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lundi, 20 juin 2016

Du gris

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Orientation, Paris, juin 2016


Regarder vers le bas
à voir le vestige
chant de mines, soupirs
à croche-pied

Regarder vers le haut
vouloir tous les vertiges
se griser de tendresse
sous les ombres portées

09:40 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : gris |  Facebook |

lundi, 30 mai 2016

Fils de joie

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Jardin des retrouvailles, Lille, Mai 2016

Journée effilochée j'ai dépensé
sans compter des pensées,
se dévident librement de ma bobine
navette continue aller et détour
rythme effréné
galop d'écheveau
fils enlacés sur les fuseaux horaires
des pans sélénites et sens dessus-dessous

dimanche, 29 mai 2016

Comment ça va, Démocratie ?

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En cadre, Lille, mai 2016

Mon morveux s'est frotté hier au concours Sciences PO. Trois épreuves, sous une chaleur moite, dans des amphis bondés. Le matin, la Question Contemporaine ouvrait les festivités : "La démocratie est-elle la force du peuple ?" Vous avez trois heures pour traiter ce sujet. Vous placerez le mot "démocratie" devant son miroir étymologique et lui demanderez comment ça va.
Pendant que mon fils philosophait, moi j'ai déambulé dans les rues, les parcs et les jardins de Lille toute la journée. Cela dit en passant, cette ville aux mille reflets est définitivement extraordinaire. Je n'y ai pas vu une seule fois la pancarte "Pelouse interdite". Les Lillois investissent tous les espaces verts comme s'ils se trouvaient en leur propre jardin.
En fin de journée, rincée d'avoir tant marché, je trouve quand même la force de faire un crochet par le Musée des Beaux Arts.

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En reflet, Lille, mai 2016

Le parvis est noir de gens debout, tous là pour une manifestation sportive. A l'intérieur du Musée, peu de monde, la fraicheur et le calme. Les salles ont été conçues comme les jardins publics. Au centre de chacune, de grands poufs sur lesquels on peut s'asseoir pour prendre vraiment le temps de dialoguer avec une oeuvre. J'en ai même vu certains s'y abandonner pour une sieste.
A l'étage m'attend une surprise de taille : le fameux diptyque de Goya, Les jeunes et Les vieilles. Par quels détours ces deux tableaux avaient-ils pu se retrouver dans le Grand Nord ? Par textos interposés, P., grande spécialiste ès choses espagnoles, met fin à mes interrogations en me rappelant la présence espagnole dans les Flandres qui aurait même laissé des traces dans le patois des gens du nord.
Allez savoir pourquoi mais tout en regardant Les vieilles, j'ai repensé à la question contemporaine sur laquelle avait planché mon morveux. Et à l'arrière plan, Cronos prêt à passer un bon coup de balai... Démocratie chargée de vingt-six siècles, comment ça va ?

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Le temps, dit les vieilles, Goya

jeudi, 12 mai 2016

En vol

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Avoir été au pied du mur
se retrouver au pied de l'arbre
s'adosser à son tronc,
colonne contre écorce
écorce contre colonne
le laisser dessiner
sur mes paumes ouvertes
tout contre ma ligne de vie

l'ombre portée de ses branches
tatouage mouvant
comme une caresse
se savoir sève
se vouloir envol

samedi, 23 avril 2016

Juste avant que tu ouvres les yeux, Cie Ktha

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Après Eu et Louviers, direction Duclair pour le Festival Terres de Paroles. On y arrive avec le bac. L'agitation du quotidien est restée sur l'autre rive.
La soirée s'ouvre avec Juste avant que tu ouvres les yeux de la compagnie Ktha. A Louviers, je suis déjà montée dans le camion gradin et je n'ai pas résisté au désir de récidiver.

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Juste avant que tu ouvres les yeux, c'est un long travelling-arrière dans les rues à 3,5 km/h. Ce sont trois acteurs qui nous suivent, les yeux dans les yeux, avec une étonnante interrogation : "qu'est-ce qu'il se passe dans ma tête pendant les neuf minutes qui séparent la première et la seconde sonnerie du réveil ?"
C'est étonnant d'avoir vécu autant d'années sans jamais m'être posé cette question, sans jamais m'être arrêtée sur ce moment particulier où, alors que je suis tirée du sommeil malgré moi, les premières pensées affluent.
Juste avant que tu ouvres les yeux, c'est une invitation à ne pas commencer la journée comme la précédente et comme la suivante, c'est une invitation à ne pas s'asseoir toujours au même endroit dans sa baignoire, à ne pas se savonner en commençant inévitablement par la même partie du corps.
Juste avant que tu ouvres les yeux, c'est une invitation à être debout, nuit et jour.
(En italique, quelques phrases notées au fil de la déambulation dans un carnet...)

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Alarme, peut-être qu'il n'y a aucun lien avec pleurer
Tu as peur de la pression qui monte sans jamais sortir
Prends dans les neuf minutes le courage de faire, pas seulement de dire, de faire
Se souvenir que tu as le choix
pas la douleur dans la poitrine qui te dit quoi faire

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Tu prends le temps de sentir la douceur, juste d'être
Tu te dresses avec le sourire qui reste
Quand tu ouvres les yeux, tu as le ciel au-dessus de toi, en vrai

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Sur la route du retour, je me suis arrêtée longuement pour regarder la lune au-dessus des arbres en fleurs. Silence et incroyable douceur dans l'air.
Juste avant que je ne ferme les yeux, j'ai pensé au lendemain, à cet entre deux alarmes. Prendre le temps de sentir la douceur. Prendre juste le temps d'être.

samedi, 16 avril 2016

Au point du jour

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Interzone au Point Limite

Le point limite une ligne droite
c'est net tranchant chirurgical
mathématique
mais la courbe de nos désirs
qui s'incurve et se curve
en des tours et détours
un théorème réussira-t-il
à l'endiguer en inventant
quelque point barrage ?

vendredi, 08 avril 2016

Carrerment

barcelone

Barcelone, jour 5
Assises à même le sol, sur l'esplanade de l'aéroport, nous nous étonnons que le regard porte à nouveau si loin après cinq jours passés à déambuler dans les ruelles étroites de Barcelone. Nous ne nous sommes élevées qu'à deux reprises au-dessus de la ville. Un fois pour rejoindre le parc Gaudi et une autre fois sur le Mont Juïc où nous avions longuement cherché le Musée Miro pour finalement trouver porte close puisque tous les musées sont fermés le lundi. Là, la nuque avait pu retrouver une position plus familière, c'en était presque déroutant. 

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Carrer del Bisbe

Le reste du temps, nous avions le nez en l'air, le regard vagabondant librement de façade en façade, sous un rectangle de ciel.  A de multiples reprises, j'ai essayé de prendre ces rues en photo, puis les ai effacées. Jamais satisfaite. Fac-simile décevant. J'en ai cependant sauvegardé deux.

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Celle-ci parce qu'une fois passée en noir et blanc, elle s'approche des rues que j'ai imaginées en lisant L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon. Celle-là parce que rien ne venait troubler l'instant, pas même l'ombre d'un vent. Linges et temps suspendus.

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jeudi, 07 avril 2016

Gaudiesque

 Barcelone, Jour 4
Du parc Gaudi à la Sagrada Familia, sur un air de Zone d'Apollinaire...

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A la fin tu es las de ce monde ancien,
Gaudi, ô Gaudi, le troupeau des toits bêle ce matin,
Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine,

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Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est devenue hyperboloïde, hélicoïde et conoïde 

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C'est la nativité à l'Est
C'est Dieu qui meurt le vendredi à l'Ouest
C'est le Christ qui descend du ciel mieux que les parachutistes
Il détient le record du monde pour le saut de l'ange.

mercredi, 06 avril 2016

Bar à bar

 

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Barcelone, jour 3
Le baromètre est descendu. Jour de pluie. Il en faut plus pour empêcher deux Normandes de déambuler. A la première averse, nous sommes Plaça Sant Pere. Entre des immeubles récents, un jardin potager qui a tout du collectif a investi le lieu. 

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Au bout de ce jardin, un passage entre deux immeubles devenu bistrot, un lieu idéal pour attendre que le ciel devienne plus clément. Au Mescladis, l'hétéroclisme est de mise. Des caisses superposées font office d'étagères et chaque case contient tout un monde. 

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On y resterait bien plus longtemps, pour bouquiner, pour écrire mais il nous faut rejoindre la Casa Batllo et la Pedrera, hétéroclisme d'un autre genre, le long d'une avenue bruyante et investie par des hordes de touristes.
Plus tard dans la journée, alors que le plan de la ville, maintes fois plié et déplié, se transformait en une boule de papier mâché, nous sommes entrées au Salterio, carrer Sant Domenec del Call ; une voûte basse, des odeurs d'épices et de café, on y chuchote pour ne pas troubler le lieu. On y dépose sa fatigue.

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On pensait en avoir fini, avec les bars, pour cette journée. On pensait qu'après le Musée Picasso, on rentrerait se poser un peu. D'autant plus qu'on a pris notre temps dans le dit musée qui propose un parcours de La première communion jusqu'aux Ménines. Etonnant de voir comment en soixante ans, le peintre est passé de l'un à l'autre. Une fois devant Les Ménines, ma morveuse hyper-connectée a cherché sur son I-machin avec option zoom le tableau de Velasquez. De l'écran à la toile, les aller-retours se sont multipliés. On débarquait là pour rembarquer aussitôt et vice-versa.
Vous me direz, dans tout ça il n'y a pas l'ombre d'un bar. Que nenni, entre  La première communion et Les Ménines, sont exposés les travaux préparatoires de Picasso pour le menu d'Els 4 Gats

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 On ne pouvait pas ne pas y aller ...

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mardi, 05 avril 2016

Démesure des mesures

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Barcelone, jour 2
Ici, ne demandez pas combien de temps il vous faudra pour vous rendre d'un point à un autre car il est impossible d'aller directement d'un point à un autre !
Ainsi, ce matin, nous avions décidé de nous rendre au Mont Juic pour embrasser la ville d'un regard. Sur la carte, il suffisait de prendre vers l'est et de garder approximativement une ligne droite. Une fois dans la ville, nous avons vite abandonné la ligne droite pour lui préférer l'entrelacement de ruelles étroites. Là, les façades d'immeubles se font face dans une telle intimité que leurs toits se touchent presque. Elles ne préservent que l'interstice nécéssaire pour que le linge sèche aux fenêtres.
Le détour appelant le détour, nos pas nous ont conduites par hasard vers le quartier juif El Call puis vers la GRANDE synagogue, carrer Marlet. Nous l'imaginions imposante ou du moins repérable de loin. L'entrée est étroite, il faut se baisser pour emprunter l'escalier qui mène quelques mètres en-dessous du niveau de la rue et se retrouver dans une synagogue grande comme un mouchoir de poche.

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De retour dans la rue, le Mont Juic est à portée de regard. Nous traversons sans anicroche la Rambla qui semble une béance commerciale puis le marché de la Boqueria, allée après allée !

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De retour dans la carrer de l'Hospital, le Mont Juic s'est sensiblement rapproché. Sauf que nous ne pouvions ignorer attenante au marché une petite cour abritant La Reial Acadamia de Farmacia, nouvel havre de paix après le MEAM. On s'est posées là, sous les orangers, avec l'envie de s'imprégner lentement du lieu.

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Je crois bien qu'après, nous sommes enfin montées au Mont Juic. De là-haut, avec ses tours et ses grues, La Sagrada Familia est impressionnante.

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C'est en dominant ainsi la ville, que nous nous sommes demandé vers où nos pas allaient nous conduire, de retour dans la ville. En écho au matin, nous avons choisi le PETIT Palau, pour voir si Barcelone se joue systématiquement des adjectifs...

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Pas assez de recul dans la rue pour le prendre dans son ensemble ! Contentons-nous de ce fragment.

lundi, 04 avril 2016

En-tête

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Barcelone, Jour 1
Cela fait quelques semaines que j'entoure, que je flèche, que je souligne, que j'interroge la carte de Barcelone. Pour ne pas arriver totalement en terra incognita, bien que j'adore ça : quitter mes îles pour arriver en une terre inconnue.

A Barcelone, ma morveuse et moi, nous y sommes enfin depuis cet après-midi. En descendant de l'aérobus, nous avons décidé de gagner la Casa de Marcelo à pied, pour un premier contact, traînant joyeusement nos valises, faisant fi de la fatigue.
A peine installées, nous sommes reparties. Non pas pour prendre quelques repères dans la ville  mais pour rejoindre le Musée Européen d'Art Contemporain, à deux encablures de là. Ce musée, je l'avais placé en-tête de notre périple. P. m'en avait longuement parlé et j'aimais bien l'idée de commencer par là. 
On rentre dans ce musée qui s'élance sur trois étages comme dans un havre de paix. Au premier étage, une exposition consacrée au sculpteur Joseph Clara. Au 2ème et 3ème étage, des collections permanentes.

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Au MEAM, ce qui reste inoubliable, c'est le reflet ; s'y cache un dialogue muet entre les oeuvres. Il faut se baisser, se pencher à gauche puis à droite, se mettre sur la pointe des pieds pour ne rien manquer de ce qui se chuchote là. Petite visite personnelle que j'intitule En tête.

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Sous la moustache impeccablement lissée et la paupière abandonnée peut se cacher quelque nudité effrontée.

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Joseph Clara, Dolor

Ca doit être cela, la vraie douleur qui émacie le visage : porter deux christs en tête, ça devient compliqué de dire jecroisenunseuldieu.

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Patricia Riveras, Retrats

Ces trois-là semblent vides de pensées, n'ont rien en-tête ou du moins surtout pas ce qui se passe derrière, à côté d'eux : une mater dolorosa portant le corps de sa fille.

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Abraham Nevado, Synergia

Dans ces deux têtes de 4289 feuilles de papier pourraient se glisser de multiples pensées. Etonnamment, un seul songe se loge dans toutes les strates, celui d'une femme comme un hologramme.

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mardi, 15 mars 2016

Pile de plis

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Empilement, Athènes, 2015

Emplie de plis
je me lève

même pas chiffonnée

je dégoupille un demi piment rouge
et file donner
la réplique à cette journée
pour lui insuffler le désir de se déplier

à l'heure des complies
juste avant le repli des pupilles
je l'estampille désopilante

lundi, 07 mars 2016

Murmures

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© Pili Vazquez, A cor et à cri, Cuba, 2016

Souvent au seuil de la journée
l'homme s'adosse contre le mur
loin de tout arrêt de car ou de gare
colonne vertébrale verticalement calée
jambes à la tangente tête droite immobile

absent aux corps qui passent
avec certitude et le dépassent
en hâte accros à la vie
il n'attend pas
le car pas le train

mais cet instant où dans le dédale de ses os
monte
la chaleur emmagasinée
par la paroi aux heures les plus chaudes

ses lèvres dérogent alors à l'immobilité
elles façonnent quelque incantation

pour ceux qui
à la sortie
de l'usine
du bureau
ou du chantier
de leur vie

s'adossent  là
pensant
ne plus pouvoir
d'ombre
en ombre
atteindre

l'arrêt de car
ou la gare
accrocs de la vie
c'est pour eux qu'il recharge
le mur en murmures

07:02 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mur |  Facebook |

dimanche, 21 février 2016

Se tenir

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Si facilement on tient
la chandelle la plume
l’article la queue de la poêle
et même la dragée haute
si aisément on tient
tête ferme compte ou rigueur
tout en tenant son sérieux
en haleine en bride
en échec en laisse en respect
on tient aussi
et même à cœur
mais se tenir debout

 

vendredi, 12 février 2016

C'est bête (avec un accent circonflexe)

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Athènes, 2015

Ne nous racontons pas d’histoire
- chair de poule -
si nous nous acharnons ainsi

à vider les mers
à désertifier les terres
à embrouillarder les airs
si nous nous acharnons ainsi
à éradiquer

le crapaud amoureux
la baleine hilare

le lapin chaud
la poule mouillée

le mouton à cinq pattes
la bête à deux dos

l‘anguille sous sa roche

la puce à l’oreille
la grenouille de bénitier
la mouche fine ou assassine
l’oiseau de Jupiter  ou de Venus
et même ceux de mauvaise augure

si nous nous acharnons
à tout éradiquer

sauf le veau d’or
nous sommes faits comme des rats
et il est presque trop tard
pour quitter le navire

 

lundi, 21 décembre 2015

Perdre la saison

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Une fois encore nous y sommes : c'est le solstice d'hiver. A la fois, entrée dans l'hiver et dès demain, retour flegmatique de la lumière. Sauf que cette année, ça cloche, ça carillonne, ça sonne l'alarme.
Hier, malgré l'étroitesse du jour, on est partis randonner toute la journée, au-dessus de Beaufort-sur-Gervanne. Certes il y avait le GR commencé dans la pénombre, les flancs des montagnes gris-marron foncé comme une terre brûlée, les arbres entremêlant leur nudité,  le silence entre nuages et terre, l'envol d'une buse et le retour entre chien et loup alors que ce n'est que l'heure du thé. Mais surtout, il y avait cette extrême douceur dans l'air comme un premier jour de printemps ; quand on sait bien qu'on met la polaire dans le sac à dos par précaution mais qu'elle y restera.
A la fin de la journée, la semelle fourbue et heureuse, assise à la terrasse du bistro du village sous les seules étoiles d'une guirlande de Noël, mon coeur s'est pincé. A la table d'à côté, deux anciens se disaient qu'il n'y avait plus de saisons.

jeudi, 29 octobre 2015

Retournement

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entre Saint Hilaire la Palud et Monfaucon

On ne sait plus où la terre où le ciel
On ne sait plus où le reflet où l'arbre
On ne sait plus la nostalgie et l'attente du temps suivant
On ne sait plus que cheminer

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lundi, 26 octobre 2015

Effarement

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Pointe des Minimes, premier soir d'automne passé à l'heure d'hiver.

Nous cheminons lentement le long du rivage. M. glane ce que la mer a délaissé, huitres et galets portant fossiles. Immobile, je laisse un dernier fil de soleil étendre mon ombre loin derrière moi, totem noir sur pierres de craie.

A l'intérieur, c'est flux et reflux d'une impression insolite : quelque chose relie ma bobine de vie à ce lieu.

Impression d'autant plus étonnante que depuis la nuit de mes temps, à la question d'où viens-tu, je reste sans mots et cache mon é-motivité par un détournement. Je ne viens de nulle part. Née à Paris, mon enfance a été brinquebalée à l'Ouest -Bordeaux, La Rochelle, Auch- trop rapidement pour pouvoir s'enraciner, trop prestement pour espérer s'ancrer. Elle s'est définitivement échouée dans une banlieue à l'ouest de Paris, prétentieuse et hautaine.

M., moi et mon sentiment d'appartenance longeons la côte jusqu'à la première plage. Là un bistrot a des allures de bout du monde. Ce n'est pas encore tout à fait le moment de l'apéro sous l'heure d'hiver. Nous nous adaptons en commandant gaufre et martini.

Sur le chemin du retour, dans une pénombre distraite par la pleine lune, le phare est notre repère.

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samedi, 24 octobre 2015

Livresse

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"La littérature est un point d'arrivée qui ne répond ni aux genres ni aux thèmes. Il survient et alors c'est une fête pour celui qui lit. La littérature agit sur les fibres nerveuses de celui qui a la chance de vivre la rencontre entre un livre et sa propre vie. Ce sont des rendez-vous qu'on ne peut fixer ni recommander aux autres. La surprise face au mélange soudain de ses propres jours avec les pages d'un livre appartient à chaque lecteur. "
La parole contraire, Erri De Luca, Gallimard

Dans mon sac
des vêtements
des chaussures de course et de rando
et une pile de livres face contre face

Je passe par Tours  puis file sur La Rochelle

Le long de l'Atlantique je m'inclinerai devant
l'année écoulée
mes jours se mélangeront aux pages de
Profession du père et Après le silence

Je longerai le rivage au pas de
course ou avec la lenteur de celle
qui efface de sa tête
les modes d'emploi de la vie
pour retrouver l'ivresse
d'un corps à corps avec la houle.

Les jours, Marlène Tissot

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Pour entrer dans ce nouveau jour, des mots trouvés Sous les fleurs de la tapisserie ...

Les jours

Les jours se suivent
à distance respectable
en s'épiant
mine de rien
comme s'ils craignaient
que le prochain
les morde
ou qu'il leur fasse
de l'ombre
Le pire serait sans doute
qu'ils se mettent
à tous porter
le même costume
à marcher au pas
à baisser les bras
il faudrait parfois un hier
qui lambine
un demain qui se
pointe sans prévenir
et un aujourd'hui
qui ne se soucie
ni du précédent
ni du suivant

Marlène Tissot

 

jeudi, 22 octobre 2015

Paroles contraires

factorie
© ma morveuse


Empiler dans une même après-midi
le notaire
la banque
le bonobo
la biocoop
La vie ressemble parfois à un futile édifice

Faire le tour des libraires et dénicher au fin fond d'une étagère
Si étroit entre des pavés
Parole contraire d'Erri de Luca
Fissure dans le mur de nos certitudes

Quitter l'asphalte de Louviers
Longer la maison d'arrêt de Val de Reuil
Tourner à gauche passer le pont
et s'arrêter à la Factorie

Là, dans une odeur de café, de gâteau au chocolat et de Copo, nous avons, ma morveuse et moi, redonné le temps au temps. L'une après l'autre, murmures de voix hautes, nous avons effeuillé Sous les fleurs de la tapisserie. C'était à celle qui lirait le dernier poème quand d'autres cherchent à avoir le dernier mot.

erri de luca, parole contraire, factorie,

© ma morveuse

mercredi, 12 août 2015

Ponctuation maritime " (2)

montmartin sur mer
Montmartin sur mer

 

Que dit-il le sable ? Le sable ne dit pas
Mis à nu il ne se donne pas de grain à moudre

Juste ça peut-être il sasse et ressasse les ressacs de la mer
Il n'attend pas son retour il sait qu'elle reviendra
Elle a tant oublié algues coquillages et crevettes
Alors elle sera pleine de lui
Et il sera à nouveau mouvant

Elle reviendra et refermera les guillemets.

 

 

mardi, 11 août 2015

" Ponctuation maritime (1)

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Montmartin sur mer

 

En se retirant
la mer ouvre les guillemets
parole au sable

 

 

mardi, 04 août 2015

De temps en temps

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Modèle d'anatomie littéraire, Gaspard Lieb, 2015

Je me bal(l)adais ce matin sur le blog de Biloba et suis tombée sur la contrainte suivante : écrire un poème d'amour sans les mots fleur, papillon, absolu, amour, tendresse, coeur, oiseau et avec les mots TVA, lessive, slip, politique, télé et foot...

Ô Moucheron
Pendant que tourne la lessive
De nos doutes, de nos errances,
De nos lassitudes, de nos peurs
A quoi passerons-nous le temps ?
A regarder les temps morts
d'un match de foot ?
Mais nous n'avons plus de télé.
A écouter un débat politique ?
Mais nous ne voulons rien entendre
A l'ingérence austère.
Non Tu Veux Avoir du bon temps
" Fais-Moi Immédiatement
* l'amour
Batifoler, bouillonner !"
Et je te dis : "enlevons nos slips "


* Il n'aura pas échappé au lecteur qu'est venue se rajouter une contrainte supplémentaire avec l'acronyme FMI qui est très dans l'air du temps.

dimanche, 02 août 2015

Pied à pied

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La photo ci-dessus est un panoramique vertical, expérimental et involontaire. Quelque trace d'une journée sur la côte normande : aile d'Icare survolant la pierre de sélénite. Le titre pourrait être "perdre pied" ou " d'arrache-pied ".
La photo ci-dessous se nomme " autoportrait en pied beau ".

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samedi, 01 août 2015

Passe-passe le temps

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Retour de Sainte Marguerite-sur-Mer. La dernière ligne droite se fait en train. J'ai loupé le 19h12, j'attends le 20h12. Au-dessus des panneaux d'affichage, ça gambille à l'allure d'un TGV. L'aiguille des minutes a décidé de marquer les secondes, une heure en douze secondes - le temps nécessaire pour effeuiller la marguerite - une journée en moins de cinq minutes. Elle tourne à toute allure, plus le temps de se dire à tout à l'heure. Mon train part dans douze secondes.

lundi, 27 juillet 2015

Mölkkyport

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Vendredi dernier, direction Yport avec D. et S. D'aucunes raconteront peut-être que j'avais choisi cette destination parce que j'avais lu N'oublier jamais de Bussi. Elles avanceront même pour preuve que, deux jours auparavant, je n'avais pas hésité à embarquer N. dans une nouvelle expédition à vélo direction Vernon et Giverny parce que j'avais lu Nymphéas noirs du même.La réalité est toute autre : j'ai choisi Yport parce que c'est la seule plage normande contenant les deux mêmes voyelles que le jeu auquel D. voulait m'initier, le Mölkky !

dimanche, 26 juillet 2015

Ver à vers

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" L’écriture vient des provocations auxquelles la vie nous soumet, mais parfois, plus simplement, il s’agit de répondre à des contraintes plus amicalement posées." Claude Vercey

Sur l'avers d'une tige de noyer un ver sait
qu'il va tracer sans tergiverser un verset :
quelque rêverie sans balises, veine inversée
vertige des seaux de rouille en une rue déversés ;
il se sent prêt à désarchiver des versets
qui glaçaient sous la laine pour en faire des vers, eh !

mercredi, 08 juillet 2015

Un petit vélo dans la tête

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Athènes, mai 2015

Retour sur un enchaînement de jours.
Mardi 30 juin, direction le fin fond de l'Eure pour aller corriger une quarantaine de copies de brevet. Louviers-Gisors : une cinquantaine de bornes sous la canicule, pas de clim' dans la voiture. J'éprouve néanmoins de la tendresse pour les trente premières bornes. Trois mois plus tôt, D. avait choisi cette même route, plutôt que l'autoroute, pour nous emmener mon morveux et moi à Roissy. Nous nous envolions pour Athènes.
Les vingt dernières bornes, je passe en terre inconnue. Sur le siège passager, la carte vole au vent, pas de GPS dans la voiture. En revanche, j'ai la radio : Alexis Tsipras convoque un referendum pour le 5 juillet. L'air est soudain plus léger dans l'habitacle. Tsipras, c'est Prométhée qui refuserait de se laisser dévorer le foie jusqu'à la fin des temps.

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Athènes, mai 2015

Dimanche 5 juillet, les Grecs ont dit "oxi" au plan d'austérité des vautours européens. Ça nous avait étonnés mon morveux et moi. Que les Grecs disent "oxi" pour dire "non" et  pour dire "oui" disent "nai". On s'emmêlait un peu les pédales quand on voulait répondre en grec.
Cet "oxi" fait dérailler un système que les créanciers pensaient bien huilé. Cet "oxi" est un premier domino qui va en entraîner bien d'autres. Cet "oxi" est la fin d'un système.

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Athènes, mai 2015

Lundi 6 juillet, premier jour des vacances. Je troque voiture sans options contre VTC. Entendez par là Voiture de Transport avec Chauffeur Vélo Tout Chemin. Direction la côte normande avec A. et N., deux fous du guidon, pour le plaisir de dérouler nos roues sur les routes.
Louviers - Dieppe, via Forges-les-Eaux : 110 bornes, sous la canicule, loin des bruits du monde. A., la carte sur sa sacoche avant, est notre GPS. 
J'éprouve de la tendresse pour chacun des kilomètres qui successivement reçoit nos coups de savate ou de pompe, nos discussions à bâton rompu ou nos pensées silencieuses. Je laisse mon esprit divaguer sur les dernières semaines : le jardin des possibles qui est redevenu lieu de partage, le spectacle vu à Vivacité, Marée Basse - deux comparses, hantés par le passé qui jouent avec le danger pour se persuader qu’ils sont bien vivants - de la compagnie Sacekripa. Ca s'écrit pas, ça s'écrie dans ma tête, tour de roue après tour de roue.
Nous finissons tard dans la nuit et la ligne d'horizon est notre ligne d'arrivée. Nous trouvons bien mieux que les galets de la plage comme matelas : une dizaine de planches de chêne devant le poste de secours reçoit nos corps fourbus, nous improvisons des oreillers avec nos sacoches et une couverture avec la voute étoilée.

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Nous nous laissons bercer par la marée montante sans demander notre reste.

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Le lendemain, au tout petit matin, le ciel est flamboyances exacerbées et mouvances sur palette de rouge, orange et violet.
Plus tard dans la matinée, le front de mer était à nouveau tiré au cordeau : de la ligne d'horizon à la ligne de notre matelas en passant par la ligne de galets.

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 Nous avons pris la route du retour en passant par le cimetière marin de Varengeville.

 

dimanche, 28 juin 2015

L'avoir dans l'os

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Athènes, mai 2015

Nos cédilles et nos censures
nos cénures et nos cérambyx
nos certainement et nos cependant
nos cessez-le-feu et nos c'est-à-dire
innocemment
nous croyons partir en noces
ostensiblement
nous partons en os