22 août 2009

ÉVÉNEMENTS (2)

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Que fait un réalisateur lors d'une avant-première pendant que son film est lancé  en pâture au public?
Pour ce qui est de Jacques Audiard, je n'en sais rien. Il n'est venu qu'après, derrière ses lunettes noires accompagnés de cinq gardes du corps acteurs. Ca avait intérêt à tourner rond autrement aux quatre coins d'Evreux qu'on allait l'retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle notre Ciné Zénith.
Pour ce qui est de Radu Mihaileanu, il est venu saluer avant, l'air goguenard, proposant de gagner du temps en enclenchant le débat sur le champ et de voir Le concert ensuite. Il a remercié ses acteurs, son producteur, ses parents mêmequesanstoutcemondelàilnauraitpaspufairesonfilm. D'ailleurs son père, il l'avait amené... Méfiez-vous de l'amour filial de cet homme-là: c'était pour nous le confier le temps de la projection. Si le film ne nous enthousiasmait pas, nous pourrions toujours nous en prendre à lui, l'unique responsable, il  n'était après tout pas obligé de lui donner la vie.
Hier soir, je me suis dit qu'il ne manquait plus que vingt-quatre marches à mon cinéma...
Post-scriptum: M. Mihaileanu père était aux anges après la projection.


20 août 2009

ÉVÉNEMENTS

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ÉVÉNEMENT n.m. du latin e-venio "sortir" "avoir un résultat" "se produire", construit sur le modèle d'avènement du latin ad-venio "se produire, arriver"

Pourquoi le français en épuisant le verbe latin "venio" a-t-il oublié de construire un substantif pour indiquer qu'il ne se passe rien, que rien ne vient, quelque invénement ou nonvénement? Quant au mot événement, il m'a toujours semblé engoncé dans son double accent aigü que j'avais longtemps ignoré -évènement- jusqu'à ce qu'un prof à l'université -engoncé lui dans son costume de défenseur de la langue française- m'ait fait remarqué mon crime. Lu dans mon Bob ce matin que depuis 1979 la double graphie a été admise par l'Académie...

Évènements donc cette semaine dans les salles obscures de l'Eure avec la programmation de onze avant-premières en présence des réalisateurs. Pour Un prophète de Jacques Audiard, j'ai abandonné mes îles et mes pois chiches à la canicule et j'ai plongé dans le milieu carcéral, cette autre petite chienne. Le film s'ouvre sur l'enfermement du jeune Malik el-djebena. Six ans de peine et jamais nous n'en saurons plus sur le délit commis. Tout est à venir: pour survivre, il devient à coup de meurtre et de serpillère l'esclave d'un parain d'un clan de détenus corses, César Luciani. Et l'on cherche en quoi celui que la caméra dès le premier plan avait désigné comme un prophète en est un. Pas de Dieu, juste un fantôme à la veine jugulaire tranchée qui expire par cet orifice improvisé sa fumée de cigarette. Pas de prophétie, juste une vision prémonitoire de cerfs. Pourtant, on assiste de permission en retour en taule à son avènement. Le film se ferme sur sa sortie modeste et triomphale de prison, sur un air de l'opéra de quat'sous de Kurt Weill, l'opéra des gueux.
Un film-évènement...

 

 

12 juin 2008

CRAPAUD ET OGRESSE

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Quelle saison était-ce donc hier soir? 23h, sortie de cinéma, le jour n'a pas envie de remballer si tôt et il persiste encore quelques instants.  On en oublierait presque d'allumer les phares au moment de reprendre la route. Quelques minutes avant, c'était encore -déjà- l'hiver, quelque part entre le 23 décembre et le 1er janvier.

Conte de Noël...

Le corps, plusieurs jours, a rechigné à aller voir un tel titre et l'été qui est à portée d'ongles. Il se doutait bien -Rois et reines- que ce ne serait pas Il était une fois et Ils eurent beaucoup d'enfants et vécurent heureux. Qu'a donc lu Desplechin avant de tourner son dernier film? On veut bien croire qu'il y eut un roman La greffe mais alors juste pour la genèse car toujours ce qui se trame et se détrame dans cette épopée en huis clos, ce sont les mythes, premières expirations littéraires -tout s'y joue en condensé concentré de la violence de la condition humaine- et Desplechin n'en finit pas d'y revenir. La mémoire s'épuise à tirer tous les fils, on croit pouvoir se poser sur une strate et déjà une autre se découvre. En une version courte, faux semblant du conte, cela donnerait:

Il était une fois Abel et  Junon qui eurent quatre enfants: Joseph, mort à six ans faute d'une greffe de moëlle, Elisabeth la seconde, promue donc au rang d'aînée très jeune, Henri conçu parce qu'on espèrait que sa moëlle serait compatible et Yvan, fragile et optimiste benjamin.

Mais les cartes sont brouillées et les dés pipés. Abel, drôle de patriarche hilare devant sa face de crapaud -cacherait-elle un prince?- n'a pas de Cain. Par contre entre l'aînée -telle une Antigone qui n'en finit pas d'enterrer son frère mort- et le cadet se joue une guerre fratricide où faute de tuer on bannit. Et puis, il y a la mère et le rejet de ce fils inutile, Henri. L'on pense à Junon et sa haine pour cet enfant de Jupiter qui n'est pas le sien, Hercule. D'ailleurs Henri se plaît à s'imaginer le fruit d'amours extraconjugales. Hercule meurt brûlé par la tunique enduite du sang du centaure Nessos. Dans Conte de Noël, Junon risque de mourir brûlée de l'intérieur si son corps rejette le don de moëlle d'Henri. Elle aussi est atteinte d'une leucémie et pour se sauver l'ogresse est prête, en une dévoration symbolique du fils haï, à reprendre ce qu'elle a mis au monde.

Conte de Noël au printemps, la neige a la chaleur de la plume échappée lorsque violemment l'oreiller se répand.