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mardi, 07 février 2017

Biffure 10

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Honfleur, octobre 2016

le silence
à découvert
a abandonné
un doigt
sur mon épaule
- Il a dit quoi ?*

*Mots rescapés des biffures de la page 143 de Le quatrième mur de Sorj Chalandon

mardi, 17 janvier 2017

Biffure 9

(in)tranquillité.jpg

© Pili Vazquez

à Lisbonne
un
chemin
de tranquillité
attentif
à elles

*Mots rescapés des biffures de la page 37 du Livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa

mercredi, 11 janvier 2017

Biffure 8

suif.jpg

Forêt de la Londe, janvier 2017

Je dédie cette 8ème biffure à D.
J'ai osé lui dire samedi que je renonçais à aller à l'atelier d'écriture de ce mercredi au Havre. Mes arguments tenaient la route pourtant avec leur liste de "trop": trop loin, semaine trop chargée, météo trop brouillardeuse. Je me suis pris un savon. Avec tendresse et humour, mais un savon quand même. J'ai donc renoncé à ne pas aller à l'atelier d'écriture sur Boule de Suif avec les Boloss des Belles Lettres. Je suis à l'heure qu'il est dans la twingo aubergine de D. et je dois même me dire que c'est une bonne chose d'être en partance pour Le Havre. 

des lambeaux*
en guenilles
semblaient tranquilles sous le poids
de la défaite

Suif
d'une voix
agonisante
remuait
sous l'uniforme
désespérée

*Mots rescapés des biffures des cinq premiers paragraphes de Boule de suif de Maupassant qui résument étonnamment la nouvelle.

 

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samedi, 07 janvier 2017

A poil et à plume

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découpage de Maurice Pommier

On se faisait justement la réflexion ce matin. Tu envoies encore des cartes de voeux, toi ? Non, et toi ? Non plus. Mais j'aime en recevoir. Et sur la table de la cuisine, la carte de Colo, la tenancière d'Espaces Instants, reçue hier. Une orchis robusta. Elle m'y souhaite sérénité et force. Il va en falloir, cette année, pour imaginer des aujourd'hui et des lendemains qui ne chantent pas faux alors que les rouages de notre démocratie grincent sacrément. Et dans ma boîte mails, les voeux de M. qu'il veut pleins d'humanité et d'esprit de résistance face à la bêtise et au conservatisme de tout poil. Et sur la fesse du bouc, ceux de l'Ours. Je les attends avec impatience chaque nouveau mois de janvier, comme la saison nouvelle d'une série que je suivrais depuis plusieurs années. En 2016, les renards se couchaient avec les poules. A priori, ça a sacrément dû rebondir sous les draps pendant douze mois entre les bêtes à poils et à plumes, parce qu'en 2017 sont pronostiquées d'intenses histoires d'amour. Plus belle la vie ! Mais à en croire Monsieur de La Fontaine ou Pou-Poule, ces histoires d'amour finissent mal en général...

vendredi, 30 décembre 2016

Biffure 7

biffure.jpg

Beaumont en Auge, décembre 2016

Après des biffures en solitaire, voici une expérience à quatre mains. Comment ne pas penser que chaque page contient peut-être en elle mille milliards de poèmes ?


-1-
l'odeur des roses
gravée
sur un grand plat
ou
dans sa propre chair savait
embraser
les
amandes au sésame

-2-
le feu
de ces instants
agitait
la matière
déshabillée
près du
scintillement d'une étoile
le
firmament
en frissonnant
dormait
plié en trois

 

*Mots rescapés des biffures des pages 67 à 69 de Chocolat amer de Laura Esquivel

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samedi, 24 décembre 2016

Biffure 6

factorie.jpg

Factorie, septembre 2016

qui sait pourquoi
il
y a du vent
il y a
le flot à contre-
courant il y a cette nostalgie
d'un monde qui
n'a plus de place
l'oeil se tourne vers
un rêve
de
mouvements
profonds

*Mots rescapés des biffures de la page 120 de Cambouis d'Antoine Emaz

vendredi, 23 décembre 2016

Biffure 5

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Fukushima, Gaspard Lieb
Rouen, avril 2016

une boîte
de musique
mélancolique
m'apaise
mais
nous portons en nous
le manque de moyens
ce cauchemar calme

*Mots rescapés des biffures de la page 164 de Désorientale de Négar Djavadi

jeudi, 22 décembre 2016

Biffure 4

suicide pere noel 1.jpg

Gaspard Lieb, Interzone, avril 2016

je ne suis pas fan de Noël
cadeaux
obligatoires
pigeons
déguisés
jusqu'aux dents

l'espoir de les voir tous réunis un jour
enveloppés dans un drap
bottes noires et pantalon rouge*

*Mots rescapés des biffures des pages 106 et 107 de Escrituras en tiempos de crisis de Luis Sepulveda.

suicide pere noel 2.jpg

mercredi, 21 décembre 2016

Biffure 3

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Aître saint Maclou, décembre 2016

il y a
l'obscurité
de ces lignes qui
aujourd'hui se battent
perforent les
filons
de
poussière

les mains
vers la pierre
rouge de sang
chantent*

*Mots rescapés des biffures des pages 44 et 45 de Escrituras en tiempos de crisis de Luis Sepulveda.

mardi, 20 décembre 2016

Biffure 2

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© Pili Vazquez, aître saint Maclou, décembre 2016

de chaotique
l'art de vivre
est devenu
Manchas
au doux regard

gardienne de mes départs
tu dis sans parler : Pars, je veille
sur la tendresse
que nous aimons*

 

* Mots rescapés des biffures des pages 94 et 95 de Escrituras en tiempos de crisis de Luis Sepulveda.

 

lundi, 19 décembre 2016

Biffure 1

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Pledges, Nantes octobre 2016

l'espoir
babioles
pathétiques
dotées
d'éternité
têtue*

* Mots rescapés des biffures de la page 100 d'Extrêmes et lumineux de Christophe Manon, éditions Verdier

 

dimanche, 18 décembre 2016

Vous êtes ici

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Factorie, © hgwo

. vous êtes ici
à l'entrée du poème
libre à vous
de recommencer votre vie
ou de vous connaître vous-même
par le pouvoir d'un mot

 

18:07 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : factorie, éluard |  Facebook |

mercredi, 14 décembre 2016

Fractale d'une semaine avec un galet

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Mercredi 7 décembre

Atelier d'écriture à la Factorie avec Mélanie Leblanc. Des falaises à la verticale. A l'horizontale aussi, comme de belles endormies. Je repars avec un galet dans la poche de mon blouson. Ça lui donne une drôle d'allure à mon blouson ; disloqué à droite ;  et les clés, le tabac, le briquet, le papier à rouler, le ticket de caisse dans l'autre poche ne font pas le poids pour rééquilibrer le tout.  La dislocation va durer une semaine. Sept jours pendant lesquels ma main découvrira, en aveugle, le galet. Le polira un peu plus. Les mots qui vont venir, il faudrait que je les note en braille.

Jeudi 8 décembre

avec ce galet qui fait bombance
décombres de la mer
ma poche mérite
le nom de galetas

Vendredi 9 décembre

je le tiens à pleine main
en une faille de son pourtour
mes doigts se calent un à un
c'est une île écorniflée

Samedi 10 décembre

je dis mon galet n'est pas gris
il porte traces
fracas de la mer, flegme de l'algue
tumulte d'une nuit d'orage

Dimanche 11 décembre

en son centre le vide
pierre feuille puits ciseaux
le trop plein perdu au creux de la vague
géométrie du hasard

Lundi 12 décembre

quelle probabilité
pour qu'il retrouve cette part manquante
qu'elle emplisse à nouveau
le vide, l'absence, le trou

Mardi 13 décembre

le jour où il s'est échoué sur la plage
la pluie tombait lentement
elle n'a pas effacé les traces
elle n'a pas comblé l'absence

samedi, 10 décembre 2016

En corps

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© Pili Vazquez, novembre 2016

maintenant c'est le jour
hier s'en est allé mourir
en mon corps vivante encore

 

vendredi, 09 décembre 2016

Comment c'est

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© Pili Vazquez, juin 2016, Pointe de la Roque

comment c'est
le cri de la craie

comment c'est
le bloc de la brise

recommencer

comment c'est
la ligne de l'engouleciel

comment c'est
l'effritement du vent

jeudi, 08 décembre 2016

Déjà

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© Pili Vazquez, Volterra, août 2016

l'un certitude
l'autre glissade
l'un à l'arrêt
l'autre loin
déjà

dimanche, 13 novembre 2016

Une chambre en Inde

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Il est des semaines où je mettrais bien le monde en liste d'attente, je lui passerais en continu quelques notes de musique, de celles qu'on trouve invariablement sur les répondeurs des dentistes. Il est des semaines où se mettre heureuse et rire n'est plus aussi simple qu'enfiler un bon pull pour faire face aux jours de froidure. Ces semaines où le monde ne se pointe plus qu'avec sa gueule de chaos, mal peignée, mal grimée, mal au dedans, mal au dehors : un an depuis le Bataclan - comment avons-nous habité ces 365 jours? - quatre jours depuis Trump - qu'avons-nous fait de ces 96 heures ? -  et une petite moitié d'année avant les élections chez nous - qu'inventerons-nous durant ces 6 mois pour que ne pas ?
Alors, oui, mettre le monde en liste d'attente quelques heures et trouver un espace où se revigorer pour le penser autrement et s'emparer à nouveau du désir d'y retourner, résolument debout.

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Vendredi, nous avons pris Une chambre en Inde au Théâtre du Soleil. Tu n'y es jamais allée. Trente ans que j'y retourne pour m'y blottir comme en une matrice. J'ai la certitude de retrouver là la force originelle du théâtre : un espace poétique et politique, un espace où circonscrire la démesure du monde - les Grecs la nommaient l'hybris - un espace où se réfugier pour penser notre place dans la cité et dans l'Histoire, les jours où nous nous sentons les naufragés d'un fol espoir.

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C'est une chambre en Inde et par les fenêtres ce sont bien les bruits de l'Inde qui nous parviennent mais c'est surtout une chambre où déferlent l'Orient et l'Occident avec son cortège de terreurs et de chaos. Une chambre où s'invitent aussi Shakespeare, le Theru Koothu, Gandhi, Brecht et Chaplin. Un condensé d'humanité dans ce qu'elle a de plus terrible, de plus bouleversant. Et pour l'accueillir, coincée dans cette chambre, une troupe de théâtre  - son directeur Lear, désemparé par les attentats, s'est volatilisé - en quête de spectacle et le rire malgré tout, comme dernier rempart.

ariane mnouchkine,une chambre en inde

© Pili Vazquez


"Il faut savoir être heureux si possible ! Le monde actuel n’a que faire de nos plaintes, de nos désenchantements, la nostalgie ne sert à rien et nous affaiblit. Nous avons voulu surmonter nos angoisses par le rire ! Pour parler de la peur que ce monde engendre, nous avons choisi le comique comme une sorte d’antibiotique. Nous voulons rire de nous-mêmes, rire de nos échecs et rire de nos peurs, ce qui ne veut pas dire en nier la légitimité. "
Ariane Mnouchkine, 30 août 2016

 

mardi, 08 novembre 2016

Se mettre heureuse

No sabía que ponerme...me puse feliz. Foto Bariloche-2.jpg

© Bariloche

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
la machine à laver qui n'avait pas tourné
depuis de nombreux jours
la pile de linge réduite à peau de chagrin
la bannette débordante
logique des vases communicants

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
je suis restée sous la couette
en tenue d'Eve

j'ai laissé le soleil se lever
et les minutes filer
j'ai pensé que
demain matin Trump ou Clinton
et après-demain ?
j'ai songé
au documentaire vu hier
Fuocoammare
au film vu avant-hier

Moi, Daniel Blake
j'ai regardé la pile des romans
menhir de rien du tout
à côté de mon lit
Petit pays
Continuer

Ce matin je ne savais pas quoi me mettre
et tenue dérisoire
ou pour insuffler au monde
un sourire
je me suis mise heureuse

lundi, 24 octobre 2016

Demeurer

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Arradon, Octobre 2016

C'est le matin maintenant
je m'assieds sur le banc
entre les gouttes de la nuit
tout se reflète dans tout
le jour naissant dans l'eau
le clapotis contre les coques
dans les nuages
moment de calme intense
les bernaches sur le sable

C'est le soir maintenant
nous posons sur la pointe
nos semelles fourbues
face au silence
des nuages aspirés
par la lumière qui décline

Demeurer dans la beauté du monde
d'une frontière à l'autre de ce jour

 

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Arradon, Octobre 2016

jeudi, 06 octobre 2016

Point de suspension

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© Pili Vazquez

J'aspire à une halte
dans le hamac
suspendue un temps
au-dessus de l'herbe coupée

pour lire et relire
de tout mon saoul
jusqu'à livresse
Le plancher de Jeannot
Les Demeurées
Espèces d'espaces
Je me souviens
Petit piment
Petit pays

suspendue un temps
au-dessus de la parade des jours

pour penser classer
des bouts des morceaux des bribes
pour rechercher retrouver
des mots qui ne soient pas des miettes
des phrases qui ne soient pas des restes
pour tracer l'écrit dans le silence

jeudi, 29 septembre 2016

Cubisme

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Gaspard Lieb, Le cube

Pour se mettre ainsi en boîte devant le Musée des Beaux Arts de Rouen, Gaspard Lieb doit être pourvu d'un sacré sens de l'humour.

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Gaspard Lieb, Le cube

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vendredi, 16 septembre 2016

L'ombre d'un verre de vin

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Aux gens heureux on y va
pour étirer son sourire
comme on allongerait ses jambes
après un jour de fatigue
pour ralentir le temps
deux ou trois heures
le monde peut bien
s'agiter tout autour
courir à sa banqueroute
on s'y sent en terre parallèle
on s'y pose s'y dépose
à livres ouverts

et quand la coupe est vide
et quand sur la planche
il n'y a plus de pain
on pousse à la roue
pour l'ombre d'un verre de vin

mardi, 13 septembre 2016

Nouveau jour

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Factorie, Léry

Apesanteur des rêves
pas léger sur la terrasse
enivrement
de volute hier
de jasmin ce matin

je m'étire vers aujourd'hui

mardi, 06 septembre 2016

Aux jours qui viennent

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Pavement du Duomo
Siena, août, 2016

"Nul ne sait le passé qui nous attend", Orlando Luis Pardo, in Cuba, année zéro

Dans le Duomo de Sienne, je n'ai pas résisté au plaisir de mettre mes pieds face à ceux de la Sibylle de Cumes, prêtresse d'Apollon, experte en prophéties. Entre nous deux, plusieurs siècles et cette légende : "Sibylla Cumana cuius meminit Virgilius Eclog. IV." Comprenez : la Sibylle de Cumes dont Virgile se souvient dans l'églogue IV (des Bucoliques). De retour à la biquetterie, je suis allée regarder de plus près le passage en question. Le poète fait annoncer à la prêtresse le retour de l'âge d'or...
Première semaine de reprise des cours. Sauf que cette année, je n'ai pas l'impression de reprendre mes cours mais de débuter après vingt-deux ans de bons et loyaux services. La Réforme, malgré nos protestations, a tout chamboulé, promettant monts et merveilles. Mais en Langues et Culture de l'Antiquité, le bilan est amer.  Le Latin n'est plus une matière et est relégué à l'obscure catégorie " enseignement complémentaire ". Mes latinistes perdent la moitié ou le tiers de leurs heures. Comment fait-on pour inviter à un voyage antique une classe de 5ème en une heure hebdomadaire ? Nous n'allons quand même pas rester sur le rivage et regarder les bateaux tendre leur voilure vers le grand large ? Mes latinistes gagnent néanmoins le grand honneur de fermer le collège chaque soir puisque la pause méridienne est désormais d'une heure trente, incompressible et intouchable. A nous la case de 16h à 17h, dans le silence d'or enfin revenu.
Je m'en vais de ce pas , pour préparer un cours, ouvrir le fameux chant VI de l'Enéide où l'on croise à nouveau la Sibylle de Cumes qui guide Enée dans sa descente aux Enfers. Quand le printemps reviendra, je descendrai avec mes latinistes en Toscane, dans le Latium et en Campanie. Et j'aime déjà les pages de notre passé que nous y écrirons...

sibylle.jpg

Pavement du Duomo
Siena, août, 2016

samedi, 03 septembre 2016

Il barbiere è di ritorno

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Lucca, août 2016

Il faisait particulièrement chaud ce jour-là à Lucca. Nous avions laissé la voiture - nous ne savions pas encore qu'une durite avait lâché - sur le parking à l'extérieur des murailles et nous dirigions à pied vers la via Fillungo. Tu en avais plein les bras -carton de victuailles, pot de basilic- j'en avais plein le dos et le ventre -un sac derrière, un sac devant- mais mes mains étaient encore libres d'attraper l'appareil-photos quand nous sommes passées devant ce lieu improbable, via Vittorio Emanuele.

toscane, lucca, barbier

Lucca, août 2016

Chez BISB -the barber is back- ce n'était plus exactement la Toscane. C'était l'Italie passée par Il était une fois en Amérique ou Le Parrain.

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Lucca, août 2016

Nous en avons oublié notre chargement. Nos regards ne savaient plus où donner de l’œil. Tout se reflétait dans tout par un jeu de miroirs : barbiers, clients, tissus rayés, murs plus chargés que ceux d'un musée. Et surtout le sérieux imperturbable de l'enfant.

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Lucca, août 2016

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vendredi, 02 septembre 2016

Etonnement

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Lucca, août 2016

Oui, même quand la journée a été bien pleine, alors même qu'on pensait ne plus pouvoir rien voir ni écouter, se laisser surprendre par la caresse du reflet sur les carreaux et s'attarder devant les courbes dessinées.

jeudi, 01 septembre 2016

Il faudra

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Lucca, août 2016

Malgré tous les discours
vigilance-attentats
protection contre
interdiction de
patrouille de
vigilance si

il faudra oser
ôter les barreaux
et regarder le ciel libre
ouvrir grand les fenêtres
et laisser les bruissements  entrer
desceller les murs de briques 
et aller et venir dans le monde ;
et le soir venu se laisser surprendre
par un reflet dans les carreaux

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mercredi, 31 août 2016

Lovée sur mon vélo

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Lyon, juillet 2016

Toutes les chaînes de radio en parlaient ce matin. Aujourd'hui, c'était la rentrée des profs. Rentrée : le mot convient parfaitement pour dire cet espace sans murs qu'il faut quitter pour retrouver ma salle 207. Accepter de se retrouver entre quatre murs n'est pas simple. J'ai profité de cette journée de transition pour raccrocher mes affiches - Botticelli, Printemps des poètes, Les derniers géants et Les géographes d'Orbae - une phrase de René Char pour qu'elle continue de me porter heure après heure "Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront" et le 1 hebdo consacré aux migrants. J'ai aussi profité de cette journée pour partir bosser à vélo, le long de la voie verte. Comme une évidence que je veux renouveler jour après jour.
Si la canicule ne lâche pas prise, prévoir d'investir dans un parasol.

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Vada, juillet 2016

En prévision des jours de gros chargement, il faudra que je demande à A. ou R. de m'installer une caisse sur mon porte-bagages en plus de mes sacoches ...

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© Pili Vazquez
Lucca, juillet 2016

 ... à moins que je ne me lance le défi de réussir l'équilibre ci-dessous. Dans ce cas, demander à Dw. son accordéon diatonique et à P. son aquarium !

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Volterra, juillet 2016

 

mardi, 30 août 2016

Bures qui nippent

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Lucca, août, 2016

Je me souviens que pour prendre cette photo, mon 1,60 m était de trop. Que je me suis assise à même le sol. Que d'en-bas la basilica San Frediano était encore plus belle. Ossature bois, galerie d'arcs et rayon de soleil sur les bancs. Je me souviens que je me suis imprégnée du lieu avant de déclencher l'obturateur. Que je cherchais le bon angle quand un ecclésiastique a surgi du hors-champ comme un ange de sa boîte. Ses gestes n'étaient pas équivoques et sa soutane dans tous ses états. J'ai pris mon temps. Pour prendre la photo. Pour jouer mon rôle de diablesse effrontément face à la bure qui nie le droit de s'asseoir à même le sol. Si j'avais parlé italien couramment, je lui aurais demandé de m'indiquer l'arrêté divin suivant lequel il agissait.
Je me souviens qu'à l'entrée du Duomo de Sienne, les hommes en marcel n'étaient pas inquiétés. Mais que des tuniques post-opératoires étaient distribuées aux femmes en short et débardeur. Cachez-moi ces épaules que l'Eternel ne saurait voir. Ça t'avait fait rire - sur la tunique, tu avais torqué ta bretelle de sac à dos  - ça m'avait fait râler. Notre monde est étonnant : ici on couvre les femmes avec de hauts cris et là on les découvre avec de hauts cris.

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Siena, août 2016

 

lundi, 29 août 2016

Vertiges

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© Pili Vazquez,
Siena, août 2016

Je m'absente de mes îles pour une journée bien remplie. Trop remplie. Je crains même qu'elle soit un peu étroite aux entournures. Filer à Arras avant même le début du jour avec ma bonne étoile sur le siège arrière, penser à la mettre dans ma poche à l'arrivée, chercher un appartement pour mon fils, l'inscrire à la fac, détourner la conversation quand la secrétaire demandera la collante du Baccalauréat qu'il a égarée, prendre le temps de découvrir la ville puis rentrer. Se dire que ce soir, on pourra. Rire de la journée qui vient de s'écouler. A pleines dents. Ça doit être possible.

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© Pili Vazquez
Siena, août 2016

Nous voici de retour. Nous pouvons rire à pleines dents. Mon fils a accroché son blouson à la patère de son studio. D'ici quelques jours, il pourra glisser sa carte d'étudiant dans la poche de son blouson.

toscane,siena

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