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mardi, 05 avril 2016

Démesure des mesures

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Barcelone, jour 2
Ici, ne demandez pas combien de temps il vous faudra pour vous rendre d'un point à un autre car il est impossible d'aller directement d'un point à un autre !
Ainsi, ce matin, nous avions décidé de nous rendre au Mont Juic pour embrasser la ville d'un regard. Sur la carte, il suffisait de prendre vers l'est et de garder approximativement une ligne droite. Une fois dans la ville, nous avons vite abandonné la ligne droite pour lui préférer l'entrelacement de ruelles étroites. Là, les façades d'immeubles se font face dans une telle intimité que leurs toits se touchent presque. Elles ne préservent que l'interstice nécéssaire pour que le linge sèche aux fenêtres.
Le détour appelant le détour, nos pas nous ont conduites par hasard vers le quartier juif El Call puis vers la GRANDE synagogue, carrer Marlet. Nous l'imaginions imposante ou du moins repérable de loin. L'entrée est étroite, il faut se baisser pour emprunter l'escalier qui mène quelques mètres en-dessous du niveau de la rue et se retrouver dans une synagogue grande comme un mouchoir de poche.

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De retour dans la rue, le Mont Juic est à portée de regard. Nous traversons sans anicroche la Rambla qui semble une béance commerciale puis le marché de la Boqueria, allée après allée !

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De retour dans la carrer de l'Hospital, le Mont Juic s'est sensiblement rapproché. Sauf que nous ne pouvions ignorer attenante au marché une petite cour abritant La Reial Acadamia de Farmacia, nouvel havre de paix après le MEAM. On s'est posées là, sous les orangers, avec l'envie de s'imprégner lentement du lieu.

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Je crois bien qu'après, nous sommes enfin montées au Mont Juic. De là-haut, avec ses tours et ses grues, La Sagrada Familia est impressionnante.

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C'est en dominant ainsi la ville, que nous nous sommes demandé vers où nos pas allaient nous conduire, de retour dans la ville. En écho au matin, nous avons choisi le PETIT Palau, pour voir si Barcelone se joue systématiquement des adjectifs...

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Pas assez de recul dans la rue pour le prendre dans son ensemble ! Contentons-nous de ce fragment.

lundi, 04 avril 2016

En-tête

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Barcelone, Jour 1
Cela fait quelques semaines que j'entoure, que je flèche, que je souligne, que j'interroge la carte de Barcelone. Pour ne pas arriver totalement en terra incognita, bien que j'adore ça : quitter mes îles pour arriver en une terre inconnue.

A Barcelone, ma morveuse et moi, nous y sommes enfin depuis cet après-midi. En descendant de l'aérobus, nous avons décidé de gagner la Casa de Marcelo à pied, pour un premier contact, traînant joyeusement nos valises, faisant fi de la fatigue.
A peine installées, nous sommes reparties. Non pas pour prendre quelques repères dans la ville  mais pour rejoindre le Musée Européen d'Art Contemporain, à deux encablures de là. Ce musée, je l'avais placé en-tête de notre périple. P. m'en avait longuement parlé et j'aimais bien l'idée de commencer par là. 
On rentre dans ce musée qui s'élance sur trois étages comme dans un havre de paix. Au premier étage, une exposition consacrée au sculpteur Joseph Clara. Au 2ème et 3ème étage, des collections permanentes.

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Au MEAM, ce qui reste inoubliable, c'est le reflet ; s'y cache un dialogue muet entre les oeuvres. Il faut se baisser, se pencher à gauche puis à droite, se mettre sur la pointe des pieds pour ne rien manquer de ce qui se chuchote là. Petite visite personnelle que j'intitule En tête.

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Sous la moustache impeccablement lissée et la paupière abandonnée peut se cacher quelque nudité effrontée.

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Joseph Clara, Dolor

Ca doit être cela, la vraie douleur qui émacie le visage : porter deux christs en tête, ça devient compliqué de dire jecroisenunseuldieu.

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Patricia Riveras, Retrats

Ces trois-là semblent vides de pensées, n'ont rien en-tête ou du moins surtout pas ce qui se passe derrière, à côté d'eux : une mater dolorosa portant le corps de sa fille.

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Abraham Nevado, Synergia

Dans ces deux têtes de 4289 feuilles de papier pourraient se glisser de multiples pensées. Etonnamment, un seul songe se loge dans toutes les strates, celui d'une femme comme un hologramme.

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mardi, 15 mars 2016

Pile de plis

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Empilement, Athènes, 2015

Emplie de plis
je me lève

même pas chiffonnée

je dégoupille un demi piment rouge
et file donner
la réplique à cette journée
pour lui insuffler le désir de se déplier

à l'heure des complies
juste avant le repli des pupilles
je l'estampille désopilante

lundi, 07 mars 2016

Murmures

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© Pili Vazquez, A cor et à cri, Cuba, 2016

Souvent au seuil de la journée
l'homme s'adosse contre le mur
loin de tout arrêt de car ou de gare
colonne vertébrale verticalement calée
jambes à la tangente tête droite immobile

absent aux corps qui passent
avec certitude et le dépassent
en hâte accros à la vie
il n'attend pas
le car pas le train

mais cet instant où dans le dédale de ses os
monte
la chaleur emmagasinée
par la paroi aux heures les plus chaudes

ses lèvres dérogent alors à l'immobilité
elles façonnent quelque incantation

pour ceux qui
à la sortie
de l'usine
du bureau
ou du chantier
de leur vie

s'adossent  là
pensant
ne plus pouvoir
d'ombre
en ombre
atteindre

l'arrêt de car
ou la gare
accrocs de la vie
c'est pour eux qu'il recharge
le mur en murmures

dimanche, 21 février 2016

Se tenir

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Si facilement on tient
la chandelle la plume
l’article la queue de la poêle
et même la dragée haute
si aisément on tient
tête ferme compte ou rigueur
tout en tenant son sérieux
en haleine en bride
en échec en laisse en respect
on tient aussi
et même à cœur
mais se tenir debout

 

vendredi, 12 février 2016

C'est bête (avec un accent circonflexe)

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Athènes, 2015

Ne nous racontons pas d’histoire
- chair de poule -
si nous nous acharnons ainsi

à vider les mers
à désertifier les terres
à embrouillarder les airs
si nous nous acharnons ainsi
à éradiquer

le crapaud amoureux
la baleine hilare

le lapin chaud
la poule mouillée

le mouton à cinq pattes
la bête à deux dos

l‘anguille sous sa roche

la puce à l’oreille
la grenouille de bénitier
la mouche fine ou assassine
l’oiseau de Jupiter  ou de Venus
et même ceux de mauvaise augure

si nous nous acharnons
à tout éradiquer

sauf le veau d’or
nous sommes faits comme des rats
et il est presque trop tard
pour quitter le navire

 

lundi, 21 décembre 2015

Perdre la saison

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Une fois encore nous y sommes : c'est le solstice d'hiver. A la fois, entrée dans l'hiver et dès demain, retour flegmatique de la lumière. Sauf que cette année, ça cloche, ça carillonne, ça sonne l'alarme.
Hier, malgré l'étroitesse du jour, on est partis randonner toute la journée, au-dessus de Beaufort-sur-Gervanne. Certes il y avait le GR commencé dans la pénombre, les flancs des montagnes gris-marron foncé comme une terre brûlée, les arbres entremêlant leur nudité,  le silence entre nuages et terre, l'envol d'une buse et le retour entre chien et loup alors que ce n'est que l'heure du thé. Mais surtout, il y avait cette extrême douceur dans l'air comme un premier jour de printemps ; quand on sait bien qu'on met la polaire dans le sac à dos par précaution mais qu'elle y restera.
A la fin de la journée, la semelle fourbue et heureuse, assise à la terrasse du bistro du village sous les seules étoiles d'une guirlande de Noël, mon coeur s'est pincé. A la table d'à côté, deux anciens se disaient qu'il n'y avait plus de saisons.

jeudi, 29 octobre 2015

Retournement

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entre Saint Hilaire la Palud et Monfaucon

On ne sait plus où la terre où le ciel
On ne sait plus où le reflet où l'arbre
On ne sait plus la nostalgie et l'attente du temps suivant
On ne sait plus que cheminer

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lundi, 26 octobre 2015

Effarement

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Pointe des Minimes, premier soir d'automne passé à l'heure d'hiver.

Nous cheminons lentement le long du rivage. M. glane ce que la mer a délaissé, huitres et galets portant fossiles. Immobile, je laisse un dernier fil de soleil étendre mon ombre loin derrière moi, totem noir sur pierres de craie.

A l'intérieur, c'est flux et reflux d'une impression insolite : quelque chose relie ma bobine de vie à ce lieu.

Impression d'autant plus étonnante que depuis la nuit de mes temps, à la question d'où viens-tu, je reste sans mots et cache mon é-motivité par un détournement. Je ne viens de nulle part. Née à Paris, mon enfance a été brinquebalée à l'Ouest -Bordeaux, La Rochelle, Auch- trop rapidement pour pouvoir s'enraciner, trop prestement pour espérer s'ancrer. Elle s'est définitivement échouée dans une banlieue à l'ouest de Paris, prétentieuse et hautaine.

M., moi et mon sentiment d'appartenance longeons la côte jusqu'à la première plage. Là un bistrot a des allures de bout du monde. Ce n'est pas encore tout à fait le moment de l'apéro sous l'heure d'hiver. Nous nous adaptons en commandant gaufre et martini.

Sur le chemin du retour, dans une pénombre distraite par la pleine lune, le phare est notre repère.

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samedi, 24 octobre 2015

Livresse

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"La littérature est un point d'arrivée qui ne répond ni aux genres ni aux thèmes. Il survient et alors c'est une fête pour celui qui lit. La littérature agit sur les fibres nerveuses de celui qui a la chance de vivre la rencontre entre un livre et sa propre vie. Ce sont des rendez-vous qu'on ne peut fixer ni recommander aux autres. La surprise face au mélange soudain de ses propres jours avec les pages d'un livre appartient à chaque lecteur. "
La parole contraire, Erri De Luca, Gallimard

Dans mon sac
des vêtements
des chaussures de course et de rando
et une pile de livres face contre face

Je passe par Tours  puis file sur La Rochelle

Le long de l'Atlantique je m'inclinerai devant
l'année écoulée
mes jours se mélangeront aux pages de
Profession du père et Après le silence

Je longerai le rivage au pas de
course ou avec la lenteur de celle
qui efface de sa tête
les modes d'emploi de la vie
pour retrouver l'ivresse
d'un corps à corps avec la houle.

Les jours, Marlène Tissot

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Pour entrer dans ce nouveau jour, des mots trouvés Sous les fleurs de la tapisserie ...

Les jours

Les jours se suivent
à distance respectable
en s'épiant
mine de rien
comme s'ils craignaient
que le prochain
les morde
ou qu'il leur fasse
de l'ombre
Le pire serait sans doute
qu'ils se mettent
à tous porter
le même costume
à marcher au pas
à baisser les bras
il faudrait parfois un hier
qui lambine
un demain qui se
pointe sans prévenir
et un aujourd'hui
qui ne se soucie
ni du précédent
ni du suivant

Marlène Tissot

 

jeudi, 22 octobre 2015

Paroles contraires

factorie
© ma morveuse


Empiler dans une même après-midi
le notaire
la banque
le bonobo
la biocoop
La vie ressemble parfois à un futile édifice

Faire le tour des libraires et dénicher au fin fond d'une étagère
Si étroit entre des pavés
Parole contraire d'Erri de Luca
Fissure dans le mur de nos certitudes

Quitter l'asphalte de Louviers
Longer la maison d'arrêt de Val de Reuil
Tourner à gauche passer le pont
et s'arrêter à la Factorie

Là, dans une odeur de café, de gâteau au chocolat et de Copo, nous avons, ma morveuse et moi, redonné le temps au temps. L'une après l'autre, murmures de voix hautes, nous avons effeuillé Sous les fleurs de la tapisserie. C'était à celle qui lirait le dernier poème quand d'autres cherchent à avoir le dernier mot.

erri de luca, parole contraire, factorie,

© ma morveuse

mercredi, 12 août 2015

Ponctuation maritime " (2)

montmartin sur mer
Montmartin sur mer

 

Que dit-il le sable ? Le sable ne dit pas
Mis à nu il ne se donne pas de grain à moudre

Juste ça peut-être il sasse et ressasse les ressacs de la mer
Il n'attend pas son retour il sait qu'elle reviendra
Elle a tant oublié algues coquillages et crevettes
Alors elle sera pleine de lui
Et il sera à nouveau mouvant

Elle reviendra et refermera les guillemets.

 

 

mardi, 11 août 2015

" Ponctuation maritime (1)

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Montmartin sur mer

 

En se retirant
la mer ouvre les guillemets
parole au sable

 

 

mardi, 04 août 2015

De temps en temps

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Modèle d'anatomie littéraire, Gaspard Lieb, 2015

Je me bal(l)adais ce matin sur le blog de Biloba et suis tombée sur la contrainte suivante : écrire un poème d'amour sans les mots fleur, papillon, absolu, amour, tendresse, coeur, oiseau et avec les mots TVA, lessive, slip, politique, télé et foot...

Ô Moucheron
Pendant que tourne la lessive
De nos doutes, de nos errances,
De nos lassitudes, de nos peurs
A quoi passerons-nous le temps ?
A regarder les temps morts
d'un match de foot ?
Mais nous n'avons plus de télé.
A écouter un débat politique ?
Mais nous ne voulons rien entendre
A l'ingérence austère.
Non Tu Veux Avoir du bon temps
" Fais-Moi Immédiatement
* l'amour
Batifoler, bouillonner !"
Et je te dis : "enlevons nos slips "


* Il n'aura pas échappé au lecteur qu'est venue se rajouter une contrainte supplémentaire avec l'acronyme FMI qui est très dans l'air du temps.

dimanche, 02 août 2015

Pied à pied

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La photo ci-dessus est un panoramique vertical, expérimental et involontaire. Quelque trace d'une journée sur la côte normande : aile d'Icare survolant la pierre de sélénite. Le titre pourrait être "perdre pied" ou " d'arrache-pied ".
La photo ci-dessous se nomme " autoportrait en pied beau ".

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samedi, 01 août 2015

Passe-passe le temps

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Retour de Sainte Marguerite-sur-Mer. La dernière ligne droite se fait en train. J'ai loupé le 19h12, j'attends le 20h12. Au-dessus des panneaux d'affichage, ça gambille à l'allure d'un TGV. L'aiguille des minutes a décidé de marquer les secondes, une heure en douze secondes - le temps nécessaire pour effeuiller la marguerite - une journée en moins de cinq minutes. Elle tourne à toute allure, plus le temps de se dire à tout à l'heure. Mon train part dans douze secondes.

lundi, 27 juillet 2015

Mölkkyport

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Vendredi dernier, direction Yport avec D. et S. D'aucunes raconteront peut-être que j'avais choisi cette destination parce que j'avais lu N'oublier jamais de Bussi. Elles avanceront même pour preuve que, deux jours auparavant, je n'avais pas hésité à embarquer N. dans une nouvelle expédition à vélo direction Vernon et Giverny parce que j'avais lu Nymphéas noirs du même.La réalité est toute autre : j'ai choisi Yport parce que c'est la seule plage normande contenant les deux mêmes voyelles que le jeu auquel D. voulait m'initier, le Mölkky !

dimanche, 26 juillet 2015

Ver à vers

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" L’écriture vient des provocations auxquelles la vie nous soumet, mais parfois, plus simplement, il s’agit de répondre à des contraintes plus amicalement posées." Claude Vercey

Sur l'avers d'une tige de noyer un ver sait
qu'il va tracer sans tergiverser un verset :
quelque rêverie sans balises, veine inversée
vertige des seaux de rouille en une rue déversés ;
il se sent prêt à désarchiver des versets
qui glaçaient sous la laine pour en faire des vers, eh !

mercredi, 08 juillet 2015

Un petit vélo dans la tête

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Athènes, mai 2015

Retour sur un enchaînement de jours.
Mardi 30 juin, direction le fin fond de l'Eure pour aller corriger une quarantaine de copies de brevet. Louviers-Gisors : une cinquantaine de bornes sous la canicule, pas de clim' dans la voiture. J'éprouve néanmoins de la tendresse pour les trente premières bornes. Trois mois plus tôt, D. avait choisi cette même route, plutôt que l'autoroute, pour nous emmener mon morveux et moi à Roissy. Nous nous envolions pour Athènes.
Les vingt dernières bornes, je passe en terre inconnue. Sur le siège passager, la carte vole au vent, pas de GPS dans la voiture. En revanche, j'ai la radio : Alexis Tsipras convoque un referendum pour le 5 juillet. L'air est soudain plus léger dans l'habitacle. Tsipras, c'est Prométhée qui refuserait de se laisser dévorer le foie jusqu'à la fin des temps.

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Athènes, mai 2015

Dimanche 5 juillet, les Grecs ont dit "oxi" au plan d'austérité des vautours européens. Ça nous avait étonnés mon morveux et moi. Que les Grecs disent "oxi" pour dire "non" et  pour dire "oui" disent "nai". On s'emmêlait un peu les pédales quand on voulait répondre en grec.
Cet "oxi" fait dérailler un système que les créanciers pensaient bien huilé. Cet "oxi" est un premier domino qui va en entraîner bien d'autres. Cet "oxi" est la fin d'un système.

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Athènes, mai 2015

Lundi 6 juillet, premier jour des vacances. Je troque voiture sans options contre VTC. Entendez par là Voiture de Transport avec Chauffeur Vélo Tout Chemin. Direction la côte normande avec A. et N., deux fous du guidon, pour le plaisir de dérouler nos roues sur les routes.
Louviers - Dieppe, via Forges-les-Eaux : 110 bornes, sous la canicule, loin des bruits du monde. A., la carte sur sa sacoche avant, est notre GPS. 
J'éprouve de la tendresse pour chacun des kilomètres qui successivement reçoit nos coups de savate ou de pompe, nos discussions à bâton rompu ou nos pensées silencieuses. Je laisse mon esprit divaguer sur les dernières semaines : le jardin des possibles qui est redevenu lieu de partage, le spectacle vu à Vivacité, Marée Basse - deux comparses, hantés par le passé qui jouent avec le danger pour se persuader qu’ils sont bien vivants - de la compagnie Sacekripa. Ca s'écrit pas, ça s'écrie dans ma tête, tour de roue après tour de roue.
Nous finissons tard dans la nuit et la ligne d'horizon est notre ligne d'arrivée. Nous trouvons bien mieux que les galets de la plage comme matelas : une dizaine de planches de chêne devant le poste de secours reçoit nos corps fourbus, nous improvisons des oreillers avec nos sacoches et une couverture avec la voute étoilée.

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Nous nous laissons bercer par la marée montante sans demander notre reste.

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Le lendemain, au tout petit matin, le ciel est flamboyances exacerbées et mouvances sur palette de rouge, orange et violet.
Plus tard dans la matinée, le front de mer était à nouveau tiré au cordeau : de la ligne d'horizon à la ligne de notre matelas en passant par la ligne de galets.

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 Nous avons pris la route du retour en passant par le cimetière marin de Varengeville.

 

dimanche, 28 juin 2015

L'avoir dans l'os

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Athènes, mai 2015

Nos cédilles et nos censures
nos cénures et nos cérambyx
nos certainement et nos cependant
nos cessez-le-feu et nos c'est-à-dire
innocemment
nous croyons partir en noces
ostensiblement
nous partons en os

samedi, 21 mars 2015

Arracher la joie aux jours qui filent

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Jeudi, nous étions en plein coeur du Printemps des poètes. La journée s'ouvrait avec mes biobios et un cours consacré à la création du monde, version biblique. Entre le 5ème et le 6ème jour, la porte s'est ouverte. Un couple est entré, costume noir et foulard orange. Tout s'est soudain figé dans la salle. La Femme s'est avancée au milieu de ce silence et a offert un premier poème. Mes biobios ont souri : ils étaient soudain spectateurs d'un BIP - Brigade d'Intervention Poétique - eux qui avaient, à deux reprises depuis le début de l'année, pratiqué cet exercice, les mains tremblantes - M'dame, on n'y arrivera pas! - le coeur battant et le regard lumineux - Quand est-ce qu'on recommence?

Puis ce fut au tour de l'Homme de s'avancer, fixant mes élèves un à un avec les vers d'un poème de Francis Combes qui leur correspondait si bien. 

Vous les tomates qui n’avez jamais vu la terre
Vous les poissons qui n’avez jamais vu la mer
Vous les salades qui poussez dans l’eau et la fibre de verre
Vous les saumons qui n’avez jamais remonté de rivière
Et n’avez pas connu la joie d’étinceler dans l’écume
     et la lumière
Vous les poulets élevés en batterie qui n’avez jamais connu
     l’air libre
Jamais vu le soleil, jamais couru dans l’herbe
Vous les bananes, vous les avocats, vous les melons
Prématurés arrachés à votre famille et mis à mûrir
     loin de chez vous
Dans des hangars sous des rayons
Vous les crevettes qui n’avez jamais fréquenté les grands
     fonds
Et ne connaissez que l’eau du robinet
Vous tous, produits conditionnés de la grande distribution,

Révoltez-vous !
Rompez les rangs !
Formez un syndicat et faites valoir vos revendications !
Refusez d’être enfermés, déportés, calibrés !
Refusez le dopage, refusez de vous faire piquer
     et regonfler
À coups d’hormones, d’OGM et d’anabolisants !
Dénoncez les cadences infernales !
Réclamez ce qui vous est dû, exigez d’avoir le temps
Et les moyens d’une vraie formation initiale !
À bas l’esclavage moderne !
Luttez pour votre dignité !
Pour des conditions de vie et de travail normales !
Faites la grève pour vous offrir
Des vacances à la mer
Un voyage auprès des vôtres en Espagne
Une randonnée sportive dans un torrent écossais
Un séjour, tous frais payés, dans une mer profonde
Au large d’une plage du Sénégal.
Exigez le temps de vivre, de grandir et de mûrir.
Et soyez certains que nous autres les humains
Nous serons solidaires de votre combat. 

Parvenu au dernier vers, l'Homme leur a demandé : et vous, vous connaissez des poèmes?
Ca a fusé de tous les coins, chacun prenant le relai du précédent, le torse bombé : Oui, M'sieur, nous aussi, on a fait des BIP ! La première fois avec des Fables ! La deuxième avec La terre qui ne voulait plus tourner de Françoise du Chaxel !
La Femme : vous nous en récitez un ?
Toutes les têtes, sauf une, sont rentrées dans les épaules comme autant de tortues apeurées : euh, non, on s'en souvient plus. C'est dommage, on ne peut même pas vous les lire ! Ils sont tous dans le premier cahier de français, là on vient de commencer le second. Vous auriez dû venir la semaine dernière !
Dans cette joyeuse débandade, S. qui a toujours le regard pétillant malgré tous les sales coups que la vie lui a réservés, S. a dit : moi, je me souviens des premiers vers. Et elle s'est lancée, seule, avec audace :

 

Elle tournait, tournait, tournait,

Depuis des siècles la Terre

Tournait sur elle-même
Comme une danseuse

Tournait autour du soleil

Comme une amoureuse

 

Soudain un, puis deux puis trois l'ont rejointe dans un murmure surgi des tréfonds de leur mémoire


Sans bruit, sans histoire

Si paisible, si polie

Si fière, si forte
Si douce, Si docile
Si rassurante

 

Le choeur s'est peu à peu agrandi. La rumeur jaillie de la terre a pris de l'ampleur. Ce n'était plus quatre mais vingt-deux voix qui se dressaient en un même rythme 

 
Pendant ce temps
Les hommes

Défrichent
Creusent
Gaspillent
Incendient
Mutilent
Se font la guerre
Puis la négligent

 

De les voir tous emportés par un même élan poétique, je vous promets que chacun des poils de mon corps s'est dressé. Appelons cela la chair de poule mais ça ne dira pas l'émotion qui fut la mienne. La Femme et l'Homme les regardaient abasourdis.

 

S’intéressent à la Lune

La trouvent
Trop grise
Trop laide

Trop froide
Reviennent sur Terre
Se font la guerre

Dévastent les forêts

Bouleversent les marées

Détournent les rivières

Epuisent le sol
Souillent les fleuves

Enfument le ciel
Se font la guerre
Font n’importe quoi

En font tant

Que la Terre se fâche

S’agite
Gronde
Menace
Hurle par ses tempêtes

Crache par ses volcans

Déchaîne ses océans

Puis un jour
S’arrête
Silencieuse
Immobile

Nous les avons applaudis, ils se sont applaudis, tout étonnés de ce qu'ils venaient de faire. Nous venions d'assister à une insurrection poétique...

mercredi, 04 mars 2015

Effréné

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Photo de Moucheron
Entre Vauville et Goury

Entre terre et mer
Le vent échevelé
sénestre et dextre
persévère
vers et revers
s'empresse
véhément svelte
et pêle-mêle
redresse mes pensées .

 

samedi, 03 janvier 2015

Dragon dénué

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Hokusai, Dragon dans les nuées,
Musée Guimet, Photo Thierry Ollivier

Griffes effarouchées,
Corps rétracté dans la nuit,
Dragon, qu’as-tu vu ?

samedi, 05 juillet 2014

Florilège

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L'année est sur le point de se refermer. Les cours sont terminés, les bilans des projets rédigés, mon casier vidé; les murs de ma salle, après avoir été dénudés pour le Brevet, sont à nouveau recouverts d'affiches. Reste le projet Littoral Littéraire. J'attends que M. ait fini de corriger ses copies de Bac pour que nous puissions y consacrer un peu de temps. Au moins finaliser le travail autour de Trouville. Pour me faire patienter, elle m'envoie des perles de copies qui ont planché sur Crépuscule de Victor Hugo:

Version hommage aux grands hommes

En ce qui concerne Victor Hugo né en 1802 et malheureusement mort en 1885 on peut dire qu’il est à l’âme de la littérature française avec tous le respect que j’ai pour les autres grands poètes/écrivains.

Version Raubin des bois  

Victor Hugo est un auteur du XIXe siècle très connut pour ces oeuvres tel que « Les Misérables » ou « Aubin dès l’Aube »…. 

Version passé compliqué et accent circonflexe

Il perdît beaucoup de proche dont sa fille, ce qui l’affectât énormément, mais il gardit la tête haute et devînt un grand hômme politique. Il remportât plusieurs prix et écrit plusieurs textes ayant beaucoup de succès comme « Les misérables » ou bien encore « Quasimodo ».

Version vitaminée

« C’est le mois où les fraises sont mûres » rend une image positif car les fraises rends de bonne humeur grâce à sa couleur…

Version travaux pratiques

De plus l’utilisation de l’expression « Lèvre, cherche la bouche » l’auteur veux nous montrer, nous explique comment faire. 

Version vie mode d'emploi
« Lèvre, cherche la bouche » fait référence au bisous sur la bouche que font deux personnes en couples, puis « Aimez-vous ! La nuit tombe ! » fait référence a ce que font deux personnes en couple le soir dans le lit. Victor Hugo fait aussi référence a la grossesse de la femme : « aimez-vous ! C’est le mois où les fraises sont mûres » car lorsque des femmes sont enceintes elles ont une envie particulière de manger des fraises.

Version perverse (ou altruiste ?)

La tombe, elle, n’est plus apte d’aimer, elle jette son dévolu sur la petite herbe pour qu’elle profite de sa vie.

Sont-ce ces mêmes lycéens qui ont posté à l'issue de l'épreuve -ô combien douloureuse- des twits rageurs, conseillant à Victor Hugo de fumer son brin d'herbe ou de se le carrer dans le séant?
Penser à faire découvrir à mes collégiens l'année prochaines Les Misérables...

 

dimanche, 26 janvier 2014

Littoral littéraire (1)

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Je trouve enfin le temps d'une escale sur mes îles. Leur espace limité et l'intimité de leur géographie me permettent de souffler un peu. Faut dire que depuis plusieurs jours, semaines, je longe avec une collègue  la côte normande du Tréport au Mont-Saint-Michel en des aller-retours incessants. Nous nous sommes lancées dans un projet baptisé Littoral littéraire pour le plaisir de rapprocher deux mots qui pourraient offrir l'illusion d'une étymologie commune. Il est démesuré. Inévitablement, nous finirons par demander à nos inspecteurs de nous accorder une année pour nous y consacrer pleinement.
Nous voulons répertorier les textes du XIXème jusqu'à nos jours qui évoquent la dite côte pour en établir une carte virtuelle: nous placerons là des dunes blanches et grises, ici des chanes et des siffle-vent. Nous inventerons des courants de dérives et juste après la marée haute, la mer déposera ses laisses.
En attendant nous avons déposé nos bagages dans une première ville: Alexandre Dumas, dans sa correspondance, cède à la facilité d'y voir un trou paumé. Trouville, donc. Nous y avons trouvé Pierre et Jean, Un coeur simple, les roches noires et La mer écrite. Rangés côte à côte en un inattendu barrage contre la Manche: Maupassant, Flaubert, Proust et Duras.
Je lance un S.O.S aux passants sur ces îles: qui avons-nous oublié qui viendrait compléter ce quadriptyque?

dimanche, 12 janvier 2014

Envie de rimer en -nelle

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En ce premier mois de l'année, l'arbre se laisse désengourdir par le flux précoce d'une sève remontante. S'imposent à lui des effluves de citronnelle et primprenelle. A la fin du jour, dans la solitude des champs, se demande-t-il, l'arbre, quel aurait été son destin au bout d'une venelle?

lundi, 23 décembre 2013

Lune diurne

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Photo de Flore

Sur ma route, ce matin, j'ai croisé une lune diurne. Elle avait entendu dire que les nuits s'étaient mises à rétrécir. L'espace lui a soudain semblé étroit. Elle a débordé sur le jour naissant.

samedi, 21 décembre 2013

Solstice d'hiver

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Aujourd'hui solstice d'hiver.
Les arbres, désoeuvrés, contemplent leur nudité dans l'eau. En ce jour le plus court, savent-ils que leur reflet est compté?  Une dernière fois.

jeudi, 19 décembre 2013

Le livre des questions (2)

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Pourquoi les vers à soie
vivent-ils si déguenillés?
Pablo Neruda