière page?

tous à poil,mehdi met du rouge à lèvres,david dumortier

 

 

mercredi, 05 février 2014

Canopé(e)

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Photo de Bernard

Pourquoi faut-il donc que les ministres de l'Éducation Nationale aient l'impression de laisser leur empreinte en remplaçant un acronyme par un autre?
Quand j'ai commencé à enseigner, on disait CNDP ou CRDP. Je savais même ce qui se cachait derrière chacune des lettres: Centre National / Régional de Documentation Pédagogique. Un jour cette appellation labellisée a été remplacée. Le CNDP est mort, vive le SCÉRÉN! Je n'ai pas joué ma curieuse, j'ai accepté cette étrange entité comme on rentre dans son vocabulaire un néologisme. Si je devais retenir tous les mots qui composent les acronymes inventés à tour de bras par ma hiérarchie, ma mémoire se retrouverait encombrée inutilement de pacotilles éphémères.
Voilà que depuis le début de la semaine, le SCÉRÉN est mort! Du coup, je suis allée voir ce qui se cachait derrière chaque lettre. Bon, d'accord, c'était un acronyme fourre-tout donc loupé: Services Culture, Éditions, Ressources pour l'Éducation Nationale.
"LE SCÉRÉN [CNDP-CRDP] DEVIENT LE RÉSEAU CANOPÉ." C'est comme ça que c'est affiché sur la palissade de chantier du site. Mais laissez-moi deviner: CANOPÉ, CANOPÉ? Serait-ce Culture et Alphabétisation Numériques Orthographées Pour l'Éducation? Alors il manque un N à la fin parce que jusquà preuve du contraire, notre pays bénéficie encore d'une Éducation Nationale! A moins que notre ministre actuel ait voulu se démarquer de ses prédécesseurs en abandonnant la mode de l'acronyme. Dans ce cas, il manque un E parce que la canopée, ça s'écrit -ée à la fin!
Ca me turlupinait cette histoire depuis deux trois jours;  du coup, je suis passée de l'autre côté de la palissade pour voir ce qui s'y préparait. J'y ai trouvé la vidéo d'un ver de terre lumineux rampant sur l'humus, surplombée de la définition du mot Canopée -bingo!- et d'un texte digne de la série Mad Men: "Un nom qui inspire la vitalité, la spontanéité, la complémentarité." 

Par tous les dieux siégeant à l'étage sommital de la forêt tropicale humide et qui abrite la majorité des espèces y vivant, ça leur coûtait quoi d'écrire CANOPÉ avec un E?

Sur ce, je retourne sur mon littoral littéraire: depuis hier y souffle une tempête si décoiffante et débarbante qu'elle amasse des nuages à la canopée sans nul doute inspiratrice pour les vagues à lames.

jeudi, 30 janvier 2014

La mer écrite

littoral littéraire, duras, la mer écrite
Hall des Roches Noires

"Chaque jour, on regardait ça: la mer écrite"
Marguerite Duras

J'ai souri en découvrant le commentaire de christw sur mon billet Littoral littéraire (1), son envie de lire La mer écrite. Je ne suis pas sûre qu'on le puisse, lire La mer écrite. Il vaudrait mieux convier un néologisme pour dire cette désertion du regard entre paroles de Duras et photos de Bamberger, pour dire cet espace où l'estuaire de la Seine rejoint le delta du Mékong.
Ce petit bouquin, je l'avais déniché dans une solderie parisienne pour moins de deux euros, en juin 2006. Juste après avoir consacré une année au Vice consul et au Ravissement de Lol V Stein.
La semaine dernière, je l'ai recherché sur Internet. Il n'existe plus. Du moins plus sous cette forme, couverture souple et sobre, édité par Marval. Repris par les Éditions de Minuit, le voilà enrubanné et engoncé dans sa jaquette. Même son titre a changé, Marguerite Duras de Trouville...

Le site d'Hélène Bamberger

dimanche, 26 janvier 2014

Littoral littéraire (1)

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Je trouve enfin le temps d'une escale sur mes îles. Leur espace limité et l'intimité de leur géographie me permettent de souffler un peu. Faut dire que depuis plusieurs jours, semaines, je longe avec une collègue  la côte normande du Tréport au Mont-Saint-Michel en des aller-retours incessants. Nous nous sommes lancées dans un projet baptisé Littoral littéraire pour le plaisir de rapprocher deux mots qui pourraient offrir l'illusion d'une étymologie commune. Il est démesuré. Inévitablement, nous finirons par demander à nos inspecteurs de nous accorder une année pour nous y consacrer pleinement.
Nous voulons répertorier les textes du XIXème jusqu'à nos jours qui évoquent la dite côte pour en établir une carte virtuelle: nous placerons là des dunes blanches et grises, ici des chanes et des siffle-vent. Nous inventerons des courants de dérives et juste après la marée haute, la mer déposera ses laisses.
En attendant nous avons déposé nos bagages dans une première ville: Alexandre Dumas, dans sa correspondance, cède à la facilité d'y voir un trou paumé. Trouville, donc. Nous y avons trouvé Pierre et Jean, Un coeur simple, les roches noires et La mer écrite. Rangés côte à côte en un inattendu barrage contre la Manche: Maupassant, Flaubert, Proust et Duras.
Je lance un S.O.S aux passants sur ces îles: qui avons-nous oublié qui viendrait compléter ce quadriptyque?

dimanche, 12 janvier 2014

Envie de rimer en -nelle

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En ce premier mois de l'année, l'arbre se laisse désengourdir par le flux précoce d'une sève remontante. S'imposent à lui des effluves de citronnelle et primprenelle. A la fin du jour, dans la solitude des champs, se demande-t-il, l'arbre, quel aurait été son destin au bout d'une venelle?

vendredi, 03 janvier 2014

Le chantier des chantiers

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De l'autre côté de ce week-end se profile le retour au collège et les retrouvailles avec les morveux qui cheminent avec moi cette année. Quand je franchirai la grille, la cour de récréation, puis le hall, certains me lanceront sans doute la phrase magique mais vide de sens. Je les regarderai amusée et ne répondrai rien. J'attendrai de les retrouver dans ma salle, d'attraper leurs regards pour le leur dire. Leur dire qu'à l'entrée de cette année qui pour l'instant ne rime avec rien, je leur souhaite d'oser inventer, de porter loin leurs regards et leurs ombres. Je crois bien que je leur lirai un passage des voeux d'épopée d'Ariane Mnouchkine:

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’Etat, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments.  Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici."

Oui, ce sera bien d'ouvrir cette année avec ces mots-là...

mercredi, 01 janvier 2014

Quatorze

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J'ai soulevé l'écorce espérant y déloger quelque idée-force mais l'exercice, cette année, est retorse et va devoir accepter quelque entorse.
Après les années partouze et baise, quatorze est orphelin de rime: une vraie terre vierge...
Je nous souhaite des embrassements et des embrasements, des croisées de chemins et d'ogives,
Que nous ne finissions pas cette année en disant ça ne rime à rien.