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samedi, 22 février 2014

Coïncidence

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Après une accumulation de folles journées, se lover dans un moment oublié par tout le reste et sous la couette; commencer enfin la lecture de ce phénomène littéraire: Rencontre, Mon père, Les manières, Au collège, La douleur.
Accorder à la paupière lourde son dû, refermer le livre et ouvrir la radio. Tomber très exactement sur la 29ème seconde de la 32ème minute de La dispute, au moment précis où Arnaud Laporte dit En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis...

jeudi, 30 janvier 2014

La mer écrite

littoral littéraire, duras, la mer écrite
Hall des Roches Noires

"Chaque jour, on regardait ça: la mer écrite"
Marguerite Duras

J'ai souri en découvrant le commentaire de christw sur mon billet Littoral littéraire (1), son envie de lire La mer écrite. Je ne suis pas sûre qu'on le puisse, lire La mer écrite. Il vaudrait mieux convier un néologisme pour dire cette désertion du regard entre paroles de Duras et photos de Bamberger, pour dire cet espace où l'estuaire de la Seine rejoint le delta du Mékong.
Ce petit bouquin, je l'avais déniché dans une solderie parisienne pour moins de deux euros, en juin 2006. Juste après avoir consacré une année au Vice consul et au Ravissement de Lol V Stein.
La semaine dernière, je l'ai recherché sur Internet. Il n'existe plus. Du moins plus sous cette forme, couverture souple et sobre, édité par Marval. Repris par les Éditions de Minuit, le voilà enrubanné et engoncé dans sa jaquette. Même son titre a changé, Marguerite Duras de Trouville...

Le site d'Hélène Bamberger

samedi, 16 novembre 2013

Le quatrième mur (2)

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Le quatrième mur: je l'avais découvert dans le dernier tournant de l'été. Chaque matin comme un rituel: courir jusqu'au panorama au-dessus de St Pierre du Vauvray pour accueillir là-haut, seule au-dessus des champs, le premier rayon de soleil. Oublier l'effort de la montée en écoutant dans mon I-machin Les Bonnes Feuilles, consacrées à la rentrée littéraire. Un corps qui court est étonnant: il est capable d'une écoute sans faille ni pensée parasite. Je me souviens parfaitement du timbre de la voix de Sorj Chalandon lisant l'incipit de son quatrième mur. "Tripoli, nord du Liban, jeudi 27 octobre 1983" La distance qu'il y avait dans sa voix. Cela ne concordait pas avec la violence des premiers lignes. Plongée "in medias res". Goût de poussière des premiers paragraphes.
Dans la foulée, je l'avais lu. Avidement. Inscrite aux abonnés absents pendant deux jours. Reculant le moment où il faudrait rejoindre le quotidien, y être à nouveau.
Depuis je n'avais eu de cesse d'en conseiller la lecture: si tu as un roman à lire, c'est celui-là. J'espérais pour lui quelque prix littéraire. Non pour la gloriole enfiévrée de l'antichambre du restaurant Drouant mais pour que se multiplie le nombre de ses lecteurs. Je clamais haut et fort, sur le ton convaincu de quelque Sibylle inspirée qu'il aurait le Goncourt. Il vient de recevoir bien mieux que le Goncourt: le Goncourt des lycéens!

mardi, 08 octobre 2013

Prendre le train

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Je me souviens que, quand ce matin, j'ai entendu à la radio que Patrice Chéreau était passé hors champ hier, j'ai pensé, élargissez le cadre pour qu'il y entre à nouveau,
Je me souviens avoir vu L'homme blessé dans une salle versaillaise et que c'était délicieux de s'asseoir sur cette antinomie-là,
Je me souviens que La reine Margot m'a laissée de marbre,
Je me souviens qu'après avoir vu Son frère -je ne sais plus dans quelle salle- j'ai lu tous les romans de Philippe Besson,
Je me souviens que souvent j'ai confondu les deux, Patrice Chéreau et Patrick Pineau,
Je me souviens avec une grande précision de Dominique Blanc et Pascal Greggory dans sa mise en scène de Phèdre,
Je me souviens avoir longtemps recherché cette émotion-là, après, au théâtre,
Je me souviens que comme Kubrick il avait voulu réaliser un film sur Napoléon et avait fini par y renoncer,
Je me souviens que, quand j'ai entendu que Patrice Chéreau était sorti de scène, j'ai espéré que serait quand même joué en mars à l'Odéon Comme il vous plaira, en un dernier hommage.

En attendant le mois de mars.

mercredi, 25 septembre 2013

Le dévouement du suspect X, Keigo Higashino

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Je ne suis pas lectrice de polars. Il m'est, certes, arrivé d'excursionner* dans les romans de Fred Vargas, il m'est même arrivé de me laisser séduire puis de me lasser tout aussi vite.
Le dévouement du suspect X de Keigo Higashino: ce polar-là fera exception. Je me suis laissée happer et en suis ressortie époustouflée. Je ne me lancerai dans aucun résumé inutile. Juste vous dire que sa clef de voûte est dans cette interrogation récurrente: "Est-il plus difficile de chercher la solution d'un problème que de vérifier sa solution ?"
D'ailleurs, la lecture de ce roman m'a confrontée à un problème auquel je me suis déjà cognée en lisant des auteurs russes. Dès qu'un personnage réapparaît après une absence de quelques pages,je lui demande, tu es qui toi, déjà? A chaque fois, je prends la mesure de mon indécence et m'excuse par un affligeant expédient, que vos noms à mémoriser sont difficiles. Peut-être les éditeurs pourraient-ils prévoir, à l'usage de lecteurs aussi consternants que moi,  des didascalies de personnages au seuil de ces romans. Quelqu'un aurait-il l'obligeance de vérifier que je tiens bien là la solution de mon problème?

*Excursionner: cela n'est même pas un néologisme. Proposé par mon morveux alors que je cherchais un synonyme de "faire une excursion", je l'ai trouvé à la page 991 de mon Petit Robert. Il est rangé dans la catégorie vieilli. Je viens de le rajeunir.

vendredi, 20 septembre 2013

Disparitions / Disappearances

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Du noir au blanc, de l'obscurité à la lumière, en quatre-vingt-dix-neuf jours, Alain Korkos creuse une galerie de quatre-vingt-dix-neuf portraits d'hommes et de femmes déportés à Auschwitz, sur son site Disparitions / Disappearances.
Emotion, les mots sont inutiles.
J'aime à croire qu'avec ce projet, Alain Korkos rend aussi hommage à Georges Perec et son roman La disparition, écrit sans "e", sans "eux".
Quatre-vingt-dix-neuf jours, avec eux.

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jeudi, 05 septembre 2013

Le quatrième mur, Sorj Chalandon

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Le quatrième mur: je n'aurais pas dû attendre d'atteindre la dernière page. Vous en parler avant.
J'aurais cherché les mots pour dire la promesse de Georges à Sam ou j'aurais cité un passage. "L'idée de Samuel était belle et folle: monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982."
J'aurais dit les routes empruntées par Georges -dans ses poches une photo de la première représentation d'Antigone en 1944 et la kippa de Sam-  pour rencontrer sa troupe dans ce pays dévasté par la haine que se portent les différentes communautés: Antigone la Palestinienne sunnite, Hémon, son fiancé,  un Druze du Chouf, Créon, roi de Thèbes et père d'Hémon, un Maronite de Gemmayzé, Eurydice, la femme de Créon, une vieille Chiite, les gardiens, des Chiites aussi, la nourrice, une Chaldéenne et Ismène, la soeur d'Antigone, une Catholique arménienne.
Je me serais attardée sur la première répétition dans ce cinéma poussiéreux, ouvert aux quatre vents, au croisement de toutes les frontières hérissées de barbelés et de certitudes. Thèbes devait ressembler à cela au matin de la mort d'Antigone. Je vous aurais raconté les négociations de chacun pour que son personnage ne se retrouve pas en porte-à-faux avec ses croyances et comment chacun accepte que cette trêve poétique soit aussi politique. Et j'en serais restée là.
Ce qui suit, la deuxième répétition en juin 1982 et l'histoire avec sa grande Hache, ses roquettes et ses bombes en invité de déshonneur, ce qui suit, Sorj Chalandon le dit avec une telle violence qu'on sait déjà qu'on ne trouvera plus les mots pour en parler après lui.
Il ne me restait plus qu'à rejoindre la dernière ligne et après elle, l'épilogue du roman et d'Antigone: "Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire - même ceux qui ne croyaient en rien et qui se sont trouvés rapidement pris par l'histoire sans rien y comprendre. Morts pareil, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer à les oublier et à confondre leurs noms. C'est fini"

Sorj Chalandon dans Les bonnes feuilles sur France Culture.

mardi, 13 août 2013

Jour de fête

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Depuis ce matin, Louviers compte une librairie de plus; de celles qui ne feront pas leur vitrine, l'été venu, avec des cahiers de vacances ou des invendus sur le tour de France; de celles où je pourrais commander Le rouge et le noir sans qu'on me demande c'est de Flaubert, n'est-ce pas; de celles où j'inviterai mes collégiens à aller acheter les livres que nous parcourront ensemble dans l'année; ceux qui se rendront en grande surface -c'est pratique on peut acheter le steak en même temps- ou sur internet -c'est trop bien, quitter fesse de bouc, aller sur Amazon, retourner sur fesse de bouc- seront collés le mercredi de 17h à 18h: cette heure se déroulera en ma présence, à Quai des mômes, la librairie susnommée, on lira des romans ensemble, les récidivistes seront conviés deux heures; de celles enfin dont le tenancier se contrefiche des pires pronostics qui pèsent sur les livres en papier à l'heure du tout numérique: cette aventure, il veut la vivre et nous avec lui.
Ce matin, donc, M., son genou attelé et ses béquilles, ma morveuse et moi, on y était quelques minutes après le premier lever de rideau. L'ancien tenancier du Grain de café nous y a rejoints et c'était vraiment jour de fête. On a fait un premier tour, puis un second moins intimidé. J'ai lu les titres sur la tranche des livres. Mis bout à bout, cela faisait un inventaire hétéroclite de premier choix. Quant à ma morveuse, c'est toute son enfance qui est remontée sans prévenir. Elle a poussé des "oh, regarde", Scritch scratch dip clapote, Bébé chouette, des "ah, incroyable" Chien bleu, Otto et  des "et celui-là, tu t'en souviens?" Mademoiselle sauve qui peut, Devine combien je t'aime. Ces moments-là, je les aime jusqu'à la lune et retour. J'en avais vécu un identique, quelque part en février, avec mon morveux.
M. a découvert que Xavier-Laurent Petit avait écrit un dernier roman, Itawapa, et a rattrapé son retard aussitôt. Moi, j'ai commandé 7 Femmes pour le transmettre en l'espace d'un instant à Colo et La puissance des mouches pour continuer mon parcours salvayrien. Fichu pont du 15 août, il me faudra attendre jusqu'à mardi prochain pour les récupérer et dire que je viens de finir La compagnie des spectres
!

vendredi, 09 août 2013

Hymne de Lydie Salvayre

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En sortant de la librairie La balançoire, je me suis trouvée nez à nez avec un dilemme. Pas cornélien, pas même sophocléen mais quand même. Allais-je enchaîner  la lecture de 7 femmes par Orlando de Virginia Woolf ou par un nouveau texte de Lydie Salvayre? Sans réellement poser le pour et le contre puis le contre et le pour -je vous avais prévenus, ma situation ne relevait d'aucune tragédie- sans même tirer au sort, j'ai ouvert Hymne.
Le 18 août 1969, à 9h du matin, à Woodstock, Jimi Hendricx monta sur scène. Il commença de jouer. Un hymne de trois minutes quarante-trois. The Star Spangled Banner.
Ce fut un cri qui déchira l'espace, un cri aux accents inconnus, un cri qui était comme une incantation aboyée dans un monde infernal, comme un sanglot terrible. Ainsi en parle Lydie Salvayre. Peu importe que cela ait été vécu ainsi ou autrement, le 18 août 1969, à 9h du matin, à Woodstock. J'ai envie de la croire. Elle se méfie de la Légende qui engonce l'homme au sang mélangé. Elle cherche ses mots et ses phrases pour l'approcher avec tendresse. Peut-être tisse-t-elle à son tour une autre légende. Quand le récit a atteint son terme, l'oreille abasourdie, je n'ai pas eu envie d'en rester à la dernière ligne. Je suis allée voir sur la toile si je trouvais une trace. J'ai repris la première page tout en écoutant.

mercredi, 07 août 2013

Bal(l)ade

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Il est des signes que je ne connais que trop. Il suffit de me remettre sur des chemins de randonnées -d'autant plus après une période d'autoroutisme- pour qu'ils apparaissent. Ce matin, ça n'a pas manqué: le fourmillement dans les pieds qui remonte jusqu'au sommet de la tête, les injonctions de mon cerveau qui me tirent sans ménagement de ce qui aurait dû être un pénultième rêve. J'ai cédé à l'impatience collective, ai ouvert un oeil et ai scruté le velux à la recherche d'un premier éclat de jour qui forcerait le réverbère à s'éteindre. Vous ne vous seriez pas un peu plantés? Il fait encore nuit noire. En même temps, j'espère moi-aussi que c'est déjà l'heure -la dernière de la nuit- celle d'aller faire couler un café, de griller des tranches de pain, de les recouvrir de purée d'amande, de remettre les semelles dans les chaussures puis d'aller réveiller M. Au programme du jour, Saoû-Roche Colombe, en passant par la Poupoune et le pas de l'Echelette.
Hier, c'était Piegros la Clastre - la chapelle St Médard, en passant par le pas du Faucon. Là-haut, la Drôme s'offrait à 360°. J'avais tenté de photographier la niche de St Médard pendant que M. élevait un cairn en signe de notre passage. Nous avions eu chaud lors de la montée et la cymbalisation incessante des cigales avait agacé ma descente.

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Après tout, ce pouvait être une bonne idée de partir encore plus tôt, aujourd'hui. J'ai fait confiance à mon instinct et ai descendu les marches de pierre. La pendule de la cuisine indiquait 5h15. Nous partirions donc avec le lever du jour, déjouant ainsi les plus chaudes heures. Comblée, je suis même allée voir ce que la météo concoctait comme record de canicule. La journée était estampillée "alerte orange" avec sa cohorte d'orages et d'averses qui annulait toute possibilité de randonnée.
Moi et ma tasse de café, nous nous sommes demandées comment employer ce temps libéré. Elle ne m'a pas proposé d'aller me recoucher, je lui ai suggéré de finir la lecture de 7 femmes -marcher et lire sont deux des cinq plus grands plaisirs de ma vie: Emily Brontë, Virginia Woolf et Ingeborg Bachmann. Trois autres vies sans concession et un usage salvayrien de la parenthèse qui me réconcilierait presque avec ce caractère typographique auquel je préfère le double tiret: elle y précède son récit, s'excuse bientôt pour la digression.
A 7h30, la dernière page de 7 femmes tournée, j'étais dans une nouvelle impatience: l'ouverture de la librairie de Crest. Il me fallait poursuivre au plus vite ma lecture par un roman de Lydie Salvayre ou de l'une des 7. C'était une bibliothèque entière qui venait de s'ouvrir à moi et août n'avait déjà plus assez de jours pour la parcourir.

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A 9h30, j'ai franchi le seuil de La Balançoire tout en me demandant si son enseigne répondait à quelque désir poétique ou économique. Côté littérature jeunesse, c'était l'heure de l'éveil musical: trois loupiots assis à même le sol cymbalisaient sous le regard attendri de leurs parents. Le tympan à nouveau malmené, j'ai sorti des rayons Hymne de Lydie Salvayre et Orlando de Virginia Woolf. Je n'ai rien trouvé d'Ingeborg Bachman; j'ai évité la frustration malgré tout avec un recueil de Paul Celan, Renverse du souffle.
L'alerte orange peut maintenant prendre son temps...

lundi, 05 août 2013

Vivrécrire

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Lydie Salvayre: récemment encore, je n'avais rien lu d'elle. La semaine dernière, Dw. m'a offert La compagnie des spectres. Elle l'avait sorti des rayons de la librairie La Belle Aventure avec la certitude de l'y remettre aussitôt. Ca, bien sûr, tu connais! Ni le titre, ni l'auteure.
J'avais prévu de le mettre dans mon sac avant de quitter la biquetterie, pour le lire à Lyon et Crest. Oublié dans la chambre. Je l'ai revu dans la librairie viennoise Lucioles et avec lui La conférence de Cintegabelle, Et que les vers mangent le boeuf mort, Le vif du vivant. Une pleine table et un libraire, le cheveu dru savamment agencé et la lunette impertinente, si enthousiaste qu'on a envie de l'entendre parler de chacune des références répertoriées en ce lieu.
A la librairie lyonnaise Passages, 7 femmes était généreusement empilé sur la table réservée aux nouveautés. C'est à ce moment-là que j'ai fait le lien avec l'auteure de La compagnie des spectres. Quelque part dans l'année, j'avais noté ce titre: 7 femmes. Je ne sais plus où j'en ai entendu parler. Etait-ce à la Grande Librairie, sur le blog de Tania, dans La nuit rêvée ou sous L'arbre à palabres? Ce qui est sûr c'est que cette femme en mal d'écrire qui se ranime et se regénère à la lecture de 7 autres femmes m'avait marquée.
"En me penchant sur l'existence de ces femmes, je fus contrainte de faire un constat qui contrevenait à la postulation proustienne: écrire et vivre étaient, selon elles, une seule et même chose. Tsvetaeva, la plus radicale, la formula ainsi: il ne s'agissait pas de vivre et d'écrire, mais de vivrécrire.
Ecrire, pour ces femmes, ne connaissait d'autre autorité que celle du vivre."

Emily Brontë, Djuna Barnes, Sylvia PLath, Colette,  Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Ingeborg Bachmann: j'ai commencé par lire les pages consacrées à la deuxième. Elle m'était absolument inconnue. Une passionnée qui n'est pas dans l'évitement du désir. Comme sans doute les 6 autres. Trouver dans la prochaine librairie Le bois de la nuit.

lydie salvayre,7 femmes
Djuna Barnes, Man Ray

mardi, 16 juillet 2013

Leçon de cigale à une fourmi

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Avant d'aller désherber et arroser le jardin, à l'heure où le soleil n'atteint pas encore la terre qui m'héberge,  je veux laisser ici les dernières lignes de Leçons de solfège et de piano:
"Je savais bien que la nuit serait là, quand je terminerai.
Je vais terminer par une version géniale de la cigale et la fourmi. Je vais terminer par la version de Babrios. C'est la fable CXL de Babrios.
-Pourquoi n'as-tu pas fait de provisions durant l'été? demande la fourmi dans Babrios de Syrie.
-Par manque de temps, répond la cigale de Babrios, car j'ai été contrainte de chanter le dieu afin que tu survives"

Nous pourrions, cet été, organiser une rencontre de cigales, histoire qu'elles frottent leur archet ensemble. Il y aurait la cigale de Babrios et celle de Maria Elena Walsh que j'ai découverte dans Espaces, instants.

jeudi, 11 juillet 2013

Leçons de solfège et de piano.

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Je ne suis pas musicienne, n'ai jamais pris un cours de solfège ni toucher les touches d'un piano. D'aucuns pensent même que je souffre d'arythmie. Pourtant, je sais les blanches et les noires des débats de mon coeur, les sons particuliers du jour qui va surgir de la nuit et les scolies de l'été. Je sais aussi les mélopées de la phrase de Pascal Quignard; les fulgurances qui précèdent le silence.
Hier, sur la route du retour qui ramenait D. de sa chimio, juste avant de quitter Rouen en suivant les méandres de la Seine, j'ai fait un détour par l'Armitière. J'étais sûre d'y trouver Parle-leur de batailles de rois et d'éléphants de Mathias Enard. D. venait de finir Rue des voleurs et je voulais qu'elle ait cette certitude le lendemain, quelles que soient les nausées qui l'assailliraient, de pouvoir continuer de se nourrir de son écriture.
Comme prévu, le roman, en un exemplaire unique, m'attendait sur son étagère, maintenu par L'alcool et la nostalgie et Tout sera oublié. Je l'ai dégagé de son étreinte, bien décidée à filer directement à la caisse sans laisser traîner mon regard. D. attendait dans la voiture sous un soleil de plomb et de cuivre. S'accorder juste un petit coup d'oeil sur la table des nouveautés en faisant le serment de ne rien toucher. Se parjurer aussitôt et lire la 4ème de couverture de Leçons de solfège et de piano. Stoppée dans mon élan. Désarçonnée. Comme une réponse éblouissante à la discussion que nous avions eu avec D. à l'aller. J'avais essayé de circonscrire mon verbe écrire. Mais ce verbe-là s'inscrit dans la marge et ne se laisse pas entourer d'un périphérique bruyant et traçant la limite d'un espace.
"Il est des choses qui blessent l'âme quand la mémoire les fait ressurgir. Chaque fois qu'on y repense, c'est la gorge serrée. Quand on les dit, c'est pire encore, car elles engendrent peu à peu, si on cherche à les faire partager par ceux qui les écoutent, qui lèvent leur visage, qui tendent leur visage, qui attendent ce qu'on va dire, une peine ou, du moins un embarras qui les redoublent. Elles font un peu trembler les lèvres. La voix se casse. J'arrête de parler. Mais alors je commence d'écrire. Car on peut écrire ce qu'on n'est plus du tout en état de dire. On peut écrire même quand on pleure. Ce qu'on ne peut pas faire en écrivant, quand on est en train d'écrire, c'est chanter."
Se ressaisir. S'emparer à nouveau de l'arçon. Filer au plus vite. Règler les deux livres. Rejoindre D.
Ce matin, réveillée par les sons d'un jour clairement installé, avant même de faire couler un premier café, j'ai avalé Leçons de solfège et de piano, un hommage à ses trois grand-tantes, comme les soeurs Brontë, qui s'enorgueillissaient de tenir l'orgue d'Ancenis, à Gérard Bobillier et Paul Celan et un règlement de compte à Louis Poirier, le futur Julien Gracq. Et à nouveau ce verbe écrire: "Primo Levi s'en prit une fois à Paul Celan avec violence. "Ecrire c'est transmettre, dit-il. Ce n'est pas chiffrer le message et jeter la clé dans les buissons." mais Primo Levi se trompait. Ecrire, ce n'est pas transmettre. C'est appeler. Jeter la clé est encore appeler une main après soi qui cherche, qui fouille parmi les pierres et les ronces et les douleurs et les feuilles mouillées, noires, gluantes de boue, ou craquantes, ou coupantes de froid, de la nuit, à l'Ouest du monde."

vendredi, 28 juin 2013

Ailleurs

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Pénultième vendredi de cette année. Ces derniers jours ont été rythmés par les examens des morveux de la Biquetterie: Bac S et L, Brevet. Au moment où j'écris, j'ai une pensée toute particulière pour mon fiston qui doit être penché quelques centimètres au-dessus de sa copie d'histoire-géo, la langue tirée -signe de concentration extrême- sa mémoire accrochée à une imposante liste de dates-repères.
Hier, j'ai surveillé l'épreuve de Français du Brevet: rencontre de deux beaux textes -Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé et Ellis Island de Perec- et en trait d'union, l'exil vers l'Amérique. Au moment de dicter le texte de Perec, j'ai failli allumer mon mac, le brancher au video-projecteur pour leur montrer des photos du film de Perec et Bober. Donner corps à des mots qui n'étaient que contraintes grammaticales et orthographiques pour la vingtaine de candidats devant moi.


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Au moment de la rédaction, j'ai failli leur dire de ne pas se précipiter vers la classique suite de texte et de prendre le risque du sujet de réflexion:" Le monde d’aujourd’hui laisse-t-il encore place, selon vous, à un ailleurs qui fasse rêver ?". Je n'ai rien dit. J'ai circulé dans les allées en jetant des coups d'oeil indiscrets sur la vingtaine de suites de textes qui s'élaborait. Les correcteurs liront dix-neuf fois une série de stéréotypes eldoradiens. Seule une copie a pressenti que l'Ailleurs et ses rêves présentent quelques failles du moment où il devient un Ici.

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Il fut aussi question d'Ailleurs pour l'épreuve du bac L. Le corpus de textes déclinait les différentes variations du journal de bord de Robinson, de Defoe à Chamoiseau, en passant par Tournier et Valéry. Quand la morveuse est revenue avec le sujet et ses feuilles de brouillon, je n'ai pas pu m'empêcher de ressortir ce billet.

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Pénultième vendredi de cette année. En attendant les résultats des examens, je replonge dans un livre ramené d'Etonnants Voyageurs qui accapare tout mon temps libre et mes pensées -parole de lectrice et non de mère- depuis une semaine: Congo, une histoire de David Van Reybrouck.

mercredi, 29 mai 2013

Vapotage et pierre de patience ou comment conclure sur Etonnants Voyageurs

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Etonnants voyageurs, Lundi 20 mai, après-midi, cinéma Le Vauban, "Dire la guerre"
Après deux jours de festival, nous savions que si nous voulions avoir l'assurance d'assister à cette rencontre autour de Syngué Sabour en présence d'Atik Rahimi, il fallait renoncer à toute tentation de fin de matinée, entamer le pique-nique et la file d'attente dans un même élan joyeux, dès midi. Pour poursuivre la rencontre du matin "Croire en l'histoire", j'ai lu, assise à même le sol, La chambre de veille de François Hartog. Rapidement le hall d'attente s'est révélé trop étroit.
Dans la salle de cinéma, l'éclairage intimiste empêchait toute tentative de lecture. Pour veiller une deuxième heure, j'ai observé mes voisins, les qui parlent fort, les qui trouvent l'attente longue, les qui se plaignent des bourrasques de vent, les qui supportent les précédents en silence et surtout les qui mériteraient qu'on leur ponde une loi rien que pour eux: deux gougnafiers, père et fils -l'un fumeur repenti et l'autre trop jeune pour avoir besoin de se sevrer ou alors de sa tétine ou du sein maternel- ont sorti leur cigarette électronique et se sont mis à tirer là-dessus -j'ai appris ce matin que cela s'appelait "vapoter"- tout en cherchant à imprimer à leur visage la sagesse du vieux marin aguerri qui enfin s'octroie quelque indicible plaisir en fumant sa pipe. J'ai bien failli combattre les volutes au caramel ou à la fraise par quelque fleur de pays, parole de fumeuse.
Tout cela me ferait presque perdre le fil de mon billet. Syngué Sabour, donc. Le roman m'avait profondément marquée et je me méfie toujours de ces adaptations pour le grand écran: elles touchent à mon cinéma intérieur, pire encore, elles l'effacent irrémédiablement. Celle-là fera exception. Peut-être parce que, dans ce cas-là, le réalisateur est aussi l'écrivain, et qu'il avait conscience que le second devait trahir le premier pour pouvoir relever le défi. 
 

vendredi, 05 avril 2013

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Tiens, ça me fait tout drôle de ne plus avoir à faire de décompte...
A priori, je n'aurais pas dû lire ce roman. Avant même sa sortie en février, tous les blogs en parlaient. Celui qui fait office de libraire dans mon coin a inévitablement investi dans une belle pile de cette valeur sûre. Couverture à l'américaine assurant son auto-promotion: une plâtrée d'adjectifs et une pincée de prix littéraire. La machine était lancée. Ouvrez la caisse enregistreuse. Si d'aventure vous prenait l'envie d'en retourner un, pour jeter un coup d'oeil furtif sur la 4ème de couverture, à l'heure où ce qui porte l'appellation incontrôlée de librairie dans mon coin est vide, vous vous infligeriez une série d'exclamations admiratives de la lectrice lambda au Time magazine mais vous n'en sauriez pas plus.
Je l'ai ouvert à la fin d'une journée bancale, qui n'était pas prévue comme ça, que j'aurais voulue autre. Me suis dit qu'un roman qui marche tout seul trouverait bien la force de me porter. Me suis retrouvée en compagnie d'Hazel et sa bonbonne d'oxygène, Augustus et sa jambe en moins, Isaac qui va perdre son dernier oeil et leur groupe de paroles pour cancéreux. "Poignant", au moins la couverture ne mentait pas. Ai vite compris que le rôle du "drôle" était magistralement tenu par les dialogues. Quant au "lumineux", je l'ai trouvé là, dans la clope toujours éteinte accrochée aux lèvres d'Augustus: John Green avait sans doute prévu la censure qui allait aussi toucher la littérature!

vendredi, 01 février 2013

Aujourd'hui coup.

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Photo de Bernard

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Mercredi matin, mes Biobios rencontraient Jean-Michel Payet pour son roman 2065. Etant donné notre projet annuel autour du Développement Durable, ce bouquin, c'était un vrai cadeau: Emile, en une journée, se voit traiter de gros naze par sa copine et de bon à rien par ses parents. Il ne lui reste plus qu'une solution, aller voir dans le futur s'il sera ou non un mec bien. Justement son grand-père a un trou dans la cave qui remplit l'office de machine à voyager dans le temps... Lorsqu'il débarque plus d'un demi-siècle plus tard, les pires prévisions cataclysmiques se sont réalisées.
Mes Biobios ont dévoré ce roman, certains ont avalé les tomes 2 et 3. Je leur ai parlé aussi de Blue cerise, une écriture à huit mains du même auteur avec Sigrid Baffert, Cécile Roumiguière et Maryvonne Rippert : quatre auteurs, quatre personnages -Zic, Satya, Amos et Violette- quatre points de vue. J'avais pris ce jour-là dans ma bibliothèque la saison 1, L'ange des toits, espérant bien qu'il repartirait dans un sac à dos. J. s'en est emparée et elle avait le sourire d'une gamine heureuse du tête à tête qui se préparait entre elle et le roman.
Ce même mercredi, J. arrive, le sourire est toujours là mais quelque chose d'embarrassé s'y est rajouté. Elle me dit qu'elle n'a pas achevé la lecture de L'ange des toits parce qu'il y a "des trucs bizarres". Elle feuillette rapidement le premier récit, celui de Violette et me montre un paragraphe que ma mémoire avait complètement effacé: Violette refusant de se prêter avec son copain à une pratique sexuelle qu'elle ne peut assumer. En relisant ce passage, le regard de la gamine fixé sur moi, j'ai soudain regretté d'avoir joué le rôle de passeur avec ce roman: J., ses à peine douze ans et sa candeur n'étaient pas prêts à lire ces phrases. Je le lui ai dit, avec des mots maladroits, les premiers qui se sont pointés à mon esprit. Le soir venu, j'ai envoyé un mail à ses parents, non pas pour me protéger d'une plainte mais pour m'assurer qu'ils en discuteraient avec elle. Ce matin, la réponse de la mère dans ma boîte: "Ne vous inquiétez pas, J. m'en a parlé spontanément  et on prendra le temps de faire le point avec elle, nous sommes conscients que les livres peuvent cacher des trésors mais aussi des passages plus sombres. C'est  l'occasion de discuter avec J. et d'aborder des sujets qui  ne l'auraient peut être pas été." Du coup, le poids qui pesait sur ma poitrine depuis deux jours s'est volatilisé.

mardi, 01 janvier 2013

Aujourd'hui résolutions révolutions.

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Découpage
ou
Restes de la fabrique de confettis
Maurice Pommier

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Sur mes îles, deux rituels sont pratiqués: célébrer le solstice d'hiver et ouvrir la nouvelle année avec le découpage de l'Ours. En 2011 et 2012, les poules et le renard avaient tenté l'écriture d'une fable révolutionnaire. Les lendemains ne se sont pas mis à chanter pour autant, à peine ont-ils entonné la rengaine.
A en croire l'Ours, d'humeur saturnienne en ce jour, si quelque révolution accompagne cette nouvelle année, ce sera celle des astres sous l'oeil attentif de quelques experts:
"Les astrologues, après avoir effectué leurs travaux, ont déclaré qu'après l'année du dragon, nous échapperions à l'année de la poêle à blinis, mais que nous n'échapperions pas à l'année de la ceinture." Une année de morosité donc?
Tâchons de contrebalancer la prédiction, plaçons en contrepoint l'émission Pas la peine de crier qui consacre sa semaine à l'insoumission. Hier, Jeanne Benameur était invitée pour son dernier roman paru chez Actes Sud Profanes:des personnages sous le coup d'une fatalité qui entrent en lutte pour la vie; en tous, se soulève peu à peu comme une insurrection singulière. Dans un dialogue à bâtons rompus, il fut question de lecture qui multiplie la vie au risque de l'altération, d'écriture qui cherche la nudité sans plus rien avoir à craindre de l'impudeur.
De mon insularité, je nous souhaite, à moi, à vous qui passez ici, des insurrections confiantes pour "atteindre le vif de la vie".

mercredi, 21 novembre 2012

Aujourd'hui une chance.

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Aujourd'hui c'est une chance que la contrainte ne soit pas entortillée comme celle d'hier. Elle me laisse la liberté d'écrire dans la marge et d'y déposer une colère.
Que s'est-il passé dans la tête de certains de mes élèves vendredi soir? Dans la matinée, T., un petit gars du voyage scolarisé chez nous leur avait dit, comme on partage un bonheur, que ses cousins allaient venir le chercher à la fin des cours. Toute la journée, la rumeur a pris forme, s'est nourrie d'elle-même, s'est mise à enfler, à gonfler, s'est réjouie de prendre de telles proportions. A 17h, elle avait la grande satisfaction de dire cela, la rumeur: les gitans, armés jusqu'aux dents allaient venir les égorger. Certains sont sortis avec leur compas dans leur poche, d'autres leurs ciseaux, prêts à en découdre.
Lundi matin, nous avons effectivement décousu tout cela: la peur de l'autre qui peut faire battre le coeur avec une certaine jubilation, les préjugés. J'ai demandé si leur mémoire avait fait des confettis de l'album lu en début d'année, Ogre, cacatoès et chocolat de Cécile Roumiguière et Barroux. Pourtant, ils m'ont raconté l'ogre tapi dans son ennui et dans la forêt. Il a une sale réputation, l'ogre. Dans la bouche des mères, c'est le monstre avec toute sa cohorte de on dit. D'ailleurs, sur la page, il est énorme, noir et difforme. Ils se sont souvenus de Manon, la collectionneuse de bouts de papiers et de mots improbables. De leur rencontre. De la parole qui a ce pouvoir de percer la baudruche des peurs collectives d'un coup d'aiguille. De Barnabé -c'est l'ogre épouvantable de la première page mais maintenant il a un nom- qui sur la dernière page a une taille humaine.

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Je crois désespérément au pouvoir des mots. Rien ne m'est plus insupportable que ces situations qui s'enlisent parce que la parole n'est plus possible. Dans mon sac, ce matin, je rajouterai une pile de Dans les yeux d'Angel de Cécile Roumiguière. Je le prêterai à qui voudra le lire. Angel ou T. Que ce roman puisse les faire avancer.

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jeudi, 15 novembre 2012

Aujourd'hui dans le rôle principal il y a.

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6h00
Aujourd'hui, il se pourrait bien que ce roman-là détienne le rôle principal, en se voyant décerner le Goncourt des lycéens. Je mettrais bien ma tête à couper si je n'en avais pas besoin pour en finir la lecture.
Il a tout d'un polar: 2008, quelques mois avant l'élection d'Obama. Markus Goldman, après le succès retentissant d'un premier roman, est confronté à la page blanche qui le reste. Il accepte l'invitation de son maître et ancien professeur, Harry Québert, à venir le rejoindre à Aurora pour trouver l'inspiration. Elle lui est donnée lorsque dans le jardin est découvert le corps d'une jeune fille disparue trente ans auparavant. Ainsi débute l'affaire Québert. Vous n'avez plus qu'à espérer avoir assez de temps où l'on vous fiche la paix pour arriver prestement à la dernière page de ce thriller à la Capote.  
En cours de route vous remarquerez peut-être que les chapitres sont numérotés de 31 à 1, en une longue remontée de la mémoire. Trente et un conseils donnés par le maître au disciple comme autant de clés pour essayer de circonscrire ce que c'est que cet étrange acte qu'est l'écriture.
A suivre...

15h00
Cet après-midi, entre deux cours, je regarde s'il y a du nouveau sur la toile. Rien n'apparaît encore. Puis le message de Lora* tombe: la vérité sur l'affaire Harry Québert vient de recevoir le Goncourt des lycéens!!!  

samedi, 10 novembre 2012

Aujourd'hui une personne insignifiante. Vraiment?

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Alabama blues
. Je pressens en ouvrant le dernier roman de Maryvonne Rippert que le chemin depuis Métal Mélodie n'a pas été de toute quiétude. Faut dire que sa Mélodie avait raflé tous les prix de littérature jeunesse, avec une évidente impertinence. Laissant son auteure étonnée. J'imagine que certains soirs, on doute de trouver la blue note pour le suivant.

Alabama blues, ce sont Les Chics Types qui lui ont apporté l'idée de départ -créer un roman avec sa B.O., à huit mains- sur lequel elle a tissé sa trame.
Alabama blues
. Aux premières pages, je ressens le même désappointement qu'avec Métal Mélodie. Les personnages sortent très vite des coulisses. Une fois encore, elle prend le risque qu'on ne s'y attache pas. Ceux-là trouveront-ils le tempo pour former The Band? Lou, le gamin désorienté qui oscille entre ses familles recomposées, Lou la gamine qui menace de réduire en poussière le dentier du premier qui l'importunera, Les Chics Types qui répètent à la MJC et Dexter. Dexter, le joueur de jazz de la place de Paris. Dexter, le survivant d'une Louisiane engloutie par l'ouragan. On sent bien que sa présence a un sens. Qu'à ses côtés, il n'est pas possible de s'obstiner dans ses certitudes et ses désespérances. Il faut aller de l'avant, trouver sa note. A ce moment-là, les réticences des premières pages se sont évanouies et on aimerait que la lecture dure un peu plus qu'une matinée passée sous la couette alors que des trombes d'eau s'abattent sur les carreaux.

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vendredi, 09 novembre 2012

Aujourd'hui hommes et femmes.

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Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, goncourtisé.
Dans les jours qui viennent, vous allez en lire tant et plus des critiques littéraires qui vont essayer de parler du bistrot corse, des hommes et des femmes qui s'y arrêtent pour projeter, de leur chute inévitable.
Vous aurez l'embarras du choix. Les qui auront trouvé un chemin et s'y promèneront comme sur une avenue. Les qui heurteront les parois de leur propre labyrinthe et qui clameront que cette oeuvre-là résiste. Les qui la presseront comme un citron et brandiront la pauvre écorce, victorieux.  Les qui l'empaquetteront avant de passer à la suivante.
Je ne me prêterai pas à ce jeu. J'aurai bien trop peur de ne pas réussir à rendre au roman les frémissements tremblés qui m'ont traversée à sa lecture. Je déposerai seulement ici un lien: l'auteur y parle de son roman, avant tout ce chambardement.
Quant à moi, je retourne à la lecture de Où j'ai laissé mon âme.

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lundi, 01 octobre 2012

Aujourd'hui perte de.

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Hier, après-midi, je me suis allongée sur le banc, dehors, à côté du jardin des simples. Le soleil chauffait mon jean et mon squelette. Il semblait résolu à mettre un frein à l'automne. La vilaine toux qui me tient depuis quelques jours s’est estompée soudain. J'ai lu d'un souffle La princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy. Touchée au milieu de la cible par ce roman qui entrelace conte et récit, en une frontière moins simple que celle désignée par les pages. Qui dit l’absence et combien on peut filer sa toile autour de l’attente.
J'ai ramené sur mes îles cet extrait...
« Dans la vie, on croise des gens précieux, qu’on voudrait garder toujours autour de soi, mais qui, pour des raisons qui ne tiennent ni à eux, ni à nous, sont forcés de s’en aller. Ce n’est pas qu’ils nous abandonnent de leur plein gré, ni que nous soyons coupables de n’avoir pas su les retenir, c’est juste que parfois il ne peut en être autrement. Il m’est arrivé de chérir profondément des êtres que j’ai perdus, et c’est peut-être pour cela qu’on écrit, pour les retrouver et cheminer, l’espace d’un instant à leurs côtés. Comme si rien n’avait changé. »

 

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samedi, 22 septembre 2012

Aujourd'hui quatre murs.

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Salle d'attente de mon dentiste, hier après-midi.
On a tous une salle d'attente qui traîne dans notre tête et il y a fort à parier que vos images mentales ressemblent comme deux capsules médicamenteuses à l'espace où j'attendais. Pièce aveugle, sièges en plastique accrochés à quatre murs ochracés -un jour, je les déboulonnerai- affiches vantant les bienfaits d'un traitement anti-rides -j'aime bien trop les caresses laissées sur mon visage par le temps qui passe pour vouloir les gommer- feuille A4 rappelant aux détenteurs de la carte CMU quelques règles tranchantes -les pauvres, faudrait quand même pas que vous oubliiez que c'est grâce à la bonté de la société que vous pouvez encore prétendre à des soins!-  et bien sûr l'incontournable table basse croûlant sous un florilège de presse qu'on ne trouve qu'en ces lieux-là, opiacé du peuple.
Hier, donc, j'ai rejoint l'espace clos et étonnamment vide à cette heure. J'allais enfin pouvoir ouvrir le petit paquet attrapé au vol dans ma boîte aux lettres, sans regards indiscrètement posés sur mon épaule. Je n'avais rien de tranchant pour découper délicatement le papier kraft. Un savant emballage respirant à ce point l'amour des choses bien faites ne pouvait venir que d'un seul homme. L'Ours s'était sans doute installé sur sa table de cuisine pour le réaliser et tout en parlant avec celui ou celle qui était venu jusqu'à sa tanière ce jour-là, il avait tiré le papier kraft au cordeau, avait fait naître des angles parfaits comme d'autres tracent des cercles à main levée puis s'était tu le temps de marquer les adresses, la sienne et la mienne.
J'ai dû me résoudre à le déchirer maladroitement. Ai découvert L'école est finie d'Yves Grevet. Je vous en parlerai demain et aussi du petit mot glissé dedans parce que je ne dois pas être loin des cents mots autorisés par le grand contraigneur des 366. Juste vous dire qu'il y est question de notre monde dans un quinzaine d'années et que pour y prétendre à des soins dentaires il faut participer à une tombola ou, faute d'avoir été tiré au sort, aller  chez Solange, la bricoleuse. Un roman d'anticipation, vraiment?

jeudi, 07 juin 2012

Aujourd'hui orgueil.

366 réels à prise rapide,étonnants voyageurs,chamoiseau

Patrick Chamoiseau, Etonnants voyageurs, 2012

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Je trouverai d'ici peu les lignes pour vous parler de cet oiseau de Cham, de son empreinte à Crusoé. Dans le blanc qui me sépare de ce désir, sa réflexion sur l'orgueil de la langue...

Qu'est-ce que l'orgueil de la langue?
C'est quand on est pris dans un lexique admis, imposé ou précieux. La langue perd son orgueil quand elle est récapitulée, c'est-à-dire quand on peut y mettre librement des termes de toute époque, de toute origine, et quand elle est habitée par d'autres langues. De ce point de vue, le choc pour moi, petit créole, est aussi venu d'écrivains comme Rabelais... ou San Antonio. Ils secouaient, inventoriaient et mettaient le français à l'oral.
Libération, 21 mars 2007

mardi, 29 mai 2012

Aujourd'hui bijou.

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Parmi tous les livres que j'ai ramenés de St Malo, s'il en est bien un qui est un petit bijou c'est L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen. L'auteur m'était inconnu jusqu'à ce wek-end et pour cause c'est son premier roman. Je l'ai écouté lors d'une table ronde où s'était instauré un dialogue avec François Place sur le thème des cartes de l'imaginaire. L'auteur de l'Atlas des géographes d'Orbae a dit l'aimantation du voyageur pour les trop pleins ou trop vides de la carte, et à l'écouter on se doute bien que les terrae incognitae ne sont pas révolues, lovées dans ces espaces oubliés de l'oeil scrutateur du satellite. Reif Larsen, lui, se réjouit que toute carte ou tout roman soit confronté à son propre échec, celui de dire le monde. On se doute bien que cette quête de la carte et du roman parfait toujours remise sur l'établi ne l'accable pas, loin  de là.
A peine la table ronde finie, je me suis empressée d'aller chercher L'extravagant voyage; de François Place, je ne peux plus rien acquérir, j'ai déjà tout.

366 réels à prise rapide, françois place, L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, reif larsen


J'ai mis une pause dans ma folle journée de samedi -la rencontre suivante pouvait bien attendre- et suis partie m'absenter au bord du port. On sait dès la première page que ce livre est un trésor, mêlant le récit de T.S. Spivet, enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie, ses cartes et ses dessins. J'en ai presque oublié le festival Etonnants voyageurs.

Aujourd'hui, je vous promets que la journée fut longue, je n'aspirais qu'à deux choses: croquer mon morceau de réel à prise rapide et me replonger dans le roman.
Un bonus offert par Colo, ici.

samedi, 17 mars 2012

NO LIFE

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Un nolife:personne qui consacre l'exclusivité de son temps à des jeux video. Cette addiction affecte ses relations sociales et sentimentales...
Ah oui? Un peu comme la Emma Bovary avec ses romans?
En espérant que les "no-life" trouveront une seconde vie grâce à une plume bien taillée...

19:09 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : no-life |  Facebook |

mercredi, 21 septembre 2011

LE GARCON QUI VOLAIT DES AVIONS

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Le garçon qui volait des avions, Elisabeth Fontenaille, doAdo, Rouergue

Le roman s'ouvre sur une dédicace "(...) à Colton Harris-Moore, aux enfants perdus" et s'achève sur une note "Colton Harris-Moore, le bandit aux pieds nus, a été arrêté le 11 juillet 2010, après des années de cavale éperdue". L'on se prend à douter. Elise Fontenaille se joue-t-elle du lecteur? Ce Colt qui non seulement vole des avions mais aussi de belles bagnoles et des hors-bords sur son île au large de Seattle, qui entre dans les maisons pour se réchauffer et passer des commandes sur internet, ce Colt, une légende en marche, les pieds-nus, ne serait donc pas tout droit sorti de son imagination? On cède à la tentation: aller voir si la page facebook et ses milliers de fans existent bien.
Le fait divers est bien là et la force du roman tient dans la polyphonie qui le structure: du narrateur externe à Colt, en passant par sa mère, une éducatrice, des voisins, une flic. Tous tentent, avec colère ou admiration, de dire ce gamin qui a décidé de brûler sa vie sous la forme d'un pied de nez à la société. De Colt à Eden de La cérémonie d'hiver, il n'y a qu'un pas qu'Elisabeth Fontenaille franchit.

 

lundi, 19 septembre 2011

CEREMONIE D'HIVER

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Celui-là, je l'ai défendu bec et griffes pour qu'il soit sélectionné pour le prix Dévoreurs de livres 2012. D'aucuns lui reprochaient une fin sans morale... La fameuse morale qui a fait sa rentrée avec tambours et trompettes cette année dans les classes devrait-elle s'immiscer aussi dans la littérature? Les livres sont là pour déranger et nous interroger sur le monde pas pour y tracer des autoroutes.

Vancouver, réserve n°7, 23ème étage de la Piazza Tower.
Là vit Eden –son nom comme un dernier écho au paradis perdu de ses ancêtres,
les Indiens de la tribu Haïda- la porte-fenêtre toujours ouverte sur l’océan pacifique.
Pour échapper à cette tour semblable à un épi de maïs, elle a choisi les airs, via son para, son delta ou son aigle Sky. Sa grand-mère, Violett le lui a répété si souvent: « Toi, ma beauté, tu seras libre parmi les aigles. » Sa liberté et sa vie,Violette les a perdues. Elle avait posé ses pas sur le sentier de la guerre contre ceux qui défiguraient sa Terre : réorganisation de l’espace en vue des Jeux Olympiques oblige.
La phrase est courte, hachée, aiguisée. Elle scande la colère d’Eden. Elle ne fera pas machine arrière, elle vengera sa grand-mère et son arme sera son aigle.
P.S: Le personnage de Violett est inspiré d'Hariett Nahanee, morte d'une pneumonie attrapée en prison. Elle y avait passé quinze jours pour avoir osé s'opposer à un gouvernement dont la préoccupation unique était les JO à Vancouver. Morale, vous avez dit morale?

samedi, 17 septembre 2011

TOUT PRES LE BOUT DU MONDE

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Tout près le bout du monde, Mathilde Lethielleux, Flammarion

 Le bout du monde : une ferme et sa grange en ruines pour adolescents en morceaux. Un lieu à rénover, un lieu où se reconstruire.  Mais le contrat passé avec Marlène, famille d’accueil à elle toute seule, est sans appel: pour rester, Jul, Solam et Malo doivent tenir leur journal de bord au quotidien.  Malo le fera consciencieusement, un peu comme on fait ses devoirs. Jul adressera le sien à son amour perdu qu’elle n’est pas sûre de vouloir retrouver. Quant à  Solam, il se pliera à la contrainte avec ses mots engorgés de rage et de hargne.

Trois écritures donc, trois points de vue, trois parcours qui au fil des pages vont relever la tête, ensemble. Et si l’obligation des mots à tracer chaque soir avait permis justement de reprendre la route le cœur moins lourd?

 

08:14 Publié dans ROMAN | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |