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dimanche, 18 février 2018

Prix du Meilleur Roman Points Poche (2)

une bouche sans personne.jpg

2ème chronique pour le Prix Points Poche

Souvent quand je commence la lecture d'un nouveau roman, je file un cocon-silence, au coin de la cheminée, dans un recoin de mon jardin, au pied de ton poirier, dans les replis de mon hamac ou dans les plis de ton canapé. C'est selon, en fonction des saisons. Absente au monde, à ma propre vie pour mieux y revenir. Parfois au contraire, je choisis la vitre d'un TGV, exposée à l'espace qui défile, je trace ma route de ligne en ligne.
Mais dès les premières pages d'Une bouche sans personne, j'ai su que ces espèces d'espaces n'allaient pas convenir. J'ai quitté mon village perché sur les coteaux - ce jour-là, les poubelles s'entassaient sur le trottoir, les rippers, le matin, n'avaient pas bravé la tempête de neige- ai passé le pont et suis entrée au bistrot. Me suis installée à une table, contre une vitre, sous un rayon de soleil, ai commandé un premier café. Je pouvais enfin passer l'après-midi à lire Une bouche sans personne, en une mise en abyme parfaite.
J'ai écouté son narrateur se raconter soir après soir dans le bistrot de Lisa, après ses journées de comptable, faire le conte de ses souvenirs, les siens et celui de son grand-père. Tout d'abord pour ses amis puis pour une assemblée trop imposante pour le bistrot trop étroit. Garçon, un 2ème café s'il vous plaît. Il n'y a pas grand monde cet après-midi là, un jeune qui boit une bière, le regard perdu dans son verre et deux femmes qui se chuchotent au-dessus de leur chocolat. Je l'ai écouté descendre le long de sa blessure, celle qu'il dissimule derrière une écharpe. Avec pudeur, repoussant toujours plus loin le moment où il faudra dire jusqu'à l'indicible. Garçon, un verre de rouge, s'il vous plaît. Quand j'ai tourné la dernière page, il faisait nuit depuis longtemps.
J'ai pris la route du retour, ai franchi le pont, ai remonté les coteaux, ai longé l'alignement des poubelles. Penser à commander à mon libraire Une rose et un balai de Michel Simonet. Chemin faisant, je ne savais pas encore que le lendemain, je commencerais, au coin du feu, la lecture de Six degrés de liberté de Nicolas Dickner, que je le trouverais drôle puis perdant de son humour, que je me laisserais la liberté de l'abandonner pour commencer Eroïca de Pierre Ducrozet, que je me dirais, tiens j'ai changé de roman mais le personnage principal s'appelle toujours Jay.

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mercredi, 07 février 2018

Un vers c'est...

holorime.jpg

Le corrélat :
Maupassant
sait parler d'eux

lettres et lait froid.
mais l'écurie ?

mais les culs rient
l'être et l'effroi
séparent les deux
mots passants
le corps est là

 

dimanche, 04 février 2018

Border-eau

crue.jpg

Paris, janvier 2018
© Pili Vazquez


- que d'eau que d'eau !
disent les badauds sur les ponts
de Paris à Andé
ils sont aux premières loges
pour admirer la mise en Seine
côté jardin

plus de terre que du terreau
côté cours d'eau
l'asphyxie des lampadaires

on ne peut plus battre la campagne
alors on bat l'eau
faudra-t-il aussi fendre les flots
Queneau, Queneau ?

crue2.jpg

St Pierre du Vauvray, février 2018

jeudi, 25 janvier 2018

Interrogation

casse-texte.jpg

Mettre en scène un texte
est-ce inévitablement un casse-texte ?

samedi, 20 janvier 2018

Branche éplore

arbre en poche.jpg

Acte 1 : En 1957, Italo Calvino écrit Il barone rampante, où le jeune Côme décide de monter dans l'yeuse de son jardin et de ne plus en descendre. Le monde vu d'en haut.
Acte 2 : Trois ans plus tard, ce texte est traduit en français : Le baron perché.
Acte 3 : Soixante ans plus tard, Claire Diterzi n'ayant pu obtenir les droits sur ce texte intitule son spectacle L'arbre en poche.
Acte 4 : Mardi soir, nous allons voir ce spectacle à l'Arsenal et découvrons que l'un est l'anagramme de l'autre, y compris l'accent devenu apostrophe.
Tu dis, oui, et alors ? Comment ça, oui et alors ? C'est génialissimement oulipien, cette histoire !!! Tu imagines, peut-être qu'Italo lui même ne savait pas que Le baron perché contenait L'arbre en poche.

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dimanche, 14 janvier 2018

L'invention des corps, Pierre Ducrozet

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Dimanche dernier, je me projetais tranquillement sur ma rentrée et envisageais de souhaiter à mes élèves de connaître la morsure d'un livre...
Je ne savais pas encore que le soir-même, c'est moi qui allais me retrouver mordue, soufflée comme une fenêtre par la tempête, estomaquée comme après un uppercut. Mes résolutions de refermer la journée tôt ont disparu dès le premier chapitre. J'ai lu loin dans la nuit. Le lendemain à la pause-clope, je n'avais que L'invention des corps à la bouche. Le mardi soir, pour la réunion Terres Parallèles, j'ai tout mis en oeuvre pour que mon enthousiasme soit contagieux. Toute la semaine, j'ai voulu l'accélération des jours pour reprendre de retour chez moi, oublieuse du tas de copies à corriger, la lecture de cet incroyable récit en rhizome qui se joue de la chronologie dans un monde en réseau, d'Iguala à la Silicone Valley, qui invente des univers sous la peau ou dans les câbles, qui place Bonnie and Clyde face à Frankenstein, qui fait renaître le désir dans le corps massacré puis augmenté d'Alvaro.
Jeudi matin, j'ai tourné la dernière page avec le premier café. Le ciel était gris et les contours de mon jardin estompés par une brume tenace. J'ai décidé de refaire les joints de ma salle de bain. En arrachant le silicone jauni, c'est encore à L'invention des corps que je pensais. Sur ma baignoire, j'ai posé mon ordi et ai écouté Pierre Ducrozet se demander : où en est-on dans nos corps en 2017 ?

vendredi, 12 janvier 2018

Prix du Meilleur Roman Points Poche (1)

prix points poches.jpg

En octobre, deux excellentes nouvelles tombaient : j'étais sélectionnée pour faire partie du jury du Prix du Meilleur Roman Points Poche dont la Présidente cette année est Lydie Salvayre ! Voici mes premières chroniques...

Histoire du lion Personne, Stéphane Audeguy

J'ai commencé ce roman par la dernière phrase: "Alors nul ne se souvint plus de Personne". J'ai souri. Ce lion de papier allait-il rentrer dans ma galerie de personnages inoubliables ou bien donnerai-je raison au narrateur? 
Je vous le dis sans détour, le lion Personne flanqué de son fidèle compagnon Hercule passant de mains en mains, de pays en pays, de St Louis jusqu'à Paris, des ports négriers jusqu'à la révolution française ne passera pas aux oubliettes. Je lui ai donné une place de choix dans ma galerie, aux côté d'Ulysse, même si ce Personne-là ne retrouvera jamais sa terre natale.
Cette histoire n'est pas une fable -silence des bêtes ; peut-être bien un conte philosophique comme une invitation à reconsidérer notre propre humanité.

Eclipses japonaises, Eric Faye

Ces derniers matins, quand la Corée du Nord a fait la une des journaux radiophoniques, Eclipses japonaises est réapparu dans mes pensées. Partant d'un fait réel -la volatilisation de Japonais à la fin des années 70, enlevés par des Coréens désireux d'infiltrer le pays du soleil levant- Eric Faye entrelace les destins de l’Américain Selkirk, des Japonais Naoko Tanabe, Setsuko Okada, Shigeru Hayashi en un roman choral. Se tisse alors une toile entre désespoir et résilience.
Même si j'ai trouvé que le roman s'essoufflait sur la fin, je garderai dans ma galerie Naoko qui contrainte et forcée de donner des cours à des Japonais, a la "sensation de se vider de sa langue maternelle comme de son enfance". Parfois l'envie de se rebeller l'effleure : "larder ses cours d'erreur, inculquer une incongruité, comme une bombe à retardement qui, un jour, ferait voler en éclats la vie de ces types. Elle se l'interdisait pourtant, en vertu de l'espoir inextinguible d'être renvoyée chez elle. Rendue à l'enfance."

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

Ce roman m'a semblé tellement mièvre -style et récit- que pour me consoler je suis allée relire quelques belles pages de Georges Bernanos.

Quant à Derniers feux sur Sunset de Stewart O'Nan, je l'ai laissé tomber après avoir lu les premiers chapitres et ai oublié de le ramasser.

 

 

20:15 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : lydie salvayre |  Facebook |

mercredi, 10 janvier 2018

Biffure 37

nuits de rêve.jpg

© Pili Vazquez

Marcher chaque nuit
dans le lit des géants
valait mieux
que de vieillir en disant
"ça fera l'affaire"

Mots rescapés des biffures de la page 15 de Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

dimanche, 07 janvier 2018

Amorcer

la morsure.jpg

 

Les vacances touchent à leur fin. Une part de moi se laisse glisser avec délices dans cette dernière journée vide, l'autre part est déjà ailleurs, dans demain. Je me prépare à retrouver les gamins avec lesquels je chemine cette année. Dès 8h30, je les rejoindrai dans la cour de récréation - bonne année, m'dame - il me restera deux étages pour amorcer cette nouvelle année pour qu'elle soit bonne. Au moment d'ouvrir la porte de ma salle 207, je relirai l'affiche patafixée dessus - pour travailler ici, il n'est pas obligatoire d'aimer lire et écrire mais ça peut aider - les inviterai à entrer, les uns avec la gueule à la retourne, les autres  pas encore réveillés mais tous, la poche arrière bombée d'un téléphone portable. Nous ne nous lancerons pas tout de suite dans notre séquence "Chute assurée", je leur parlerai d'abord de cette interview d'Alberto Manguel, je leur lirai sans doute ce passage :

" Vouloir que nous lisions tous, est-ce une utopie ?

La lecture s`acquiert par contagion et nous ne finissons pas tous malades. Pour tout lecteur il y a un livre, même si ce lecteur et ce livre ne se rencontrent pas toujours. Si l`on continue à voir la lecture comme quelque chose de sacré ou élitiste, comme quelque chose d`étranger à notre quotidienneté ou comme une nécessité, cela restera une utopie.

Voilà pourquoi il faut voir la lecture comme un acte de rébellion, si l`on transmettait cela aux jeunes, les choses seraient différentes. Il y a dans la jeunesse une impulsion de rébellion et de curiosité que les sociétés essaient en général de réprimer et si les jeunes veulent se rebeller ou s`opposer comme individus, la meilleure manière de le faire est de s`opposer aux valeurs du troupeau, de s`opposer à ce qui est facile, rapide, de savoir que la difficulté est un trésor précieux, que la pensée l`est aussi et qu`à travers tout cela ils trouveront une force par leur propre liberté et intelligence."

Oui, je leur lirai ce passage et leur souhaiterai à tous la morsure d'un livre telle qu'elle leur donnera une impulsion de rébellion, leur offrira le désir de se dresser dans cette nouvelle année...

samedi, 06 janvier 2018

Biffure 36

cairn.jpg

Iles Chausey
©
Pili Vazquez

Avec les puzzles
de la vie
t'as l'impression que
la ligne brumeuse de la photo de la boîte
oublie
le souvenir posé sur la table

Mots rescapés des biffures de la page 87 de Bariloche d'Andrès Neuman

18:32 Publié dans BIFFURES, ROMAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cairn |  Facebook |

lundi, 01 janvier 2018

Etre poule ou luciole

V¦ux2018.jpg

© Maurice Pommier

Chouette, les voeux de l'Ours viennent de tomber dans ma boîte. Quel nouvel épisode a-t-il inventé pour ses fabuleuses* poules et renard ? Après la course-poursuite entre des gallinacées aux dents pointues et un renard apeuré, après un goupil qui se couche avec les demoiselles ailées et des promesses d'intenses amours entre tout ce petit monde à plume et à poil, où l'ont conduit ses coups de ciseaux pour l'année 2018 ? La logique voudrait qu'il nous annoncât qu'ils eurent beaucoup d'enfants... Mais voilà, l'utopie a suffisamment duré, l'heure de la morale de la fable a sonné : "ventre affamé n'a point d'oreille" ni même de coeur.

Certes, l'Ours, au festin du libéralisme et de la finance, nous avons perdu beaucoup de plumes en 2017, mais continuons de réussir à plier sans rompre, d'être du poil à gratter malgré tout. Hier nous avons chanté des lendemains nouveaux, aujourd'hui inventons des pas de danse, n'en déplaise à la fourmi.

Ce soir, avant de me lancer dans cette nouvelle année, je vais commencer la lecture de Frères migrants  mais avant je dépose ici une phrase de Georges Didi-Huberman que Patrick Chamoiseau a placée en exergue de son texte : "Nous devons donc nous-mêmes -en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur -devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre". Est-ce ainsi que l'année sera bonne ?

* : comment écrire fabuleux en écriture inclusive ? fabuleu.se.s.x? Dans le doute j'ai accordé avec les poules qui dépassent en nombre le renard...

mercredi, 27 décembre 2017

Biffure 35

brise lame.jpg

Brise lame de fond
St Malo

Ton journal
a paru se craqueler
sous sa carapace martelée
zakhor souviens-toi
un murmure que le temps tisse

d'une voie hésitante

Mots rescapés des biffures de la page 162 de Sobibor de Jean Molla

mardi, 26 décembre 2017

Boule-versement

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Était-ce ainsi l'année dernière
je ne m'en souviens plus
équilibre joyeux défiant les lois de la gravité
les fruits aux branches de ton poirier
comme des boules de noël accrochées hâtivement
par des gamins impatients de vider la boîte
qui le reste de l'année prend la poussière
sur une étagère du garage

Était-ce ainsi l'année dernière
je ne m'en souviens plus
aux alentours du solstice
alors que les sapins clignotaient derrière les fenêtres
que l'obscurité était enguirlandée
par les haies de thuyas les façades des pavillons
il s'est dénudé une nuit de rafale
lâchant ses poires et ses feuilles
comme on se déshabille après une longue journée
en laissant en boule ses vêtements à même le sol

jeudi, 21 décembre 2017

Biffure 34

tenir la route.jpg

© Pili Vazquez
Tenir la route,
Aurillac août 2017

Entreprendre les kilomètres
sur le qui-vive ou sur une île
quand parlent les histoires
myriade du récit
prenons la nuit en marche

Mots rescapés des biffures de la page 11 d'Eclipses japonaises d'Eric Faye

 

mardi, 19 décembre 2017

Biffure 33

DSCN4958.jpg

A mi-chemin
étape de confort
parler à des êtres
bienveillants
et dormir
juste avant l'aube
qui attend
au coin de la route
pour croître

Mots rescapés des biffures de la page 113 d'Histoire du lion Personne de Stéphane Audeguy

mardi, 21 novembre 2017

Extravagance

souvenirs de marée haute.jpg

Iles Chausey, septembre 2017

 

"Quelque chose me dit que le vagabondage, la disponibilité ne vont pas de soi, qu'ils exigent pour se maintenir une vigilance et impliquent une discipline."


Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas

 

 

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lundi, 13 novembre 2017

La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

jean-michel fauquet.jpg

Jean-Michel Fauquet
Musée de la photographie
Nice, octobre 2017

Il est des livres pour lesquels on sait bien que ce ne sera pas possible. Choisir une page, la biffer, en garder quelques mots et être satisfaite -plus ou moins- du palimpseste obtenu. Il est des livres pour lesquels ce geste de rature semble indécent.
La disparition de Josef Mengele fait partie de ces livres-là. Le médecin tortionnaire d'Auschwitz est dans toutes les phrases, tous les silences entre les lignes. Il y a quelque chose d'effroyable de se retrouver ainsi dans son intimité, dans ses pensées au fil de sa fuite en Amérique du Sud. Et autour de lui, le cercle de ses complicités.
On préfèrerait presque rayer les nuits qui suivent cette lecture, entrecoupées de réveils en sursaut, de ces nuits où le sommeil vous surprend les lunettes encore sur le nez, la lumière allumée et vous ballottent encore et toujours dans le roman. 
Au petit matin, on décide alors de laisser en guise de trace les deux dernières phrases.
"Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s'étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s'éclipse et des hommes reviennent propager le mal.
Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit ."

 

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dimanche, 05 novembre 2017

Biffure 32

une odyssée.jpg

Nice, octobre 2017

Attendre l'inattendu
de ma chaise

je contemplais
le présent volubile
et obstiné à
dénouer les mots
et tisser
l'Odyssée
de nos pas

Mots rescapés des biffures de la page 68 d'Une Odyssée de Daniel Mendelsohn.

 

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mercredi, 01 novembre 2017

Trotteuse

les 3 diables.jpg

Nice, octobre 2017

quand je suis arrivée à Nice vendredi
les aiguilles de l'horloge du cours Saleya
indiquaient midi
pourtant il était dix-sept heures
quand je suis partie de Nice lundi
les aiguilles de l'horloge sur le quai de la gare
indiquaient midi
pourtant il était onze heures
entre ces deux pendules suspendues
au milieu du jour
qui se fichaient éperdument
du passage à l'heure d'hiver
quatre-vingt-dix-huit ans
l'anniversaire de ma grand-mère
née à l'autre bout du vingtième siècle
à Bône anciennement Hippone aujourd'hui Annaba
elle porte sur ses épaules
sa peau comme un châle de soie fine
a le verbe fleuri sans fioriture
mélange de français et judéo-arabe
peut soudain s'absenter de table
pour aller sur l'autre rive
de la Méditerranée
de sa mémoire

attraper une image indélébile
de sa mère morte à trente-quatre ans
et à son retour dire
entre deux rides
entre deux rires
vivons chaque seconde intensément
les heures se chargeront du reste

gare nice.jpg

jeudi, 19 octobre 2017

Biffure 31

tout homme est une nuit.jpg

Granville, Octobre 2017

corriger la trajectoire
d'angoisse
venir à bout
de je ne sais

quel fond noir
longtemps contenu
toutes les lampes
en vous
sur la gueule

acharnée
des mouches

qui volaient au-dessus
me disais-je
de la mécanique

des anciennes rancoeurs.

Mots rescapés des biffures des pages 230 et 231 de Tout homme est une nuit de Lydie Salvayre.
En écho à ce roman, cette pièce de théâtre vue la semaine dernière, où il est aussi question d'exil, de frontières, de l'Autre : Frères de La compagnie les Maladroits

jeudi, 12 octobre 2017

Biffure 30

 

chaumont-sur-loire.jpg

Chaumont-sur-Loire, juin 2017

première impression.
après-midi d'herbes hautes
coin oublié du vent
profusion inattendue
elle éclaire
l'obscurité sous ses pas
pose son dos dans
la prairie
les bras en étoiles
le visage vers
la caresse du sol

Mots rescapés des biffures de la page 191 de Point cardinal de Léonor de Recondo.

mardi, 03 octobre 2017

Biffure 29

cirque théâtre.jpg

La Spire
Elbeuf, septembre 2017

car elle disait
le bonheur de
venir tous les jours
à ses côtés
un baiser
des grouillades
à cor et à cri
comme un fil
de rêve

Mots rescapés des biffures de la page 257 d'Avant que les ombres s'effacent de Louis-Philippe Dalembert

mercredi, 27 septembre 2017

Illusion

claude ponti.jpg

Nantes, octobre 2016

Une goutte de rosée
posée sous le réverbère
luciole d'automne

14:38 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ponti |  Facebook |

jeudi, 21 septembre 2017

Biffure 28

DSCN6194.jpg

Aurillac, août 2017

C'était insolite
devant le crache-thune
désinvolte
la tête calée sur
le lendemain
le regard rivé
sur le temps passé
un page
lisait son chemin

Mots rescapés des biffures de la page 345 de Vernon Subutex (Tome 1) de Despentes

17:04 Publié dans BIFFURES, ROMAN | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : despentes |  Facebook |

samedi, 09 septembre 2017

Biffure 27

les tondues 1.jpg

Les Tondues, Cie Les Arts Oseurs
Aurillac, août 2017

au milieu de
cette allégresse
un noir enthousiasme
jubilation du monde
en apnée. Dessous
errant à la surface
des images d'archives
crachote
une montée d'horreur

Mots rescapés des biffures de la page 138 de L'ordre du jour d'Eric Vuillard qui font remonter à la surface les mots bouleversés et bouleversants de Les Tondues de la Cie Les Arts Oseurs.

les tondues 2.jpg

dimanche, 03 septembre 2017

Dans l'entre deux

CAIRN.jpg

Qui tu sais
Puy Mary, août 2017

Fenêtre ouverte sur le jardin les premières taches de rousseur
écran affichant mon cahier de texte
des cases qui se rempliront

plus tard au long des quarante quatre semaines à venir
pour l'heure je rembobine mes pensées
et les lacets des sentiers foulés cet été
GR 40 36 223 400
mis bout à bout on dirait un numéro de téléphone
à appeler en cas d'urgence les jours d'hiver sans lumière
un été à marcher
le regard qui porte loin devant
dans mon dos des fils s'entrelacent sur mon sac
comme autant de souvenirs du chemin parcouru
ensemble
un été à rencontrer des gens
qui n'ont pas laissé la vie les lasser
qui portent en eux des rêves si immenses
qu'ils ne risquent pas de les perdre de vue
un été à faire grandir les cairns
une pierre pour toi une pierre pour moi
un été que je garderai aimanté sur la porte de ma mémoire
quand demain je retrouverai
les murs fissurés de ma salle sous plafond amianté
pour essayer de faire naître dans le regard des gamins
qui chemineront avec moi cette année
des rêves si immenses
qu'ils ne risqueront pas de les perdre de vue


samedi, 02 septembre 2017

Biffure 26

l'aube sera grandiose.jpg

Juste avant la brèche de Rolland
Monts du Cantal, août 2017

blêmir
sur sa selle
en haut de la côte
35 degrés
il a grimacé
sans moufter
vélo à la main
côte à côte
ligne imaginaire
le temps passe
quelque part

Mots rescapés des biffures de la page 129 de L'aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux (sortie le 21 septembre)
Merci au tenancier du Quai des mômes qui sait mon impatience quand un nouveau Bondoux est annoncé...

08:29 Publié dans BIFFURES, ROMAN | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bondoux, aurillac |  Facebook |

mardi, 29 août 2017

La Toulousaine de Cirque et de Rue

aurillac 2.jpg

© Pili Vazquez
Aurillac, août 2017

Avant-veille du lancement du Festival des Arts de la Rue à Aurillac. Nous montons à l'espace Peyrolles. Le collectif La Toulousaine de Cirque est en train d'investir le lieu.  Ça s'agite calmement aux quatre coins, ça encolle des affiches, ça métamorphose des sacs poubelles rose en fleurs. Des palettes et des cagettes sortent d'un camion et s'amoncellent un peu plus loin. Le chapiteau, en cours de montage, impose ses rondeurs et ses diagonales à un mur à l'esprit rectangulaire. Tu le vois et ton œil pétille aussitôt derrière  l'objectif. Ça palabre, ça s'affaire en attendant la suite.
La suite, nous ne la connaissons pas encore. Nous ne savons pas qu'à La Toulousaine, on peut déranger un bout de pelouse - le faire sortir du rang -  pour l'ouvrir à un espace circassien pensé et dépensé dans les moindres recoins. Nous ne savons pas que ce qui nous attend trois jours plus tard sera si singulier, nous filera tellement le sourire qu'on repassera l'arche d'entrée en cagettes, le soir venu, en mode happyface.
Pour l'heure, ce qui nous attend est encore tout en vrac dans un caddie : SoliloqueS, Encore plus, Passe par la fenêtre et cours...

aurillac 3.jpg

dimanche, 27 août 2017

à corps

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Aurillac, août 2017


sous l'ombrelle
raccord des corps
l'ombre d'elles

 

 

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jeudi, 17 août 2017

Biffure 25

tu me vertiges.jpg

Ségrie Fontaine, août 2017

le bonheur
de nos mains qui ne se quittent plus
raconter
il y a des mots
j'ai envie de les dire
dans des carnets
à tisser

Mots rescapés des biffures de la page 154 de Les inséparables de Marie Nimier

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