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samedi, 07 janvier 2017

A poil et à plume

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découpage de Maurice Pommier

On se faisait justement la réflexion ce matin. Tu envoies encore des cartes de voeux, toi ? Non, et toi ? Non plus. Mais j'aime en recevoir. Et sur la table de la cuisine, la carte de Colo, la tenancière d'Espaces Instants, reçue hier. Une orchis robusta. Elle m'y souhaite sérénité et force. Il va en falloir, cette année, pour imaginer des aujourd'hui et des lendemains qui ne chantent pas faux alors que les rouages de notre démocratie grincent sacrément. Et dans ma boîte mails, les voeux de M. qu'il veut pleins d'humanité et d'esprit de résistance face à la bêtise et au conservatisme de tout poil. Et sur la fesse du bouc, ceux de l'Ours. Je les attends avec impatience chaque nouveau mois de janvier, comme la saison nouvelle d'une série que je suivrais depuis plusieurs années. En 2016, les renards se couchaient avec les poules. A priori, ça a sacrément dû rebondir sous les draps pendant douze mois entre les bêtes à poils et à plumes, parce qu'en 2017 sont pronostiquées d'intenses histoires d'amour. Plus belle la vie ! Mais à en croire Monsieur de La Fontaine ou Pou-Poule, ces histoires d'amour finissent mal en général...

jeudi, 29 septembre 2016

Cubisme

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Gaspard Lieb, Le cube

Pour se mettre ainsi en boîte devant le Musée des Beaux Arts de Rouen, Gaspard Lieb doit être pourvu d'un sacré sens de l'humour.

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Gaspard Lieb, Le cube

15:59 Publié dans PICTURA | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gaspard lieb |  Facebook |

mardi, 16 août 2016

Instant de grâce

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© Pili Vazquez, Attimo di grazia
Firenze, Juillet 2016

Au moment où tu prends cette photo, tu sais que tu as attrapé un nouvel instant fragile. Je me dis même qu'il fait diptyque avec Chemins parallèles. A nouveau ces verticalités au fil de plomb, à nouveau cet espace vide ou presque. C'était jour de grande chaleur à Florence.  Les rues dégorgeaient de touristes. Nous rêvions de fraîcheur, de silence, de fontaines et de cascades. L'eau était tellement au centre de nos préoccupations que je t'ai parlé de condensation d'humanité insupportable. En fin de journée, nos ombres étirées à l'extrême sur les graviers du Giardano di Boboli étaient rincées.
Mais de tout cela, ta photo ne dit rien. Elle n'est traversée que par le regard de deux femmes. Qu'y avait-il donc hors-champ de si inattendu pour attirer leur attention au même moment ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Reste la légèreté d'un instant suspendu.

lundi, 15 août 2016

C'est sa fête !

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Cripta del Duomo, Sienne

Cela fait un peu plus de neuf ans que j'ai posé le pied sur ces îles et pas une seule fois je n'ai consacré un billet à l'assomption. Faut dire que je n'ai jamais compris comment ce mot pouvait désigner une quelconque élévation dans le ciel. Essayez de le dire à haute voix. Vous en aurez tellement plein la bouche de toutes ces consonnes aussi indigestes qu'une brochette de Chamallow passée au barbecue après les andouillettes que vous vous sentirez soudain d'humeur très terre à terre.
Mais cette année, c'est décidé, après avoir vilipendé tant et tant de fois Noël, je vais lui faire sa fête, à la vierge ! Et j'ai de quoi faire. Après dix jours passés en Toscane, à raison d'un ou deux musées par jour, ma photothèque est pleine de tableaux, fresques et mosaïques virginales, d'autant plus que P. n'y est pas allée de main morte. Avant de lancer le diaporama, je présente mes plus plates excuses aux passants sur ces îles. Nous n'avons pas eu la rigueur de photographier à chaque fois le cartel. Je ne suis donc pas en mesure de vous donner le nom des peintres, le titre des œuvres et toutes autres informations pertinentes qui figurent sur ces notices, habituellement. Seul reste le nom du lieu où ces œuvres sont exposées. Retour donc sur une vie en cinq épisodes avec sous-titres iconoclastes...

Episode 1 : L'annonciation

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Galleria degli Uffizi, Firenze
© Pili Vazquez

Commençons par une représentation somme toute très classique. Quand Gaby vient annoncer à Marie que l’Éternel l'a choisie pour son rejeton, qu'elle doit renoncer aux siestes amoureuses et qu'il faut qu'elle explique tout ça à son gars Jo, évidemment que la demoiselle a été épatée : ça me plaît bien, ce plan-là! répond-elle en levant sa main droite, délicatement. Comment pourrait-il en être autrement ?

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Galleria degli Uffizi, Firenze
© Pili Vazquez

Ah moins qu'elle n'ait reçu l'ange par ces mots : Oh, Gaby,  sérieusement, quoi, tu t'es vu dans ta tenue du dimanche? Fallait pas te mettre en frais comme ça pour moi ! Va donc rendre à ton patron son salut et dis-lui de faire sans moi ! S'il est si doué qu'on le rapporte, il doit même pouvoir se débrouiller tout seul. Sur ce, elle a repris son bouquin et s'est replongée dans la lecture. Ce jour-là, elle lisait le mythe de la naissance de Bacchus qui comme tout le monde le sait est né de la cuisse de Jupiter.

Episode 2 : L'heure de l'allaitement

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El Duomo, Siena
© Pili Vazquez

Sauf que le Patron a fait avec elle et que le rejeton était glouton.

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Chiesa San Michele, Lucca
©
Pili Vazquez

Episode 3 : Photomatons de la mère et du fils

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Torre del Mangia, Siena
© Pili Vazquez

Ça n'a pas dû être la joie tous les jours. Nuits blanches et cernes sous les yeux. Et cette manie que son fils a de toujours vouloir s'asseoir sur son genou gauche !

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Palazzo del Podesta, San Gimignano
© Pili Vazquez

Episode 4 : Scène de famille

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Crypta del Duomo, Siena
© Pili Vazquez

Sans parler des jours où ils se demandaient avec le gars Jo "A qui la faute ?". Ils se renvoyaient tous les trois la balle.

Episode 5 : Mater dolorosa

Au final, quand le petit trentenaire a enfin quitté le giron familial, ils ont cru qu'ils allaient enfin pouvoir couler des jours tranquilles. Ça n'a duré que trois ans. Y a sérieusement de quoi faire la gueule devant une vie pareille.

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Galleria degli Uffizi, Firenze
© Pili Vazquez

Tous mes remerciements vont à P. Sans ses photos, cette année encore, je n'aurais pu fêter l'assomption. Durant les jours toscans, j'ai réussi l'exploit de ne prendre aucune photo de la vierge. En effet, pendant que P.  prenait une fresque dans son ensemble ...

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Cripta del Duomo, Siena
© Pili Vazquez

... moi, je cédais à ma manie du fragment, ce qui me permettait de me poser des questions existentielles. Ah oui, au fait, qui donc s'est chargé d'enlever les clous ? Sans ce geste passer sous silence depuis deux mille ans, la descente de croix n'aurait pu avoir lieu. Mais je m'éloigne de mon sujet à moins que  je ne retombe sur mes pieds.

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Cripta del Duomo, Siena

dimanche, 14 août 2016

Pieds d'oeuvres

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La Primavera (fragment), Botticelli Filipepi
© Pili Vazquez

Faites l'expérience devant des tableaux de Botticelli. Invitez la personne à vos côtés qui a, sans doute, fixé son regard sur les mains et les visages, à admirer les pieds. Ne débutez pas par un fragment trop impressionnant. Prenez, par exemple, ceux des Grâces dans La Primavera, vus de talons et chatouillés par des pétales oblongs.

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La Primavera (fragment), Botticelli Filipepi
© Pili Vazquez

Poursuivez par ceux de Flora. Vu de profil, le 2ème orteil est nettement plus long que le gros orteil, particularité indiscutable du pied grec ; ce qui au final est logique pour un tableau traitant un sujet mythologique. La personne qui se prête à l'expérience devrait commencer à remuer discrètement ses pieds dans ses sandales tout en leur jetant un coup d’œil inquiet.

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La naissance de Venus  (fragment), Botticelli Filipepi

Profitez de ce moment pour l'inviter à se retourner vers La naissance de Venus et à contempler ceux de Zéphyr. Aériens, écarquillés, le petit orteil étonnamment dissimulé. Déjà, le petit orteil dans la sandale à vos côtés essaie de renouveler l'exploit. En vain.

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La naissance de Vénus (fragment), Botticelli Filipepi

Dernière étape et ce n'est pas la moindre dans ce parcours de va-nu-pieds, Venus à peine sortie du coquillage. On retrouve le pied grec mais celui-là fait bombance et le tour des ongles est franchement noir. C'est le moment que vous devez choisir pour poser votre question : tu les trouves comment les pieds peints par Botticelli ? Inévitablement, vous entendrez "laids" si la personne manque de délicatesse ou "étonnants en comparaison de l'émotion que dégagent les mains et les regards" si elle veut vous épargner. Peut-être même serez-vous d'accord avec elle ! En ce qui me concerne, mon amour des pieds de Botticelli est tel que rien ne peut l'écailler. Je les trouve beaux, superbes, somptueux, sardanapalesques ! Je n'ai pas convaincu grand monde avec cette expérience qui n'est cependant pas totalement dépourvue d'utilité publique : en général, la personne repart réconcilée avec ses propres pieds, les regarde enfin attendrie alors que quelques minutes auparavant elle les trouvait trop ceci ou pas assez cela !

samedi, 13 août 2016

Printemps au coeur de l'été

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La Primavera (fragment), Botticelli Filipepi
Galleria degli Uffizi, Firenze

Pour être déjà allée à la Galleria degli Uffizi, je sais qu'il faut que j'économise mon émerveillement, ne pas tout dépenser dès les premières salles. Garder en moi un espace vide et ce jusqu'au bout de la galerie du 2ème étage. Ne pas céder à la tentation d'y inscrire ce qui précède même lorsque mon regard me supplie de lui accorder un peu plus de mémoire vive. Il y a tant dont il voudrait garder l'empreinte. Si l'exercice devient trop compliqué, je passe plus vite dans les pénultièmes salles pour m'arrêter enfin au seuil de celle qui accueille les oeuvres de Botticelli. Je fais abstraction de tous ceux qui sont arrivés avant moi et qui selfisent à coup de perche. J'ouvre enfin grand les portes de l'espace laissé vide. Il ne me reste plus qu'à me diriger vers La naissance de Venus, le regarder longuement pour laisser le temps au tremblement intérieur que font toujours naître en moi les œuvres de Botticelli, ici ou au Louvre, de se réveiller.  Alors seulement, je me retourne vers La Primavera, je m'en approche lentement. Il n'est pas simple de maîtriser mon regard impatient, je lui dis tu te souvenais toi que printemps en italien est un mot féminin, je l'invite à redécouvrir Mercure et Zéphyr aux deux extrémités, Vénus et Cupidon au centre et soudain je le laisse aller. Vers ces mains entrelacées, vers ces regards qui tentent de prendre la mesure de ce que l'autre est devenue après quelques jours d'absence. Tout mon espace vide s'en emplit et mon tremblement intérieur en devient saisissement bouleversé...

lundi, 08 août 2016

Femmes au soleil

toscane,san gimignano

© Pili Vazquez, Chemins parallèles,
San Gimignano, Juillet 2016

Au moment où tu prends cette photo, tu sais que tu as attrapé un instant. Les contrastes sont parfaits. Entre lumière et obscurité, entre verticalités au fil de plomb et horizontalité des marches. Tout au fond, des toiles blanches. C'était jour de marché sur la Piazza della Cisterna. Il y avait foule d'étals et de touristes. Fourmilière aux heures de pointe. Mais de cela, ta photo ne dit rien. L'espace est vide. Ou presque.
En prenant cette photo, tu figes une femme qui elle-même prend en photo un bâtiment. Et qui sait, peut-être qu'elle aussi vient de figer une femme qui prend en photo un bâtiment devant lequel se tient une femme qui... A vous toutes, de l'une à l'autre, vous tracez dans San Gimignano un itinéraire. J'aime à penser que, vu d'un deltaplane, cet itinéraire dessine, de quart de cercle en demi-cercle, un labyrinthe où se retrouver. Il suffirait pour cela de suivre le cable noir qui traverse tes verticalités au fil de plomb en une courbe désinvolte.

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© Pili Vazquez, labirinto
Lucca, août 2016

 

lundi, 04 avril 2016

En-tête

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Barcelone, Jour 1
Cela fait quelques semaines que j'entoure, que je flèche, que je souligne, que j'interroge la carte de Barcelone. Pour ne pas arriver totalement en terra incognita, bien que j'adore ça : quitter mes îles pour arriver en une terre inconnue.

A Barcelone, ma morveuse et moi, nous y sommes enfin depuis cet après-midi. En descendant de l'aérobus, nous avons décidé de gagner la Casa de Marcelo à pied, pour un premier contact, traînant joyeusement nos valises, faisant fi de la fatigue.
A peine installées, nous sommes reparties. Non pas pour prendre quelques repères dans la ville  mais pour rejoindre le Musée Européen d'Art Contemporain, à deux encablures de là. Ce musée, je l'avais placé en-tête de notre périple. P. m'en avait longuement parlé et j'aimais bien l'idée de commencer par là. 
On rentre dans ce musée qui s'élance sur trois étages comme dans un havre de paix. Au premier étage, une exposition consacrée au sculpteur Joseph Clara. Au 2ème et 3ème étage, des collections permanentes.

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Au MEAM, ce qui reste inoubliable, c'est le reflet ; s'y cache un dialogue muet entre les oeuvres. Il faut se baisser, se pencher à gauche puis à droite, se mettre sur la pointe des pieds pour ne rien manquer de ce qui se chuchote là. Petite visite personnelle que j'intitule En tête.

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Sous la moustache impeccablement lissée et la paupière abandonnée peut se cacher quelque nudité effrontée.

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Joseph Clara, Dolor

Ca doit être cela, la vraie douleur qui émacie le visage : porter deux christs en tête, ça devient compliqué de dire jecroisenunseuldieu.

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Patricia Riveras, Retrats

Ces trois-là semblent vides de pensées, n'ont rien en-tête ou du moins surtout pas ce qui se passe derrière, à côté d'eux : une mater dolorosa portant le corps de sa fille.

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Abraham Nevado, Synergia

Dans ces deux têtes de 4289 feuilles de papier pourraient se glisser de multiples pensées. Etonnamment, un seul songe se loge dans toutes les strates, celui d'une femme comme un hologramme.

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samedi, 03 janvier 2015

Dragon dénué

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Hokusai, Dragon dans les nuées,
Musée Guimet, Photo Thierry Ollivier

Griffes effarouchées,
Corps rétracté dans la nuit,
Dragon, qu’as-tu vu ?

jeudi, 01 janvier 2015

Un rayon de miel

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J'ai laissé passer sous silence le solstice d'hiver mais je ne peux pas déroger à toutes les coutumes de ce blog. Voici donc en partage les voeux de l'Ours pour cette nouvelle année. Les fidèles de ce blog seront désolés de ne pas trouver une nouvelle péripétie des poules et du renard ou un découpage zoologique et chinois. Il se justifie ainsi : "Cette année les poules sont parties en vacances avec le renard , histoire de voir ce qu'était la réalité de  la maxime" le libéralisme c'est le renard dans le poulailler" affaire à suivre… Pour palier à cette absence un petit découpage pour l'an neuf,  fait par un mécréant: Caleb et Josué expédiés par Moïse en exploration du pays de Canaan, reviennent avec la grappe géante de ce pays fabuleux où coule le lait et le miel(attention où vous allez marcher!…)"
Que l'année soit douce comme le miel à ceux qui passent sur le rivage des îles indigo!

vendredi, 24 octobre 2014

S'acclimater à l'amnésie ?

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Mercredi, journée parisienne avec mon fils. Au programme, l'exposition "Tatoueurs, tatoués" au musée du Quai Branly. Cela faisait quelques semaines qu'il voulait m'y conduire. Faut dire qu'il attend avec patience sa majorité pour s'offrir quelque dessin indélébile sur la peau. 
L'exposition se veut une réflexion sur un phénomène mondialisé. On y a appris que dans les mondes orientaux, africains et océaniens -je me refuse à dire "sociétés primitives"- les tatouages ont un rôle social, religieux et mystique. Ils furent frappés d'infamie par les grands colonisateurs, porteurs de "civilisation". Au Quai Branly, on a vu des bras momifiés, des morceaux de peaux tendus aux quatre coins, tous tatoués. Exposition ou exhibition? Je me suis souvenue de ce jour où dans une allée du musée, j'avais croisé un descendant de Queequeg.
En sortant, nous avons longé les berges de la Seine puis sommes passés sur la rive droite. Le Grand Palais était en émoi: il allait ouvrir ses portes à la FIAC. J'explique à mon morveux en quoi consiste cette foire. Il me parle de la Fondation Vuitton qui doit ouvrir la semaine prochaine au bois de Boulogne. Il m'étonnera toujours, mon morveux, à mettre un point d'honneur à se tenir informé sur l'actualité politique, économique et culturelle. Dire que je ne savais même pas qu'une des premières fortunes de France s'était éprise de mécénat.
De retour à la Biquetterie, je suis allée voir cette histoire de plus près. Effectivement, sur l'ancien jardin d'acclimatation s'élève désormais un navire de verre. Qui se souviendra qu'en ce même lieu au XIXème siècle et jusqu'en 1931, on n'y acclimatait pas seulement des plantes exotiques, on y exposait surtout des zoos humains? Je convierais bien Ernest Pignon-Ernest à coller sur chacune des voiles de verres des géants de papier pour que notre mémoire collective ne s'acclimate pas à l'amnésie.

Profiter des vacances pour relire Cannibale de Didier Daeninckx.

mardi, 04 mars 2014

Littoral littéraire (2)

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Carte de Maurice Pommier

Pour notre projet littoral littéraire, il nous fallait une carte que nous puissions remplir au fur et à mesure de notre avancée. Nous avons d'abord fouiné sur la toile, avons demandé conseil à des collègues géographes. Rien ne nous satisfaisait -taches de couleur sans volume, mer plate et désespérément bleu insipide- nous continuions de rêver d'une terre vierge de frontières, d'une terre traversée par les seuls cours d'eau.
Cela ne me désespérait nullement, cela me convenait même: j'allais être contrainte de demander à l'Ours d'en créer une...

J'aime cette mer faite de papier "à la cuve". Elle porte en elle les embruns et les tableaux d'Eugène Boudin.

samedi, 01 mars 2014

Prisons, Ernest Pignon-Ernest

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Juste avant les vacances, j'ai trouvé dans mon casier une feuille. "Exposition Prisons d'Ernest Pignon-Ernest à la galerie Lelong", qu'elle disait la feuille. F. l'y avait glissée. Il sait que depuis que j'ai rencontré l'artiste à Etonnants Voyageurs, je n'ai de cesse d'interroger ses passages sur les marches et sur les murs -ceux de Naples, de Palestine et de Charleville. Il sait aussi que je rêve de me retrouver face à un mur qui porterait encore l'un de ses papiers collés.
En parcourant la feuille, j'ai pesté, ragé. C'était à portée de TGV, deux ans plus tôt.
En 2012, à Lyon, Ernest Pignon-Ernest a investi la prison Saint-Paul désaffectée avant qu'elle ne devienne une université: « La prison Saint Paul n'est pas une prison ordinaire. Barbie y a sévi. Jean Moulin, Raymond Aubrac, de nombreux résistants y ont été emprisonnés. Avant que la transformation des lieux en campus ne provoque une amnésie collective, j’ai tenté d’y réinscrire par l’image le souvenir singulier d’hommes et de femmes, célèbres ou inconnus, qui y ont été torturés ou exécutés. Dans différents lieux, couloirs, cellules, je me suis efforcé d'inscrire leur visage, de stigmatiser les lieux avec le signe de l'humain."
Il ne me restait plus qu'à aller voir quelques traces à la Galerie Lelong, donc, juste en-dessous du parc Monceau. C'est tout propre par là-bas. A se demander comment les passants font pour passer sur les trottoirs sans laisser la plus petite trace, ne serait-ce celle d'un espoir ou d'une attente.
Au 1er étage de la galerie, une fois abstraction faite de tout le reste -les cadres, les verres, un guide, des acheteurs potentiels- le face à face reste saisissant.

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Les dessins d'un grand drapé accroché aux barbelés à Lyon, déroulé le long du mur, ici.

ernest pignon-ernest

Sur un autre mur, l'esquisse du corps drapé en un ecce homo réinvesti...

ernest pignon-ernest

Et surtout les yoyos, "bouteilles de plastique qu'avec l'aide d'une ficelle, les détenus tentent de faire passer, en les balançant de fenêtre à fenêtre, d'une cellule à l'autre. Messages, café, cigarettes, shit, autant de bouteilles à la mer le plus souvent prises dans les barbelés où elles pendent comme autant d'ex-voto qui n'ont plus rien à espérer."

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Au 1er étage de la galerie, une fois abstraction faite de tout le reste, le face à face reste pétrifiant.

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Nota bene: les citations d'Ernest Pignon-Ernest sont extraites du "catalogue" de l'exposition.

 

jeudi, 30 janvier 2014

La mer écrite

littoral littéraire, duras, la mer écrite
Hall des Roches Noires

"Chaque jour, on regardait ça: la mer écrite"
Marguerite Duras

J'ai souri en découvrant le commentaire de christw sur mon billet Littoral littéraire (1), son envie de lire La mer écrite. Je ne suis pas sûre qu'on le puisse, lire La mer écrite. Il vaudrait mieux convier un néologisme pour dire cette désertion du regard entre paroles de Duras et photos de Bamberger, pour dire cet espace où l'estuaire de la Seine rejoint le delta du Mékong.
Ce petit bouquin, je l'avais déniché dans une solderie parisienne pour moins de deux euros, en juin 2006. Juste après avoir consacré une année au Vice consul et au Ravissement de Lol V Stein.
La semaine dernière, je l'ai recherché sur Internet. Il n'existe plus. Du moins plus sous cette forme, couverture souple et sobre, édité par Marval. Repris par les Éditions de Minuit, le voilà enrubanné et engoncé dans sa jaquette. Même son titre a changé, Marguerite Duras de Trouville...

Le site d'Hélène Bamberger

mercredi, 13 novembre 2013

Henry VI, François et les autres

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« C’est un apaisement d’avoir dans nos cités ces espaces noirs vides et silencieux d’où la création peut jaillir. C’est un espoir d’y voir se rassembler le public, tous les publics qui constituent le temps d’une représentation une communauté éphémère. Le théâtre rassemble parce que la culture est un bien commun. En ces temps douteux de division, le théâtre devient un endroit de résistance et une preuve rassurante de l’intelligence et de discernement citoyen. »

ou encore

"Monter Henry VI c'est donc, je le crois interroger notre époque par ce qui serait son origine en assistant à l'abandon par l'Homme d'un monde de valeurs communautaires pour un monde individualisé. Sous la plume Shakespearienne, dans la peinture de la lutte pour le pouvoir, on peut déceler, en germe, les attitudes fallacieuses des factions politiques, la perversion de la subordination, le mépris grossier à l'égard des femmes, l'étouffement de la vertu par l'ambition et finalement ... la violence mais aussi la tristesse du chacun pour soi." Thomas Jolly, à propos d'Henry VI

Toute coïncidence ou ressemblance avec des personnages réels n'est ni fortuite ni involontaire.

lundi, 04 novembre 2013

Vos rêvent nous dérangent.

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Vos rêves nous dérangent, Exposition photographique, Dulce Pinzón, Mikhael Subotzky, Achinto Bhadra.
Du 25 septembre au 15 décembre 2013, Parc de la Villette

Est-ce parce que l'entrée de cette exposition-là est libre que le concept même de file d'attente a disparu? Dès que nous entrons, l'hypothèse ne tient plus. Les salles sont presque vides, le Tout-Paris ne s'est pas rendu là. Nous avons l'espace de déambuler d'un univers à l'autre, de dissimulés en dissimulés: Dulce Pinzon et ses super-héros mexicains travaillant à New-York;

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Mikhael Subotsky et les dissimulés d'une prison sud-africaine, aux allures d'ancienne maison coloniale exposée à tous les vents et toutes les indifférences sur le rond point de la ville de Beaufort West,

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Achinto Bhadra et ses jeunes femmes violentées, violées qui font peau neuve en puisant dans les divinités indiennes ou Bollywood: elles relèvent le défi de rêver encore une fois, malgré tout pour se créer un autre moi.

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Vos rêves nous dérangent. Qui est ce "vous", qui est ce "nous"? Qui est dérangé par les rêves de l'autre? Seraient-ce tous ces dissimulés de New-York, de Belfort West et du refuge de Sanlaap? Ou alors, est-ce nous, que toutes ces vies réincarnées viennent sortir du rang?

 

samedi, 02 novembre 2013

GENESIS, SEBASTIÃO SALGADO

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Cour de La Maison Européenne de la Photographie

Avant nous filions souvent à Paris, le 1er dimanche du mois. Nous faisions deux expositions. Une en début de matinée et une en fin de matinée. Presque toujours de peintures. Mes deux morveux y aiguisaient leur regard, se laissaient questionner, déranger, impressionner. Il est arrivé qu'ils restent insensibles.
Maintenant, nous filons toujours régulièrement sur Paris. Mon morveux, entre temps, a décidé de regarder le monde derrière ses objectifs; nous privilégions les expositions de photographies. Je lui ai proposé GENESIS de SEBASTIÃO SALGADO, une quête du monde des origines des Terres du Nord aux Confins du Sud.
La longueur de la file d'attente devant La Maison Européenne de la Photographie était proportionnelle aux éloges lus dans la presse: les uns ont patienté en pianotant sur leur I-machin, les autres en parlant à haute et trop intelligible voix de leurs derniers achats hight tech. Quand tout ce monde-là a enfin pu entrer, les doigts ont retrouvé leur position horizontale, le long du corps, et les voix se sont tues. Nous avons déambulé d'un monde de glace à un monde de roches puis de sable, tous d'un noir et blanc "saturé" -le terme technique me fait défaut. En passant devant les femmes Mursi, je n'ai pu m'empêcher de caresser ma lèvre inférieure. Mon morveux a essayé d'aiguiser mon regard en soulignant ici le clair obscur d'un territoire navajo, là une composition parfaitement symétrique d'un désert. Simultanément, je parcourais ma bibliothèque intérieure au rayon des mythes du bon sauvage et autre Eden en voie de disparition.

Cette exposition vient questionner notre façon d'être au monde aujourd'hui, d'une frontière à l'autre, et dans la pupille gauche du lion de mer, le reflet étroitement cerclé de Sebastiao Salgado.

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© SEBASTIÃO SALGADO

vendredi, 20 septembre 2013

Disparitions / Disappearances

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Du noir au blanc, de l'obscurité à la lumière, en quatre-vingt-dix-neuf jours, Alain Korkos creuse une galerie de quatre-vingt-dix-neuf portraits d'hommes et de femmes déportés à Auschwitz, sur son site Disparitions / Disappearances.
Emotion, les mots sont inutiles.
J'aime à croire qu'avec ce projet, Alain Korkos rend aussi hommage à Georges Perec et son roman La disparition, écrit sans "e", sans "eux".
Quatre-vingt-dix-neuf jours, avec eux.

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mardi, 27 août 2013

Qu'a fait

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Paul Cézanne, La femme à la cafetière

Cela pourrait être un billet sociologique ou balzacien. Partant du tableau de Cézanne et rassemblant toutes les cafetières croisées dans mes pérégrinations estivales, je me demanderais, en physiognomiste balbutiante, ce que la cafetière raconte de ses propriétaires.

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Cela sera surtout le signe que l'été s'achève et que je ne peux plus longtemps ignorer, sous peine de faire preuve d'indécence, ma table de travail. Me remplir d'abord une tasse d'un café bien fort, lire les programmes des théâtres de Louviers, d'Elbeuf et des Chalands, me dire que ce sera à nouveau une bonne année, appeler le théâtre de Rennes pour réserver deux places en novembre pour aller voir Henry VI mis en scène par Thomas Jolly, cycles 1 et 2, m'entendre dire que les réservations ne sont pas ouvertes avant octobre, le noter sur mon agenda.
Me resservir une tasse de café, trier quelques cours de l'année dernière, me rapprocher inexorablement de mon bureau, prendre une feuille blanche, la doubler d'une page word tout aussi blanche, donner corps et encre aux projets. Dans une semaine, ce sera reparti.

 

dimanche, 02 juin 2013

Le monde qui vient

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Petit matin enfin printanier. Rondeurs du jour. Café pris sous le premier rayon de soleil tombé non loin du cerisier de Montmorency. Je parcours mon carnet Etonnants Voyageurs. Série de notes éparses depuis quatre ans. Cette interrogation toujours recommencée autour des pouvoirs de la littérature à dire et à changer le monde.

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Penser à dire à l'Ours que la dernière page est noircie d'une pensée d'Atiq Rahimi. "En changeant du monde nous finirons bien par changer le monde. La littérature est le pouvoir des mots contre les mots du pouvoir, aujourd’hui plus que jamais on a besoin de la littérature parce que toutes les idéologies n’ont su défendre ou changer le monde."
Lui suggérer de me préparer un nouveau carnet pour 2014...

mardi, 21 mai 2013

Etonnants Voyageurs

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Quitter la Bretagne cette nuit à 3h , arriver en Normandie à 6h, se pointer au collège à 8h. Ne plus être tout à fait sûre d'avoir passé trois jours à St Malo pour le festival Etonnants Voyageurs. Profiter d'une heure de trou pour venir au moins l'écrire ici. A suivre...

samedi, 09 mars 2013

Aujourd'hui debout dans.

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Venus debout dans un paysage
Lucas Cranach, Louvre

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Aujourd'hui signe le retour en Normandie. Vous parler de la tenancière de ces lieux debout dans un bus, tentant de combattre le fourmillement dans les jambes suite à une position assise prolongée ne présente aucun intérêt. Je vous laisse avec cette Venus de Cranach et son titre étonnant: debout dans un paysage. En écho au coquillage d'hier.
A demain

vendredi, 08 mars 2013

Aujourd'hui féminité.

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La naissance de Venus, Sandro Botticelli
Galerie des Offices, Florence

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Aujourd'hui Florence et la Galerie des Offices. L'inévitable émotion qui montera devant la pudique Venus, les cheveux au vent ou l'effarante Gorgone, les serpents en bataille. La féminité, d'une extrême à l'autre.

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Méduse, Le Caravage
Galerie des Offices, Florence

mercredi, 02 janvier 2013

Aujourd'hui bleu.

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Découpage de Maurice Pommier
De Jonas à Moby Dick
Variations autour d'un cachalot

Collectif
Coop Breizh

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Ventrebleu, foutrebleu, corbleu! Maugrebleu, morbleu, parbleu!! Sacrebleu, tubleu, vertubleu, tête-bleu!!! C'est quoi ce b... sur hautetfort depuis hier? Ca me fait naître des rages de Moby Dick à l'instant de l'ultime rencontre avec Achab. Quant aux Jonas et autres Pinnochio, peuvent toujours se brosser avec mes fanons, je ne les laisserai pas sortir. Je vais même leur rajouter comme colloc' le Brandan. Et même ça, ce n'est pas assez pour réduire ma fureur! Que se passe-t-il? Vos messages sont aspirés par les abysses et ne s'affichent plus ni sur mes billets ni sur mon interface.
Alors si l'envie vous prenait de commenter ou de m'indiquer comment résoudre ce bug, prenez une bonne vieille feuille, glissez-la dans une bouteille et jetez-la à la mer ou cliquez sur l'onglet "me contacter"...

P.S.à 9h: première bouteille reçue par les voies du mail de l'Ours...
"Tu avais été prévenue, il y a des risques à publier en post un de mes restes de confettis, hier avec le dragon en squelette tu n'as eu aucun commentaire, et aujourd'hui, tu persistes dans l'erreur, tu recommences, et en bleu!"
P.S.2 à 11h: Le service hautetfort sans plus de précision vient de m'indiquer que le problème était corrigé. Je ne sais pas ce qui me retient de lui en envoyer une de correction.

mardi, 01 janvier 2013

Aujourd'hui résolutions révolutions.

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Découpage
ou
Restes de la fabrique de confettis
Maurice Pommier

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Sur mes îles, deux rituels sont pratiqués: célébrer le solstice d'hiver et ouvrir la nouvelle année avec le découpage de l'Ours. En 2011 et 2012, les poules et le renard avaient tenté l'écriture d'une fable révolutionnaire. Les lendemains ne se sont pas mis à chanter pour autant, à peine ont-ils entonné la rengaine.
A en croire l'Ours, d'humeur saturnienne en ce jour, si quelque révolution accompagne cette nouvelle année, ce sera celle des astres sous l'oeil attentif de quelques experts:
"Les astrologues, après avoir effectué leurs travaux, ont déclaré qu'après l'année du dragon, nous échapperions à l'année de la poêle à blinis, mais que nous n'échapperions pas à l'année de la ceinture." Une année de morosité donc?
Tâchons de contrebalancer la prédiction, plaçons en contrepoint l'émission Pas la peine de crier qui consacre sa semaine à l'insoumission. Hier, Jeanne Benameur était invitée pour son dernier roman paru chez Actes Sud Profanes:des personnages sous le coup d'une fatalité qui entrent en lutte pour la vie; en tous, se soulève peu à peu comme une insurrection singulière. Dans un dialogue à bâtons rompus, il fut question de lecture qui multiplie la vie au risque de l'altération, d'écriture qui cherche la nudité sans plus rien avoir à craindre de l'impudeur.
De mon insularité, je nous souhaite, à moi, à vous qui passez ici, des insurrections confiantes pour "atteindre le vif de la vie".

dimanche, 16 décembre 2012

Aujourd'hui tissus.

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Ernest Pignon-Ernest, Naples

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Au carrefour, la béance du papier,
Porte cochère vers les Enfers.
Un homme décharné,
le corps rendu à la ramification de ses os
le pagne posé en ultime pudeur,
traîné plus que porté
par l'acharnement d'un autre
qui un jour sera lui aussi
les bras ballants.

... et sur ma table, le chant VI de L'Enéide de Virgile, La porte des Enfers de Laurent Gaudé et le parcours napolitain d'Ernest Pignon-Ernest.

vendredi, 14 décembre 2012

Aujourd'hui gens sans importance.

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Ernest Pignon-Ernest
Un clic et la photo s'agrandit.

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A ces gens sans importance, Ernest Pignon-Ernest a offert, en 1995, la solitude d'un théâtre de poche pas plus grand qu'un cercueil de verre: la cabine téléphonique. Affiche sous la défense d'afficher. Et ces mots de Jean Rouaud, d'eux à nous.
"Regardez-les, prostrés, vidés, étonnés
Que ce soit si dur à vivre une fois qu'on est né
Lançant un cri qui ne sait plus briser les verres
Ni même se faire entendre dans ces micro-déserts,
Cherchant désespérément la formule magique
Dix numéros gagnants dans cette foutue carte magnétique,
Regardez-les (...)
Sonnés, écroulés, sur le sol de la cabine, sans pleurs,
Ayant renoncé à vouloir le bonheur avec l'argent du beurre,
(...)
Et tellement reconnaissables, tellement des nôtres
Buvant la tasse comme parfois nous autres,
Qu'on se demande ce qui parfois nous retient d'appeler Rosa, la rose
D'apporter une épaule à celle qui ne tient debout que par son front appuyé
Comme une attache au tableau, un clou dans une tête décérébrée
Et voyez quand on les décroche, comme ils rompent ce garde-à-vous,
Cette station droite qu'on exige de nous
Pour qu'on mérite l'appellation d'homme et de femme
Pour qu'on sorte du singe et qu'on nous accorde une âme,
Voyez comme ce n'est pas si naturel ce pari vertical
Voyez comme notre vie parfois ne tient qu'à un fil
Comme celui auquel se suspendit Nerval
Un soir, en pleine lumière, dans la multitude de la ville."

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Les cabines

vendredi, 30 novembre 2012

Aujourd'hui le prix à payer.

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Exposition Ernest Pignon-Ernest à Pont l'Evêque

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Déconcertante exposition à Pont l'Evêque, en ce moment: Ernest Pignon-Ernest - le passant des marches du sacré-coeur, des rues de Naples, des no man's land gardant les chekpoints israëliens, des façades éventrées d'immeubles, des marchés de Soweto - immobilisé entre les quatre murs d'un musée. Et avec lui, le poète aux semelles de vent.


"Cher Monsieur
Votre lettre m'a surpris: qu'attendiez-vous en partant? À moins de rester au loin, nul moyen d'éviter cette amertume du retour. La souffrance est toujours le prix à payer lorsque l'on cherche l'inconnu -et plus encore lorsque l'on se veut «Damné». Mais dites-vous qu'au moins, vous avez vu! Bien à vous."
Rimbaud

vendredi, 28 septembre 2012

Aujourd'hui derrière la vitre

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Le passant nargue
la bête cycopléenne
derrière la vitre.

jeudi, 26 avril 2012

Aujourd'hui table de.

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A la table des matières, depuis dimanche, tout le présidentiable, tout l'inenvisageable, peut-être déjà tout l'irrémédiable. Les vocables ne suffisent pas à dire la peur de voir cela mal finir. Cette table-là, on aimerait la tourner pour en voir les dessous mais sans l'araser: les miettes finiraient pas remonter, inexpugnables...

Dans l'attente de, je suis allée m'asseoir à la table de l'Ours, comme on s'assied à une table d'écoute. Pour y retrouver tout l'indispensable -un thé à la menthe, des expériences en architecture- tout l'inestimable -son dernier album, Catfish- tout l'impensable -le permis de  se travestir de Rosa Bonheur. Cette table-là, on la veut à rallonges, on la veut re-table pour ne pas avoir à partir trop vite.