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samedi, 22 avril 2017

Taire à terre

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C'est enfin le silence revenu, en ce week-end électoral.
Après tant de semaines à user la parole jusqu'à la corde, il ne reste que des mots élimés et des hardes de pensées trop souvent sourdes aux cris de la terre. On élève là une forteresse, on renforce ici des frontières, ailleurs on replie l'Europe sur elle-même en une logorrhée sans limites. Si rarement on a ouvert la porte à l'intraitable beauté du monde ou aux autres, étranges étrangers, et nos frères pourtant.
Je ne sais ce qui sortira des urnes demain, en attendant je cueille et recueille ce silence enfin revenu.

mardi, 08 novembre 2016

Se mettre heureuse

No sabía que ponerme...me puse feliz. Foto Bariloche-2.jpg

© Bariloche

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
la machine à laver qui n'avait pas tourné
depuis de nombreux jours
la pile de linge réduite à peau de chagrin
la bannette débordante
logique des vases communicants

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
je suis restée sous la couette
en tenue d'Eve

j'ai laissé le soleil se lever
et les minutes filer
j'ai pensé que
demain matin Trump ou Clinton
et après-demain ?
j'ai songé
au documentaire vu hier
Fuocoammare
au film vu avant-hier

Moi, Daniel Blake
j'ai regardé la pile des romans
menhir de rien du tout
à côté de mon lit
Petit pays
Continuer

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
et tenue dérisoire
ou pour insuffler au monde
un sourire
je me suis mise heureuse

dimanche, 22 mai 2016

Étonnants Voyageurs (2) : Penser l'Autre

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© Pili Vazquez

A regarder la Fondation Vuitton sous toutes ses soudures, on se laisserait presque séduire. Vaisseau marin ou spatial, tout de verre, elle ne cesse de se refléter elle-même, réécriture contemporaine du mythe de Narcisse. A l'intérieur, par un jeu de miroirs, c'est face à leur propre reflet aussi que les visiteurs se retrouvent.
Sur le site officiel, léché comme une vitrine ou réfléchissant comme un miroir aux alouettes, on s'enorgueillit du défi relevé : "D'une esquisse initiale crayonnée sur la page blanche d'un carnet, au nuage transparent posé à la lisière du Jardin d'Acclimatation dans le Bois de Boulogne, Franck Gehri a eu pour ambition de concevoir à Paris un vaisseau magnifique qui symbolise la vocation culturelle de la France. Faiseur de rêve, il a imaginé un bâtiment unique, emblématique et audacieux. Respectueux d'une histoire ancrée dans la culture française du XIXe, il ose les prouesses technologiques du XXIe, ouvrant la voie à des innovations fondatrices."
En voilà du beau discours qui à coup d'oxymore tente de blanchir une page de la mémoire collective !

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Samedi 15 mai, Étonnants Voyageurs, Auditorium, Penser l'Autre avec Pascal Blanchard et Didier Daeninckx

Pascal Blanchard et Didier Daeninckx, ces deux-là n'ont de cesse de gratter la page blanchie de la Mémoire Collective pour faire apparaître le palimpseste. (ci-dessous quelques notes prises ce matin-là)
La matinée a commencé par la projection du court-métrage Exhibitions de Rachid Bouchareb. (en descendant sur le lien précédent, vous trouverez le court-métrage dans son intégralité.)

fondation vuitton


Du début du XIXe jusqu'à la fin des années trente, ce sont plus de huit cent millions de visiteurs occidentaux qui se rendent dans des villages itinérants, des zoos humains ou au Jardin d'Acclimatation de Paris pour découvrir près de trente mille exhibés importés des quatre coins du bout du monde : on y exhibe l'Autre, on fabrique du Sauvage sur mesure voire des Monstres. Au passage, on devient raciste en toute impunité, par un beau dimanche ensoleillé tout en pique-niquant avec les mômes. Ceux qui ont vu ces zoos humains ne voyageaient pas et pourtant ce sont ceux-là même qui ont écrit un discours sur l’Autre et fabriqué une culture bâtie sur Tarzan, Jules Verne et Tintin au Congo. Tout cela fait partie d'une vaste propagande coloniale et européenne qui permet de légitimer le rapt de terres. Depuis la nuit des temps, tous ceux qui ont eu entre leurs mains la puissance et le pouvoir ont exhibé l’Autre pour mieux le dominer.

L'histoire des colonies ne s’est pas arrêtée le jour où la dernière d'entre elles a été rendue à son indépendance. Nous sommes les héritiers de cette histoire mais nous n'en possédons pas forcément les clés de décodage. Croire que l’Histoire va passer sans que nous prenions le temps de la déconstruire est une erreur. Elle reviendra un jour à la surface. Il est nécessaire de déconstruire ces images en commun -exhibeurs et exhibés- sinon elles auront une valeur hallucinante pour un Dieudonné, pour des Djihadistes. 

Ces zoos humains ont été possibles parce que les visiteurs payaient leur billet, la Fondation Vuitton installée en toute impunité dans le jardin d'acclimatation sur un cimetière humain -des os humains, ceux de dix-huit corps d'exhibés ont été retrouvés lorsque la terre a été creusée pour les fondations et jamais il n'a été envisagé de suspendre ou déplacer le chantier- est possible parce que les visiteurs payent leur billet, ignorants souvent ce qui s'est passé là. Seule une petite pancarte posée à la demande de Blanchard et Daeninckx rappelle qu'un jour il nous faudra bien nous pencher sur cette page effacée plutôt qu'en des miroirs narcissiques ...

vendredi, 12 février 2016

C'est bête (avec un accent circonflexe)

fait comme des rats 3.jpg
Athènes, 2015

Ne nous racontons pas d’histoire
- chair de poule -
si nous nous acharnons ainsi

à vider les mers
à désertifier les terres
à embrouillarder les airs
si nous nous acharnons ainsi
à éradiquer

le crapaud amoureux
la baleine hilare

le lapin chaud
la poule mouillée

le mouton à cinq pattes
la bête à deux dos

l‘anguille sous sa roche

la puce à l’oreille
la grenouille de bénitier
la mouche fine ou assassine
l’oiseau de Jupiter  ou de Venus
et même ceux de mauvaise augure

si nous nous acharnons
à tout éradiquer

sauf le veau d’or
nous sommes faits comme des rats
et il est presque trop tard
pour quitter le navire

 

mardi, 09 février 2016

Nénufar

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Ils ont tous en une même cacophonie
crié à la catastrophe au blasphème au typhon
les bibliophiles et les philanthropes
les orphelins et les épitapheurs
les philosophes et les photographes
les physionomistes et les physiciens
les apostropheurs et les amphithéâtreux
les asphyxiés de l'asphalte et les atrophiés de l'oesophage
et même les prophètes camphrés
ils ont tous paraphé leur pamphlet
ah la diphtérie du nénuphar après métamorphose !
A la périphérie
de ce raffut
je m'esclaffe
je m'en vais leur envoyer une soufflante à tous ces tartuffes,
les effilocher, les diffamer, tous ces bouffons bouffis
leur greffer un dictionnaire étymologique

Pfft, nénufar vient de l'arabo-persan
n'a donc aucune affinité avec le "ph" grec
c'est une bonne chose
qu'il ait retrouvé
son "f" faramineux !

dimanche, 10 janvier 2016

endormez-vous, disent-ils ;

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découpage de Maurice Pommier

Cela fait bien longtemps que les cartes de voeux ne tombent plus dans ma boîte virtuelle ou dans celle accrochée au grillage au beau milieu du chèvrefeuille à nouveau en fleurs. Je n'en reçois pas, je n'en envoie pas non plus. Sans regret.
Quand janvier arrive, il est une seule chose que j'attends avec impatience. Chaque matin, je regarde dans ma boîte espérant l'y trouver ; pour patienter je l'imagine dans son atelier en train de ciseler quelque facétie prophétique, l'oeil ravi, de fignoler son découpage, de bougonner dans sa longue barbe puis de rajouter quelques confettis supplémentaires ; pour patienter, je pronostique : sera-ce un découpage zoologique et chinois -2016 année du singe de feu !- quelque détour biblique ou bien une nouvelle péripétie des poules et des renards ? Pour tromper mon impatience, je prends des nouvelles de notre société libéralosocialistomacronienne : endormez-vous, disent-ils, nous gérons pour vous un monde figé et sclérosé dans sa peur. Endormez-vous, disent-ils, nous élevons des murs et des barbelés pour vous protéger.
Le découpage de l'Ours est arrivé en début de semaine : 2016, les renards se coucheront avec les poules ! Qu'est-ce à dire ? Les renards se coucheront-ils tôt ou rejoindront-ils le lit des poules ? Dans les deux cas, nous sommes dans de beaux draps et ne pouvons nous permettre de dormir sur nos deux oreilles.
En 2016, je nous souhaite de nous réveiller et de retrouver le pouvoir des mots sur nos pages et nos écrans ; que nous ayons l'audace de l'opposer aux mots du pouvoir.

jeudi, 24 décembre 2015

A en perdre la raison

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Chemin faisant le long de la Méditerranée
j'ai croisé l'immobilité de cet homme
il élevait à côté du premier
un deuxième totem
ou bien était-ce un cairn
des cairns pour indiquer le rivage
comme on indique le sentier en montagne
aux rêves, aux espoirs
qui s'échoueraient sur les galets polis
après avoir divagué au gré des courants
entre filaments d'algues et firmament muet
un cairn attrape-rêves, un cairn attrape-espoirs
pour attraper les rêves et les espoirs
de ceux qui avaient déjà tout perdu
tout à part leur corps et leur âme
quand ils ont été contraints de traverser la mer
sur des embarcations malingres
un cairn attrape-rêves, un cairn attrape-espoirs
pour attraper les rêves et les espoirs
de ceux disparus corps et âme 
après s'être échoués
contre l'impolitesse de nos coeurs de pierre

samedi, 12 décembre 2015

Du souffle dans les mots (fin)

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Follia continua !, Cent quatre, Paris

Dernier jour du calendrier du "pendant"
La COP21, c’est fini. Un accord aurait été trouvé pour ne pas dépasser le 1,5° de réchauffement climatique. Tous les responsables qui tiennent notre planète entre leurs mains se sont-ils quittés l’arme à l’œil ?

La radio, elle, revient en continu sur les Régionales, tente de disséquer le vote nationaliste. La République ressemble à cet homme mort dans le tableau de Rembrandt, écartelé, éventré, terrain d’expérimentation pour une horde de scientifiques. Chacun y va de sa leçon d'anatomie.

Pour retrouver un peu de tranquillité, je pars bosser à vélo le matin parce que le soleil continue de s’offrir en partage au dessus de l’eau.

Cet étrange aveuglement, François Emmanuel, in Du souffle dans les mots
"Tout conscients que nous sommes nous poursuivons pourtant notre mode de vie comme si de rien n'était. Il est vrai que cette sombre perspective peut nous paraître lointaine encore, reculée dans le temps, alors que la ligne de notre horizon s'est insidieusement rapprochée, que les valeurs de lignée, de transmission aux générations suivantes, se sont estompées au profit d'une temporalité plus immédiate. Et, sur l'écran lumineux, omniprésent, innombrable, qui construit bon an mal an notre entendement du monde, déferlent quantités d'autres scènes, plus proches, plus violentes, plus spectaculaires. (...)
Dans un monde où l'interdépendance, l'extraordinaire intrication des liens réduit le pouvoir de chacun, les élus politiques ont un espace d'influence et d'action plus important que les autres. Puissent-il, puissiez-vous, faire évoluer la conscience commune. (...) La vie parce qu'elle est fragile, imprévisible, éphémère, parce que nous avons tout pouvoir sur elle, la vie nous est plus que jamais précieuse."

mardi, 08 décembre 2015

Du souffle dans les mots (8)

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Follia continua !, Cent quatre, Paris

Serait-il possible que mes petits-enfants, qui ne sont pas encore de ce monde, se disent un jour futur où ils auraient regardé dans le rétroviseur : " Il eut mieux valu pour nous naître à l'époque de notre grand-mère ! " ?

Adieu à l'hiver, Cécile Wajsbrot, in Du souffle dans les mots
" 1866
- Dans un long préambule aux Travailleurs de la mer intitulé L'Archipel de la Manche, Victor Hugo, au chapitre vingt, écrit : "La mer édifie et démolit ; l'homme aide la mer, non à bâtir mais à détruire (...). Tout sous lui se modifie et s'altère, soit pour le mieux, soit pour le pire. Ici, il défigure, là il transfigure. " Victor Hugo sait que l'humanité est entrée dans l'ère de l'anthropocène, même si le mot n'existe pas encore.
(...)
Aujourd'hui - Déjà, on est tenté de dire en lisant ces phrases de Victor Hugo - et à chaque fois que quelqu'un fait preuve de clairvoyance ou de lucidité. Déjà - Aldous Huxley, dans les années 1950, prévenant des dangers de la surpopulation. Déjà - ces lignes tirées du Printemps silencieux, de Rachel Carson, écrites en 1962 : "La plus alarmante des attaques de l'homme sur l'environnement est la contamination de l'atmosphère, du sol, des rivières et de la mer par des substances dangereuses et même mortelles." Déjà, diront les hommes en 2065, s'il en reste, lisant les livres de ceux qui avertissent, au tournant du XXe siècle, au début du XXIe siècle, des dégâts des gaz à effet de serre, écoutant les voix de ceux qui demandaient d'interdire le diesel, les voix de ceux qui espéraient limiter le réchauffement moyen à moins de deux degrés alors qu'il en aura atteint quatre ou cinq. Déjà, diront-ils s'ils ont accès aux documents des conférences climatiques tenues depuis le sommet de Rio, en 1992. Ils savaient, diront-ils, et ils ajouteront avec un soupir, pourquoi n'ont-ils rien fait ? "

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lundi, 07 décembre 2015

Du souffle dans les mots (7)

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Follia continua !, Cent quatre, Paris
Photo d'Isa

«Vas-y vis-le ton rêve
crache-le à la gueule de ta réalité»
Perrine Le Querrec

7ème jour du calendrier du "pendant"
Mon rêve, ce soir, est aussi fragile que l'arbuste sur la photo d'hier. Mais il en a aussi la flamboyance, impudente et effrontée. Alors oui, je le crache à la gueule de notre réalité qui dingue et valdingue, à la gueule de ceux qui nous gouvernent et qui le jour fanfaronnent dans une COP 21 fantoche mais le soir venu bafouent les droits élémentaires; à la gueule de ceux qui promettent de nous gouverner, à la gueule de la multiplication des votes nationalistes comme de mauvais pains sans levain et sans sel de vie.
Je le crache parce qu'à quoi cela servirait-il de le ravaler comme on ravale un sanglot ?

Je ne parlerai pas du ciel, Nicole Caligaris, in Du souffle dans les mots
"Nos idées nous rendent stupides, nous croyons que préserver c'est clôturer, comme pour les pelouses des jardins publics. Nous oublions que la clôture interdit, qu'elle ne préserve pas, qu'elle produit non pas la vie mais la stérilité, qu'elle entrave non pas la dégradation mais la vitalité. Notre idée de la conservation de notre bien nous fait manquer à notre devoir, qui n'est pas de prétendre arrêter ce qui ne peut pas l'être mais de déceler et de cultiver toujours ce qui va régénérer notre monde, ce qui l'ensemence déjà pour le rendre nouveau.
Ce que nos décisions préserveront ou ne préserveront pas, ça n'est pas l'état de notre jardin, c'est sa fécondité, ce sont ses possibilités créatrices."

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dimanche, 06 décembre 2015

Du souffle dans les mots (6)

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6ème jour du calendrier du "pendant"

Hier dans la forêt de Bord, au milieu des pins austères, un arbre frêle déployait avec insolence la flamboyance de ses dernières feuilles jaunes.

Art poétique (2), Arno Bertina, in Dans le souffle des mots

"La question du climat et de l'écologie doit pouvoir être posée par les artistes comme par les politiques, les scientifiques, et chaque individu, et non seulement par les lourdauds de la morale civique. Elle doit être posée, cette question du climat, comme une chose que l'on cherche dans l'obscurité, à tâtons, mais avec le sentiment d'une urgence et d'une nécessité, avec l'inquiétude de se prendre un mur, en demandant à ses mains de faie preuve d'un sens aigu de l'espace. L'homme est rattaché à l'atmosphère, aux nuages qui passent, à la qualité de l'air, par des dizaines de liens - invisibles mais vibratiles, vibrionnants - qui sont certainement toute la matière de l'art, en fait, depuis le halo de la chair qui nimbe les corps dans les tableaux du Titien jusqu'aux phrases tourbillonnantes de Proust qui ne laissent rien de côté, ou à celles de Claude Simon qui s'avancent en disséquant tout sur leur passage pour mettre à jour, précisément, ces petites perceptions qui donnent un monde et expliquent les comportements des hommes, ces êtres climatiques. Sans elles, sans ces petites perception, sans cette climatologie qui est devenue son drame quand elle devrait être une force, l'homme reste illisible."

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samedi, 05 décembre 2015

Du souffle dans les mots (5)

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Nikhil Chopra, inside out
Follia continua !, Cent quatre, Paris

5ème jour du calendrier du "pendant"

Peut-être un jour tout fondra
goutte à goutte
comme ces icebergs devant le Panthéon
qui décapsulent des bulles
d'un air vieux de dix mille ans
Peut-être un jour tout s'effacera
trait à trait
chacun de nos écrits
chacune de nos pensées
Ce jour-là tous les dieux que nous avons inventés
tremperont-ils un trait dans une goutte
pour écrire une nouvelle histoire ?

Rapport parlementaire, Eric Chevillard, in Du souffle dans les mots
" (...) Mais je ne suis pas venu pour vous menacer, Grand Sachem, Votre Honneur, Très Saint-Père, pardonnez-moi, je ne suis pas encore au parfum de toutes vos simagrées, votre présence excite plutôt les réflexes défensifs de ma glande anale, Mesdames, Messieurs, Sérénissime Altesse, je me défends plutôt, je ne vous menace pas, vous n'avez pas besoin de notre rostre ni de nos griffes pour vous déchirer de haut en bas. je vous dois cette justice : vous toussez avec nous dans le nuage produit par votre cerveau en surchauffe. Vous avez mis le feu au ciel, la banquise se défait, nous dérivons sur cet iceberg qui ne sera bientôt plus assez gros pour rafraîchir votre whisky. Chacune de vos Seigneuries crache plus de fumée qu'un volcan et vous avez le front de justifier vos éradications en nous traitant de nuisibles ou de parasites ! Or qui est le plus contagieux, dites-moi ? Nous mourrons de vos grippes, la tremblante de l'homme nous décime sur nos cimes. Mesdames et Messieurs, vos mains sont d'implacables cisailles, des faucilles, camarades, la forêt recule quand vous apparaissez : vous lui faites peur ! Le désert progresse sur vos talons, vous semez du sable derrière vous pour retrouver le chemin de votre maison vide, de votre jardin mort, de votre solitude. "

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vendredi, 04 décembre 2015

Du souffle dans les mots (4)

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Follia continua !, Cent quatre, Paris


4ème jour du calendrier du "pendant"
Hier, je suis partie bosser à vélo. Sur la voie verte, le long de l'Eure, la route file entre brumes et lever de soleil. Je me suis surprise à penser à ce jour où l'indemnité vélo ne serait plus en mode rétropédalage et à cet autre jour où il n'y aurait plus d'indemnité vélo parce que tout le monde serait contraint d'aller à vélo sur son lieu de travail.

Aux enfants, Marie Desplechin, in Du souffle des mots

"Chers amis de sept à dix-sept ans, chers amis,
Ce discours s'adresse aux enfants et aux adolescents, à eux d'abord, et même à eux seulement. Après tout, la plupart des gens qui prennent des décisions aujourd'hui seront morts ou dans un sale état quand les conséquences du changement climatique se feront sentir. Je veux dire : quand ça va chauffer pour de bon. Les vieux ont fait de bonnes choses, l'imprimerie, les droits de l'homme, le vélo, les vaccins, le cinéma, la contraception, l'internet, bravo, très bien. Mais compte tenu de l'état dans lequel ils vont laisser la planète en partant, ils devraient évaluer courageusement ce qu'ils ont fait, pas fait, et ce qu'ils ont laissé faire. Ils devraient faire preuve d'un peu de modestie. Parce que franchement, il n'y a pas de quoi se vanter. Personnellement, je ne serai pas choquée qu'on accorde demain le droit de vote à des enfants de sept ans. Ce sont eux qui vont boire la tasse."

(L'intégralité du texte est à écouter sur Fictions / Vie Moderne)

marie desplechin aux enfants, follia continua, cent quatre

mercredi, 02 décembre 2015

Du souffle dans les mots (2)

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Follia continua !, Cent quatre, Paris

2ème jour du calendrier du "pendant"
Ce midi dans ma boîte aux lettres, j'ai trouvé l'enveloppe plastique "urgent élection". L'état d'urgence, décidément s'infiltre partout. Deux fois plus de feuilles que de partis. Je franchirais presque le pas pour nommer ce fatras de papiers et ses guirlandes de slogans à deux euros pour un monde meilleur "prospectus". La seule chose qui me retienne est l'étymologie même du mot "prospectus" : voir en avant. Non, l'aveuglement de cette paperasse et ses promesses qui rejouent l'éternel refrain d'un monde sécurisé ou écolo ne peut même plus s'appeler prospectus.
Toujours ce midi, j'ai lu ceci : le maire de Béziers prévoit de monter sa propre milice pour protéger sa ville.

Chaos primitif, Boualem Sansal, in Du souffle des mots
"Pour avoir longtemps vécu dans un environnement fortement dégradé, je parle là d'un état de guerre civile d'une effroyable barbarie aggravée par une gouvernance criminelle et des complicités contre nature qui font les dessous des relations internationales, avec ce que cela apporte de douleurs, de questionnements et de colères, je sais qu'il y a pire que la guerre elle-même, c'est l'effondrement de la morale et des valeurs qui portent la société, changement que l'on voit venir, s'enraciner en un rien de temps, puis se généraliser avec brutalité, contre lequel on veut encore se défendre mais en vain. Un à un et tous ensemble, on est happé par ce trou noir qui se déploie autour de nous en même temps que la guerre gagne et réduit le monde à sa plus simple expression, un chaos primitif où la violence des hommes vient ajouter au déchaînement des éléments."

(L'intégralité du texte est à écouter sur Fictions / La vie moderne)

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mardi, 01 décembre 2015

Du souffle dans les mots (1)

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Follia continua !, Cent quatre, Paris

Ca y est. Nous y sommes. Vous avez dépavoisé vos profils facebook. Le drapeau français n'est plus votre seconde peau. Vous avez hésité à le remplacer par le drapeau malien. Pas d'application proposée. Il est des priorités même sur les réseaux sociaux.
Vous vous demandez comment habiter cet après. Vous serez peut-être allés boire un verre en terrasse, vaillamment, ou alors vous aurez pris un billet pour un concert, héroïquement, ou bien encore déposé une paire de chaussures, Place de la République, résolument.
Le soir de retour chez vous, le soir de retour chez moi, nous nous sommes retrouvés, il faut bien l'avouer, le coeur décousu : les actes symboliques deviennent si dérisoires face à l'ampleur de ce qu'il faut accomplir. Nous tendons une oreille aux discours politiques calamistrés, espérant quelque réconfort, alors même que nous savons qu'ils ont renoncé depuis longtemps aux utopies qu'ils énoncent, l'oeil ému. Des millions sont versés à l'Armée tandis que l'Education et la Culture deviennent des parents encore plus pauvres.
Hier, de passage à Rouen, j'ai fait un crochet par l'Armitière. J'y ai cherché un livre pour m'accompagner dans cette traversée du désert parce que je persiste à croire que la littérature fait battre bien mieux le coeur du réel qu'une BFM TV en boucle. J'y ai trouvé Du souffle dans les mots. Trente textes de trente écrivains qui cherchent, en un parlement sensible,  à édifier un lieu bon où vivre ensemble, un eu-topos.
En lisant un premier texte, j'ai eu envie d'ouvrir sur mes îles un calendrier du "pendant*". Pendant les onze jours de la COP21, je déposerai donc ici un extrait.
*Je croyais gamine que le fameux calendrier était celui de "l'avant".

Mardi 1er décembre
Le Barrage, Maryline Desbiolles, in Du souffle dans les mots
"Je pense aux chantiers des hommes, à nos chantiers arrogants, désespérés, magnifiques, et qui sont notre chair comme les lieux qu'ils bouleversent. Je pense tout en même temps à notre démesure, nos aveuglements, nos surdités, à l'attention constante et extraordinaire qu'il faut porter au monde pour ne pas que les désastres, ces désastres résistibles, nous prennent par surprise, dans nos lits, comme de petits enfants dans leur vêtement de nuit. Je pense à ce travail d'attention, de connaissance, à ce  travail qui est le nôtre désormais, dont chacun de nous a la charge, et je ne pense pas à lui comme un acte de contrition mais comme un immense chantier, arrogant, désespéré, magnifique."

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dimanche, 15 novembre 2015

Question

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"Il en faudra de notre amour furieux, de notre amour persistant, pour ranimer la colombe" Cécile Coulon

Depuis vendredi on dirait la nuit mais il y a de la lumière*
au fronton des mairies et des écoles, les drapeaux sont en berne
devant votre photo de profil, vous déployez les bleu, blanc et rouge
comme une seconde peau
à travers la tornade, notre langue tente de dire
elle ne se résout pas à mettre ses mots en berne
depuis vendredi on dirait la nuit mais il y a de la lumière
viendra le jour -demain, après-demain, dans une semaine-
où le drapeau battra à nouveau à tous vents, bouffée et bourrasque
où vos photos reprendront la teinte du quotidien
où l'on s'assiéra à nouveau à la terrasse d'un café
aurons-nous trouvé d'ici là sous les cendres et les décombres
de quoi pavoiser les rues de notre humanité ?

* "On dirait la nuit mais il y a de la lumière"  dit un enfant dans les décombres de Homs.
in Eau argentée de Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan, 2014

mardi, 20 octobre 2015

Sabotage

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Erri de Luca ©Marco Bertorello, AFP

Lundi 19 octobre, Erri de Luca a été relaxé par la justice italienne. Le Parquet avait requis huit mois ferme contre lui pour "incitation au sabotage" du percement d’un tunnel de 57 kilomètres pour le futur TGV Lyon-Turin.
Avant que la cour ne se retire pour délibérer, l'écrivain a répété qu'il considérait le verbe saboter comme noble et démocratique, qu'il défendait l’origine du mot dans son sens le plus efficace et le plus vaste : "Je suis prêt à subir une condamnation pénale pour son emploi, mais non pas à laisser censurer ou réduire ma langue italienne. »
En lisant cela hier soir dans Le Monde, j'ai entendu pour la première fois le mot "sabotage". Je veux dire par là que son étymologie m'a soudain sauté aux yeux. Sabotage vient de sabot ! Quel chemin de traverse le mot avait-il emprunté pour passer d'un sens premier "fabrication des sabots" à celui d'action de saboter un travail ? Suis allée fouiller dans mes dicos : ils passent tous d'une définition à l'autre, allègrement, sans explication aucune. La langue aplanie, domestiquée. Exit sa fougue qui, un jour, a imposé au mot un nouveau tournant. Désagréable impression de me retrouver les deux pieds dans le même sabot. C'est ainsi chaussée que je suis allée voir Mustang de Deniz Gamze Ergüven. Magnifique histoire de sabotage là aussi : celui d'une société patriarcale qui voudrait imposer sa loi à cinq fougueuses soeurs.
Ce matin, dès le réveil, pieds nus sur la tomette froide, j'ai repris ma recherche et ai déniché un extrait du passage d'Erri de Luca à La Grande Librairie, le 9 avril 2015, pour son livre Parole contraire.  Il rend au mot "sabotage" ses lettres nobles et démocratiques : au début de l'époque industrielle, les ouvriers employés dans des usines textiles avaient jeté dans les machines leurs sabots par solidarité avec leurs collègues expulsés par la mécanisation.
Je vous laisse en sa compagnie. Moi, je m'en vais dans ma journée, chaussée de deux sabots, autant dire de deux sabotages potentiels...


 

 

 

 

lundi, 24 août 2015

Sale coup de l'état sur la Ferme des Bouillons (2)

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Dimanche 23 août, ciel de pluie, précipitations denses et continues
Que cela ne nous empêche pas de rejoindre trois cents autres citoyens à la grande marche festive pour la libération de la Ferme des Bouillons, de la place St Marc au campement improvisé devant la Ferme. Chemin de choix avec quelques étapes incontournables.

1ère étape, le siège du P.S. à Rouen

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Mi-août, la Ferme des Bouillons avait interpelé, dans une lettre, Laurent Fabius, président de la COP21 entre autres,  afin qu'il engage la SAFER à préempter la Ferme. Aucun signe de l'état; l'ancien député de Seine-Maritime devait être pris par des affaires ô combien plus importantes : affaires étrangères et développement international ...

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2ème étape, place de l'hôtel de ville de Rouen

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Des banderoles sont laissées au pied de la statue équestre de Napoléon. Le bicorné aurait un jour dit : “Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit. ” La journée allait se charger d'illustrer le propos.

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Nous reprenons notre route en passant devant le palais de justice et par la place du vieux marché. On aurait pu rajouter un panneau sur le poteau : "Espace de la Ferme des Bouillons : occupé par les frères Mégard."

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Notre chemin de choix continue par la montée vers le Mont-Saint-Aignan avec détour par la rue Edmond Mégard.

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3ème étape, l'hôtel de ville de Mont-Saint-Aignan

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Après trois heures de déambulation, nous sommes arrivés au chemin communal qui mène à la Ferme des Bouillons. La marche devait aboutir à un geste symbolique : accrocher aux clôtures disposées autour du site par les Mégard, nos messages, nos poèmes, racontant ce qu’est pour nous la ferme des Bouillons, les valeurs qui l’animent, notre dégoût devant les manoeuvres crapuleuses d’Immochan et de la Safer, devant la participation active de la préfecture.

3ème étape, le barrage des "forces de l'ordre"
Mains levées, nous leur avons présenté nos papiers et nous nous sommes avancés.

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Aucune photo de ce qui a suivi. Gaz lacrymogènes et matraques qui s'abattent sur des citoyens non-violents. Fondu au noir. Carton rouge et un chant comme un hymne.

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Est-ce parce que le bruit a couru dans les rangs qui venaient de se reformer que France 3 arrivait, que les forces responsables du désordre ont accepté de laisser passer une vingtaine de manifestants sur le chemin communal ?

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4ème étape, les grilles qui emprisonnent la Ferme des Bouillons avec en arrière-plan les frères Mégard comme des fauves en cage.

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A suivre ...

vendredi, 21 août 2015

Sale coup de l'état sur la Ferme des Bouillons

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C'était il y a moins d'un an : Festival La Tambouille à la Ferme des Bouillons. Jours de fête.

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Ces terres qui avaient été rachetées en 2012 par Auchan qui pensait pouvoir bétonner en toute tranquillité - c'était sans compter sur la détermination d'une poignée de zadistes - avaient été classées quelques mois plus tôt Zone naturelle protégée. Jour de tous les espoirs.

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La terre était redevenue verte aussi de tous les légumes qui y poussaient à nouveau.

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© Ferme des Bouillons

 Sur les murs, on se rappelait que la volonté de quelques citoyens suffit pour l'empêcher de tourner en rond, la Terre.

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C'était il y a onze petits mois. Tout s'est accéléré cet été. Auchan a signé un compromis de vente à la SCI  In Memoriam dirigée par les frères Mégard. Mercredi matin, une centaine de CRS évacuait les habitants de la Ferme des Bouillons. Lisez donc l'article de Reporterre, histoire d'y voir un peu plus clair dans ce sale coup de l'état.

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© Ferme des Bouillons

Aujourd'hui, Les frères Mégard n'aiment pas la critique et se tiennent sur leurs gardes. En effet, la lutte continue, il suffit de vous rendre "aux champs" juste en face. Une pétition est aussi ouverte à cette adresse que vous pouvez partager sur vos réseaux sociaux. On reste ferme !

mercredi, 15 juillet 2015

Lendemain de 14 juillet

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Athènes, mai 2015

Que fêtions-nous hier à coup d'artificiels feux de joie ? La prise de la Bastille ? La Chose Publique française ou du moins ce qu'il en reste ? Le pays des droits de l'homme ? ou bien l'élévation d'une citadelle qui nous coupe des bruits et des hurlements du monde ?
Exceptionnellement nous aurions pu décréter une nuit de silence. En mémoire de cette autre nuit où l'Europe a mis à genoux Tsipras. Et de tous les feux qui ne se seraient pas envoyés en l'air avec insouciance, nous aurions pu tendre la main à ceux chez qui la force du peuple -c'est le sens de démocratie- est né il y a vingt-six siècles.

07:19 Publié dans ESPACES DES CRIS | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : grèce |  Facebook |

dimanche, 31 mai 2015

Res Publica

Res publica.jpgDessin de Plantu, Le Monde du 29 mai

C'est justement parce que rares sont ceux qui sont encore capables de dire que le mot "république" vient du latin Res Publica , "la chose publique", qu'un parti peut décider de s'autoproclamer Les Républicains sans que personne ne réagisse. S'ils sont les Républicains, les autres sont quoi alors?
On aurait aimé lire quelque post-scriptum du P.S. qui est actuellement bien trop occupé à virer le latin des programmes de collège.

samedi, 25 avril 2015

Mare nostrum

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De retour d'une semaine en Italie avec mes latinistes, je m'apprête à partir à Athènes avec mon morveux. De la Méditerranée à la Méditerranée, en passant par la côte normande.
Mare nostrum disaient les Romains, notre mer.
Bientôt, les collégiens ne comprendront plus cette expression puisque le Latin et le Grec vont être envoyés ad Patres. Ainsi en a décidé Najat Vallaud-Belkacem. Ainsi en ont décidé de pseudo-pédagogues qui n'ont de souvenirs du cours de latin que ce qu'ils ont eux-mêmes vécu, il y a au moins quatre décennies. Qu'ils sachent que ma salle de cours leur est grande ouverte s'ils désirent dépoussiérer leur mémoire.
Mare nostrum disaient les Romains, notre mer.
"Mare nostro che non sei nei cieli", dit Erri de Luca.
Aujourd'hui elle est un cimetière marin. Y meurent ceux qui ont quitté les côtes de la Lybie pour échapper à une mort certaine. Ont-ils dit, avant de monter sur une embarcation de mauvaise fortune, "Alea jacta est" ?

samedi, 31 janvier 2015

Fragments hétéroclites

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Contrainte de passer ce début de semaine sous la couette, agrippée par la grippe, j'ai vécu par intermittence. Quand je réussissais à m'extraire d'un état d'abattement, j'ai regardé, épisode après épisode, le documentaire de William Karel et Blanche Finger, Jusqu'au dernier, la destruction des juifs en Europe. Se remémorer cette terrifiante machine qui fait que l'impensable est un jour pensé, élaboré et exécuté froidement, découvrir aussi certains rouages effroyablement huilés par le silence de ceux qui n'ont pas voulu voir.

Jeudi, j'ai retrouvé l'énergie d'aller vivre à temps plein. C'est toujours une période mouvementée que la fin du mois de janvier dans les collèges et lycées. La DHG tombe et dans le collège lambda où je bosse - entendez par là qu'il n'est pas REP ou REP+ - l'équipe des profs tombe souvent des nues, même si notre surprise d'année en année a tendance à s'émousser. Une fois encore, la Dotation Horaire Globalisée est peau de chagrin : elle va nous contraindre à lâcher des projets, faute d'heures pour les mettre en place. Pourtant j'avais cru comprendre qu'après le chaos que nous venions de traverser, l'Education Nationale était devenue une priorité pour de vrai. J'y avais presque cru : depuis quelques semaines, les journaux télévisés, les matinales des radios, tous cherchaient avidement le prof à interviewer. Une fois le spécimen attrapé, ils le sommaient de répondre à cette question : avez-vous conscience de l'importance de votre mission?

Hier, après un dernier cours, j'ai traîné sur les réseaux. J'y ai glané deux hashtags  #Ahmed8ans et #PayeTonEcoleRaciste et le site du gouvernement Stop-Djihadisme : le numéro vert sur la page d'accueil, qui le composera? Des parents d'enfants embrigadés, en détresse, sans doute. Des hommes et des femmes qui soupçonnent leurs voisins musulmans d'être des djihadistes, peut-être.

Parvenue à cette dernière ligne, je devrais peut-être songer à changer le titre de mon billet.

 

dimanche, 18 janvier 2015

Par coeur

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Il faut bien un jour se décider à ouvrir un nouveau billet, mettre fin aux trois points de suspension. Tant a été dit, dessiné, écrit depuis le 7 janvier que je ne sais plus où trouver mes mots. Quand on n'a plus de voix, on dit aphone, et quand on n'a plus de mots, comment dit-on?
Peut-être les ai-je épuisés le 8 janvier quand toute la journée, heure après heure, ont défilé dans ma salle des élèves. Tous à coeur ouvert. Les accueillir avec douceur. On sait très bien que les mots prononcés à ce moment-là ont du poids. Faire basculer la balance du côté du dialogue et du respect. Faire barrage à la peur et à la haine. Inévitablement, il y a eu des amalgames. Au lieu de les faire remonter au ministère pour qu'ils deviennent pourcentages inquiétants, je les ai détricotés entre mes murs, patiemment. Quand le soir est venu, face à ma salle redevenue silencieuse, moi et mon coeur ouvert nous avons frissonné devant l'immensité de la tâche, engager inlassablement des mômes à s'inscrire dans le monde, dans le respect de soi et des autres.

jeudi, 08 janvier 2015

...

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mercredi, 07 janvier 2015

Morts d'avoir ri

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Douze hommes sont morts ce matin. D'avoir ri. Nous sommes tous choqués, indignés, en colère.
Face à une telle barbarie, il va falloir que nous puisions en nous une sacrée force pour ne pas laisser la peur ou la haine nous envahir. Surtout par les temps qui courent où les discours de haine s'attisent les uns, les autres...

lundi, 05 janvier 2015

Un homme est mort

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Un homme est mort hier...

vendredi, 24 octobre 2014

S'acclimater à l'amnésie ?

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Mercredi, journée parisienne avec mon fils. Au programme, l'exposition "Tatoueurs, tatoués" au musée du Quai Branly. Cela faisait quelques semaines qu'il voulait m'y conduire. Faut dire qu'il attend avec patience sa majorité pour s'offrir quelque dessin indélébile sur la peau. 
L'exposition se veut une réflexion sur un phénomène mondialisé. On y a appris que dans les mondes orientaux, africains et océaniens -je me refuse à dire "sociétés primitives"- les tatouages ont un rôle social, religieux et mystique. Ils furent frappés d'infamie par les grands colonisateurs, porteurs de "civilisation". Au Quai Branly, on a vu des bras momifiés, des morceaux de peaux tendus aux quatre coins, tous tatoués. Exposition ou exhibition? Je me suis souvenue de ce jour où dans une allée du musée, j'avais croisé un descendant de Queequeg.
En sortant, nous avons longé les berges de la Seine puis sommes passés sur la rive droite. Le Grand Palais était en émoi: il allait ouvrir ses portes à la FIAC. J'explique à mon morveux en quoi consiste cette foire. Il me parle de la Fondation Vuitton qui doit ouvrir la semaine prochaine au bois de Boulogne. Il m'étonnera toujours, mon morveux, à mettre un point d'honneur à se tenir informé sur l'actualité politique, économique et culturelle. Dire que je ne savais même pas qu'une des premières fortunes de France s'était éprise de mécénat.
De retour à la Biquetterie, je suis allée voir cette histoire de plus près. Effectivement, sur l'ancien jardin d'acclimatation s'élève désormais un navire de verre. Qui se souviendra qu'en ce même lieu au XIXème siècle et jusqu'en 1931, on n'y acclimatait pas seulement des plantes exotiques, on y exposait surtout des zoos humains? Je convierais bien Ernest Pignon-Ernest à coller sur chacune des voiles de verres des géants de papier pour que notre mémoire collective ne s'acclimate pas à l'amnésie.

Profiter des vacances pour relire Cannibale de Didier Daeninckx.

dimanche, 28 septembre 2014

Ma parole

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Les coupeurs de tête s'imaginent-ils vraiment qu'ils réussiront à couper la parole?

mercredi, 27 août 2014

Question de principe

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L'été dernier, nous avions fait crépiter la moitié de la façade de la Biquetterie. Nous promettant de nous y remettre avant que les jours froids ne reviennent. Promesse de cigales. L'automne, l'hiver et même le printemps sont passés sans que nous ne nous en soucions. En août, entre un retour des Cévennes et un départ vers les Cévennes, trois jours se sont imposés. Disons que j'ai tellement tanné M. que nous avons fini par ressortir l'échafaudage, les marteaux, les maillets, des gants, la chaux et le sable.
Le décrépitage d'une façade nécessite d'avoir à portée de remorque une déchèterie. En période estivale, ces lieux, en proportion de leur surface, sont tout aussi fréquentés que les plages. C'est là un va-et-vient incessant, longue procession sur la rampe d'accès aux bennes. Pour tromper le temps d'attente, on regarde. Les coffres s'ouvrir, les bâches virevolter. Que jettent donc les quidams dans des déchèteries? La logique étymologique répondrait de toute évidence: des déchets, à savoir « la quantité qui est perdue dans l'emploi d'un produit ». Détrompez-vous, d'à peine héritiers y balancent le contenu de la maison de la grand-mère qu'il faut bien vider -table, chaises, canapé, napperons, ustensiles de cuisine, boîte à couture, cadres de photos avec leurs photos, linge de maison- un apprenti jardinier qui ne possède pas de cheminée -ce qui n'est pas le cas de son voisin- y enfourne le chêne débité dans l'après-midi. En un week-end, il y aurait de quoi aménager et chauffer plusieurs logements, ne serait-ce qu'en venant se servir. Vol condamné par la loi.
Lors de notre dernier accès aux bennes, une femme a ouvert son coffre et en a sorti trois superbes grosses bonbonnes en verre -bonbonnes que je suis en mesure de nommer "dame-jeanne" après le passage d'Yves dans les commentaires. On les récupère, a lancé M. Avant qu'elles n'atterrissent dans les encombrants, avant que nous ne tombions sous le coup de la loi.
Faut préciser qu'en juillet, au festival Rêves de nuit, j'avais été subjuguée par le théâtre performance de Nico, Au coeur de la nuit: perché sur un vélo, il pédalait. Pour éclairer les loupiotes dans des dame-jeanne qui traçaient un chemin dans l'obscurité, jusqu'en contrebas, à flanc de colline. Pour éclairer l'arbre sur lequel il avait juché son vélo. A chaque tour de pédale, la chaîne grinçait et lui, remontait le long de sa mémoire, loin au-dessus de nous. Au coeur de la nuit, les souvenirs s'imposent de façon désordonnée ou bien avec une logique qu'eux-seuls connaissent. Quand son visage se crispait, on ne savait plus si c'était parce que les images qu'il réveillait étaient encore trop à fleur de peau ou parce que l'effort physique l'épuisait.
Depuis ce soir-là, je me suis mise à rêver d'un chemin de verre lumineux dans le jardin de la Biquetterie, jusqu'au cerisier de Montmorency. Pour l'instant, l'arbre est trop jeune pour supporter le poids d'un vélo et pas assez haut. Mais plus tard, j'aimerais bien y remonter le fil de mes souvenirs, au creux d'une nuit.
On les récupère, a lancé M. La femme, une dame-jeanne dans chaque main, s'apprêtait à commettre l'irréparable. Elle a suspendu son geste, nous a fixées, hautaine dans son bermuda bleu, son polo rose et ses chaussures de sport qui n'avaient pas été conçues pour s'adonner à la moindre activité sportive. Certainement pas, s'est-elle offusquée, question de principe! Joignant le geste à la parole, elle les a jetées avec assez de rage dans la benne pour qu'elles explosassent en mille éclats. J'en suis restée bouche bée. De quel principe s'agissait-il donc là?
Le gardien, après son départ, a rattrapée la dernière dame-jeanne qu'il avait placée délicatement en équilibre pour qu'elle ne s'ébréchât pas. Il nous l'a tendue, l'air malicieux. Dessus était écrit, au feutre noir, Pépère.
Depuis, elle trône, dans le jardin, entre capucines et misères. Elle attend le coeur d'une nuit.