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vendredi, 25 avril 2014

That moment when

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Se balader en un voyage immobile sur deezer et découvrir que le benjamin du Trio Joubran navigue en solo et qu'Hadouk Trio est devenu un quartet.

mardi, 15 avril 2014

Que du blanc!

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Mes Biobios se préparent à rencontrer Xavier-Laurent Petit pour son dernier roman Itawapa. Ils ont d'abord embarqué dans un aéroplane pour voir à quoi ressemblait le livre vu d'en haut. Quatre îlots distincts -Les mangeurs d'arbres, India, Itawapa, La part indienne- et trente-six ans entre les deux premiers, d'avril 1974 à mars 2010: un espace silencieux qu'au fil de la lecture je leur demande d'interpréter. Je les encourage à être des voyants plus voyants que le Vieux qui annonce l'avenir dans sa cahute, de lire entre les lignes. A. a levé la main et dans ses yeux, une terra incognita: "Mais, Madame, entre les lignes, il n'y a que du blanc!"
L'heure qui a suivi, nous nous sommes baladés dans ce "que du blanc". Nous sommes entrés en dialogue avec lui. Sous leurs yeux médusés, il s'est mis à murmurer ce que les mots ne disaient pas: le lien d'Ultimo à L'India et Talia.
Après la sonnerie, je me suis attardée dans ma salle vide pour ne pas rompre trop vite le charme du chemin parcouru. J'ai repensé à la phrase d'A., à la part du lecteur appelé à déchiffrer. Dans le silence de ma salle, j'ai savouré ce moment.

samedi, 12 avril 2014

TRAJET

dick annegarn,vélo va

Partir chaque matin à vélo, le long de la voie verte, croiser jour après jour un vélocipède orange fluo, encapuchonné jusqu'au sourcil, écouter le dialogue entre ciel et terre -moutonnement des nuages et tourbillons de rivière- arriver au collège en même temps que le soleil.

dick annegarn,vélo va

 

jeudi, 03 avril 2014

HEROS

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Mercredi 2 avril

Hier, il y eut le passage d'un portefeuille de Vincent Peillon à Benoît Hamon. On verra bien quels seront l'audace et le courage de ce nouveau ministre...

Hier, il y eut surtout le passage d'Oedipe Roi de Sophocle à Wadji Mouawad.

Avant tout, je dois avouer ici que je suis une spectatrice de tragédies grecques intolérante.  Je suis prête à aboyer à la plus petite apparition de médiocrité sur scène. Je ne pardonne rien et n'attends que l'excellence et le brio. On ne touche pas impunément à des textes d'une telle grandeur pour se contenter d'une pâle copie de ce qui devait se faire à Athènes, il y a vingt-six siècles.
Ainsi, il y a plus de vingt ans j'ai quitté au bout d'un quart d'heure un Oedipe Roi grotesque et insipide joué à la Comédie Française -que j'ai regretté de ne pas savoir siffler, le pouce et l'index outrés, posés sur les lèvres!- et suis retournée soir après soir, puis des samedis entiers voir Les Atrides de Mnouchkine à la Cartoucherie.
Hier, dès les premières minutes, j'ai eu cette certitude que Sophocle aurait applaudi devant une telle réappropriation de la violence et de la beauté de son texte.
« Sophocle, c'est un vertige. Un souffle puissant. Une matrice de la littérature occidentale. Je souhaitais le monter dans son entièreté, car j'aime les aventures fleuves qui charrient avec elles marécages et beauté, paysages, eaux pures et eaux sales, férocité, émotions et catharsis. »
Et la fulgurance de la mise en scène: Oedipe qui nous regarde de bout en bout sans jamais s'abaisser, dans sa démesure, à un face à face avec les autres personnages, Jocaste promise à un suicide certain qui entre en scène la corde au cou, le choeur antique réduit à deux chanteurs et cet immense panneau noir en fond de scène qui peu à peu descend puis se décompose au fur et à mesure que la vérité éclate.

Ce billet semble fait de bric et de broc et le mot passage aurait presque l'air d'un lien surfait. Une deuxième citation de Wadji Mouawad réussira-t-elle à lier le tout?

"Tous les héros ne cessent de claironner leur vertu et sont pourtant rattrapés, à la fin (...) Le héros tragique agit avec démesure en pensant qu'il est un dieu.
Il s'agit de “connaître” sa mesure : si tu penses que tu es un dieu, c'est démesuré. Si tu crois que tu n'es rien, c'est sous-évalué. Entre le rien et le dieu, où es-tu, toi ?"

dimanche, 23 mars 2014

Littoral littéraire (3)

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En attendant que les précipitations cessent de perturber la Normandie, retour sur des jours lumineux.
Escapade avec mon morveux jusqu'à Trouville pour mon projet Littoral littéraire. Les badauds, ce jour-là, ont croisé un curieux duo: elle, Lumières normandes à la main et lui, skate sous un bras et matériel photo à l'épaule.
Nous cherchions où Monet avait posé son chevalet pour peindre ses tableaux Plage à Trouville et L'hôtel des Roches Noires. 

littoral littéraire, trouville, monet
Monet, Plage à Trouville

La légèreté de l'ombrelle s'est volatilisée, les planches se sont éloignées et les lampadaires imposent des verticales sans élégance.

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Claude Monet, L'hôtel des Roches Noires à Trouville, 1870, Musée d'Orsay

L'hôtel des Roches Noires a perdu son vis-à-vis, celui des réverbères et des drapeaux. Volets fermés, il attend. Le visage d'une nouvelle locataire qui poserait ses bagages pour écrire la mer.

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dimanche, 16 mars 2014

LUNE ROUSSE

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Photo de mon morveux

S'installer aux premières loges de la biquetterie pour applaudir la lune rousse et pleine.

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Photo de Moucheron

20:35 Publié dans LE SEL DE LA VIE | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : lune |  Facebook |

samedi, 15 mars 2014

LATENT

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Chercher mentalement l'étymologie des mots en écoutant quelqu'un me parler: candida -du latin candidus,a,um "blanc"- albicans -du latin albus, a, um "blanc"...

mercredi, 12 mars 2014

LUCILINE

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Photo de Bernard

Se raconter des histoires éphémères en regardant les nuages, un soir de tempête.

lundi, 10 mars 2014

DANTESQUE

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Regarder mon ombre démesurée rivaliser avec celle d'un arbre.

mercredi, 05 mars 2014

CLAIRURE

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Ne croyez pas ce qui est écrit sur la palissade. Les Îles Indigo ne sont pas en chantier, c'est sa tenancière qui s'absente quelques jours. Prenez l'interdiction cerclée de rouge comme une invitation à pousser les tôles - elles ne sont pas jointes entre elles- à entrer et à prendre vos aises. Je laisse sur une table un ancien billet: le chantier des chantiers.

Tout idée de titre me faisant défaut, j'ai ouvert le Littré, j'ai lancé une requête vide: il m'a proposé clairure.

mardi, 04 mars 2014

Littoral littéraire (2)

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Carte de Maurice Pommier

Pour notre projet littoral littéraire, il nous fallait une carte que nous puissions remplir au fur et à mesure de notre avancée. Nous avons d'abord fouiné sur la toile, avons demandé conseil à des collègues géographes. Rien ne nous satisfaisait -taches de couleur sans volume, mer plate et désespérément bleu insipide- nous continuions de rêver d'une terre vierge de frontières, d'une terre traversée par les seuls cours d'eau.
Cela ne me désespérait nullement, cela me convenait même: j'allais être contrainte de demander à l'Ours d'en créer une...

J'aime cette mer faite de papier "à la cuve". Elle porte en elle les embruns et les tableaux d'Eugène Boudin.

samedi, 01 mars 2014

Prisons, Ernest Pignon-Ernest

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Juste avant les vacances, j'ai trouvé dans mon casier une feuille. "Exposition Prisons d'Ernest Pignon-Ernest à la galerie Lelong", qu'elle disait la feuille. F. l'y avait glissée. Il sait que depuis que j'ai rencontré l'artiste à Etonnants Voyageurs, je n'ai de cesse d'interroger ses passages sur les marches et sur les murs -ceux de Naples, de Palestine et de Charleville. Il sait aussi que je rêve de me retrouver face à un mur qui porterait encore l'un de ses papiers collés.
En parcourant la feuille, j'ai pesté, ragé. C'était à portée de TGV, deux ans plus tôt.
En 2012, à Lyon, Ernest Pignon-Ernest a investi la prison Saint-Paul désaffectée avant qu'elle ne devienne une université: « La prison Saint Paul n'est pas une prison ordinaire. Barbie y a sévi. Jean Moulin, Raymond Aubrac, de nombreux résistants y ont été emprisonnés. Avant que la transformation des lieux en campus ne provoque une amnésie collective, j’ai tenté d’y réinscrire par l’image le souvenir singulier d’hommes et de femmes, célèbres ou inconnus, qui y ont été torturés ou exécutés. Dans différents lieux, couloirs, cellules, je me suis efforcé d'inscrire leur visage, de stigmatiser les lieux avec le signe de l'humain."
Il ne me restait plus qu'à aller voir quelques traces à la Galerie Lelong, donc, juste en-dessous du parc Monceau. C'est tout propre par là-bas. A se demander comment les passants font pour passer sur les trottoirs sans laisser la plus petite trace, ne serait-ce celle d'un espoir ou d'une attente.
Au 1er étage de la galerie, une fois abstraction faite de tout le reste -les cadres, les verres, un guide, des acheteurs potentiels- le face à face reste saisissant.

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Les dessins d'un grand drapé accroché aux barbelés à Lyon, déroulé le long du mur, ici.

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Sur un autre mur, l'esquisse du corps drapé en un ecce homo réinvesti...

ernest pignon-ernest

Et surtout les yoyos, "bouteilles de plastique qu'avec l'aide d'une ficelle, les détenus tentent de faire passer, en les balançant de fenêtre à fenêtre, d'une cellule à l'autre. Messages, café, cigarettes, shit, autant de bouteilles à la mer le plus souvent prises dans les barbelés où elles pendent comme autant d'ex-voto qui n'ont plus rien à espérer."

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Au 1er étage de la galerie, une fois abstraction faite de tout le reste, le face à face reste pétrifiant.

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Nota bene: les citations d'Ernest Pignon-Ernest sont extraites du "catalogue" de l'exposition.

 

jeudi, 27 février 2014

Fleurs de prunier

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S'initier au kirigami un jour de pluie et voir le printemps affleurer sur la feuille de papier.

dimanche, 23 février 2014

Indigo

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Lire cela dans les écrits de Daishonin: Tirer de l’indigo un bleu encore plus profond. Les feuilles de l’indigotier sont d’un vert qui tend légèrement vers le bleu, mais un tissu trempé plusieurs fois dans la teinture extraite de ces feuilles prendra un ton bleu foncé éclatant.
En aimer plus intimement la couleur de mes îles.

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samedi, 22 février 2014

Coïncidence

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Après une accumulation de folles journées, se lover dans un moment oublié par tout le reste et sous la couette; commencer enfin la lecture de ce phénomène littéraire: Rencontre, Mon père, Les manières, Au collège, La douleur.
Accorder à la paupière lourde son dû, refermer le livre et ouvrir la radio. Tomber très exactement sur la 29ème seconde de la 32ème minute de La dispute, au moment précis où Arnaud Laporte dit En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis...

jeudi, 13 février 2014

Jusqu'ici tout va plus ou moins

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Jusqu'ici tout va plus ou moins.
Dimanche dernier, Copé, invité au grand jury RTL, s'emportait contre l'album Tous à poil. Ton offusqué et bienpensitude. "On ne sait pas s'il faut sourire, mais comme c'est nos enfants, on n'a pas envie de sourire." Ben nous, on s'est bien poilés sur la fesse du bouc dès lundi: chacun a sorti l'album qu'il ne faudrait pas oublier de censurer. On a allongé la liste avec quelques tableaux tant qu'on y était, chapelle Sixtine et L'origine du monde. Extraordinaire manif' pour touffes sans demande préalable auprès de la préfecture. Rouergue, l'éditeur déséquilibré et pervers, a imprimé une carte pour l'occasion...

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Jusqu'ici tout va plus ou moins.
Hier, ce fut au tour du poète David Dumortier de passer à la poêle. Invité à rencontrer une classe dans un haut lieu de la bienpensitude française, il avait emporté avec lui Mehdi.

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Si Mehdi met du rouge à lèvres, c'est pour que ses baisers restent plus longtemps sur nos joues. Parents offusqués. Rajoutez à cela que l'auteur est homosexuel. Mais que fait l’Éducation Nationale?
De cette histoire qui vient se rajouter à la 1ère, je n'ai plus trop envie de me poiler. Moi, je pensais que ça appartenait à des temps révolus, les nuits déchirées par les autodafés.
Chez ces gens-là qui crient si régulièrement "au scandale" dans nos rues, le dimanche matin, on récite sans doute au rejeton qui est au collège Sous le pont Mirabeau quand on passe au-dessus. Ont-ils oublié qu'Apollinaire a aussi écrit Les onze mille verges?
Chez ces gens-là, on discute avec la rejetonne qui est en Terminale de son épreuve de littérature. Au programme cette année, Les mains libres de Man Ray et Paul Eluard. L'ont-ils seulement feuilleté jusqu'à la dernière page?

tous à poil,mehdi met du rouge à lèvres,david dumortier

 

 

mercredi, 05 février 2014

Canopé(e)

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Photo de Bernard

Pourquoi faut-il donc que les ministres de l'Éducation Nationale aient l'impression de laisser leur empreinte en remplaçant un acronyme par un autre?
Quand j'ai commencé à enseigner, on disait CNDP ou CRDP. Je savais même ce qui se cachait derrière chacune des lettres: Centre National / Régional de Documentation Pédagogique. Un jour cette appellation labellisée a été remplacée. Le CNDP est mort, vive le SCÉRÉN! Je n'ai pas joué ma curieuse, j'ai accepté cette étrange entité comme on rentre dans son vocabulaire un néologisme. Si je devais retenir tous les mots qui composent les acronymes inventés à tour de bras par ma hiérarchie, ma mémoire se retrouverait encombrée inutilement de pacotilles éphémères.
Voilà que depuis le début de la semaine, le SCÉRÉN est mort! Du coup, je suis allée voir ce qui se cachait derrière chaque lettre. Bon, d'accord, c'était un acronyme fourre-tout donc loupé: Services Culture, Éditions, Ressources pour l'Éducation Nationale.
"LE SCÉRÉN [CNDP-CRDP] DEVIENT LE RÉSEAU CANOPÉ." C'est comme ça que c'est affiché sur la palissade de chantier du site. Mais laissez-moi deviner: CANOPÉ, CANOPÉ? Serait-ce Culture et Alphabétisation Numériques Orthographées Pour l'Éducation? Alors il manque un N à la fin parce que jusquà preuve du contraire, notre pays bénéficie encore d'une Éducation Nationale! A moins que notre ministre actuel ait voulu se démarquer de ses prédécesseurs en abandonnant la mode de l'acronyme. Dans ce cas, il manque un E parce que la canopée, ça s'écrit -ée à la fin!
Ca me turlupinait cette histoire depuis deux trois jours;  du coup, je suis passée de l'autre côté de la palissade pour voir ce qui s'y préparait. J'y ai trouvé la vidéo d'un ver de terre lumineux rampant sur l'humus, surplombée de la définition du mot Canopée -bingo!- et d'un texte digne de la série Mad Men: "Un nom qui inspire la vitalité, la spontanéité, la complémentarité." 

Par tous les dieux siégeant à l'étage sommital de la forêt tropicale humide et qui abrite la majorité des espèces y vivant, ça leur coûtait quoi d'écrire CANOPÉ avec un E?

Sur ce, je retourne sur mon littoral littéraire: depuis hier y souffle une tempête si décoiffante et débarbante qu'elle amasse des nuages à la canopée sans nul doute inspiratrice pour les vagues à lames.

jeudi, 30 janvier 2014

La mer écrite

littoral littéraire, duras, la mer écrite
Hall des Roches Noires

"Chaque jour, on regardait ça: la mer écrite"
Marguerite Duras

J'ai souri en découvrant le commentaire de christw sur mon billet Littoral littéraire (1), son envie de lire La mer écrite. Je ne suis pas sûre qu'on le puisse, lire La mer écrite. Il vaudrait mieux convier un néologisme pour dire cette désertion du regard entre paroles de Duras et photos de Bamberger, pour dire cet espace où l'estuaire de la Seine rejoint le delta du Mékong.
Ce petit bouquin, je l'avais déniché dans une solderie parisienne pour moins de deux euros, en juin 2006. Juste après avoir consacré une année au Vice consul et au Ravissement de Lol V Stein.
La semaine dernière, je l'ai recherché sur Internet. Il n'existe plus. Du moins plus sous cette forme, couverture souple et sobre, édité par Marval. Repris par les Éditions de Minuit, le voilà enrubanné et engoncé dans sa jaquette. Même son titre a changé, Marguerite Duras de Trouville...

Le site d'Hélène Bamberger

dimanche, 26 janvier 2014

Littoral littéraire (1)

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Je trouve enfin le temps d'une escale sur mes îles. Leur espace limité et l'intimité de leur géographie me permettent de souffler un peu. Faut dire que depuis plusieurs jours, semaines, je longe avec une collègue  la côte normande du Tréport au Mont-Saint-Michel en des aller-retours incessants. Nous nous sommes lancées dans un projet baptisé Littoral littéraire pour le plaisir de rapprocher deux mots qui pourraient offrir l'illusion d'une étymologie commune. Il est démesuré. Inévitablement, nous finirons par demander à nos inspecteurs de nous accorder une année pour nous y consacrer pleinement.
Nous voulons répertorier les textes du XIXème jusqu'à nos jours qui évoquent la dite côte pour en établir une carte virtuelle: nous placerons là des dunes blanches et grises, ici des chanes et des siffle-vent. Nous inventerons des courants de dérives et juste après la marée haute, la mer déposera ses laisses.
En attendant nous avons déposé nos bagages dans une première ville: Alexandre Dumas, dans sa correspondance, cède à la facilité d'y voir un trou paumé. Trouville, donc. Nous y avons trouvé Pierre et Jean, Un coeur simple, les roches noires et La mer écrite. Rangés côte à côte en un inattendu barrage contre la Manche: Maupassant, Flaubert, Proust et Duras.
Je lance un S.O.S aux passants sur ces îles: qui avons-nous oublié qui viendrait compléter ce quadriptyque?

dimanche, 12 janvier 2014

Envie de rimer en -nelle

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En ce premier mois de l'année, l'arbre se laisse désengourdir par le flux précoce d'une sève remontante. S'imposent à lui des effluves de citronnelle et primprenelle. A la fin du jour, dans la solitude des champs, se demande-t-il, l'arbre, quel aurait été son destin au bout d'une venelle?

vendredi, 03 janvier 2014

Le chantier des chantiers

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De l'autre côté de ce week-end se profile le retour au collège et les retrouvailles avec les morveux qui cheminent avec moi cette année. Quand je franchirai la grille, la cour de récréation, puis le hall, certains me lanceront sans doute la phrase magique mais vide de sens. Je les regarderai amusée et ne répondrai rien. J'attendrai de les retrouver dans ma salle, d'attraper leurs regards pour le leur dire. Leur dire qu'à l'entrée de cette année qui pour l'instant ne rime avec rien, je leur souhaite d'oser inventer, de porter loin leurs regards et leurs ombres. Je crois bien que je leur lirai un passage des voeux d'épopée d'Ariane Mnouchkine:

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’Etat, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments.  Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici."

Oui, ce sera bien d'ouvrir cette année avec ces mots-là...

mercredi, 01 janvier 2014

Quatorze

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J'ai soulevé l'écorce espérant y déloger quelque idée-force mais l'exercice, cette année, est retorse et va devoir accepter quelque entorse.
Après les années partouze et baise, quatorze est orphelin de rime: une vraie terre vierge...
Je nous souhaite des embrassements et des embrasements, des croisées de chemins et d'ogives,
Que nous ne finissions pas cette année en disant ça ne rime à rien.

lundi, 23 décembre 2013

Lune diurne

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Photo de Flore

Sur ma route, ce matin, j'ai croisé une lune diurne. Elle avait entendu dire que les nuits s'étaient mises à rétrécir. L'espace lui a soudain semblé étroit. Elle a débordé sur le jour naissant.

samedi, 21 décembre 2013

Solstice d'hiver

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Aujourd'hui solstice d'hiver.
Les arbres, désoeuvrés, contemplent leur nudité dans l'eau. En ce jour le plus court, savent-ils que leur reflet est compté?  Une dernière fois.

jeudi, 19 décembre 2013

Le livre des questions (2)

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Pourquoi les vers à soie
vivent-ils si déguenillés?
Pablo Neruda

lundi, 16 décembre 2013

Le livre des questions

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"Quel est l'outil le plus tranchant? La hachette qui écourte un rêve? Ou bien la faux qui ouvre le chemin à un autre rêve?"
Pablo Néruda

samedi, 07 décembre 2013

Rolihlahla Mandela

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Rolihlahla Mandela s'est éteint avant-hier. Depuis hier, tout le monde  souffle sur le feu de sa mémoire. De tout ce que j'ai lu et entendu, je veux déposer sur mes îles deux braises: le poème Invictus de William Ernest Henley dans lequel "celui qui vient poser des problèmes" a puisé, dit-on, sa force à Robben Island:

Out of the night that covers me,         
Black as the pit from pole to pole,        
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

... et l'hommage de Christiane Taubira qui se referme sur ces phrases:

"J'ai envie de me réconforter moi-même, de me consoler. Et je me dis, quoiqu'il arrive, le monde qui a donné naissance à Rolihlahla "celui qui vient poser des problèmes" et n'a pu l'empêcher de devenir Madiba, malgré, malgré tant et tout, ce monde ne sombrera plus jamais dans l'ignoble et l'horreur. Mais je sais qu'en ce moment même, je me mens. Alors, désemparée, avec Pablo Neruda je cède:


"Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée
Si je pouvais m'arracher les yeux et les manger
Je le ferais pour ta voix d'oranger endeuillé
Et pour ta poésie qui jaillit en criant
Parce que pour toi poussent les écoles
Et les hérissons s'envolent vers le ciel"

Repose en paix, Madiba. Nos cœurs, ton linceul."

samedi, 30 novembre 2013

B.N.F.

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De lundi à mercredi, je suis devenue un rat de bibliothèque. De luxe. La bibliothèque, pas le rat. Trois jours de colloque à la B.N.F., trois jours dérapés du quotidien, trois jours pour s'interroger sur les métamorphoses du texte et de l'image à l'heure du numérique.
Obligation était faite chaque matin d'être à l'Ouest pour cause de rénovation de l'entrée Est. Descente entre la Tour des Lois et celle des Nombres.

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Le temps de l'escalator du descalator, laisser le regard glisser le long des pins qui ne s'étonnent plus de la Tour des Lettres, toujours d'équerre.

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Une fois à l'intérieur, emprunter le chemin le plus court et longer le cloître par la Galerie Sud. La moquette orange absorbe le bruit des pas pressés. Les conversations se feutrent, elles-aussi. Passer devant Astérix et Matthew Barney, tous deux endormis encore à cette heure. Traverser le pont-levis drapé de cotte de mailles et entrer dans le Grand Auditorium.

Le soir, sortir du Grand Auditorium et préférer la Galerie Nord, plus propice à la lenteur. Laisser la mémoire vive se délasser et s'étirer avant de rejoindre la cacophonie de la ville aux heures de pointe. Y déplier les plis et replis de la journée.
 

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A main gauche, les derniers habitués du lieu, un oeil sur leur in-folio et l'autre sur leur I-pad: ils profitent de quelques minutes encore de connexion wifi.
A main droite, le cloître maintenant immergé dans les ténèbres. Le long de la galerie, des lutrins -on appréciera au passage le désir de l'architecte de pousser la métaphore religieuse jusque dans ce recoin-là- nomment les essences des arbres que le regard ne distingue plus. Les pins du matin en deviennent sylvestres. "Urbains" aurait été plus juste. Déracinés de la forêt de Bord -à deux enjambées de la Biquetterie- depuis un presque quart de siècle. Leur canopée devait surplomber toutes les autres. Ré-enracinés là. Enfouis entre les Tours des Lois, des Nombres, des Lettres et des Temps. Leur arrive-t-il certains soirs de laisser monter quelque mélancolie en place et lieu de leur sève?

Le temps de l'escalator, les saluer d'une tendresse toute particulière. 

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samedi, 23 novembre 2013

Que reste-t-il d'un spectacle...

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Samedi 16 novembre, Cirque Théâtre d'Elbeuf: Opus, Compagnie Circa et Quatuor Debussy

 

 

Article-denis-lavant.jpgMardi 19 novembre, Théâtre les Chalands: Faire danser les alligators sur la flûte de pan, Denis Lavant

 

 

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Jeudi 21 novembre, le Moulin: Enzo Enzo chante Marie Nimier

Semaine spectaculaire de soir en soir et cette interrogation inévitable: que reste-t-il d'un spectacle après qu'on l'a vu? Des images fugitives, des tremblements intérieurs, des émerveillements bouche bée et soi devant la scène à nouveau vide, soi peut-être transformé, un je-ne-sais-quoi d'imperceptible. On en parle avec ceux qui étaient dans la salle. L'indigence des mots mais l'étincelle nouvelle allumée dans le regard.
On aimerait trouver des verbes si puissants qu'ils se feraient chair pour une fois. On les placerait ici et apparaîtraient alors quatorze corps désarticulés jusqu'à l'invraisemblable et un quatuor, Louis-Ferdinand Céline, celui de Voyage au bout de la nuit et celui de Rigodon, et une femme pétillante qui laisse sa voix glisser sur les mots d'une autre femme...

samedi, 16 novembre 2013

Le quatrième mur (2)

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Le quatrième mur: je l'avais découvert dans le dernier tournant de l'été. Chaque matin comme un rituel: courir jusqu'au panorama au-dessus de St Pierre du Vauvray pour accueillir là-haut, seule au-dessus des champs, le premier rayon de soleil. Oublier l'effort de la montée en écoutant dans mon I-machin Les Bonnes Feuilles, consacrées à la rentrée littéraire. Un corps qui court est étonnant: il est capable d'une écoute sans faille ni pensée parasite. Je me souviens parfaitement du timbre de la voix de Sorj Chalandon lisant l'incipit de son quatrième mur. "Tripoli, nord du Liban, jeudi 27 octobre 1983" La distance qu'il y avait dans sa voix. Cela ne concordait pas avec la violence des premiers lignes. Plongée "in medias res". Goût de poussière des premiers paragraphes.
Dans la foulée, je l'avais lu. Avidement. Inscrite aux abonnés absents pendant deux jours. Reculant le moment où il faudrait rejoindre le quotidien, y être à nouveau.
Depuis je n'avais eu de cesse d'en conseiller la lecture: si tu as un roman à lire, c'est celui-là. J'espérais pour lui quelque prix littéraire. Non pour la gloriole enfiévrée de l'antichambre du restaurant Drouant mais pour que se multiplie le nombre de ses lecteurs. Je clamais haut et fort, sur le ton convaincu de quelque Sibylle inspirée qu'il aurait le Goncourt. Il vient de recevoir bien mieux que le Goncourt: le Goncourt des lycéens!