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lundi, 23 décembre 2013

Lune diurne

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Photo de Flore

Sur ma route, ce matin, j'ai croisé une lune diurne. Elle avait entendu dire que les nuits s'étaient mises à rétrécir. L'espace lui a soudain semblé étroit. Elle a débordé sur le jour naissant.

samedi, 21 décembre 2013

Solstice d'hiver

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Aujourd'hui solstice d'hiver.
Les arbres, désoeuvrés, contemplent leur nudité dans l'eau. En ce jour le plus court, savent-ils que leur reflet est compté?  Une dernière fois.

jeudi, 19 décembre 2013

Le livre des questions (2)

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Pourquoi les vers à soie
vivent-ils si déguenillés?
Pablo Neruda

lundi, 16 décembre 2013

Le livre des questions

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"Quel est l'outil le plus tranchant? La hachette qui écourte un rêve? Ou bien la faux qui ouvre le chemin à un autre rêve?"
Pablo Néruda

samedi, 07 décembre 2013

Rolihlahla Mandela

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Rolihlahla Mandela s'est éteint avant-hier. Depuis hier, tout le monde  souffle sur le feu de sa mémoire. De tout ce que j'ai lu et entendu, je veux déposer sur mes îles deux braises: le poème Invictus de William Ernest Henley dans lequel "celui qui vient poser des problèmes" a puisé, dit-on, sa force à Robben Island:

Out of the night that covers me,         
Black as the pit from pole to pole,        
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

... et l'hommage de Christiane Taubira qui se referme sur ces phrases:

"J'ai envie de me réconforter moi-même, de me consoler. Et je me dis, quoiqu'il arrive, le monde qui a donné naissance à Rolihlahla "celui qui vient poser des problèmes" et n'a pu l'empêcher de devenir Madiba, malgré, malgré tant et tout, ce monde ne sombrera plus jamais dans l'ignoble et l'horreur. Mais je sais qu'en ce moment même, je me mens. Alors, désemparée, avec Pablo Neruda je cède:


"Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée
Si je pouvais m'arracher les yeux et les manger
Je le ferais pour ta voix d'oranger endeuillé
Et pour ta poésie qui jaillit en criant
Parce que pour toi poussent les écoles
Et les hérissons s'envolent vers le ciel"

Repose en paix, Madiba. Nos cœurs, ton linceul."

samedi, 30 novembre 2013

B.N.F.

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De lundi à mercredi, je suis devenue un rat de bibliothèque. De luxe. La bibliothèque, pas le rat. Trois jours de colloque à la B.N.F., trois jours dérapés du quotidien, trois jours pour s'interroger sur les métamorphoses du texte et de l'image à l'heure du numérique.
Obligation était faite chaque matin d'être à l'Ouest pour cause de rénovation de l'entrée Est. Descente entre la Tour des Lois et celle des Nombres.

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Le temps de l'escalator du descalator, laisser le regard glisser le long des pins qui ne s'étonnent plus de la Tour des Lettres, toujours d'équerre.

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Une fois à l'intérieur, emprunter le chemin le plus court et longer le cloître par la Galerie Sud. La moquette orange absorbe le bruit des pas pressés. Les conversations se feutrent, elles-aussi. Passer devant Astérix et Matthew Barney, tous deux endormis encore à cette heure. Traverser le pont-levis drapé de cotte de mailles et entrer dans le Grand Auditorium.

Le soir, sortir du Grand Auditorium et préférer la Galerie Nord, plus propice à la lenteur. Laisser la mémoire vive se délasser et s'étirer avant de rejoindre la cacophonie de la ville aux heures de pointe. Y déplier les plis et replis de la journée.
 

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A main gauche, les derniers habitués du lieu, un oeil sur leur in-folio et l'autre sur leur I-pad: ils profitent de quelques minutes encore de connexion wifi.
A main droite, le cloître maintenant immergé dans les ténèbres. Le long de la galerie, des lutrins -on appréciera au passage le désir de l'architecte de pousser la métaphore religieuse jusque dans ce recoin-là- nomment les essences des arbres que le regard ne distingue plus. Les pins du matin en deviennent sylvestres. "Urbains" aurait été plus juste. Déracinés de la forêt de Bord -à deux enjambées de la Biquetterie- depuis un presque quart de siècle. Leur canopée devait surplomber toutes les autres. Ré-enracinés là. Enfouis entre les Tours des Lois, des Nombres, des Lettres et des Temps. Leur arrive-t-il certains soirs de laisser monter quelque mélancolie en place et lieu de leur sève?

Le temps de l'escalator, les saluer d'une tendresse toute particulière. 

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samedi, 23 novembre 2013

Que reste-t-il d'un spectacle...

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Samedi 16 novembre, Cirque Théâtre d'Elbeuf: Opus, Compagnie Circa et Quatuor Debussy

 

 

Article-denis-lavant.jpgMardi 19 novembre, Théâtre les Chalands: Faire danser les alligators sur la flûte de pan, Denis Lavant

 

 

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Jeudi 21 novembre, le Moulin: Enzo Enzo chante Marie Nimier

Semaine spectaculaire de soir en soir et cette interrogation inévitable: que reste-t-il d'un spectacle après qu'on l'a vu? Des images fugitives, des tremblements intérieurs, des émerveillements bouche bée et soi devant la scène à nouveau vide, soi peut-être transformé, un je-ne-sais-quoi d'imperceptible. On en parle avec ceux qui étaient dans la salle. L'indigence des mots mais l'étincelle nouvelle allumée dans le regard.
On aimerait trouver des verbes si puissants qu'ils se feraient chair pour une fois. On les placerait ici et apparaîtraient alors quatorze corps désarticulés jusqu'à l'invraisemblable et un quatuor, Louis-Ferdinand Céline, celui de Voyage au bout de la nuit et celui de Rigodon, et une femme pétillante qui laisse sa voix glisser sur les mots d'une autre femme...

samedi, 16 novembre 2013

Le quatrième mur (2)

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Le quatrième mur: je l'avais découvert dans le dernier tournant de l'été. Chaque matin comme un rituel: courir jusqu'au panorama au-dessus de St Pierre du Vauvray pour accueillir là-haut, seule au-dessus des champs, le premier rayon de soleil. Oublier l'effort de la montée en écoutant dans mon I-machin Les Bonnes Feuilles, consacrées à la rentrée littéraire. Un corps qui court est étonnant: il est capable d'une écoute sans faille ni pensée parasite. Je me souviens parfaitement du timbre de la voix de Sorj Chalandon lisant l'incipit de son quatrième mur. "Tripoli, nord du Liban, jeudi 27 octobre 1983" La distance qu'il y avait dans sa voix. Cela ne concordait pas avec la violence des premiers lignes. Plongée "in medias res". Goût de poussière des premiers paragraphes.
Dans la foulée, je l'avais lu. Avidement. Inscrite aux abonnés absents pendant deux jours. Reculant le moment où il faudrait rejoindre le quotidien, y être à nouveau.
Depuis je n'avais eu de cesse d'en conseiller la lecture: si tu as un roman à lire, c'est celui-là. J'espérais pour lui quelque prix littéraire. Non pour la gloriole enfiévrée de l'antichambre du restaurant Drouant mais pour que se multiplie le nombre de ses lecteurs. Je clamais haut et fort, sur le ton convaincu de quelque Sibylle inspirée qu'il aurait le Goncourt. Il vient de recevoir bien mieux que le Goncourt: le Goncourt des lycéens!

mercredi, 13 novembre 2013

Henry VI, François et les autres

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« C’est un apaisement d’avoir dans nos cités ces espaces noirs vides et silencieux d’où la création peut jaillir. C’est un espoir d’y voir se rassembler le public, tous les publics qui constituent le temps d’une représentation une communauté éphémère. Le théâtre rassemble parce que la culture est un bien commun. En ces temps douteux de division, le théâtre devient un endroit de résistance et une preuve rassurante de l’intelligence et de discernement citoyen. »

ou encore

"Monter Henry VI c'est donc, je le crois interroger notre époque par ce qui serait son origine en assistant à l'abandon par l'Homme d'un monde de valeurs communautaires pour un monde individualisé. Sous la plume Shakespearienne, dans la peinture de la lutte pour le pouvoir, on peut déceler, en germe, les attitudes fallacieuses des factions politiques, la perversion de la subordination, le mépris grossier à l'égard des femmes, l'étouffement de la vertu par l'ambition et finalement ... la violence mais aussi la tristesse du chacun pour soi." Thomas Jolly, à propos d'Henry VI

Toute coïncidence ou ressemblance avec des personnages réels n'est ni fortuite ni involontaire.

dimanche, 10 novembre 2013

Henry VI de Shakespeare par la Piccola Familia

henry vi, thomas jolly, piccola familia
copyright Nicolas Joubart

Hier nous avons quitté la Biquetterie à l'heure où la nuit a une grande marge devant elle et où le jour ne sait pas encore quelles teintes il déclinera. Nous avons traversé le duché de Normandie et une partie du duché de Bretagne. Arrivée à Rennes à 9H.
Ce samedi 9 novembre, nous l'avions programmé de longue date. Depuis septembre, nous avions réservé nos places au TNB pour aller voir Henry VI de Shakespeare, mis en scène par Thomas Jolly. Pour percevoir un tant soit peu l'impatience qui nous rongeait, songez à votre série préférée: vous venez d'apprendre qu'une nouvelle saison serait programmée deux mois plus tard.
Nous avions vu les épisodes 1 et 2 d'Henry VI lors de leur création à Cherbourg, en janvier 2013. Nous les avions revus le mois suivant lorsque la troupe s'était installée à Louviers. Ensuite, nous avions dû nous résoudre à attendre que l'épisode 3 soit créé, en compagnie d'Henry VI menacé par la sombre vengeance du duc d'York et la reine Marguerite portant le fruit de ses amours adultères. Quant à Gloucester et Bedford, ils n'étaient plus de la partie: ils avaient rendu un dernier souffle mémorable à la fin de l'épisode 2. Cela dit en passant, Môôôsieur William, vous auriez pu faire quelque entorse à l'Histoire d'Angleterre et garder ces deux-là plus longtemps sur scène en prévision du jour où ils seraient interprétés avec une telle maestria par les acteurs de la Piccola Familia!

henry vi, thomas jolly, piccola familia

Samedi 9 novembre, TNB de Rennes, de 11h à minuit, Henry VI, épisode 1, 2 et 3
Les portes s'ouvrent tôt. L'impatience et l'excitation sont tangibles dans la salle. Avec le public est rentrée l'odeur des galettes-saucisses qui cuisent dehors en prévision du premier entracte. Pour tromper le temps qui ne veut pas accélérer son cours, je lis la présentation de la pièce par Thomas Jolly: Henry VI relate la lente dégénérescence du monde. Shakespeare la traduit en basculant petit à petit du registre flamboyant de la comédie à celui crépusculaire de la tragédie. La mise en scène suit cette courbe descendante en s'appuyant sur une alliée rare et précieuse au théâtre: la durée. On entre dans Henry VI en plein jour, on en sort au creux de la nuit. Les premiers mots de la pièce le commandent: "Cieux, tendez-vous de noir! Jour, fais place à la nuit!"
Pour parler de ce qui s'est passé après, de 11h à minuit, je sais déjà que les mots vont faire défaut: un éblouissement permanent entre rires et larmes, les mille facettes d'un kaléidoscope concentrées en un plateau de scène, le temps arrêté, suspendu, la disparition du jour et de la nuit et soudain le rideau noir qui tombe non pour signaler un nouvel entracte mais bien pour la dernière fois. Prolonger les applaudissements le plus longtemps possible, jusqu'à ce que les paumes supplient de les prendre en pitié, espérer qu'en entendant ce crépitement de joie et d'émotion, la troupe comprendra quel miracle elle venait de nous offrir.

henry vi, thomas jolly, piccola familia

L'intégrale d'Henry VI - épisode 1, 2, 3 et 4- sera jouée cet été au festival d'Avignon. Nous devons donc nous résoudre à attendre que l'épisode 4 soit créé en compagnie de la reine Marguerite plus farouche qu'une Amazone et son indécis époux. Quant au duc d'York, il n'est plus de la partie. Il a rendu son âme et sa tête à la fin de l'épisode 3.

vendredi, 08 novembre 2013

Vortex, Compagnie Non Nova

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VORTEX n.m. lat. vortex, icis m. Tourbillon creux qui apparaît dans un fluide en écoulement

Vortex, Compagnie Non Nova, Cirque Théâtre d'Elbeuf, du 7 au 9 novembre 2013
La scène est encerclée de ventilateurs. A un point du cercle, un être, énorme, difforme, tout de noir vêtu, affublé des signes distinctifs de l'homme invisible -chapeau et bandelettes sur le visage- se tient à genoux; toute son attention est accaparée par des sacs en plastique, de ceux qu'on ne vous donne plus que rarement à la caisse des supermarchés: il les découpe avec minutie, agence les morceaux. De là où je suis assise, les morceaux assemblés deviennent des marionnettes étêtées au phallus démesuré. Une fois l'ouvrage fini, il lance  les sacs au centre du cercle tourmenté par les souffles. Les plastiques restent quelques secondes avachis avant de se gonfler, de prendre forme et vie: c'est soudain un ballet insoumis d'êtres légers qui cherchent la verticalité et l'ayant atteinte regagnent le sol aussitôt.
Puis l'être se débarrasse, s'extrait de ses couches: il abandonne aux vents sa mue noire avant d'entreprendre avec elle une danse érotique, un combat, la scène devient arène. Il se vide de boyaux en plastique et d'un gigantesque placenta qui cherchent à leur tour la verticalité. L'être difforme se volatilise d'enveloppe de substitution en enveloppe de substitution et la peau apparaît enfin, celle d'une femme.
Un spectacle qui a imprimé pour longtemps la rétine de ma mémoire.

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lundi, 04 novembre 2013

Vos rêvent nous dérangent.

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Vos rêves nous dérangent, Exposition photographique, Dulce Pinzón, Mikhael Subotzky, Achinto Bhadra.
Du 25 septembre au 15 décembre 2013, Parc de la Villette

Est-ce parce que l'entrée de cette exposition-là est libre que le concept même de file d'attente a disparu? Dès que nous entrons, l'hypothèse ne tient plus. Les salles sont presque vides, le Tout-Paris ne s'est pas rendu là. Nous avons l'espace de déambuler d'un univers à l'autre, de dissimulés en dissimulés: Dulce Pinzon et ses super-héros mexicains travaillant à New-York;

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Mikhael Subotsky et les dissimulés d'une prison sud-africaine, aux allures d'ancienne maison coloniale exposée à tous les vents et toutes les indifférences sur le rond point de la ville de Beaufort West,

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Achinto Bhadra et ses jeunes femmes violentées, violées qui font peau neuve en puisant dans les divinités indiennes ou Bollywood: elles relèvent le défi de rêver encore une fois, malgré tout pour se créer un autre moi.

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Vos rêves nous dérangent. Qui est ce "vous", qui est ce "nous"? Qui est dérangé par les rêves de l'autre? Seraient-ce tous ces dissimulés de New-York, de Belfort West et du refuge de Sanlaap? Ou alors, est-ce nous, que toutes ces vies réincarnées viennent sortir du rang?

 

samedi, 02 novembre 2013

GENESIS, SEBASTIÃO SALGADO

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Cour de La Maison Européenne de la Photographie

Avant nous filions souvent à Paris, le 1er dimanche du mois. Nous faisions deux expositions. Une en début de matinée et une en fin de matinée. Presque toujours de peintures. Mes deux morveux y aiguisaient leur regard, se laissaient questionner, déranger, impressionner. Il est arrivé qu'ils restent insensibles.
Maintenant, nous filons toujours régulièrement sur Paris. Mon morveux, entre temps, a décidé de regarder le monde derrière ses objectifs; nous privilégions les expositions de photographies. Je lui ai proposé GENESIS de SEBASTIÃO SALGADO, une quête du monde des origines des Terres du Nord aux Confins du Sud.
La longueur de la file d'attente devant La Maison Européenne de la Photographie était proportionnelle aux éloges lus dans la presse: les uns ont patienté en pianotant sur leur I-machin, les autres en parlant à haute et trop intelligible voix de leurs derniers achats hight tech. Quand tout ce monde-là a enfin pu entrer, les doigts ont retrouvé leur position horizontale, le long du corps, et les voix se sont tues. Nous avons déambulé d'un monde de glace à un monde de roches puis de sable, tous d'un noir et blanc "saturé" -le terme technique me fait défaut. En passant devant les femmes Mursi, je n'ai pu m'empêcher de caresser ma lèvre inférieure. Mon morveux a essayé d'aiguiser mon regard en soulignant ici le clair obscur d'un territoire navajo, là une composition parfaitement symétrique d'un désert. Simultanément, je parcourais ma bibliothèque intérieure au rayon des mythes du bon sauvage et autre Eden en voie de disparition.

Cette exposition vient questionner notre façon d'être au monde aujourd'hui, d'une frontière à l'autre, et dans la pupille gauche du lion de mer, le reflet étroitement cerclé de Sebastiao Salgado.

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© SEBASTIÃO SALGADO

jeudi, 24 octobre 2013

Patience

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Patient, patience,
Patience dans l’azur!
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr!
Paul Valéry

En me levant ce jeudi matin, j'avais la ferme intention, avant de filer sur Paris, d'aller lire les textes de mes biobios, un itinéraire d'une carte du réel à une carte de l'imaginaire et le passage de l'une à l'autre sous une voie ferrée. L'intention s'est évaporée quand je me suis souvenue que justement nous étions jeudi: à mon retour, il ne me serait plus possible d'écouter Hubert Reeves parler de son dernier essai Là où croît le péril... croît aussi ce qui sauve dans La Grande Librairie du 17 octobre. J'ai bu chacune de ses paroles. Une pensée humaniste et poétique. Science et patience.
Face à lui d'Ormesson, imbuvable.

lundi, 21 octobre 2013

Qu'as-tu fait de ton frère?

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Inévitablement toutes les unes consultées ce matin s'indignent /crient au scandale / fulminent sur Hollande. Sur le résidu âpre et âcre d'heures de discussions avec ses ministres, le premier et le second. Sur l'absence radicale / définitive / sans appel d'humanité: "Léonarda et elle seule." 
Mais rares sont celles qui s'attardent sur la circulaire INTK1307763J: depuis samedi, elle re-sanctuarise l'espace scolaire. L'école marquée comme un espace inviolable / un temple / un saint des saints laïque. Que construisons-nous en montant ces murs? Un dedans protégé facticement de 8h à 17h et un dehors où le droit international est bafoué. Un dehors où l'Autre et ses enfants sont désignés comme le bouc émissaire. Nous rejouons les heures les plus noires de notre pays et Hollande n'est que le reflet de ce que nous sommes: indécis / timorés / incapables d'entrer vraiment en résistance.
De tout ce que j'ai lu et écouté ce matin, je veux garder en mémoire une parole d'Edwy Plenel sur France Culture: "Quand l'Autre devient la seule question obsédante du moment, c'est nous-mêmes que nous mettons au péril, parce que l'Autre c'est toujours nous-mêmes."

dimanche, 20 octobre 2013

Effaçade

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Regarder la brouette lourde des travaux de façade et se dire qu'il n'est plus possible d'effacer son contenu à la déchetterie. Il y a dans ces capucines quelque chose du lotus surgi d'un étang boueux.

mardi, 15 octobre 2013

... et ne pas descendre.

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Monter dans un train et laisser défiler l'arrêt où l'on avait prévu de descendre et tous les suivants. Se demander ce qu'on fera quand le terminus sera annoncé par le chef de gare.
En attendant, écouter Patrice Chéreau parler de sa mise en scène de l'Elektra de Richard Strauss dans Square. Le laisser conclure. Ce métier me rend incroyablement joyeux et vivant tous les jours. Ne pas empêcher les lèvres de sourire quand Vincent Josse, Cassandre malgré lui, lui rétorque: "c'est une belle fin".
Prévoir d'écouter samedi soir l'Atelier sur France Inter.

mardi, 08 octobre 2013

Prendre le train

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Je me souviens que, quand ce matin, j'ai entendu à la radio que Patrice Chéreau était passé hors champ hier, j'ai pensé, élargissez le cadre pour qu'il y entre à nouveau,
Je me souviens avoir vu L'homme blessé dans une salle versaillaise et que c'était délicieux de s'asseoir sur cette antinomie-là,
Je me souviens que La reine Margot m'a laissée de marbre,
Je me souviens qu'après avoir vu Son frère -je ne sais plus dans quelle salle- j'ai lu tous les romans de Philippe Besson,
Je me souviens que souvent j'ai confondu les deux, Patrice Chéreau et Patrick Pineau,
Je me souviens avec une grande précision de Dominique Blanc et Pascal Greggory dans sa mise en scène de Phèdre,
Je me souviens avoir longtemps recherché cette émotion-là, après, au théâtre,
Je me souviens que comme Kubrick il avait voulu réaliser un film sur Napoléon et avait fini par y renoncer,
Je me souviens que, quand j'ai entendu que Patrice Chéreau était sorti de scène, j'ai espéré que serait quand même joué en mars à l'Odéon Comme il vous plaira, en un dernier hommage.

En attendant le mois de mars.

lundi, 07 octobre 2013

Arrière-saison

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Contempler en songeant à l’été flamboyant

De l’arrière-saison la lumière incertaine.

 

 

dimanche, 06 octobre 2013

Ignorance

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Je ne sais pas de ces deux branches laquelle atteindra la première le bord droit du cadre.

vendredi, 04 octobre 2013

L'impensable

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Hier je me suis dépensée
Aujourd'hui je pense
Demain je me dispenserai
Un jour je me disperserai

dimanche, 29 septembre 2013

Poussière d'étoile

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Ce matin, en préparant mes cours pour les Biobios, j'ai recherché sur la toile un texte d'Hubert Reeves, Terre planète bleue. De fil en touche de clavier, je suis tombée sur une conférence de l'astro-physicien. Il y avait encore de la place dans l'amphi, je m'y suis assise et je l'ai écouté de bout en bout.
Ce n'était pas vraiment une conférence -les intervenants y sont trop souvent cérémonieux et sententieux- mais plutôt une bal(l)ade pétillante au milieu des interrogations métaphysiques de Woody Allen: Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Que mangeons-nous ce soir? Dans une demi-pénombre -de celles qu'apporte le début de la nuit et qui rendent à la parole sa densité, - il nous a menés de la 1ère poussière d'étoile à la peut-être extinction de notre espèce. Juste avant que la lumière ne soit à nouveau, il a conclu par ces mots: " L’important ce n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé".
En quittant l'amphi, j'ai repensé au documentaire de Patricio Guzman, Nostalgie de la lumière.

 

vendredi, 27 septembre 2013

Evidence

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« On ne peut empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut les empêcher d'y faire leur nid. »
Pensée chinoise

mercredi, 25 septembre 2013

Le dévouement du suspect X, Keigo Higashino

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Je ne suis pas lectrice de polars. Il m'est, certes, arrivé d'excursionner* dans les romans de Fred Vargas, il m'est même arrivé de me laisser séduire puis de me lasser tout aussi vite.
Le dévouement du suspect X de Keigo Higashino: ce polar-là fera exception. Je me suis laissée happer et en suis ressortie époustouflée. Je ne me lancerai dans aucun résumé inutile. Juste vous dire que sa clef de voûte est dans cette interrogation récurrente: "Est-il plus difficile de chercher la solution d'un problème que de vérifier sa solution ?"
D'ailleurs, la lecture de ce roman m'a confrontée à un problème auquel je me suis déjà cognée en lisant des auteurs russes. Dès qu'un personnage réapparaît après une absence de quelques pages,je lui demande, tu es qui toi, déjà? A chaque fois, je prends la mesure de mon indécence et m'excuse par un affligeant expédient, que vos noms à mémoriser sont difficiles. Peut-être les éditeurs pourraient-ils prévoir, à l'usage de lecteurs aussi consternants que moi,  des didascalies de personnages au seuil de ces romans. Quelqu'un aurait-il l'obligeance de vérifier que je tiens bien là la solution de mon problème?

*Excursionner: cela n'est même pas un néologisme. Proposé par mon morveux alors que je cherchais un synonyme de "faire une excursion", je l'ai trouvé à la page 991 de mon Petit Robert. Il est rangé dans la catégorie vieilli. Je viens de le rajeunir.

dimanche, 22 septembre 2013

Le fil de soie, Cécile Roumiguière et Delphine Jacquot

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Cette fois-ci, M'dame Cécile, mon facteur vous remercie. Faut dire que depuis quelques années il appréhende les jours où il doit confier à ma boîte aux lettres l'un de vos albums. Il y avait eu Rouge Bala qu'il avait dû se résoudre à écorner. Puis ça avait été le tour d'Une princesse au palais, tellement grand qu'il avait pris le risque de le laisser trôner au-dessus de la boîte, au milieu du chèvrefeuille. Alors, de pouvoir glisser aussi facilement Le fil de soie l'a rendu heureux.
Moi, de le découvrir jeudi soir, au milieu des factures et autres courriers inutiles m'a rendue soudain joyeuse. Je ne l'ai pas ouvert tout de suite. J'ai attendu de retrouver espace et temps libres.

Hier soir, je l'ai lu. Je suis allée des illustrations au texte. Magnifique*. Du texte aux illustrations. Splendides*.
Celles de la page de droite, qui déroule un tête à tête, au-dessus de la table de couture, entre Marie-Lou -une gamine malmenée par l'école- et sa grand-mère Mamilona. Mamilona ne lit pas, elle coud et chante; toujours la même chanson; Ederlezi. Quand sa petite fille lui demande de traduire les paroles, elle se défile avec l'élégance du silence.
Et celles de la page de gauche, qui en pointillés laissent les souvenirs de Mamilona défiler.
Mamilona ne lit pas mais elle sait écrire au fil de soie la trame de ses souvenirs sur une robe de poupée pour sa petite fille: l'enfance manouche, les camps d'extermination et la vie qui reprend malgré tout.

Aujourd'hui, je l'ai parcouru à nouveau. Puis je suis venue écrire ici, tout en écoutant en boucle Ederlezi. L'interprétation de Bratsch et celle de Goran Bregovic. J'ai cherché des mots qui n'écorneraient pas trop l'album. J'ai aussi repensé à T. et à ce qui s'était passé l'année dernière. Maintenant sur l'épaule d'Angel, il y a un fil de soie...

*Ces adjectifs ne voulant rien dire, allez donc voir sur le site des Editions Thierry Magnier, les premières pages de l'album.

vendredi, 20 septembre 2013

Disparitions / Disappearances

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Du noir au blanc, de l'obscurité à la lumière, en quatre-vingt-dix-neuf jours, Alain Korkos creuse une galerie de quatre-vingt-dix-neuf portraits d'hommes et de femmes déportés à Auschwitz, sur son site Disparitions / Disappearances.
Emotion, les mots sont inutiles.
J'aime à croire qu'avec ce projet, Alain Korkos rend aussi hommage à Georges Perec et son roman La disparition, écrit sans "e", sans "eux".
Quatre-vingt-dix-neuf jours, avec eux.

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lundi, 16 septembre 2013

Travail au blanc

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Cette photo dit tout de mon impatience matinale. J'ai mis le pied au sol à l'heure où le coq se laisse aller à un dernier rêve et la chouette effraie encore le silence obstinément. Je voulais être dans le jardin pour assister au lever du jour. Pour voir à la lumière du petit matin la façade nouvelle de la biquetterie.

Hier, nous avions quasiment dû finir notre travail au blanc à la lampe frontale. Toute la journée, nous avions libéré les pierres une à une, dessinant au burin les limites d'un archipel régulier autour des fenêtres. Patiemment, nous avions enduit l'espace de l'une à l'autre. Au fur et à mesure de notre avancée, nous avons réduit à un lent exil une colonie de colimaçons, nous avons délogé un monticule de forficules. J'ai même espéré enfin découvrir le repère des limaces qui chaque nuit bavouillent en toute impunité autour de la gamelle des chats. Je les aurais alors ostracisées après les avoir découpées en petits morceaux.

Ce matin, le jour, je l'ai très largement précédé. La façade était encore retenue par l'obscurité. Elle est apparue peu à peu comme si elle avait été plongée dans un bain révélateur. J'aurais voulu pour elle la caresse d'un rayon de soleil, elle a reçu la morosité de nuages gris.

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jeudi, 12 septembre 2013

Trois points de ...

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D. a récupéré dans les cartons d'une vieille cousine, il y a quelques temps, les lettres du Poilu A. Durand, brancardier, 2ème bataillon, 153ème d'Infanterie, 20ème corps d'armée, en campagne.  Une fois ces lettres en sa possession, D. n'a pas voulu  les consigner une 2ème fois dans des casiers de l'oubli. Elle a proposé à une collègue et prof d'histoire d'en offrir une lecture à haute voix à ses classes. Proposition déclinée pour cause de programme surchargé, conseil donné de les transmettre aux Archives! D. n'a pas voulu les archiver. Elle attendait qu'une autre occasion se présentât.
Cet été, elle est venu faire un tour sur mes îles, le jour du billet Tangage et tangente. Elle y a lu qu'E. préparait à sa manière et avec son accordéon une remontée à la surface de la guerre de 14, en marge des commémorations officielles et certifiées conforme à la pensée étatique. Elle m'a demandé si je pensais que. Si je croyais que ça pourrait l'intéresser.
Avant qu'elle ne les lui envoie, moi, mon carnet et mon crayon à papier, nous sommes passés chez elle pour les lire. Pour en garder une trace. J'ai tourné les pages, noircies elles-aussi au crayon à papier.  Dans chacune ou presque, un homme qui cherche à dissimuler le soldat. Pour rassurer son oncle et sa tante. Il est bien plus loquace quand il parle des colis reçus, chocolat et caleçons.
Avant qu'elles ne partent en terre pictavine, j'ai recopié quelques lignes.

23 novembre 1914
"Cette guerre dépasse en horreur tout ce qu'on peut imaginer."
16 décembre 1914
"C'est en vain qu'une horde de barbares nous inonde de sa ferraille, il n'y a plus que les morts qui n'avancent plus."
10 mars 1915
"Ne vous souciez pas des zeppelin; les chutes de cheminées sont plus dangereuses les jours de grand vent"
"Je suis un oiseau de nuit, je ne travaille que dans les ténèbres, silencieux comme une ombre."
16 avril 1915
"Ne nous emballons pas, nous avons encore du travail à faire et tous ceux qui l'ont commencé et continué ne l'achèveront pas."

Après plus rien. Cassandre malgré lui. La correspondance s'arrête là...

mercredi, 11 septembre 2013

Suspension (3)

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Ce matin, j'ai suspendu de leurs fonctions les tomates de Ramallet. Elles avaient fini de recueillir l'été. Le temps était venu de les faire passer à l'étape suivante.
Cette variété-là, c'est la tenancière d'Espaces, instants qui me les avait fait découvrir, sur son île abreuvée de soleil. Elle m'avait envoyé des graines pour tenter l'expérience dans ma région imbibée d'eau. Plus tard dans l'année, en mars, elle m'avait donné des nouvelles de ses semis. Moi, ce même mois, je regardais la neige s'acharner à gommer le jardin.
Malgré un printemps qui se prenait pour un 2ème automne, nous avions lancé des semis, fin avril, alors que Zic mettait bas. J'ai déménagé les pieds en pleine terre enrichie de compost, fin mai. Je les ai abondamment arrosés en guise d'encouragement. Le soir-même, Colo m'écrivait: "rappelle-toi que ces tomates à pendre sont moins soiffardes que les autres sortes de la famille. Bon, contre la pluie on ne peut rien, mais ne les arrose pas trop en été sinon elles attrapent des taches noires et pourrissent." Le lendemain, il pleuvait à seau.
L'été s'est engagé, chaud contre toute attente. Les pieds, ceux de Ramallet et tous les autres, ont donné des fruits. Entre temps, nous avions égaré le papier désignant les variétés sur chaque butte. Les tomates de Ramallet devaient être cueillies au moment où le vert accepte de lâcher prise alors que les autres devaient être menées à maturité. Colo est venue à mon aide en glissant une photo de sa dernière récolte -sic- dans un mail:des tomates à foison et en abondance, du vert au rosé.
Ce matin, j'ai cueilli ma première et modeste récolte. M. l'a suspendue dans la cuisine. Ainsi, le matin, entre café et tartines,je la regarderai sécher. L'hiver venu, les tomates laisseront les jours d'été remonter à la surface.

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mardi, 10 septembre 2013

Suspension (2)

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Suspendus aux ressorts, les rubans de wax s'offrent à l'étreinte du vent avant qu'au-dessus ne recommence le grand chambardement.