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dimanche, 24 juillet 2011

LA BALLADE DE SEAN HOPPER

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Ai achevé ce matin La ballade de Sean Hopper de Martine Pouchain. Situé à la frontière des territoires d’Irving et Faulkner. Et puis toujours ce personnage essentiel au roman: l’enfant sans parents. Ici Bud, rapport à sa mère sans instinct maternel, juste une grand-mère indienne qui ne dit plus mots, Rê son corbeau et les branches du châtaignier : y voir sans être vu, ou presque, Sean Hooper, la terreur de la région, sur sa terrasse. Bud, le narrateur omniscient mais pas passse-murailles, promis il nous expliquera comment il fait pour tout savoir mais pour l’instant merci de suivre l’histoire. Et Sean, le taciturne, qui en viendra lui aussi aux mots lorsque les mains seront devenues inutiles, dire la fêlure et les craquelures. Quelle émotion à lire le chemin de traverse de cet homme –acheveur de bovins- qui accepte de se réconcilier avec la vie et de la regarder droit dans les yeux, après s'être perdu tant de fois dans la pupille d’une vache affolée.

mercredi, 06 juillet 2011

FACE DE PILE

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C’est drôle un blog qui commence à empiler les années : des strates s’y dessinent –me suis amusée à revenir sur les billets des étés précédents- et le début des grandes vacances rime avec le comité de pré-sélection du prix Dévoreurs de livres.

Je suis revenue, donc, du dit comité, avec cette pile et la certitude de ce que je lirai cet été : ceux étiquetés sur la tranche, ceux-là pourront lester le fond de mon sac à dos lors de mes périples bretons et ceux ni couverts ni ouverts encore, ceux-ci, faudra les lire avec emprunt, ne pas les délaisser sur la pelouse le temps d’une sieste, ne pas écorner la couverture.

Par où commencerai-je ? Quelle logique choisir ? Du plus mince au pavé ou inversement ? Du haut de la pile à sa fondation ? De la tranche la plus vive à la plus terne ? De celui dont le résumé me tente le moins à celui dont je pressens qu’il sera sélectionné en septembre? A ce jeu-là, j’avais failli louper le prix de cette année Métal mélodie

mercredi, 20 avril 2011

LE COEUR REGULIER

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Le coeur régulier. Ma lecture atttendait la rencontre de ces deux mots, espérait percer le titre comme une intrigue. Coeur régulier: un coeur sans encombres, un coeur qui n'en finit pas de reproduire le même rythme, faute de troubles?
Pourtant c'est au-dessus d'une faille que ce roman s'ouvre, de celles qui font que justement le récit est possible, de celles nées d'un séisme: au bord, le coeur ne peut rester endormi, faire comme si les renoncements et les trahisons étaient partie prenante de la vie.
Pour Sarah, la faille, c'est la mort du frère.
D'un côté, une vie de femme et mère, à peine étonnée par un devenir inéluctable. Une vie de cadre qui ne réussit plus à être dynamique, que laisse insensible un stage de motivation bruyant et vain sur la côte bretonne. La nuit venue, elle remonte le couloir de l'hôtel, l'oreille plaquée sur des portes fermées.
De l'autre côté, diptyque parfaitement réglé,la falaise japonaise: étonnant finistère où viennent se jeter des hommes et femmes au bout du rouleau. Ultime rivage où Sarah remonte les traces d'un frère qui avait trouvé là, avait-il dit, la paix.
Là, se tient aussi Natsume Dombori, extraordinaire personnage qui, nuit après nuit, défait ce que l'Ankou tentait d'amorcer. S'il est un coeur régulier, c'est bien le sien: "un lac immense et calme se déploie à l'intérieur de lui, des étendues fluides lumineuses et souples". Personnage de passage qui permettra à Sarah de rejoindre l'autre bord de la faille, attentive aux battements de son coeur.


samedi, 16 avril 2011

CE QU'AIMER VEUT DIRE

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Tombe du plongeur, Paestum


Vendredi 15 avril
Qu’as-tu fait de tes frères ?
, Claude Arnaud, Grasset

Pour avoir trouvé du Caïn et Abel dans le précédent titre sélectionné pour le prix Inter, il me semblait justifié de continuer par celui-là. Je ne saurai jamais si l’auteur finit par répondre à cette interrogation et peu m’en chaut. Une écriture gonflée de ses propres béances, un univers familial étriqué, trois frères mais pas de plat de lentilles…

 

Samedi 16 avril
Ce qu’aimer veut dire
, Mathieu Lindon, P.O.L

« Les êtres qui méritaient qu’on leur rendent hommage, je les avais connus mieux que ceux qui leur rendaient hommage et ça faisait des années que, de toute mon affection et de leur vivant, je leur rendais hommage à ma façon, sans attendre une occasion sinistre. »

Tout ce récit pourrait se condenser, se resserrer autour du mot « hommage », au sens premier du terme. Rendre hommage, c’est accepter de devenir l’homme de quelqu’un, de devenir homme par quelqu’un, serais-je tentée de dire. Deux figures tutélaires : le père Jérôme –Lindon- et l’ami Michel –Foucault-. Un lieu : l’appartement rue de Vaugirard et son fauteuil tout au fond avec sa cohorte de LSD sur un air de Malher.  

Je ne suis pas sûre à l’issue de ce récit d’être capable de dire ce qu’aimer veut dire pour Mathieu lindon. Lui-même le dit-il qui clôt la dernière page par la sinistre blague carambar du maître qui face aux ossements de son chien, regrette que ce dernier ne puisse s’en régaler?

Le récit est à la fois puéril, fier d’être habité par ceux-là qui font la une de Libération à leur mort, je rajouterai à la liste Sam -uel Beckett- et Hervé -Guibert-, mais nous laisse à la porte : on n’y était pas convié et on regrette d’avoir voulu le croire.

Dimanche 17 avril
Revenir sur ce que j'ai écrit hier. Tenter d'affiner un verdict trop rapide. Que resterait-il de Ce qu'aimer veut dire si le récit n'était traversé que d'une cohorte d'anonymes? Est-ce cela qui dérange tant: que son auteur prône lui-même cet anonymat de pacotille en n'offrant à la lecture que des prénoms grossièrement amputés de leur nom? Ce n'est pas à la porte que le lecteur reste. mais l'oeil dans le trou de la serrure.

mardi, 05 avril 2011

Enlèvement avec rançon

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Le prix inter, c’est reparti ! Cette fois-ci je m’y tiendrai. Laisser sur mes îles des traces de lecture des dix romans sélectionnés !

Comme chaque année, je suis allée rafler à la médiathèque les titres disponibles et réserver tous ceux qui étaient déjà empruntés. Revenue avec le roman de Ravey et celui de Mathieu Lindon.

 

Enlèvement avec rançon, Yves Ravey, Les éditions de Minuit


La phrase est brève, hachée, faussement simple, sans cesse recommencée. Le scénario semble contenu dans le titre Enlèvement avec rançon. Et reviennent à la mémoire quelques romans noirs.

Pourtant tout se joue ailleurs, on en est sûr : Max et Jerry. Deux frères. L’un, Max, fidèle et encombré de sa fidélité : les fleurs déposées sur la tombe du père, la mère coupée de sa mémoire dont il prend soin en pointillés obligés, les vingt-deux ans passés comme comptable dans une entreprise d’emboutissage. L’autre, Jerry, que rien ne semble rattacher à rien : revenu de l’autre côté de la frontière après des années passées en Afghanistan, dans sa poche, une arme israélienne et son assurance arrogante.
Max et Jerry, donc, comme il y eut Caïn et Abel. Et l’on attend le fratricide inévitable avec pour toile de fond l’enlèvement de Samantha, la fille de Salomon Pourcelot, le patron de Max. On se félicite même d’être un lecteur aguerri quand cela arrive enfin.
Force est alors de reconnaître qu’aveuglé de notre arrogance assurée, il faut reprendre la lecture à la première page et retrouver tout ce que nous n’avions su voir…

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mercredi, 16 mars 2011

LA TERRIENNE

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Terrienne, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard

 

Quand on lit le dernier roman de Mourlevat, on se surprend à l’aimer, la terre, malgré tout, malgré ses tsunamis, malgré ses centrales nucléaires qui risquent de flancher à tout moment, malgré l’air qui menace de devenir irrespirable.

Quand on a lu Terrienne, on ne transpire plus, on ne respire plus de la même façon: cela ne se peut plus. Cela fait un bruit particulier à chaque passage, inspiration-expiration-inspiration. L’on veut réessayer tout de suite, sans attendre, pour s’assurer que cela continue. On a envie de tester les larmes au plus vite, pour s’assurer qu’elles sont bien là, en réserve, et les rires…

Etonnant roman qui voudrait nous faire croire que nous sommes loin du Combat d’hiver. Cela commence sur la départementale 8 entre Saint-Etienne et Montbrison : la route d’Etienne Virgil, 71 ans, auteur au bout du rouleau littéraire, croise celle d’Anne Collodi, 17 ans. L’un prend l’autre en stop. L’un a dans son portefeuille la photo de la femme aimée qui ne reviendra plus, l’autre tient dans sa main un scarabée vert, symbole de l’éternel retour. Tout les oppose trop pour ne pas continuer la route ensemble, de l’autre côté, là où faute de rire on cliquète : elle pour y trouver sa sœur, lui  pour l'aider mais aussi « pour voir l’autre côté du réel dont (il) parle dans (ses) livres. » Tout nous attache à ce couple hétéroclite.

Aussi, Monsieur Mourlevat, si vous passiez par là, je tiens à protester au nom de la sacro-sainte communauté de vos lecteurs. Comment avez-vous  donc pu penser l’impensable dans le chapitre Mangiate ? Comment vous êtes donc vous laissé séduire par cette idée qui passait par là ? On vous sent mal à l’aise, vous déclinez presque toute responsabilité : « je suppose qu’il se passerait quelque chose d’inattendu, quelque chose que personne n’aurait pu prévoir : ni les deux héros, ni le lecteur ni même l’auteur ». Et pourtant l'irréparable est là; on se prend à espérer que c'est pour de faux. Vous ne revenez pas sur votre geste, si ce n'est avec le titre du dernier roman d'Etienne Virgil, Le saut de l'ange.

P.S.: une telle révolte est sans aucun doute à la hauteur du plaisir que l'on a à lire votre roman...

 

samedi, 13 novembre 2010

PARLE-LEUR DE BATAILLES, DE ROIS ET D'ELEPHANTS

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Pour que le XVIème siècle soit placé sous l'égide de la Renaissance, qu'a-t-il fallu mettre à mort au préalable? Qu'est-ce qui a fait sursaut dans cet entre-deux, dans ce passage d'une rive à l'autre? Anodine question qui s'extirpe de ma poche au fil de mes déambulations.
Devant la Dive Bacbuc de Garouste,oeuvre circulaire déployée aux rires de Rabelais.
A la lecture du dernier roman de Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants.
Pas de batailles, de rois ou d'éléphants, juste quelques lignes dans le carnet de Michel-Ange,faille suffisamment entr'ouverte pour faire récit. Le voyage donc à Constantinople de l'Homme de la Renaissance. Attiré par une commande du Sultan, invité à dessiner un pont entre deux mondes, au-dessus de la Corne d'Or. Pour surpasser Léonard de Vinci ou pour renaître ailleurs?
"Tu n'es pas venu jusqu'ici pour me connaître, tu es venu pour construire un pont, pour l'argent, pour Dieu sait quelle autre raison et tu repartiras   identique, inchangé, vers ton destin. (...) Chaque jour te pousse  vers le suivant sans que tu ne saches l'habiter vraiment"
Plus à l'aise pour tendre un pont que les bras, Michel-Ange s'en reviendra traversé de désirs inaccomplis.
"D'Istanbul, il lui reste une vague lumière, une douceur subtile mêlée d'amertume, une musique lointaine, des formes douces, des plaisirs rouillés par le temps, la douleur de la violence, de la perte: l'abandon des mains que la vie n'a pas laissé prendre, des visages qu'on ne caressera plus, des ponts qu'on n'a pas encore tendus".

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mercredi, 03 novembre 2010

SUKKWAN ISLAND (2)

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C'est donc lui qui vient de décrocher le prix Médicis étranger 2010... J'en avais parlé par là. Une certitude ce soir, c'est que, dans plusieurs demains, des scènes de ce roman seront encore poinçonnées dans ma mémoire; malgré moi.

 

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mardi, 26 octobre 2010

ROUGE BALA

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Cécile Roumiguière et Justine Brax
Edition Milan

A Hannah...

Je l'ai trouvé dans ma boîte, ce soir en rentrant. Il avait dû s'écorner un peu pour y trouver place. Rouge Bala, je l'ai ouvert tout de suite remettant à plus tard les parties d'échec avec le frangin -de toute façon c'est plus souvent échec que mat pour moi. Je l'ai ouvert, touchée par la dédicace de Cécile Roumiguière. Depuis que j'ai parlé sur mes îles de Pablo de la Courneuve, elle continue de tisser le lien.
Bala à la frontière de l'enfance, Bala qui ne veut pas être marquée trop vite du bindi rouge de la femme mariée, Bala qui demande à choisir sa voie, rouge Bala.
Cécile Roumiguière fait partie de ces auteurs placés à la frontière, de celle que les ados franchissent le coeur à vif et le regard fier, voudraient être vite de l'autre côté et pourtant un bout de semelle renâcle au creux de leurs certitudes. A côté d'elle, je place Maryvonne Rippert. Pas étonnant que ces deux-là se soient retrouvées dans l'écriture à huit mains de Blue cerises. C'est ce que je me disais ce matin, coupée de tous, sous  la couette, en lisant la saison 1 in extenso ou presque puisqu'Amos est introuvable ...
Heureuse que l'auteur de Métal mélodie ait rencontré une poignée de mes collégiens le week-end dernier au salon du livre de littérature jeunesse d'Evreux. C'est une chose d'être passeuse de frontières mais quand en plus les mots sonnent juste où il faut, ils franchissent la ligne moins écornés.

 

 

 

lundi, 04 octobre 2010

SUKKWAN ISLAND

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Refermé hier soir après le dernier mot de la dernière ligne de la dernière page. Je savais que je ne voulais pas le réouvrir aujourd'hui. Ne pas avoir à replonger dans cet univers une nouvelle journée. Déposé ce soir à la médiathèque. Le mettre au plus vite à l'écart. Voici un roman que je ne relirai pas, l'expérience la plus violente en littérature que j'ai vécue jusque-là.
Le point de départ: un père et son jeune fils partent vivre en Alaska, sur une île habitée par le vent et les ours, pendant un an. Pour se prouver quoi? Pour réparer quoi? Le lecteur ne le saura jamais tout à fait. Un roman en dyptique, la première partie sous le regard du fils , la seconde sous celui du père -et pour cause.
Nombre de critiques ont trouvé à ce premier roman un équivalent cinématographique: Délivrance. Nulle scène de sodomie au rythme de couinements. On est au-delà. L'indicible y est dit.

Revenue de la médiathèque avec un autre titre sélectionné pour le prix Médicis étranger: Purge de Sofi Oksanen. J'aimerais que celui-ci lave ma mémoire de celui-là.

Revue de presse par là.

lundi, 06 septembre 2010

MADEMOISELLE SCARAMOUCHE

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Que c’est bon, oublieuse des slogans peints ce matin sur un drap de lin, oublieuse des manifs de demain,  que c’est bon de se glisser dans ce roman de cape et d’épée. L’espace d’une après-midi, se laisser engloutir dans une époque où les improvisations de la commedia dell’arte rivalisent avec le théâtre de Molière,  où l’héritière des mousquetaires s’appelle Scaramouche. A chaque page sa péripétie, en une machine bien rodée.  Il faudra bien quelques dei ex machina pour que tout se dénoue.  Qu’importe !

Juste envie de vous le dire, juste envie d’y retourner.

A chaque jour suffit sa peine…

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mardi, 31 août 2010

RENTREE

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Puisque les fraisiers fraichement replantés s'envoient en pleine terre...

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Puisque au creux du bientôt four à pain, un dialogue s'est établi entre les briques réfractaires, le sable et la bauge...

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Puisque je viens de terminer Le cercle des incorrigibles optimistes de Guenassia...

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... je peux rentrer.

 

samedi, 21 août 2010

VERITAS (2), PEINE MAXIMALE

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Vérité n.f. - lat. veritas, de verus "vrai, conforme au réel".
L'anglais a emprunté à l'anglo-normand verdit "véritablement dit", passé en français sous la forme anglaise verdict.

Pour dire vrai, j'aime les plis de cette dernière quinzaine d'août. Après les virées estivales, le Morvan, les Landes et la Bretagne -aucune logique géographique dans mes déambulations cette année- le quotidien à la Biquetterie. L'été a chassé les premiers signes d'automne, je remets aux jours gris le mur au-dessus de l'escalier à isoler et les plinthes n'abandonneront pas tout de suite leur emballage. Aujourd'hui comme hier, je planterai après avoir désherbé, désempierré, toutes les plantes dont les Bretons aromaticulteurs ont rempli notre voiture au moment de se quitter sous un crachin du style il pleut sur la campagne comme il pleure dans nos coeurs.
Avant cela, retour sur un roman lu pour la sélection Dévoreurs de Livres. En laisser l'empreinte sur mes îles: Peine maximale d'Anne Vantal (Actes sud)

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La couverture: stéréotypée, elle malmène le récit qu'elle cache.
Le lieu: un tribunal
Les faits: un cambriolage qui a mal tourné suivi d'un kidnapping d'enfant. Kolia risque jusqu'à trente ans, à côté de lui sa soeur Léna complice -malgré elle?- et dans le public, Anna, la petite dernière de la fratrie.
Au départ, donc, rien d'autre qu'un fait divers, de ceux qu'on lit rapidement dans le journal et qu'on oublie aussitôt. C'est compter sans la plume d'Anne Vantal. Son récit balance de point de vue en point de vue: ceux des herminés que n'étonnent plus les rituels , du président aux avocats, ceux des accusés et des victimes. Il y a aussi les jurés et on repense à Douze hommes en colère de Sydney Lumet: celle qui aurait dû partir en voyage, donc pressée d'en finir, celui qui avant même d'avoir entendu quoi que ce soit optera pour la peine maximale et les autres qui tentent de cerner la Vérité. Existe-t-elle seulement la vérité toute la vérité, rien que la vérité? Elle s'éloigne de témoignage en témoignage, devient plurielle. Reste l'humanité de ceux qui trancheront. Quel que soit  le verdict -peine maximale ou pas- restent les peines au coeur de tous ces acteurs.


 

mardi, 10 août 2010

METAL MELODIE

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Capileira, près de Grenade

Il va me falloir revenir sur mon jugement selon lequel il suffit de lire les premières pages d'un roman pour savoir ce qu'il a dans le corps. Celui-là, je l'avais mis en dessous du bas de la pile de livres pré-sélectionnés pour Dévoreurs de livres 2011. Je me disais que je verrais bien si l'été me laisserait le temps de l'ouvrir. Je trouvais sa couverture loupée avec son papillon noir aguicheur. La quatrième de couverture m'avait engagée à le laisser comme fondation de ma pile. Et puis la pile s'est amenuie, il m'a bien fallu l'ouvrir. Ancrée dans mes certitudes, les premières pages tournées, je me suis demandé qomment il était possible d' imaginer une telle situation de départ: Luce, 16 ans, arrive à Grenade à la recherche d'un lieu précis. Petit retour en arrière de quelques mois: Luce percinguée jusqu'aux narines et gothique jusqu'au bout des cheveux rentre chez elle et découvre que sa mère a pris le large pour quatre mois en Australie. Besoin de souffler, de s'éloigner. Qu'à cela ne tienne, Luce invite sa bande de potes tout aussi gothiques qu'elle pour fêter l'évènement à moins que déjà elle cherche à combler l'absence. De cette soirée, elle gardera à demeure une squatteuse Moony et son chien qui pue. Quelques chapitres plus tard, elle passera une nuit catastrophique avec Léo, le voisin, qui a plus besoin de prouver sa virilité virile que de donner de la tendresse.
A cette page précise, je me suis dit que j'allais continuer juste pour boucler ma journée avec la satisfaction de savoir que mon diagnostic des premières pages n'admettait aucune exception.
C'était sans compter qu'il y avait
en Luce un quelque chose de Lisbeth Salander.
J'ai fini Métal mélody bluffée et à peine la dernière page tournée j'ai relu le premier chapitre. Du mal à quitter Luce, son parcours initiatique vers elle-même mais aussi vers sa mère. Le désir de l'une de ne pas voir sa fille grandir contre elle, et pour l'autre la quête d'une mère qu'elle n'a jamais pris le temps de découvrir. On y chemine de la noirceur d'un papillon -l'illustrateur aurait été encore plus inspiré d'y mettre un crabe- jusqu'à la lumière de Grenade.

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dimanche, 08 août 2010

LE RIRE DE MILO

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Lu pour tromper la demi-heure vide aujourd’hui qui précède la retransmission des conférences de Michel Onfray sur France Culture.

Le rire de Milo d'Eglal Errera était le plus petit des livres pré-sélectionnés pour Dévoreurs de livres 2011. Avalé donc en trente minutes, et l’amusement au fil des pages qui grandit à imaginer la réunion de sélection à la fin du mois. Monsieur l’Inspecteur de l’Education Nationale présidera derrière son ordinateur, l’œil pétillant et la barbe hirsute. Sans doute passera-t-il sa main sur sa tête lorsque Le rire de Milo sera évoqué. Il imaginera aussitôt la cohorte des parents lui tendant la page 89, enfin môôssieur, nos petits ne peuvent lire de telles choses, faites-leur dévorer autre chose. Mais il trouvera les mots, posés et pertinents, pour les calmer, peut-être même citera-t-il un passage de la page 9O :

_ En réalité ma chérie, il y a autant de façon d’aimer que d’êtres humains sur terre. C’est parfois un peu difficile à vivre, mais comme dit notre ami…

Il ne va quand même pas laisser tomber ce Milo et son rire retrouvé parce qu’est revenu, directement de sa librairie sur la corniche qui borde le Nil, l’homme qu’il a aimé trente ans plus tôt.

samedi, 07 août 2010

JUSTE UNE ERREUR

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Ouvert pour détromper mon impatience à l'égard de mon ordinateur qui s’obstine à afficher une erreur de connexion avec l’imprimante.

De Ben Kemoun, j’avais lu, l’été dernier,  La gazelle, déambulation intérieure d’une coureuse alors qu’elle participe au marathon de Buenos Aires. On se prend même à penser que si elle franchit la ligne d’arrivée c’est parce qu’elle a mené jusqu’au bout ce dialogue avec elle-même. Un beau roman.

Que dire de Juste une erreur ? Prenez Plus belle la vie, faites-lui rencontrer Desesperate housewives, mélangez le tout et vous obtiendrez une situation indigne d’un mauvais roman de gare : Mélitine accompagne Mélanie à un casting. Cette dernière a bon espoir face à Eléonore qui, elle, est accompagnée de sa mère, un modèle de teigne qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Très basique comme départ. Contre toute attente, Mélitine qui n’avait rien demandé, est sélectionnée. Sonia, la mère d’Eléonore va faire appel à un de ses amoureux éconduits pour se venger. Vous suivez toujours ? Quant à Mélanie, elle va noyer son chagrin dans l’alcool… Et ce n’est que le début. Je laisse votre imagination broder la suite. Quant à moi, je proposerais bien à M. Ben Kemoun d’envoyer tous ses personnages courir un marathon.

Allez, je m’en retourne convaincre mon imprimante de sélectionner sans hésitation aucune mon ordi.

vendredi, 06 août 2010

MON PETIT COEUR IMBECILE

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Les enfants repartis, ce mois d’août entre parenthèses, la radio qui n’en finit pas de s’interroger sur l’intérêt d’internet, de fesses de bouc, et la vraie vie alors ?, et le devenir de notre progéniture ?, des blogs qui ferment, d’autres qui s’interrogent.

Retour donc sur le mois de juillet, les lectures de romans dits jeunesse en vue de la sélection Dévoreurs de livres, cuvée 2011.

Mon petit cœur imbécile de Xavier-Laurent Petit : lu sous la tente sardinée entre les racines d’un chêne bicentenaire, alors que l’alerte orange souffle ses rafales de pluie et d’orages sur le Morvan –s’agit d’être à la hauteur de sa couleur. Le sol vibre comme au passage d’antilopes.
Quand le cœur, tamtam défectueux, fait toudoum psch toudoum psch, ce n’est plus en années que l’âge se donne. Sisanda, jour après jour, contrainte à l’immobilité dans sa case, tient le compte de son petit cœur imbécile : 3417 au compteur ,et chaque battement est une victoire sur les pronostics pessimistes d’Apollinaire, le médecin à 6h de piste en pleine brousse. En contre-point, le personnage de la mère, Maswala qui court pieds-nus chaque matin, aussi vite qu’une antilope. Tout est mis en place pour que la qualité de l’une vienne en aide à la défaillance de l’autre. Refermé avec regret – ce roman ne pourra être sélectionné car X.L.P. consacre l’année qui vient à l’écriture donc il ne pourra intervenir dans les classes, CQFD- alors que les premiers marathoniens franchissent la ligne d’arrivée à Barcelone.

dimanche, 22 novembre 2009

APIBEURSDÉ

Doukipudonktan? L'air change à l'approche du Havre. Une coque de fumées d'usine qui se mélange au rideau de pluie. Une fois de l'autre côté, on a déjà oublié. (gestes) Les poumons sont rapidement bénévolents et cessent leurs trisyllabes monophasés Kèss, Kèss, Kèss. Faut dire que dans st'urbe, ça fait des jours qu'on se trémule à l'idée d'y venir. La Zazie, elle fête ses cinquante ans, mon cul! (gestes)

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On est allé courir les rues pour adspicer avec des kidans le quartier d'enfance de Queneau, en gros puis en détails, enfin ce qui nen reste, sa bibliothèque, son lycée. On na stoppé net sur des bandes blanches, en plein milieu de la rue, comme dans z'un film. (plus de gestes) Une zazou a déclamé un texte du zoizo.

Clous clous chers clous
qui protégez le pieton fou
contre les voitures démentes
feux rouges feux verts
grâce auxquels on va vers
le trottoir d'en face
bandes jaunes striées
priez priez priez
pour les pauvres piétons
qu'ont bien besoin de la protection de St Cloud.

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Il a plu, il a plu, il a plu. Jamais on upu croire qu'il y en u tant de pluie. Une Havraise a partagé son pébroque avec moi. Le Havre d'avant les bombardements, ça devait faire partie de son enfance. Elle l'aimait sa ville, elle m'a esspliqué les avenues rectilignes qui mènent toutes z'à la mer, l'hôtel de ville d'Auguste Perret. Quand elle est repartie, je me suis même dit qu'il n'y a que dans les romans de Queneau qu'on recroise les gens au chapitre suivant.

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Un coinstot d'une illustration de Clément Oubrerie

Arrêt à la station Bibliothèque Armand Salacrou et son expo consacrée à la sale mome. Lu la lettre que Marie Desplechin lui a envoyée, elle qui a egzactement 50 ans c'te année. Egzaminé des illustrations de Trondheim et Corvaisier, lu des articles de gougnafiers qui charabiaïsaient à kimieumieu  tout en s'essclamant sans infériorité de complexe que le public n'avait rien compris à Zazie. Ils causent, ils causent, c'est tout ce qu'ils savent faire. (gestes)
On est allé vider un glass, puis direct au théâtre de l'hôtel de ville. Au programme, un chahut lunaire, un boucan somnivore, une médianoche gueulante: trois heures d'enregistrement en public des Papous dans la tête. Pour Zazie, ils ont fendu la campagne et battu les flots.

-Alors tu t'es bien amusé?
-Comme ça.
-Tu as vu la mer?
-Non
-Alors qu'est-ce que t'as fait?
-J'ai vieilli.

jeudi, 29 octobre 2009

BON OU PAS BON

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11h24, terrasse d'un café, gare de Lyon.
La moitié d'une heure avant de monter dans un TGV.  Dans mon sac, Hôtel Hilton. Ce matin, je l'ai pris sans conviction. Comment l'accorder avec le fracas du paysage propulsé contre la vitre tout à l'heure? A l'intérieur du café, un homme est là, depuis longtemps à en juger par le nombre de feuillets répandus sur sa table. Son regard semble chercher par intermittence l'inspiration autour de lui. Nos regards se croisent, je connais ce visage, cheveu ras, carrure carré (sic) d'un homme entre deux âges. Connection google-images sur mon portable, recherche photos François Bon. Au cheveu frisé et aux lunettes rondes près, on y est presque. Pourquoi n'est-il pas encore possible de prendre quelqu'un en photo, de la balancer sur le net en une recherche google-nom? Je règle ma consommation, résignée à ne pas percer le mystère. L'amie qui  m'accompagne ne se décide pas si facilement à abandonner la partie. Elle veut nettoyer son coeur, elle part le lui demander.
Résultat: s'il griffonne autant de pages, c'est qu'il a des démêlés avec la justice. Rendez-vous est donné à cette même terrasse dès qu'il aura écrit son premier roman.
Joli scénario pour un François Bon qui aurait voulu passer incognito...

mercredi, 21 octobre 2009

BOUVARD ET PECUCHET

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Après une journée passée sur les ponts -de pierre ou d'Europe et je passe sous silence les averses soudaines et à répétition- l'envie me prend de vous parler de la lecture à haute voix entendue hier soir. J'aime bien dire "haute voix" et non "voix haute". Au-delà de toute idée reçue, on pressent le livre tourneboulé, mastiqué et fait sien.
Bouvard et Pécuchet, donc, lu par Patrick Pineau et Hervé Briaux. Ces deux-là étaient comme larrons en foire sur scène. Flaubert, ils s'en étaient déjà approchés l'année dernière avec la correspondance mais là il y avait de la jubilation dans leurs mains qui se frottaient avant de repartir le long des pages.
Je n'avais pas ouvert ce livre depuis les années fac, j'en avais oublié combien il était drôle. L'avais-je seulement perçu? Bouvard et Pécuchet ou comment épuiser deux vies en des chantiers toujours recommencés. Et puis le roman qui s'achève, inachevé et nos rires frustrés de devoir en rester là. Le mot de la fin, Pineau l'a placé dans la dernière phrase d'un roman lu le matin même, écrit à la hâte sur une feuille devenue moite depuis, peut-être comme un viaduc à ce qui précédait:
"On peut tout te prendre; tes biens, tes plus belles années, l'ensemble de tes joies, et l'ensemble de tes mérites, jusqu'à ta dernière chemise -il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué."
L'attentat, Yasmina Khadra

dimanche, 20 septembre 2009

NOTES DE CHEVET

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Lu sur le site d'@rrêt sur images que l'omniprésident lit Proust dans le Figaro -comprenez dans la collection de La bibliothèque du Figaro.
Tant que d'aucuns continueront à veiller tard, seuls et solitaires, parce qu'ils lisent La recherche dans le texte, peu m'en chaut...

 

 

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lundi, 27 juillet 2009

VENT DU SUD

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Photo de Moucheron

Il me faut quitter mes îles indigo quelques temps et rejoindre au plus vite Petite Terre. Là-bas, le roi est mort et tout dans l'air vespéral dit son chagrin. Brit, chargée d'années, m'attendra sans doute sur le rivage -peut-être l'avez-vous déjà croisée, vous aurez été marqués alors par les uh-uh qui ponctuent invariablement ses phrases. Elle ne sait pas encore qu'elle ne peut plus prétendre à plus d'éternité que le xéranthème. Elle est sans aucun doute entièrement responsable de tout ce qui se produit sur Petite Terre aujourd'hui -que pensait-elle qui pourrait se réaliser d'autre en agissant comme elle l'a fait?- sans parler du feu qui brûlera, de ceux qui demain auront aussi définitivement tourné la page. Qu'elle en soit remerciée, sans elle, ce voyage n'aurait pas lieu. Il sera là aussi, le Grand Conteur, l'air goguenard de ceux qui se réjouissent de tenir entre leurs mains des possibles à l'infini. Tantôt, il prétendra ne pas en savoir plus que ceux de Petite Terre, tantôt, il me happera hors de tout ce brouhaha pour me dévoiler le fond du décor.
J'aspire à un voyage long et tumultueux. En attendant, je laisse les loupiotes allumées et la porte entrouverte...

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Le chagrin du roi mort, Mourlevat
Gallimard jeunesse

mercredi, 24 juin 2009

LA TOURNIQUETTE À VINAIGRETTE

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Je me souviens qu' il fallait attendre le vendredi soir pour voir une émission littéraire.
Regarder Apostrophes c'était l'assurance pour moi de me coucher tard. Ma mère somnolait déjà dans le fauteuil tandis que mon père levait enfin le regard de sa pile de dossiers.
Je me souviens que la plupart du temps Pivot recevait une tablée d'auteurs et quand c'était jour de fête, il se lançait dans un tête à tête.
Je me souviens de la barbe hirsute de Soljenitsyne et des lunettes amusées de Duras.
Apostrophes a fait place à d'autres émissions: est-ce parce que se coucher tard ne dépend plus que de moi ou parce que j'ai beau sucer la madeleine sans qu'aucun charme n'opère, aucune ne m'a séduite. Trop de cire-godasses et repasse-limaces ou de chasse-filous. Je me contente de blogs dits littéraires. Je suis d'une ligne distraite Assouline, par contre j'aime que le blog de François Bon soit sous l'égide de Rabelais. La désillusion du dernier personnage de Mabanckou, Fessologue dans Black bazar, me convenait presque:
"Je n'avais pas entendu parler de cet écrivain avant. Moi je suis un type très prudent avec nos contemporains, je ne lis que les morts, les vivants m'énervent, ils m'agacent. Quand tu les vois à la télé ils te font des discours sur ce qu'ils écrivent et ils sont satisfaits comme s'ils avaient trouvé la pierre philosophale après avoir résolu la quadrature du cercle ou rempli le tonneau des Danaïdes. Alors que les morts, ils ont fait leur oeuvre, ils ont tiré leur révérence, ils reposent en paix dans des cimetières marins ou au pied des saules pleureurs, ils nous laissent dire ce qu'on veut sur ce qu'ils ont pondu parce qu'ils savent que tôt ou tard on sera obligés de les lire si on ne  veut pas être traîtés de cancres par les beaux-parents au cours d'un dîner."
Pourtant, là, je ressors d'un drôle de bouillon: j'ai regardé quatre émissions dites littéraires à la file, un peu comme on rattrape d'un coup une saison entière d'une série culte. D@ns le texte, sur le site d'arrêt sur image, j'ai vu Michon qui toujours enveloppe son front de sa main droite pour trouver une réponse au plus juste et Lanzmann, le cou avalé par les épaules. Sur Le bateau libre, j'ai vu Philippe Grimbert et Gérard Genette: la présence de la table les garde plus immobiles, à moins que ce ne soit le roulis de la Seine?
Codicille, La mauvaise rencontre, Le lièvre de Patagonie, Les onze seront mes prochaines lectures car dans ces deux émissions pas d'éventre-tomates ni d'écorche-poulet, juste un espace où tentent de se cotoyer des impressions de lecture et des parcours d'écriture.
Le tonneau des Danaïdes continue de fuir et c'est bien comme ça.

dimanche, 14 juin 2009

DÉSERT

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Désert: adjectif ou nom masculin, tous deux tirent leur racine du latin desertus "inculte, sauvage", participe passé adjectivé de deserere "se séparer de, abandonner, délaisser".
Le désert, donc, un lieu de non-culture? Allons voir de l'autre côté de la rive et jetons un de -prononcez dé- au passage. A deserere s'oppose serere "joindre, enchaîner, unir, attacher". De là viennent les sermons et les dissertations. Serait-ce pour leur enchaînement dans les idées?
En hébreu, qui à l'écrit est une langue uniquement consonnantique, existe un mot MDB. Prononcez-le "midbar" et il signifie "désert". Dites "médaber" et c'est "la parole" qui est là.

Pour moi, Désert c'est le roman de Le Clézio. Je garde de cette lecture un souvenir irréfragable qui a occulté celles qui ont précédé. Début des années lycée. Un espace urbain hautain, figé par le grand siècle. Des rues balayées par les sermons et les dissertations en guise de parole. Et la lecture* de Désert, les pieds dans la Cité de Lalla, la tête à hauteur des dunes et le ciel qui entre dans les yeux.
Ce Désert-là m'a ouvert un espace inculte.

* Lecture de Désert par Charles Berling lors du marathon des mots sur France Culture, le 13 juin 2009.
A été aussi retransmis lors de cette journée le discours de réception du prix Nobel de littérature Dans la forêt des paradoxes.

 

lundi, 18 mai 2009

BOUTS DE MONDE

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Que peut-on connaître du monde ? De notre naissance à notre mort, quelle quantité d’espace notre regard peut-il espérer balayer ? Combien de centimètres carrés de la planète Terre nos semelles auront-elles touché ?
Perec, Espèces d’espaces

lundi, 20 avril 2009

VENT PRINTANIER

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Photo d'Anita

Ca y est les vacances de printemps sont arrivées et pour moi une grande respiration...
J'ai mis un peu d'ordre dans le jardin: les herbes adventices, communément appelées "mauvaises", ne sont toujours pas enclines cette année à quelque bonté. Je ne procède jamais à leur extermination sans avoir une pensée pour Ruines de Rome de Pierre Senges. Peut-être un jour oserai-je leur laisser le champ libre...
J'ai lavé le hamac qui, tout une saison durant, dans l'entrée de la dépendance, a ouvert sa trame aux visites catarrhales de l'hiver. Une odeur tenace qui ne pouvait s'accomoder aux premières effluves de la glycine voisine.
Il ne me restait plus qu'à trouver un livre en accord avec cette volupté, les babouches abandonnées dans l'herbe. J'ai commencé par quelques titres retenus pour le prix France Inter. Paris-Brest de Viel, Traques de Clémençon. Inspirez, expirez, ci-gît l'inavouable des familles. Du coup, j'ai enchaîné avec un roman à la couverture faux-semblant-bouton-d'or, en prétendue harmonie avec le gazon fraîchement tondu. Quand je l'ai ouvert, le seul souvenir de nature qui s'est imposé à moi a été le frais cresson bleu et des haillons d'argent dans un trou de verdure. L'homme barbelé, Béatrice Fontanel en avait parlé en octobre. J'avais hâte de voir comment son ton iconoclaste pourrait ouvrir le placard de famille et dire Ferdinand, le grand-père, héros des deux guerres et tyran domestique. A chaque tournant de page, je m'attendais à lire la boussole de mon grand-père, pièce authentique du musée familial qui lui avait permis de s'échapper des travaux forcés en Allemagne. Ceci dit, elle y parle aussi du printemps, à sa manière...
"L'almanach s'est ouvert au hasard, en mars. Le mois de l'arrestation de Ferdinand. On peut y lire les travaux du mois: Au jardin: bêcher et semer: pois, carottes, radis, fèves. (...)Au verger: tailler les arbres. Commencer le greffage, supprimer les chancres, cicatriser les blessures...
Les détenus des camp avaient souvent des furoncles qui s'infectaient, furoncles qu'ils ne savaient pas comment protéger et qui suintaient.
A la rubrique "Vie naturelle" de l'almanach est annoncé le retour de la grive et du pigeon ramier. (...) Cueillette des plantes médicinales: bourgeons des sapins, fleurs de tussilage, primevères...
Les bourgeons m'ont toujours mise mal à l'aise. Je n'ai jamais compris pourquoi tant de gens s'attendrissaient devant eux. Lorsque j'avais quatorze ans, une prof de français nous avait demandé d'écrire un poème sur le printemps. A l'époque, je connaissais peu de choses sur la Shoah. J'avais écrit en rimes bancales que le printemps puait, que les bourgeons velus et collants n'étaient que putréfaction annoncées, furoncles de saison. (...)
La semaine dernière, en travaillant à la rédaction d'un livre pour enfant sur l'histoire de France, j'ai appris que les grandes rafles entreprises un peu partout en Europe en 1942 avaient été baptisées par les nazis du nom de "Vent printanier"."
Demain, il faudra que je me trouve des lectures en adéquation avec la saison. Je pensais à la mignonne de Ronsard, mais il me semble que c'est encore une histoire qui finit mal...

Ce mardi 21 avril, le vent a soufflé sur Calais...

mercredi, 04 mars 2009

LE TEMPS DES MIRACLES

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Photo de l'autre bout de l'Europe, de Matthieu


Son histoire, Koumaïl, dit Blaise Fortune, pourrait la raconter comme s'il l'avait vécue mais Gloria Bohème sait si bien trouver les mots qu'il préfère la laisser dire, dans les méandres de sa mémoire et de son imagination. Alors, il se blottit dans les douceurs de son embonpoint et écoute les temps oubliés. Comment Gloria a quitté les vergers de son père Vassili, comment elle l'a sauvé d'un Caucase en guerre où les trains déraillent et offrent des passeports français. Lorsqu'ils reprennent la route de l'exil, les histoires de Gloria ont ça de bon qu'elles rendent la vérité supportable. Dans leur sac, un samovar, une radio sans piles, un violon sans cordes et un atlas vert avec des pages. Du Caucase jusqu'au pays des droits de l'homme et de Baudelaire, en passant par la Russie, l'Ukraine, la Moldavie, la Roumanie, Koumaïl y suit leur avancée cahotique, page après page, et à ces lèvres ces mots ou plutôt ce mot: "jemapèlblèzfortunéjesuicitoyendelarépubliquedefrancecélapurevérité."
Dans ce roman, "la pure vérité" ne se laisse pas saisir au premier détour: sans cesse rocambolisée, on la pressent mais on ne veut pas l'approcher trop vite, que l'histoire dure encore quelques pages...
Le temps des Miracles d'Anne-Laure Bondoux a ce quelque chose, ce presque rien qui éloigne l'espace d'une lecture le risque "d'attraper un désespoir".

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Anne-Laure Bondoux dévoile les méandres de son écriture par , sous l'égide de la plus pure vérité, bien sûr!

samedi, 21 février 2009

LE CHANT DES SIRÈNES (FIN)

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Je dis à Chaker:
- Qu'ils fassent vite. Je ne leur en voudrai pas. D'ailleurs, je n'en veux plus à personne.
Puis je me concentre sur les lumières de cette ville que je n'ai pas su déceler dans la colère des hommes.
In Les sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra

jeudi, 12 février 2009

LE CHANT DES SIRÈNES

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Beyrouth retrouve sa nuit et s'en voile la face. Si les émeutes de la veille ne l'ont pas éveillée à elle-même, c'est la preuve qu'elle dort en marchant. Dans la tradition ancestrale, on ne dérange pas un somnambule, pas même lorsqu'il court à sa perte.
In Les sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra, Julliard

dimanche, 08 février 2009

ORPHELINE

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Gravure de Lambert Doomer

Lire c'est entrer en deuil lorsque se profile la dernière page, la dernière ligne. Dans ces moments-là, j'envierais presque ceux qui jamais ne lisent.
L'attentat, puis Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra engloutis dans une incivique absence au reste du monde. Attendre en une impatience fiévreuse le retour des Sirènes de Bagdad à la médiathèque.