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mercredi, 27 août 2014

Question de principe

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L'été dernier, nous avions fait crépiter la moitié de la façade de la Biquetterie. Nous promettant de nous y remettre avant que les jours froids ne reviennent. Promesse de cigales. L'automne, l'hiver et même le printemps sont passés sans que nous ne nous en soucions. En août, entre un retour des Cévennes et un départ vers les Cévennes, trois jours se sont imposés. Disons que j'ai tellement tanné M. que nous avons fini par ressortir l'échafaudage, les marteaux, les maillets, des gants, la chaux et le sable.
Le décrépitage d'une façade nécessite d'avoir à portée de remorque une déchèterie. En période estivale, ces lieux, en proportion de leur surface, sont tout aussi fréquentés que les plages. C'est là un va-et-vient incessant, longue procession sur la rampe d'accès aux bennes. Pour tromper le temps d'attente, on regarde. Les coffres s'ouvrir, les bâches virevolter. Que jettent donc les quidams dans des déchèteries? La logique étymologique répondrait de toute évidence: des déchets, à savoir « la quantité qui est perdue dans l'emploi d'un produit ». Détrompez-vous, d'à peine héritiers y balancent le contenu de la maison de la grand-mère qu'il faut bien vider -table, chaises, canapé, napperons, ustensiles de cuisine, boîte à couture, cadres de photos avec leurs photos, linge de maison- un apprenti jardinier qui ne possède pas de cheminée -ce qui n'est pas le cas de son voisin- y enfourne le chêne débité dans l'après-midi. En un week-end, il y aurait de quoi aménager et chauffer plusieurs logements, ne serait-ce qu'en venant se servir. Vol condamné par la loi.
Lors de notre dernier accès aux bennes, une femme a ouvert son coffre et en a sorti trois superbes grosses bonbonnes en verre -bonbonnes que je suis en mesure de nommer "dame-jeanne" après le passage d'Yves dans les commentaires. On les récupère, a lancé M. Avant qu'elles n'atterrissent dans les encombrants, avant que nous ne tombions sous le coup de la loi.
Faut préciser qu'en juillet, au festival Rêves de nuit, j'avais été subjuguée par le théâtre performance de Nico, Au coeur de la nuit: perché sur un vélo, il pédalait. Pour éclairer les loupiotes dans des dame-jeanne qui traçaient un chemin dans l'obscurité, jusqu'en contrebas, à flanc de colline. Pour éclairer l'arbre sur lequel il avait juché son vélo. A chaque tour de pédale, la chaîne grinçait et lui, remontait le long de sa mémoire, loin au-dessus de nous. Au coeur de la nuit, les souvenirs s'imposent de façon désordonnée ou bien avec une logique qu'eux-seuls connaissent. Quand son visage se crispait, on ne savait plus si c'était parce que les images qu'il réveillait étaient encore trop à fleur de peau ou parce que l'effort physique l'épuisait.
Depuis ce soir-là, je me suis mise à rêver d'un chemin de verre lumineux dans le jardin de la Biquetterie, jusqu'au cerisier de Montmorency. Pour l'instant, l'arbre est trop jeune pour supporter le poids d'un vélo et pas assez haut. Mais plus tard, j'aimerais bien y remonter le fil de mes souvenirs, au creux d'une nuit.
On les récupère, a lancé M. La femme, une dame-jeanne dans chaque main, s'apprêtait à commettre l'irréparable. Elle a suspendu son geste, nous a fixées, hautaine dans son bermuda bleu, son polo rose et ses chaussures de sport qui n'avaient pas été conçues pour s'adonner à la moindre activité sportive. Certainement pas, s'est-elle offusquée, question de principe! Joignant le geste à la parole, elle les a jetées avec assez de rage dans la benne pour qu'elles explosassent en mille éclats. J'en suis restée bouche bée. De quel principe s'agissait-il donc là?
Le gardien, après son départ, a rattrapée la dernière dame-jeanne qu'il avait placée délicatement en équilibre pour qu'elle ne s'ébréchât pas. Il nous l'a tendue, l'air malicieux. Dessus était écrit, au feutre noir, Pépère.
Depuis, elle trône, dans le jardin, entre capucines et misères. Elle attend le coeur d'une nuit.

 

mardi, 26 août 2014

De là à en rire...

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Tri dans les photos de l'année, cet aprèm'. N'ai pas beaucoup écrit cet été. N'ai pas du tout écrit. Presque.
Je cherche celle qui ferait pétiller à nouveau mon clavier. Préambule avec cette photo de Cartier Bresson, photographiée lors de la rétrospective à Beaubourg en février.
La pancarte inévitablement fait écho à la crise politique en France, aujourd'hui. A ceci près, que les botteurs de culs -Montebourg, Hamon et Filipetti- viennent de prendre la porte. Ils vont devoir jouer de la fronde, désormais.
Envisager de relire Les Mémoires du Cardinal de Retz. Pour l'heure, poursuivre la lecture de Pas pleurer de Lydie Salvayre.

samedi, 21 juin 2014

Que vive l'intermittence pour que vive la culture!

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La semaine dernière, c'était le retour d'un des rituels de fin d'année: assister à la présentation des saisons 2014-2015, celle de la Scène Nationale de Louviers, celle du Cirque Théâtre d'Elbeuf.
Scène Nationale de Louviers: tout y semblait normal. Longue litanie des spectacles à venir, sans même un mot pour l'onde de mécontentement des intermittents qui dehors s'élevait en continu. Déconcertant. La soirée devait s'achever autour d'une représentation d'H6M2, la version d'Henry VI de Shakespeare  par la Piccolia Familia condensée sur 6m2. La troupe réduite à quatre acteurs nous a laissés prendre place sur les bancs disposés dans le parc. L'expression de leur visage détonnait avec la bouffonnerie qu'ils s'apprêtaient à jouer. Quand le silence dans les rangs s'est fait, une voix s'est élevée, celle de Jeanne d'Arc, pour annoncer qu'ils étaient en grève. Grève des intermittents du spectacle. L'enjeu est d'autant plus grand qu'ils sont attendus au 68ème festival d'Avignon pour jouer l'intégralité de la pièce, soit dix-huit heures de spectacle. Si ce festival a bien lieu, plus que jamais politique et poétique se rencontreront sur scène.

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Cirque Théâtre d'Elbeuf: avant même de présenter la nouvelle saison, le Directeur dit son soutien au mouvement des intermittents en ces temps où la culture est mise à mal. Plusieurs fois dans la journée, il donne la parole à son armée de l'ombre, ses techniciens-intermittents du spectacle. Ils ne veulent pas prendre en otage la troupe de la Tohu, venue de Montréal, mais sont solidaires du mouvement de grève.
Sur l'affiche de la saison 2014-2015, un homme court dans les airs, prenant son élan de livre en livre. Le chemin est instable et fragile.
La journée s'est achevée avec Attrape-moi de la Flip FabriQue. Sur le mur de fond de scène, la troupe avait tracé à la craie: de quoi sont faits les liens qui lient les gens entre eux? En ces temps d'incertitude, de crise, d'individualisme, nous pourrions tous nous soumettre à cette question: de quoi sont faits les liens qui me lient aux autres?

jeudi, 13 février 2014

Jusqu'ici tout va plus ou moins

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Jusqu'ici tout va plus ou moins.
Dimanche dernier, Copé, invité au grand jury RTL, s'emportait contre l'album Tous à poil. Ton offusqué et bienpensitude. "On ne sait pas s'il faut sourire, mais comme c'est nos enfants, on n'a pas envie de sourire." Ben nous, on s'est bien poilés sur la fesse du bouc dès lundi: chacun a sorti l'album qu'il ne faudrait pas oublier de censurer. On a allongé la liste avec quelques tableaux tant qu'on y était, chapelle Sixtine et L'origine du monde. Extraordinaire manif' pour touffes sans demande préalable auprès de la préfecture. Rouergue, l'éditeur déséquilibré et pervers, a imprimé une carte pour l'occasion...

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Jusqu'ici tout va plus ou moins.
Hier, ce fut au tour du poète David Dumortier de passer à la poêle. Invité à rencontrer une classe dans un haut lieu de la bienpensitude française, il avait emporté avec lui Mehdi.

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Si Mehdi met du rouge à lèvres, c'est pour que ses baisers restent plus longtemps sur nos joues. Parents offusqués. Rajoutez à cela que l'auteur est homosexuel. Mais que fait l’Éducation Nationale?
De cette histoire qui vient se rajouter à la 1ère, je n'ai plus trop envie de me poiler. Moi, je pensais que ça appartenait à des temps révolus, les nuits déchirées par les autodafés.
Chez ces gens-là qui crient si régulièrement "au scandale" dans nos rues, le dimanche matin, on récite sans doute au rejeton qui est au collège Sous le pont Mirabeau quand on passe au-dessus. Ont-ils oublié qu'Apollinaire a aussi écrit Les onze mille verges?
Chez ces gens-là, on discute avec la rejetonne qui est en Terminale de son épreuve de littérature. Au programme cette année, Les mains libres de Man Ray et Paul Eluard. L'ont-ils seulement feuilleté jusqu'à la dernière page?

tous à poil,mehdi met du rouge à lèvres,david dumortier

 

 

mercredi, 05 février 2014

Canopé(e)

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Photo de Bernard

Pourquoi faut-il donc que les ministres de l'Éducation Nationale aient l'impression de laisser leur empreinte en remplaçant un acronyme par un autre?
Quand j'ai commencé à enseigner, on disait CNDP ou CRDP. Je savais même ce qui se cachait derrière chacune des lettres: Centre National / Régional de Documentation Pédagogique. Un jour cette appellation labellisée a été remplacée. Le CNDP est mort, vive le SCÉRÉN! Je n'ai pas joué ma curieuse, j'ai accepté cette étrange entité comme on rentre dans son vocabulaire un néologisme. Si je devais retenir tous les mots qui composent les acronymes inventés à tour de bras par ma hiérarchie, ma mémoire se retrouverait encombrée inutilement de pacotilles éphémères.
Voilà que depuis le début de la semaine, le SCÉRÉN est mort! Du coup, je suis allée voir ce qui se cachait derrière chaque lettre. Bon, d'accord, c'était un acronyme fourre-tout donc loupé: Services Culture, Éditions, Ressources pour l'Éducation Nationale.
"LE SCÉRÉN [CNDP-CRDP] DEVIENT LE RÉSEAU CANOPÉ." C'est comme ça que c'est affiché sur la palissade de chantier du site. Mais laissez-moi deviner: CANOPÉ, CANOPÉ? Serait-ce Culture et Alphabétisation Numériques Orthographées Pour l'Éducation? Alors il manque un N à la fin parce que jusquà preuve du contraire, notre pays bénéficie encore d'une Éducation Nationale! A moins que notre ministre actuel ait voulu se démarquer de ses prédécesseurs en abandonnant la mode de l'acronyme. Dans ce cas, il manque un E parce que la canopée, ça s'écrit -ée à la fin!
Ca me turlupinait cette histoire depuis deux trois jours;  du coup, je suis passée de l'autre côté de la palissade pour voir ce qui s'y préparait. J'y ai trouvé la vidéo d'un ver de terre lumineux rampant sur l'humus, surplombée de la définition du mot Canopée -bingo!- et d'un texte digne de la série Mad Men: "Un nom qui inspire la vitalité, la spontanéité, la complémentarité." 

Par tous les dieux siégeant à l'étage sommital de la forêt tropicale humide et qui abrite la majorité des espèces y vivant, ça leur coûtait quoi d'écrire CANOPÉ avec un E?

Sur ce, je retourne sur mon littoral littéraire: depuis hier y souffle une tempête si décoiffante et débarbante qu'elle amasse des nuages à la canopée sans nul doute inspiratrice pour les vagues à lames.

vendredi, 03 janvier 2014

Le chantier des chantiers

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De l'autre côté de ce week-end se profile le retour au collège et les retrouvailles avec les morveux qui cheminent avec moi cette année. Quand je franchirai la grille, la cour de récréation, puis le hall, certains me lanceront sans doute la phrase magique mais vide de sens. Je les regarderai amusée et ne répondrai rien. J'attendrai de les retrouver dans ma salle, d'attraper leurs regards pour le leur dire. Leur dire qu'à l'entrée de cette année qui pour l'instant ne rime avec rien, je leur souhaite d'oser inventer, de porter loin leurs regards et leurs ombres. Je crois bien que je leur lirai un passage des voeux d'épopée d'Ariane Mnouchkine:

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’Etat, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments.  Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici."

Oui, ce sera bien d'ouvrir cette année avec ces mots-là...

lundi, 21 octobre 2013

Qu'as-tu fait de ton frère?

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Inévitablement toutes les unes consultées ce matin s'indignent /crient au scandale / fulminent sur Hollande. Sur le résidu âpre et âcre d'heures de discussions avec ses ministres, le premier et le second. Sur l'absence radicale / définitive / sans appel d'humanité: "Léonarda et elle seule." 
Mais rares sont celles qui s'attardent sur la circulaire INTK1307763J: depuis samedi, elle re-sanctuarise l'espace scolaire. L'école marquée comme un espace inviolable / un temple / un saint des saints laïque. Que construisons-nous en montant ces murs? Un dedans protégé facticement de 8h à 17h et un dehors où le droit international est bafoué. Un dehors où l'Autre et ses enfants sont désignés comme le bouc émissaire. Nous rejouons les heures les plus noires de notre pays et Hollande n'est que le reflet de ce que nous sommes: indécis / timorés / incapables d'entrer vraiment en résistance.
De tout ce que j'ai lu et écouté ce matin, je veux garder en mémoire une parole d'Edwy Plenel sur France Culture: "Quand l'Autre devient la seule question obsédante du moment, c'est nous-mêmes que nous mettons au péril, parce que l'Autre c'est toujours nous-mêmes."

mardi, 30 avril 2013

Petite poucette

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Ce dernier essai de Michel Serres, Francesco m'en avait conseillé la lecture alors que je lui avouais mon désarroi face à une éducation nationale qui ne perçoit pas l'enjeu de ce qui est en train de se jouer. Alors que tout est en accès libre sur la toile, il devient urgent de revoir notre position face au savoir. Nous rendre compte qu'il serait bien plus vital d'apprendre à apprendre à ces jeunes qui nous sont confiés. Les aider à exercer un regard critique. Michel Serres les appelle Petite Poucette, baptisés ainsi pour leur capacité à envoyer des SMS avec leur pouce. Il les évoque avec confiance, persuadé qu'ils réinventeront une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d'être et de connaître.
Il faut lire de toute urgence ces quelques pages, ne serait-ce que pour suspendre nos jugements hâtifs sur petit poucet et petite poucette.
Boni:l'article de Libé "Petite poucette, génération mutante" et l'émission 3D journal consacré à l'université du XXIème siècle.

mardi, 23 avril 2013

Mémoires

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Mémoire: n.f. du latin memor, oris "qui se souvient"

Ai vu hier un film splendide que j'avais trouvé sous L'Arbre à Palabres: Nostalgie de la lumière de Patricio Guzman. Dans le coin le plus aride de notre planète bleue, le désert d'Atacama, des astronomes scrutent un ciel transparent pour retrouver l'histoire intacte de nos origines. Le calcium présent dans les étoiles est identique à celui qui structure notre squelette, apparu après le bing-bang.
Au pied des observatoires, des Chiliennes, inlassablement, cassent la croûte de sable, à la recherche de leurs proches disparus sous la dictature de Pinochet: la sécheresse du désert a momifié les restes humains. La quête de ces femmes n'a jamais croisé celle des astronomes.
Le film se referme sur ces mots: "Je suis convaincu que la mémoire a une force de gravité. Elle nous attire toujours. Ceux qui ont une mémoire peuvent vivre dans le fragile temps présent. Ceux qui n'en ont pas ne vivent nulle part."

Ai lu hier que le C.A.P.E.S. de Lettres Classiques venait d'être rayé des concours de l'Education Nationale. Enterré, envoyé ad patres. Allez donc lire ou relire la juste colère d'une douzaine de membres du jury sur le site du Monde: Langues anciennes, cibles émouvantes. Qu'ils ne s'inquiètent pas trop cependant: les fossoyeurs du ministère ont oublié que la mémoire a une force de gravité. Elle nous attire toujours...

lundi, 22 avril 2013

Métaphore pour tous.

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Lundi, veille du mardi 23 avril.
Leur enclave est bien cadrée, bien gardée, disent-ils. Mais tout bas, on riT. Il suffit de prendre un peu de recul.

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mercredi, 06 mars 2013

Aujourd'hui il faudrait réparer.

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Aujourd'hui, il faudrait que les Italiens contraignent l'Etat à réparer les domus de Pompéi qui s'effondrent les unes après les autres sous le poids de la corruption. Dans la foulée, il pourrait même lancer de nouvelles fouilles archéologiques: une grande partie de la ville est toujours enfouie sous plusieurs strates.

samedi, 12 janvier 2013

Aujourd'hui description du comportement des humains.

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Après mon ras-le-bol d'hier, le soleil s'est décidé à pointer un rayon à l'aube. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je vais maintenant lui demander de se retirer jusqu'à lundi matin. Je vais même aller jusqu'à espérer qu'il pleuve à seaux, qu'il neige à pots de chambre. Que le tout se transforme en une bouillasse innommable. Si l'Eternel est dans le coin, je le prie de renouveler deux des dix plaies d'Egypte: la pluie de grenouilles et la grêle qui se transforme en feu. Il aurait tout à y gagner: ce serait la preuve indiscutable qu'il a revu son jugement depuis l'accident de Sodome et Gomorrhe.
Que tout cela s'abatte en des quantités telles qu'il ne sera plus possible d'écoper quoi que ce soit, sur ceux qui, demain, manifesteront contre le mariage pour tous.
La bacchante, dans quelle catégorie allons-nous ranger ton comportement du jour?
9h: l'Eternel a ouvert les robinets. Il pleut.

jeudi, 10 janvier 2013

Aujourd'hui livre posé.

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"Quand je pense à ceux qui se donnent tant de mal pour effacer certaines mémoires..." René Vautier
A peine avais-je posé cette bande dessinée-là, hier après-midi, que j'ai eu envie de la parcourir à nouveau. Me laisser dériver encore de planche en planche.
Brest 1950. La ville est un immense chantier qui tente d'effacer les béances laissées par la dernière guerre. Les revendications des ouvriers du bâtiment, celles des ouvriers de l'arsenal. La grève générale. Le drame du 17 avril: la police tire sur les manifestants. Vingt blessés et un mort, Edouard Mazé. Le lendemain, René Vautier arrive sur les lieux pour tourner un documentaire. C'est une bonne chose que ce soit justement ce gars-là qui arrive. Cinéaste militant, il est alors recherché activement par la police pour son film anti-colonialiste Afrique 50... Autant dire qu'il n'a pas sa caméra dans sa poche. Sur les plans muets tournés, il improvise une bande sonore: le poème d'Eluard, Un homme est mort. Le jour où la bande sonore lâche lors d'une n'ième projection devant les grévistes, un ouvrier, de mémoire, récite le poème. Ses tripes l'adaptent. L'émotion d'Eluard lorsqu'il entendra "son poème digéré par le peuple".
De ce documentaire, aujourd'hui, il ne reste rien. L'unique copie a rendu l'âme lors de la 150ème projection. Il ne reste rien si ce n'est la bande dessinée de Kris et Etienne Davodeau...
Merci à l'Ours d'avoir déposé ce livre chez moi parce qu'il avait entendu parler d'insurrections singulières sur les îles indigo.

samedi, 05 janvier 2013

Aujourd'hui acheté.

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Le cri du peuple, Tardi

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Ils n'ont pas réussi à l'acheter parce que le seul ruban rouge qu'il accepte c'est un lambeau du drapeau de la Commune. Tardi a donc refusé de se laisser épingler par la légion d'honneur. Il s'en explique dans un communiqué à l'AFP: "Etant farouchement attaché à ma liberté de pensée et de création, je ne veux rien recevoir, ni du pouvoir actuel, ni d'aucun autre pouvoir politique quel qu'il soit. C'est donc avec la plus grande fermeté que je refuse cette médaille. Je veux rester un homme libre. Je n'ai cessé de brocarder les institutions. Le jour où l'on reconnaîtra les prisonniers de guerre, les fusillés pour l'exemple, ce sera peut-être autre chose".
Sur le sujet, vous pouvez lire l'excellente chronique d'Alain Korkos pour @rrêt sur images: Jacques Tardi raconté au ministère français de la culture.
Pas d'acheté aujourd'hui mais si vous tenez absolument à ce que je solde son compte à cette contrainte, je vous propose un vendu...

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montage de Mister Go

samedi, 15 décembre 2012

Aujourd'hui il faudrait crier.

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Aujourd'hui semble vouloir s'inscrire dans la continuité d'hier.
Je ne sais si la pétition à cette capacité de donner de la voix à nos cris. Si c'était le cas, elle se serait sans doute appelée une conclamation, la pétition. Pour l'instant, elle est juste une demande formulée dans un langage châtié, enrobée de toutes les formules d'usage. Au cas où elle aurait un pouvoir sur les atteintes faites aux droits de l'homme de part le monde, je relaie ici le marathon des signatures d'Amnesty International.

samedi, 14 janvier 2012

L(...) DISP(...)RITION


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Notre contrée est sur le point de perdre une lettre triple. Peu importe et rebondissons même sur cette nécessité. Le moment est donc venu d'en jouer et d'écrire moins elle. Le défi pour Perec fut plus difficile.

Signé: l(...) B(...)cch(...)nte

PS: Combien de fois cette lettre pestiférée est-elle sur cette photo?

samedi, 31 décembre 2011

TREIZE A LA DOUZAINE!

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Découpage de Maurice Pommier

Les mauvaises langues et dentiers mal embouchés combleront sans nul doute les points de suspensions par un dicton faisandé -les poules mangeront du renard, le jour où elles auront des dents- et n'attendront rien de plus des jours à venir.
Qu'à cela ne tienne, à la marge ou à la page de ces certitudes qui toujours font ronronner le monde en rond, je nous veux des rives et des dérives, des rêves et des grèves, des fleuves et des effluves, des emblèves et des emblaves, des alternatives collectives et coopératives, des qui-vive et des qui ravivent, et surtout des terres-neuves...

dimanche, 18 décembre 2011

VALE HAVEL...

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Vaclav Havel a tiré sa révérence. L'homme avait marqué mes vingt ans. Le dissident puis le président-citoyen. Et toujours la vigilance de l'écrivain. Je suis allée chercher dans ma bibliothèque un court texte qu'il avait écrit en 1989 Quelques mots sur la parole...

"On s'aperçoit aisément que toutes les grandes menaces qui pèsent sur le monde actuel (...) cachent quelque part au plus profond de leurs entrailles, une cause commune: l'imperceptible mutation d'une parole humble à l'origine en une parole orgueilleuse.
C'est par orgueil que l'homme s'est dit que lui, le sommet et le maître de la création, comprenait parfaitement la nature et pouvait en disposer à sa guise.
C'est par orgueil qu'il s'est dit que, doué de raison, il était capable de comprendre sa propre histoire et de planifier pour tous un avenir heureux; qu'il s'est arrogé le droit de balayer de son chemin tout opposant au nom d'hypothétiques lendemains qui chantent dont il prétendait avoir trouvé la seule clé véritable.
C'est par orgueil que, maître de la fission atomique, il s'est cru désormais si évolué qu'il n'avait plus à redouter le danger d'une course à l'armement atomique, voire d'une guerre nucléaire.
Dans tous les cas, il s'est lourdement trompé. Voilà qui est très grave. Mais dans tous ces cas, il commence désormais à comprendre son erreur. Et voilà qui est bon.
Tirons donc des leçons de tout cela et déclarons, chacun pour soi et tous ensemble, la guerre aux paroles d'orgueil, regardons de près toute parole apparemment humble pour y déceler les oeufs de coucous déposés par l'orgueil.
Il ne s'agit pas là, et de loin, d'une tâche purement linguistique. C'est un appel à devenir responsable des mots et envers les mots, un devoir éthique par essence."
Vaclav Havel, Quelques mots sur la parole, éditions de l'aube

mercredi, 07 décembre 2011

SENTENCE (6)

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Que l’autorité se borne à être juste,
Nous nous chargerons d’être heureux.
Benjamin Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes

 

lundi, 05 décembre 2011

SENTENCE (5)

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Triste spectacle public
On ne songe plus qu’à soi
Les dignités, les places, l’argent
On prend tout, on veut tout, on pille tout
On ne vit plus que par l’ambition et la cupidité.
Victor Hugo, Ruy Blas, préface

vendredi, 02 décembre 2011

SENTENCE (4)

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Quand l’Ordre est injustice

le Désordre est déjà un Commencement de Justice.
Romain Rolland (Le 14 juillet)

jeudi, 01 décembre 2011

SENTENCE (3)

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Le frelon ne suce pas le sang des aigles,

Il pille la ruche des abeilles.
Shakespeare, Henry VI

mardi, 29 novembre 2011

SENTENCE (2)

shakespeare

A présent des révoltes incessantes lui reprochent ses parjures.
Ceux qu’il commande n’agissent que sur commande. Rien par amour.
Maintenant, il sent son titre qui pend, flasque, sur lui,
Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain.
William Shakespeare, Macbeth

dimanche, 27 novembre 2011

SENTENCE (1)

eschyle

Ce n'est pas dans un palais de peur que l'Espoir entrera.
Eschyle, Agamemnon

jeudi, 27 octobre 2011

HOMO SAPIENS DEMENS

Viveret, Louviers
Patrick Viveret: je suis allée l'écouter un soir de la semaine passée. Après une journée pleine et je ne savais pas qu'il y avait encore un interstice de libre où accueillir cette pensée lumineuse. Cet homme-là a fait le pari de la réappropriation démocratique et sémantique des mots, le pari de gratter le langage de ses scories. Il nous renvoie aux racines pour penser notre monde en pleine mutation. Prenez deux mots que notre société a exilés si loin de leur sens: la valeur et la richesse. Qui se souvient que Valeur vient du Valor latin qui désigne la force de vie et que Richesse vient d'une racine reich- qui n'est autre que la puissance créatrice? Cet homme-là "défige" le langage, le remet en mouvement: pourquoi le dépôt de bilan ne serait-il qu'économique? Pourquoi pas écologique ou social?
Ce matin, le temps d'un espace vide et avide tout à la fois, entre deux randonnées, avant le réveil de mes morveux, j'ai lu Comment vivre en temps de crise? d'Edgar Morin et Patrick Viveret. Je dépose ici un fragment.
"Ce n'est pas faire du catastrophisme que de dire que l'humanité risque la sortie de route, qu'il est possible que cet Homo sapiens demens* voit son aventure se terminer prématurément. (...) L'humanité peut aussi saisir ce moment crucial pour vivre un saut qualitatif. Des sauts qualitatifs se sont déjà produits dans les grands moments de bifurcation de l'histoire humaine. C'est dans ce rameau qui courait moins vite, qui était moins gros, qui ne volait ni ne nageait, qu'a émergé le fabuleux processus de la conscience. Ce qui se jouait dans l'ordre de l'hominisation se joue aujourd'hui dans
l'ordre de l'humanisation.
Nous ne pouvons y parvenir que si nous affrontons la question de la barbarie intérieure. Le politique s'est construit sur le traitement de la violence interhumaine, en extériorisant cette question de la violence. Qu'est-ce qui caractérisait la construction d'une tribu, d'une cité au sens grec, d'un Etat ou d'un empire? Le processus de pacification, de civilisation utilisait le danger que représentaient les Barbares, les étrangers et les infidèles. Ces trois grandes formes d'étrangeté permettaient de constituer la paix et la civilité à l'intérieur d'un espace restreint. A l'échelle de la mondialité (...) la quetion de la barbarie se pose de façon intérieure: comment l'humanité traite-t-elle sa propre part d'inhumanité?"
*: l'expression est d'Edgar Morin

comment vivre en temps de crise, viveret, morin



dimanche, 26 juin 2011

CHEMINS DE TRAVERSE

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Parce que je déteste les fins d’année scolaire ou civile...

Une année s’achève, cela en fait seize au compteur comme autant de strates qui viennent se superposer. Je pourrais, là, les décliner toutes, en un éphéméride exact, entonner l’incantation qui les ramènerait au grand jour. Sur chacune d’entre elles, des visages de gamins qui l’espace d’une année auront traversé mon chemin et moi le leur. En chacune d’elle, ce désir, quand la dernière heure achève son tour de cadran, d’avoir placé en eux cette nécessité de la lecture et de l’écriture pour  être au monde autrement.
Qu'ils osent ne pas être des presque vivants et ne pas chercher à enterrer des ombres,
Qu'ils osent préférer les nœuds marins au mètre étalon
Et acheter une douzaine d’œufs moins deux si cela leur chante,
Qu'ils osent rester sur la route avec cette certitude que ce qui est en mouvement sera toujours meilleur malgré tous les dangers que  ce qui est immobile et promis à la décomposition.

A mes étonnants voyageurs, bonne route…

mardi, 14 juin 2011

ETONNANTS VOYAGEURS (1)

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Blottie dans l'entre-deux d'un retour du festival Etonnants Voyageurs à St Malo et de la reprise des cours, je cherche à m'assurer que tout le vu, l'entendu, l'écouté, le tressailli, le tremblé, l'effleuré, l'indicible, l'impensable pendant ces trois jours ne s'est pas dispersé sur le chemin du retour. Déjà ma peau laisse filer de ses sillons les traces des trois tampons EV, reçus chaque matin à l'entrée du Grand Large. La douche de tout à l'heure finira l'ouvrage des embruns d'hier.
Ce matin,  mes plis et mes replis sont emplis de fragments comme autant de forces de tremblement.  Un capitaine, sur le fleuve Congo, qui attend que le moteur de son rafiot, surchargé d'hommes en partance, obtempère. Les murs d'Ernest Pignon-Ernest. Une montée vers la montagne Kaïlash en un chemin où la semelle salue la pierre. Des nuages apportant la nuit. Le bras d'honneur des poètes à l'aspiration au Même, à la rapine de la terre et au Tout unitaire et les cris de c'est assez de Jean-Pierre Verheggen...

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Rouda et Amkoullel l'enfant peul


mardi, 31 mai 2011

EN DROIT

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Fresque, Paestum

Hier soir, je n'ai pas voulu, pour rentrer, la route qui allait droit devant, de celles qui traversent le paysage sans questionnement. J'ai pris la mal-entretenue, à droite sous le pont, de celles qu'on monte obligatoirement en première. Là-haut, quand le coeur ne sait plus être régulier,  je retrouve l'ondulation des champs et l'insouciance des chevaux. Ai repensé alors au cahier gris de Nicolas Bouvier...

Dites donc! cet endroit m'a l'air fait avec des restes
avec les chutes d'autres paysages mieux foutus
mais ce qu'il a pour lui
ce qui me touche
ce qu'aucune indiscrétion ne pourrait lui prendre
c'est ce solide habit normand de l'herbe
et là-dessus ces chevaux noirs
qui me font "oui" éperdument avec la tête
tout pleins d'espoir et de projets
(...)
quand le coeur me manque
ces chevaux noirs, je les regarde
ancrés dans les prés comme de lourds navires
leur chevalinité m'est un bienfait.
Oshiamambe, 1905

 

dimanche, 26 décembre 2010

J+5

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Je pensais que tout était emballé et joué. Le 21 décembre avait vu mon billet Solstice posté. D'une pierre deux coups, j'y avais même inscrit mes voeux. Je pouvais donc bacchantiser loin de mes îles avec ce sentiment du devoir accompli.
Avant hier, tous les morveux de la biquetterie avaient rejoint leur père -il m'arrive de trouver que la garde alternée a du bon. J'étais donc dispensée cette année de l'incontournable sapin qui se répand en boules et en aiguilles. Pas la peine de négocier dès le lendemain pour enlever le dit arbre.
Hier, je m'étonnais encore une fois que l'humanité fêtât le solstice  avec quatre jours de retard. Qu'à cela ne tienne, randonnnée à la côte de deux amants,  puis duo sur plateau-grignotte devant Les vies privées de Pippa Lee.
Aujourd'hui, les bonnes résolutions sont venues s'échouer sur le dernier coin à gauche de midi: les Papous dans la tête sur France Culture. De retour donc sur mes îles pour vous engager à aller écouter au moins les cinq premières minutes déroulées par un Jean-Bernard Pouy -faussement?- désabusé.
Sur ce, je m'en retourne vers d'autres rives où ne parvient pas tout le tohu-bohu de ce branle bas de combat dérisoire.

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vendredi, 22 octobre 2010

JE DÉCHIRERAI LES RIRES BANANIA SUR TOUS LES MURS DE FRANCE

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Tant que des emparfumeurs débagouleront sur des plateaux de télévision dans le silence général ou presque, je mettrai au seuil de mes îles, ce poème...

Poème liminaire

Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je ne laisserai pas -non!- les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur  tous les murs de France.

Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse
Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et de simarre
Ils chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux
Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l'élégance des ponts blancs
Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n'était pas sérieux, votre peau noire pas classique.

(...)

Léopold Sédar Senghor, Hosties noires