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mardi, 01 janvier 2013

Aujourd'hui résolutions révolutions.

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Découpage
ou
Restes de la fabrique de confettis
Maurice Pommier

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Sur mes îles, deux rituels sont pratiqués: célébrer le solstice d'hiver et ouvrir la nouvelle année avec le découpage de l'Ours. En 2011 et 2012, les poules et le renard avaient tenté l'écriture d'une fable révolutionnaire. Les lendemains ne se sont pas mis à chanter pour autant, à peine ont-ils entonné la rengaine.
A en croire l'Ours, d'humeur saturnienne en ce jour, si quelque révolution accompagne cette nouvelle année, ce sera celle des astres sous l'oeil attentif de quelques experts:
"Les astrologues, après avoir effectué leurs travaux, ont déclaré qu'après l'année du dragon, nous échapperions à l'année de la poêle à blinis, mais que nous n'échapperions pas à l'année de la ceinture." Une année de morosité donc?
Tâchons de contrebalancer la prédiction, plaçons en contrepoint l'émission Pas la peine de crier qui consacre sa semaine à l'insoumission. Hier, Jeanne Benameur était invitée pour son dernier roman paru chez Actes Sud Profanes:des personnages sous le coup d'une fatalité qui entrent en lutte pour la vie; en tous, se soulève peu à peu comme une insurrection singulière. Dans un dialogue à bâtons rompus, il fut question de lecture qui multiplie la vie au risque de l'altération, d'écriture qui cherche la nudité sans plus rien avoir à craindre de l'impudeur.
De mon insularité, je nous souhaite, à moi, à vous qui passez ici, des insurrections confiantes pour "atteindre le vif de la vie".

mercredi, 21 novembre 2012

Aujourd'hui une chance.

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Aujourd'hui c'est une chance que la contrainte ne soit pas entortillée comme celle d'hier. Elle me laisse la liberté d'écrire dans la marge et d'y déposer une colère.
Que s'est-il passé dans la tête de certains de mes élèves vendredi soir? Dans la matinée, T., un petit gars du voyage scolarisé chez nous leur avait dit, comme on partage un bonheur, que ses cousins allaient venir le chercher à la fin des cours. Toute la journée, la rumeur a pris forme, s'est nourrie d'elle-même, s'est mise à enfler, à gonfler, s'est réjouie de prendre de telles proportions. A 17h, elle avait la grande satisfaction de dire cela, la rumeur: les gitans, armés jusqu'aux dents allaient venir les égorger. Certains sont sortis avec leur compas dans leur poche, d'autres leurs ciseaux, prêts à en découdre.
Lundi matin, nous avons effectivement décousu tout cela: la peur de l'autre qui peut faire battre le coeur avec une certaine jubilation, les préjugés. J'ai demandé si leur mémoire avait fait des confettis de l'album lu en début d'année, Ogre, cacatoès et chocolat de Cécile Roumiguière et Barroux. Pourtant, ils m'ont raconté l'ogre tapi dans son ennui et dans la forêt. Il a une sale réputation, l'ogre. Dans la bouche des mères, c'est le monstre avec toute sa cohorte de on dit. D'ailleurs, sur la page, il est énorme, noir et difforme. Ils se sont souvenus de Manon, la collectionneuse de bouts de papiers et de mots improbables. De leur rencontre. De la parole qui a ce pouvoir de percer la baudruche des peurs collectives d'un coup d'aiguille. De Barnabé -c'est l'ogre épouvantable de la première page mais maintenant il a un nom- qui sur la dernière page a une taille humaine.

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Je crois désespérément au pouvoir des mots. Rien ne m'est plus insupportable que ces situations qui s'enlisent parce que la parole n'est plus possible. Dans mon sac, ce matin, je rajouterai une pile de Dans les yeux d'Angel de Cécile Roumiguière. Je le prêterai à qui voudra le lire. Angel ou T. Que ce roman puisse les faire avancer.

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jeudi, 15 novembre 2012

Aujourd'hui dans le rôle principal il y a.

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6h00
Aujourd'hui, il se pourrait bien que ce roman-là détienne le rôle principal, en se voyant décerner le Goncourt des lycéens. Je mettrais bien ma tête à couper si je n'en avais pas besoin pour en finir la lecture.
Il a tout d'un polar: 2008, quelques mois avant l'élection d'Obama. Markus Goldman, après le succès retentissant d'un premier roman, est confronté à la page blanche qui le reste. Il accepte l'invitation de son maître et ancien professeur, Harry Québert, à venir le rejoindre à Aurora pour trouver l'inspiration. Elle lui est donnée lorsque dans le jardin est découvert le corps d'une jeune fille disparue trente ans auparavant. Ainsi débute l'affaire Québert. Vous n'avez plus qu'à espérer avoir assez de temps où l'on vous fiche la paix pour arriver prestement à la dernière page de ce thriller à la Capote.  
En cours de route vous remarquerez peut-être que les chapitres sont numérotés de 31 à 1, en une longue remontée de la mémoire. Trente et un conseils donnés par le maître au disciple comme autant de clés pour essayer de circonscrire ce que c'est que cet étrange acte qu'est l'écriture.
A suivre...

15h00
Cet après-midi, entre deux cours, je regarde s'il y a du nouveau sur la toile. Rien n'apparaît encore. Puis le message de Lora* tombe: la vérité sur l'affaire Harry Québert vient de recevoir le Goncourt des lycéens!!!  

samedi, 10 novembre 2012

Aujourd'hui une personne insignifiante. Vraiment?

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Alabama blues
. Je pressens en ouvrant le dernier roman de Maryvonne Rippert que le chemin depuis Métal Mélodie n'a pas été de toute quiétude. Faut dire que sa Mélodie avait raflé tous les prix de littérature jeunesse, avec une évidente impertinence. Laissant son auteure étonnée. J'imagine que certains soirs, on doute de trouver la blue note pour le suivant.

Alabama blues, ce sont Les Chics Types qui lui ont apporté l'idée de départ -créer un roman avec sa B.O., à huit mains- sur lequel elle a tissé sa trame.
Alabama blues
. Aux premières pages, je ressens le même désappointement qu'avec Métal Mélodie. Les personnages sortent très vite des coulisses. Une fois encore, elle prend le risque qu'on ne s'y attache pas. Ceux-là trouveront-ils le tempo pour former The Band? Lou, le gamin désorienté qui oscille entre ses familles recomposées, Lou la gamine qui menace de réduire en poussière le dentier du premier qui l'importunera, Les Chics Types qui répètent à la MJC et Dexter. Dexter, le joueur de jazz de la place de Paris. Dexter, le survivant d'une Louisiane engloutie par l'ouragan. On sent bien que sa présence a un sens. Qu'à ses côtés, il n'est pas possible de s'obstiner dans ses certitudes et ses désespérances. Il faut aller de l'avant, trouver sa note. A ce moment-là, les réticences des premières pages se sont évanouies et on aimerait que la lecture dure un peu plus qu'une matinée passée sous la couette alors que des trombes d'eau s'abattent sur les carreaux.

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vendredi, 09 novembre 2012

Aujourd'hui hommes et femmes.

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Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, goncourtisé.
Dans les jours qui viennent, vous allez en lire tant et plus des critiques littéraires qui vont essayer de parler du bistrot corse, des hommes et des femmes qui s'y arrêtent pour projeter, de leur chute inévitable.
Vous aurez l'embarras du choix. Les qui auront trouvé un chemin et s'y promèneront comme sur une avenue. Les qui heurteront les parois de leur propre labyrinthe et qui clameront que cette oeuvre-là résiste. Les qui la presseront comme un citron et brandiront la pauvre écorce, victorieux.  Les qui l'empaquetteront avant de passer à la suivante.
Je ne me prêterai pas à ce jeu. J'aurai bien trop peur de ne pas réussir à rendre au roman les frémissements tremblés qui m'ont traversée à sa lecture. Je déposerai seulement ici un lien: l'auteur y parle de son roman, avant tout ce chambardement.
Quant à moi, je retourne à la lecture de Où j'ai laissé mon âme.

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lundi, 01 octobre 2012

Aujourd'hui perte de.

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Hier, après-midi, je me suis allongée sur le banc, dehors, à côté du jardin des simples. Le soleil chauffait mon jean et mon squelette. Il semblait résolu à mettre un frein à l'automne. La vilaine toux qui me tient depuis quelques jours s’est estompée soudain. J'ai lu d'un souffle La princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy. Touchée au milieu de la cible par ce roman qui entrelace conte et récit, en une frontière moins simple que celle désignée par les pages. Qui dit l’absence et combien on peut filer sa toile autour de l’attente.
J'ai ramené sur mes îles cet extrait...
« Dans la vie, on croise des gens précieux, qu’on voudrait garder toujours autour de soi, mais qui, pour des raisons qui ne tiennent ni à eux, ni à nous, sont forcés de s’en aller. Ce n’est pas qu’ils nous abandonnent de leur plein gré, ni que nous soyons coupables de n’avoir pas su les retenir, c’est juste que parfois il ne peut en être autrement. Il m’est arrivé de chérir profondément des êtres que j’ai perdus, et c’est peut-être pour cela qu’on écrit, pour les retrouver et cheminer, l’espace d’un instant à leurs côtés. Comme si rien n’avait changé. »

 

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samedi, 22 septembre 2012

Aujourd'hui quatre murs.

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Salle d'attente de mon dentiste, hier après-midi.
On a tous une salle d'attente qui traîne dans notre tête et il y a fort à parier que vos images mentales ressemblent comme deux capsules médicamenteuses à l'espace où j'attendais. Pièce aveugle, sièges en plastique accrochés à quatre murs ochracés -un jour, je les déboulonnerai- affiches vantant les bienfaits d'un traitement anti-rides -j'aime bien trop les caresses laissées sur mon visage par le temps qui passe pour vouloir les gommer- feuille A4 rappelant aux détenteurs de la carte CMU quelques règles tranchantes -les pauvres, faudrait quand même pas que vous oubliiez que c'est grâce à la bonté de la société que vous pouvez encore prétendre à des soins!-  et bien sûr l'incontournable table basse croûlant sous un florilège de presse qu'on ne trouve qu'en ces lieux-là, opiacé du peuple.
Hier, donc, j'ai rejoint l'espace clos et étonnamment vide à cette heure. J'allais enfin pouvoir ouvrir le petit paquet attrapé au vol dans ma boîte aux lettres, sans regards indiscrètement posés sur mon épaule. Je n'avais rien de tranchant pour découper délicatement le papier kraft. Un savant emballage respirant à ce point l'amour des choses bien faites ne pouvait venir que d'un seul homme. L'Ours s'était sans doute installé sur sa table de cuisine pour le réaliser et tout en parlant avec celui ou celle qui était venu jusqu'à sa tanière ce jour-là, il avait tiré le papier kraft au cordeau, avait fait naître des angles parfaits comme d'autres tracent des cercles à main levée puis s'était tu le temps de marquer les adresses, la sienne et la mienne.
J'ai dû me résoudre à le déchirer maladroitement. Ai découvert L'école est finie d'Yves Grevet. Je vous en parlerai demain et aussi du petit mot glissé dedans parce que je ne dois pas être loin des cents mots autorisés par le grand contraigneur des 366. Juste vous dire qu'il y est question de notre monde dans un quinzaine d'années et que pour y prétendre à des soins dentaires il faut participer à une tombola ou, faute d'avoir été tiré au sort, aller  chez Solange, la bricoleuse. Un roman d'anticipation, vraiment?

jeudi, 07 juin 2012

Aujourd'hui orgueil.

366 réels à prise rapide,étonnants voyageurs,chamoiseau

Patrick Chamoiseau, Etonnants voyageurs, 2012

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Je trouverai d'ici peu les lignes pour vous parler de cet oiseau de Cham, de son empreinte à Crusoé. Dans le blanc qui me sépare de ce désir, sa réflexion sur l'orgueil de la langue...

Qu'est-ce que l'orgueil de la langue?
C'est quand on est pris dans un lexique admis, imposé ou précieux. La langue perd son orgueil quand elle est récapitulée, c'est-à-dire quand on peut y mettre librement des termes de toute époque, de toute origine, et quand elle est habitée par d'autres langues. De ce point de vue, le choc pour moi, petit créole, est aussi venu d'écrivains comme Rabelais... ou San Antonio. Ils secouaient, inventoriaient et mettaient le français à l'oral.
Libération, 21 mars 2007

mardi, 29 mai 2012

Aujourd'hui bijou.

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Parmi tous les livres que j'ai ramenés de St Malo, s'il en est bien un qui est un petit bijou c'est L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen. L'auteur m'était inconnu jusqu'à ce wek-end et pour cause c'est son premier roman. Je l'ai écouté lors d'une table ronde où s'était instauré un dialogue avec François Place sur le thème des cartes de l'imaginaire. L'auteur de l'Atlas des géographes d'Orbae a dit l'aimantation du voyageur pour les trop pleins ou trop vides de la carte, et à l'écouter on se doute bien que les terrae incognitae ne sont pas révolues, lovées dans ces espaces oubliés de l'oeil scrutateur du satellite. Reif Larsen, lui, se réjouit que toute carte ou tout roman soit confronté à son propre échec, celui de dire le monde. On se doute bien que cette quête de la carte et du roman parfait toujours remise sur l'établi ne l'accable pas, loin  de là.
A peine la table ronde finie, je me suis empressée d'aller chercher L'extravagant voyage; de François Place, je ne peux plus rien acquérir, j'ai déjà tout.

366 réels à prise rapide, françois place, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, reif larsen


J'ai mis une pause dans ma folle journée de samedi -la rencontre suivante pouvait bien attendre- et suis partie m'absenter au bord du port. On sait dès la première page que ce livre est un trésor, mêlant le récit de T.S. Spivet, enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie, ses cartes et ses dessins. J'en ai presque oublié le festival Etonnants voyageurs.

Aujourd'hui, je vous promets que la journée fut longue, je n'aspirais qu'à deux choses: croquer mon morceau de réel à prise rapide et me replonger dans le roman.
Un bonus offert par Colo, ici.

samedi, 17 mars 2012

NO LIFE

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Un nolife:personne qui consacre l'exclusivité de son temps à des jeux video. Cette addiction affecte ses relations sociales et sentimentales...
Ah oui? Un peu comme la Emma Bovary avec ses romans?
En espérant que les "no-life" trouveront une seconde vie grâce à une plume bien taillée...

19:09 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : no-life |  Facebook |

mercredi, 21 septembre 2011

LE GARCON QUI VOLAIT DES AVIONS

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Le garçon qui volait des avions, Elisabeth Fontenaille, doAdo, Rouergue

Le roman s'ouvre sur une dédicace "(...) à Colton Harris-Moore, aux enfants perdus" et s'achève sur une note "Colton Harris-Moore, le bandit aux pieds nus, a été arrêté le 11 juillet 2010, après des années de cavale éperdue". L'on se prend à douter. Elise Fontenaille se joue-t-elle du lecteur? Ce Colt qui non seulement vole des avions mais aussi de belles bagnoles et des hors-bords sur son île au large de Seattle, qui entre dans les maisons pour se réchauffer et passer des commandes sur internet, ce Colt, une légende en marche, les pieds-nus, ne serait donc pas tout droit sorti de son imagination? On cède à la tentation: aller voir si la page facebook et ses milliers de fans existent bien.
Le fait divers est bien là et la force du roman tient dans la polyphonie qui le structure: du narrateur externe à Colt, en passant par sa mère, une éducatrice, des voisins, une flic. Tous tentent, avec colère ou admiration, de dire ce gamin qui a décidé de brûler sa vie sous la forme d'un pied de nez à la société. De Colt à Eden de La cérémonie d'hiver, il n'y a qu'un pas qu'Elisabeth Fontenaille franchit.

 

lundi, 19 septembre 2011

CEREMONIE D'HIVER

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Celui-là, je l'ai défendu bec et griffes pour qu'il soit sélectionné pour le prix Dévoreurs de livres 2012. D'aucuns lui reprochaient une fin sans morale... La fameuse morale qui a fait sa rentrée avec tambours et trompettes cette année dans les classes devrait-elle s'immiscer aussi dans la littérature? Les livres sont là pour déranger et nous interroger sur le monde pas pour y tracer des autoroutes.

Vancouver, réserve n°7, 23ème étage de la Piazza Tower.
Là vit Eden –son nom comme un dernier écho au paradis perdu de ses ancêtres,
les Indiens de la tribu Haïda- la porte-fenêtre toujours ouverte sur l’océan pacifique.
Pour échapper à cette tour semblable à un épi de maïs, elle a choisi les airs, via son para, son delta ou son aigle Sky. Sa grand-mère, Violett le lui a répété si souvent: « Toi, ma beauté, tu seras libre parmi les aigles. » Sa liberté et sa vie,Violette les a perdues. Elle avait posé ses pas sur le sentier de la guerre contre ceux qui défiguraient sa Terre : réorganisation de l’espace en vue des Jeux Olympiques oblige.
La phrase est courte, hachée, aiguisée. Elle scande la colère d’Eden. Elle ne fera pas machine arrière, elle vengera sa grand-mère et son arme sera son aigle.
P.S: Le personnage de Violett est inspiré d'Hariett Nahanee, morte d'une pneumonie attrapée en prison. Elle y avait passé quinze jours pour avoir osé s'opposer à un gouvernement dont la préoccupation unique était les JO à Vancouver. Morale, vous avez dit morale?

samedi, 17 septembre 2011

TOUT PRES LE BOUT DU MONDE

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Tout près le bout du monde, Mathilde Lethielleux, Flammarion

 Le bout du monde : une ferme et sa grange en ruines pour adolescents en morceaux. Un lieu à rénover, un lieu où se reconstruire.  Mais le contrat passé avec Marlène, famille d’accueil à elle toute seule, est sans appel: pour rester, Jul, Solam et Malo doivent tenir leur journal de bord au quotidien.  Malo le fera consciencieusement, un peu comme on fait ses devoirs. Jul adressera le sien à son amour perdu qu’elle n’est pas sûre de vouloir retrouver. Quant à  Solam, il se pliera à la contrainte avec ses mots engorgés de rage et de hargne.

Trois écritures donc, trois points de vue, trois parcours qui au fil des pages vont relever la tête, ensemble. Et si l’obligation des mots à tracer chaque soir avait permis justement de reprendre la route le cœur moins lourd?

 

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dimanche, 24 juillet 2011

LA BALLADE DE SEAN HOPPER

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Ai achevé ce matin La ballade de Sean Hopper de Martine Pouchain. Situé à la frontière des territoires d’Irving et Faulkner. Et puis toujours ce personnage essentiel au roman: l’enfant sans parents. Ici Bud, rapport à sa mère sans instinct maternel, juste une grand-mère indienne qui ne dit plus mots, Rê son corbeau et les branches du châtaignier : y voir sans être vu, ou presque, Sean Hooper, la terreur de la région, sur sa terrasse. Bud, le narrateur omniscient mais pas passse-murailles, promis il nous expliquera comment il fait pour tout savoir mais pour l’instant merci de suivre l’histoire. Et Sean, le taciturne, qui en viendra lui aussi aux mots lorsque les mains seront devenues inutiles, dire la fêlure et les craquelures. Quelle émotion à lire le chemin de traverse de cet homme –acheveur de bovins- qui accepte de se réconcilier avec la vie et de la regarder droit dans les yeux, après s'être perdu tant de fois dans la pupille d’une vache affolée.

mercredi, 06 juillet 2011

FACE DE PILE

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C’est drôle un blog qui commence à empiler les années : des strates s’y dessinent –me suis amusée à revenir sur les billets des étés précédents- et le début des grandes vacances rime avec le comité de pré-sélection du prix Dévoreurs de livres.

Je suis revenue, donc, du dit comité, avec cette pile et la certitude de ce que je lirai cet été : ceux étiquetés sur la tranche, ceux-là pourront lester le fond de mon sac à dos lors de mes périples bretons et ceux ni couverts ni ouverts encore, ceux-ci, faudra les lire avec emprunt, ne pas les délaisser sur la pelouse le temps d’une sieste, ne pas écorner la couverture.

Par où commencerai-je ? Quelle logique choisir ? Du plus mince au pavé ou inversement ? Du haut de la pile à sa fondation ? De la tranche la plus vive à la plus terne ? De celui dont le résumé me tente le moins à celui dont je pressens qu’il sera sélectionné en septembre? A ce jeu-là, j’avais failli louper le prix de cette année Métal mélodie

mercredi, 20 avril 2011

LE COEUR REGULIER

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Le coeur régulier. Ma lecture atttendait la rencontre de ces deux mots, espérait percer le titre comme une intrigue. Coeur régulier: un coeur sans encombres, un coeur qui n'en finit pas de reproduire le même rythme, faute de troubles?
Pourtant c'est au-dessus d'une faille que ce roman s'ouvre, de celles qui font que justement le récit est possible, de celles nées d'un séisme: au bord, le coeur ne peut rester endormi, faire comme si les renoncements et les trahisons étaient partie prenante de la vie.
Pour Sarah, la faille, c'est la mort du frère.
D'un côté, une vie de femme et mère, à peine étonnée par un devenir inéluctable. Une vie de cadre qui ne réussit plus à être dynamique, que laisse insensible un stage de motivation bruyant et vain sur la côte bretonne. La nuit venue, elle remonte le couloir de l'hôtel, l'oreille plaquée sur des portes fermées.
De l'autre côté, diptyque parfaitement réglé,la falaise japonaise: étonnant finistère où viennent se jeter des hommes et femmes au bout du rouleau. Ultime rivage où Sarah remonte les traces d'un frère qui avait trouvé là, avait-il dit, la paix.
Là, se tient aussi Natsume Dombori, extraordinaire personnage qui, nuit après nuit, défait ce que l'Ankou tentait d'amorcer. S'il est un coeur régulier, c'est bien le sien: "un lac immense et calme se déploie à l'intérieur de lui, des étendues fluides lumineuses et souples". Personnage de passage qui permettra à Sarah de rejoindre l'autre bord de la faille, attentive aux battements de son coeur.


samedi, 16 avril 2011

CE QU'AIMER VEUT DIRE

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Tombe du plongeur, Paestum


Vendredi 15 avril
Qu’as-tu fait de tes frères ?
, Claude Arnaud, Grasset

Pour avoir trouvé du Caïn et Abel dans le précédent titre sélectionné pour le prix Inter, il me semblait justifié de continuer par celui-là. Je ne saurai jamais si l’auteur finit par répondre à cette interrogation et peu m’en chaut. Une écriture gonflée de ses propres béances, un univers familial étriqué, trois frères mais pas de plat de lentilles…

 

Samedi 16 avril
Ce qu’aimer veut dire
, Mathieu Lindon, P.O.L

« Les êtres qui méritaient qu’on leur rendent hommage, je les avais connus mieux que ceux qui leur rendaient hommage et ça faisait des années que, de toute mon affection et de leur vivant, je leur rendais hommage à ma façon, sans attendre une occasion sinistre. »

Tout ce récit pourrait se condenser, se resserrer autour du mot « hommage », au sens premier du terme. Rendre hommage, c’est accepter de devenir l’homme de quelqu’un, de devenir homme par quelqu’un, serais-je tentée de dire. Deux figures tutélaires : le père Jérôme –Lindon- et l’ami Michel –Foucault-. Un lieu : l’appartement rue de Vaugirard et son fauteuil tout au fond avec sa cohorte de LSD sur un air de Malher.  

Je ne suis pas sûre à l’issue de ce récit d’être capable de dire ce qu’aimer veut dire pour Mathieu lindon. Lui-même le dit-il qui clôt la dernière page par la sinistre blague carambar du maître qui face aux ossements de son chien, regrette que ce dernier ne puisse s’en régaler?

Le récit est à la fois puéril, fier d’être habité par ceux-là qui font la une de Libération à leur mort, je rajouterai à la liste Sam -uel Beckett- et Hervé -Guibert-, mais nous laisse à la porte : on n’y était pas convié et on regrette d’avoir voulu le croire.

Dimanche 17 avril
Revenir sur ce que j'ai écrit hier. Tenter d'affiner un verdict trop rapide. Que resterait-il de Ce qu'aimer veut dire si le récit n'était traversé que d'une cohorte d'anonymes? Est-ce cela qui dérange tant: que son auteur prône lui-même cet anonymat de pacotille en n'offrant à la lecture que des prénoms grossièrement amputés de leur nom? Ce n'est pas à la porte que le lecteur reste. mais l'oeil dans le trou de la serrure.

mardi, 05 avril 2011

Enlèvement avec rançon

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Le prix inter, c’est reparti ! Cette fois-ci je m’y tiendrai. Laisser sur mes îles des traces de lecture des dix romans sélectionnés !

Comme chaque année, je suis allée rafler à la médiathèque les titres disponibles et réserver tous ceux qui étaient déjà empruntés. Revenue avec le roman de Ravey et celui de Mathieu Lindon.

 

Enlèvement avec rançon, Yves Ravey, Les éditions de Minuit


La phrase est brève, hachée, faussement simple, sans cesse recommencée. Le scénario semble contenu dans le titre Enlèvement avec rançon. Et reviennent à la mémoire quelques romans noirs.

Pourtant tout se joue ailleurs, on en est sûr : Max et Jerry. Deux frères. L’un, Max, fidèle et encombré de sa fidélité : les fleurs déposées sur la tombe du père, la mère coupée de sa mémoire dont il prend soin en pointillés obligés, les vingt-deux ans passés comme comptable dans une entreprise d’emboutissage. L’autre, Jerry, que rien ne semble rattacher à rien : revenu de l’autre côté de la frontière après des années passées en Afghanistan, dans sa poche, une arme israélienne et son assurance arrogante.
Max et Jerry, donc, comme il y eut Caïn et Abel. Et l’on attend le fratricide inévitable avec pour toile de fond l’enlèvement de Samantha, la fille de Salomon Pourcelot, le patron de Max. On se félicite même d’être un lecteur aguerri quand cela arrive enfin.
Force est alors de reconnaître qu’aveuglé de notre arrogance assurée, il faut reprendre la lecture à la première page et retrouver tout ce que nous n’avions su voir…

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mercredi, 16 mars 2011

LA TERRIENNE

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Terrienne, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard

 

Quand on lit le dernier roman de Mourlevat, on se surprend à l’aimer, la terre, malgré tout, malgré ses tsunamis, malgré ses centrales nucléaires qui risquent de flancher à tout moment, malgré l’air qui menace de devenir irrespirable.

Quand on a lu Terrienne, on ne transpire plus, on ne respire plus de la même façon: cela ne se peut plus. Cela fait un bruit particulier à chaque passage, inspiration-expiration-inspiration. L’on veut réessayer tout de suite, sans attendre, pour s’assurer que cela continue. On a envie de tester les larmes au plus vite, pour s’assurer qu’elles sont bien là, en réserve, et les rires…

Etonnant roman qui voudrait nous faire croire que nous sommes loin du Combat d’hiver. Cela commence sur la départementale 8 entre Saint-Etienne et Montbrison : la route d’Etienne Virgil, 71 ans, auteur au bout du rouleau littéraire, croise celle d’Anne Collodi, 17 ans. L’un prend l’autre en stop. L’un a dans son portefeuille la photo de la femme aimée qui ne reviendra plus, l’autre tient dans sa main un scarabée vert, symbole de l’éternel retour. Tout les oppose trop pour ne pas continuer la route ensemble, de l’autre côté, là où faute de rire on cliquète : elle pour y trouver sa sœur, lui  pour l'aider mais aussi « pour voir l’autre côté du réel dont (il) parle dans (ses) livres. » Tout nous attache à ce couple hétéroclite.

Aussi, Monsieur Mourlevat, si vous passiez par là, je tiens à protester au nom de la sacro-sainte communauté de vos lecteurs. Comment avez-vous  donc pu penser l’impensable dans le chapitre Mangiate ? Comment vous êtes donc vous laissé séduire par cette idée qui passait par là ? On vous sent mal à l’aise, vous déclinez presque toute responsabilité : « je suppose qu’il se passerait quelque chose d’inattendu, quelque chose que personne n’aurait pu prévoir : ni les deux héros, ni le lecteur ni même l’auteur ». Et pourtant l'irréparable est là; on se prend à espérer que c'est pour de faux. Vous ne revenez pas sur votre geste, si ce n'est avec le titre du dernier roman d'Etienne Virgil, Le saut de l'ange.

P.S.: une telle révolte est sans aucun doute à la hauteur du plaisir que l'on a à lire votre roman...

 

samedi, 13 novembre 2010

PARLE-LEUR DE BATAILLES, DE ROIS ET D'ELEPHANTS

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Pour que le XVIème siècle soit placé sous l'égide de la Renaissance, qu'a-t-il fallu mettre à mort au préalable? Qu'est-ce qui a fait sursaut dans cet entre-deux, dans ce passage d'une rive à l'autre? Anodine question qui s'extirpe de ma poche au fil de mes déambulations.
Devant la Dive Bacbuc de Garouste,oeuvre circulaire déployée aux rires de Rabelais.
A la lecture du dernier roman de Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants.
Pas de batailles, de rois ou d'éléphants, juste quelques lignes dans le carnet de Michel-Ange,faille suffisamment entr'ouverte pour faire récit. Le voyage donc à Constantinople de l'Homme de la Renaissance. Attiré par une commande du Sultan, invité à dessiner un pont entre deux mondes, au-dessus de la Corne d'Or. Pour surpasser Léonard de Vinci ou pour renaître ailleurs?
"Tu n'es pas venu jusqu'ici pour me connaître, tu es venu pour construire un pont, pour l'argent, pour Dieu sait quelle autre raison et tu repartiras   identique, inchangé, vers ton destin. (...) Chaque jour te pousse  vers le suivant sans que tu ne saches l'habiter vraiment"
Plus à l'aise pour tendre un pont que les bras, Michel-Ange s'en reviendra traversé de désirs inaccomplis.
"D'Istanbul, il lui reste une vague lumière, une douceur subtile mêlée d'amertume, une musique lointaine, des formes douces, des plaisirs rouillés par le temps, la douleur de la violence, de la perte: l'abandon des mains que la vie n'a pas laissé prendre, des visages qu'on ne caressera plus, des ponts qu'on n'a pas encore tendus".

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mercredi, 03 novembre 2010

SUKKWAN ISLAND (2)

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C'est donc lui qui vient de décrocher le prix Médicis étranger 2010... J'en avais parlé par là. Une certitude ce soir, c'est que, dans plusieurs demains, des scènes de ce roman seront encore poinçonnées dans ma mémoire; malgré moi.

 

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mardi, 26 octobre 2010

ROUGE BALA

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Cécile Roumiguière et Justine Brax
Edition Milan

A Hannah...

Je l'ai trouvé dans ma boîte, ce soir en rentrant. Il avait dû s'écorner un peu pour y trouver place. Rouge Bala, je l'ai ouvert tout de suite remettant à plus tard les parties d'échec avec le frangin -de toute façon c'est plus souvent échec que mat pour moi. Je l'ai ouvert, touchée par la dédicace de Cécile Roumiguière. Depuis que j'ai parlé sur mes îles de Pablo de la Courneuve, elle continue de tisser le lien.
Bala à la frontière de l'enfance, Bala qui ne veut pas être marquée trop vite du bindi rouge de la femme mariée, Bala qui demande à choisir sa voie, rouge Bala.
Cécile Roumiguière fait partie de ces auteurs placés à la frontière, de celle que les ados franchissent le coeur à vif et le regard fier, voudraient être vite de l'autre côté et pourtant un bout de semelle renâcle au creux de leurs certitudes. A côté d'elle, je place Maryvonne Rippert. Pas étonnant que ces deux-là se soient retrouvées dans l'écriture à huit mains de Blue cerises. C'est ce que je me disais ce matin, coupée de tous, sous  la couette, en lisant la saison 1 in extenso ou presque puisqu'Amos est introuvable ...
Heureuse que l'auteur de Métal mélodie ait rencontré une poignée de mes collégiens le week-end dernier au salon du livre de littérature jeunesse d'Evreux. C'est une chose d'être passeuse de frontières mais quand en plus les mots sonnent juste où il faut, ils franchissent la ligne moins écornés.

 

 

 

lundi, 04 octobre 2010

SUKKWAN ISLAND

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Refermé hier soir après le dernier mot de la dernière ligne de la dernière page. Je savais que je ne voulais pas le réouvrir aujourd'hui. Ne pas avoir à replonger dans cet univers une nouvelle journée. Déposé ce soir à la médiathèque. Le mettre au plus vite à l'écart. Voici un roman que je ne relirai pas, l'expérience la plus violente en littérature que j'ai vécue jusque-là.
Le point de départ: un père et son jeune fils partent vivre en Alaska, sur une île habitée par le vent et les ours, pendant un an. Pour se prouver quoi? Pour réparer quoi? Le lecteur ne le saura jamais tout à fait. Un roman en dyptique, la première partie sous le regard du fils , la seconde sous celui du père -et pour cause.
Nombre de critiques ont trouvé à ce premier roman un équivalent cinématographique: Délivrance. Nulle scène de sodomie au rythme de couinements. On est au-delà. L'indicible y est dit.

Revenue de la médiathèque avec un autre titre sélectionné pour le prix Médicis étranger: Purge de Sofi Oksanen. J'aimerais que celui-ci lave ma mémoire de celui-là.

Revue de presse par là.

lundi, 06 septembre 2010

MADEMOISELLE SCARAMOUCHE

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Que c’est bon, oublieuse des slogans peints ce matin sur un drap de lin, oublieuse des manifs de demain,  que c’est bon de se glisser dans ce roman de cape et d’épée. L’espace d’une après-midi, se laisser engloutir dans une époque où les improvisations de la commedia dell’arte rivalisent avec le théâtre de Molière,  où l’héritière des mousquetaires s’appelle Scaramouche. A chaque page sa péripétie, en une machine bien rodée.  Il faudra bien quelques dei ex machina pour que tout se dénoue.  Qu’importe !

Juste envie de vous le dire, juste envie d’y retourner.

A chaque jour suffit sa peine…

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mardi, 31 août 2010

RENTREE

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Puisque les fraisiers fraichement replantés s'envoient en pleine terre...

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Puisque au creux du bientôt four à pain, un dialogue s'est établi entre les briques réfractaires, le sable et la bauge...

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Puisque je viens de terminer Le cercle des incorrigibles optimistes de Guenassia...

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... je peux rentrer.

 

samedi, 21 août 2010

VERITAS (2), PEINE MAXIMALE

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Vérité n.f. - lat. veritas, de verus "vrai, conforme au réel".
L'anglais a emprunté à l'anglo-normand verdit "véritablement dit", passé en français sous la forme anglaise verdict.

Pour dire vrai, j'aime les plis de cette dernière quinzaine d'août. Après les virées estivales, le Morvan, les Landes et la Bretagne -aucune logique géographique dans mes déambulations cette année- le quotidien à la Biquetterie. L'été a chassé les premiers signes d'automne, je remets aux jours gris le mur au-dessus de l'escalier à isoler et les plinthes n'abandonneront pas tout de suite leur emballage. Aujourd'hui comme hier, je planterai après avoir désherbé, désempierré, toutes les plantes dont les Bretons aromaticulteurs ont rempli notre voiture au moment de se quitter sous un crachin du style il pleut sur la campagne comme il pleure dans nos coeurs.
Avant cela, retour sur un roman lu pour la sélection Dévoreurs de Livres. En laisser l'empreinte sur mes îles: Peine maximale d'Anne Vantal (Actes sud)

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La couverture: stéréotypée, elle malmène le récit qu'elle cache.
Le lieu: un tribunal
Les faits: un cambriolage qui a mal tourné suivi d'un kidnapping d'enfant. Kolia risque jusqu'à trente ans, à côté de lui sa soeur Léna complice -malgré elle?- et dans le public, Anna, la petite dernière de la fratrie.
Au départ, donc, rien d'autre qu'un fait divers, de ceux qu'on lit rapidement dans le journal et qu'on oublie aussitôt. C'est compter sans la plume d'Anne Vantal. Son récit balance de point de vue en point de vue: ceux des herminés que n'étonnent plus les rituels , du président aux avocats, ceux des accusés et des victimes. Il y a aussi les jurés et on repense à Douze hommes en colère de Sydney Lumet: celle qui aurait dû partir en voyage, donc pressée d'en finir, celui qui avant même d'avoir entendu quoi que ce soit optera pour la peine maximale et les autres qui tentent de cerner la Vérité. Existe-t-elle seulement la vérité toute la vérité, rien que la vérité? Elle s'éloigne de témoignage en témoignage, devient plurielle. Reste l'humanité de ceux qui trancheront. Quel que soit  le verdict -peine maximale ou pas- restent les peines au coeur de tous ces acteurs.


 

mardi, 10 août 2010

METAL MELODIE

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Capileira, près de Grenade

Il va me falloir revenir sur mon jugement selon lequel il suffit de lire les premières pages d'un roman pour savoir ce qu'il a dans le corps. Celui-là, je l'avais mis en dessous du bas de la pile de livres pré-sélectionnés pour Dévoreurs de livres 2011. Je me disais que je verrais bien si l'été me laisserait le temps de l'ouvrir. Je trouvais sa couverture loupée avec son papillon noir aguicheur. La quatrième de couverture m'avait engagée à le laisser comme fondation de ma pile. Et puis la pile s'est amenuie, il m'a bien fallu l'ouvrir. Ancrée dans mes certitudes, les premières pages tournées, je me suis demandé qomment il était possible d' imaginer une telle situation de départ: Luce, 16 ans, arrive à Grenade à la recherche d'un lieu précis. Petit retour en arrière de quelques mois: Luce percinguée jusqu'aux narines et gothique jusqu'au bout des cheveux rentre chez elle et découvre que sa mère a pris le large pour quatre mois en Australie. Besoin de souffler, de s'éloigner. Qu'à cela ne tienne, Luce invite sa bande de potes tout aussi gothiques qu'elle pour fêter l'évènement à moins que déjà elle cherche à combler l'absence. De cette soirée, elle gardera à demeure une squatteuse Moony et son chien qui pue. Quelques chapitres plus tard, elle passera une nuit catastrophique avec Léo, le voisin, qui a plus besoin de prouver sa virilité virile que de donner de la tendresse.
A cette page précise, je me suis dit que j'allais continuer juste pour boucler ma journée avec la satisfaction de savoir que mon diagnostic des premières pages n'admettait aucune exception.
C'était sans compter qu'il y avait
en Luce un quelque chose de Lisbeth Salander.
J'ai fini Métal mélody bluffée et à peine la dernière page tournée j'ai relu le premier chapitre. Du mal à quitter Luce, son parcours initiatique vers elle-même mais aussi vers sa mère. Le désir de l'une de ne pas voir sa fille grandir contre elle, et pour l'autre la quête d'une mère qu'elle n'a jamais pris le temps de découvrir. On y chemine de la noirceur d'un papillon -l'illustrateur aurait été encore plus inspiré d'y mettre un crabe- jusqu'à la lumière de Grenade.

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dimanche, 08 août 2010

LE RIRE DE MILO

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Lu pour tromper la demi-heure vide aujourd’hui qui précède la retransmission des conférences de Michel Onfray sur France Culture.

Le rire de Milo d'Eglal Errera était le plus petit des livres pré-sélectionnés pour Dévoreurs de livres 2011. Avalé donc en trente minutes, et l’amusement au fil des pages qui grandit à imaginer la réunion de sélection à la fin du mois. Monsieur l’Inspecteur de l’Education Nationale présidera derrière son ordinateur, l’œil pétillant et la barbe hirsute. Sans doute passera-t-il sa main sur sa tête lorsque Le rire de Milo sera évoqué. Il imaginera aussitôt la cohorte des parents lui tendant la page 89, enfin môôssieur, nos petits ne peuvent lire de telles choses, faites-leur dévorer autre chose. Mais il trouvera les mots, posés et pertinents, pour les calmer, peut-être même citera-t-il un passage de la page 9O :

_ En réalité ma chérie, il y a autant de façon d’aimer que d’êtres humains sur terre. C’est parfois un peu difficile à vivre, mais comme dit notre ami…

Il ne va quand même pas laisser tomber ce Milo et son rire retrouvé parce qu’est revenu, directement de sa librairie sur la corniche qui borde le Nil, l’homme qu’il a aimé trente ans plus tôt.

samedi, 07 août 2010

JUSTE UNE ERREUR

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Ouvert pour détromper mon impatience à l'égard de mon ordinateur qui s’obstine à afficher une erreur de connexion avec l’imprimante.

De Ben Kemoun, j’avais lu, l’été dernier,  La gazelle, déambulation intérieure d’une coureuse alors qu’elle participe au marathon de Buenos Aires. On se prend même à penser que si elle franchit la ligne d’arrivée c’est parce qu’elle a mené jusqu’au bout ce dialogue avec elle-même. Un beau roman.

Que dire de Juste une erreur ? Prenez Plus belle la vie, faites-lui rencontrer Desesperate housewives, mélangez le tout et vous obtiendrez une situation indigne d’un mauvais roman de gare : Mélitine accompagne Mélanie à un casting. Cette dernière a bon espoir face à Eléonore qui, elle, est accompagnée de sa mère, un modèle de teigne qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Très basique comme départ. Contre toute attente, Mélitine qui n’avait rien demandé, est sélectionnée. Sonia, la mère d’Eléonore va faire appel à un de ses amoureux éconduits pour se venger. Vous suivez toujours ? Quant à Mélanie, elle va noyer son chagrin dans l’alcool… Et ce n’est que le début. Je laisse votre imagination broder la suite. Quant à moi, je proposerais bien à M. Ben Kemoun d’envoyer tous ses personnages courir un marathon.

Allez, je m’en retourne convaincre mon imprimante de sélectionner sans hésitation aucune mon ordi.

vendredi, 06 août 2010

MON PETIT COEUR IMBECILE

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Les enfants repartis, ce mois d’août entre parenthèses, la radio qui n’en finit pas de s’interroger sur l’intérêt d’internet, de fesses de bouc, et la vraie vie alors ?, et le devenir de notre progéniture ?, des blogs qui ferment, d’autres qui s’interrogent.

Retour donc sur le mois de juillet, les lectures de romans dits jeunesse en vue de la sélection Dévoreurs de livres, cuvée 2011.

Mon petit cœur imbécile de Xavier-Laurent Petit : lu sous la tente sardinée entre les racines d’un chêne bicentenaire, alors que l’alerte orange souffle ses rafales de pluie et d’orages sur le Morvan –s’agit d’être à la hauteur de sa couleur. Le sol vibre comme au passage d’antilopes.
Quand le cœur, tamtam défectueux, fait toudoum psch toudoum psch, ce n’est plus en années que l’âge se donne. Sisanda, jour après jour, contrainte à l’immobilité dans sa case, tient le compte de son petit cœur imbécile : 3417 au compteur ,et chaque battement est une victoire sur les pronostics pessimistes d’Apollinaire, le médecin à 6h de piste en pleine brousse. En contre-point, le personnage de la mère, Maswala qui court pieds-nus chaque matin, aussi vite qu’une antilope. Tout est mis en place pour que la qualité de l’une vienne en aide à la défaillance de l’autre. Refermé avec regret – ce roman ne pourra être sélectionné car X.L.P. consacre l’année qui vient à l’écriture donc il ne pourra intervenir dans les classes, CQFD- alors que les premiers marathoniens franchissent la ligne d’arrivée à Barcelone.