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dimanche, 23 décembre 2007

SOUFFLES

Dimanche de cendres ambrées et d’ambroisie
Déjà deux jours que la lumière et la nuit se sont rencontrées en une lutte épique et inévitable
Déjà deux jours que la lumière a repris le dessus inexorablement
Déjà deux jours que le solstice d’hiver a expiré son dernier souffle…

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Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.


Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
Birago Diop
Déjà deux jours qu'un oncle cher à mon coeur a tiré sa dernière révérence...

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dimanche, 25 novembre 2007

LANGAGE

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Je dis : nuit, et le fleuve des étoiles coule sans bruit, se tord comme le bras du laboureur autour d’une belle taille vivante.

Je dis : neige, et les tisons noircissent le bois des skis.

Je dis : mer, et l’ouragan fume au-dessus des vagues, troue les falaises où le soleil accroche des colliers de varechs.

Je dis : ciel, quand l’ombre de l’aigle suspendue dans le vide ouvre les ailes pour mourir.

Je dis : vent, et la poussière s’amoncelle sur les ailes, ensevelit les bouquets de perles, ferme les paupières encore mouillées d’images de feu.

Je dis : sang, et mon cœur s’emplit de violence et de glaçons flous.

Je dis : encre, et les larmes se mettent à bruire toutes ensemble.

Je dis : feu sur les orties, et il pousse des roses sur l’encolure des chalets.

Je dis : pluie, pour noyer les bûchers qui s’allument chaque jour.

Je dis : terre, comme le naufragé dit terre quand son radeau oscille au sommet de la plus haute vague et les oiseaux effrayés par mes cris abandonnent les îles qui regardent de leurs prunelles mortes les merveilles des nuages.

Albert Ayguesparse
A Hannah qui m'a fait découvrir ce poème au détour d'un dimanche soir. La vie, tu sais, faut que ça danse...
P.S: Et si je dis Galimatias, que  dites-vous?


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dimanche, 11 novembre 2007

ELLE ET MOI

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Après avoir contemplé la lune

mon ombre

me raccompagne

Yamaguchi Sodô pour le haïku et Anita pour la photo.

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samedi, 03 novembre 2007

RUE PAVÉE

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La rue pavée

Ne l'est plus.

Jacques Roubaud, in La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains

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mercredi, 31 octobre 2007

CANAL SAINT-MARTIN

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D'un côté du canal c'est le quai de Valmy
Et de l'autre côté c'est le quai de Jemmapes
Tu t’assieds sur un banc afin de faire étape
En face de l’écluse entr’ouverte à demi

L’eau tombe du plan d’eau en cascade et  son bruit
Rend l’alarme sans fin des moteurs illusoires
Les mains sur les genoux et les yeux sur l’eau noire
Tu restes sans bouger pendant que du temps fuit

Puis tu traverseras la passerelle dont
L’image dans les eaux se referme en ovale
Pâles platanes flous de feuilles tombées pâles

S’enfonçant dans le ciel pâle et blanc jusqu’au fond.
La péniche Robert émerge du tunnel
Sous le pont. L’eau bouillonne et grimpe jusqu’aux portes.

Jacques Roubaud, in La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains

 


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lundi, 29 octobre 2007

LE LOMBRIC

Conseils à un jeune poète de douze ans

Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,
le lombric se réveille et bâille sous le sol,
étirant ses anneaux au sein des mottes molles
il les mâche, digère et fore avec conscience.

Il travaille, il laboure en vrai lombric de France
comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,
il le connaît. Il meurt. La terre prend l’obole
de son corps. Aéŕee, elle reprend confiance.

Le poète, vois-tu, est comme un vers de terre
il laboure les mots, qui sont comme un grand champ
où̀ les hommes récoltent les denrées langagières ;

mais la terre s’épuise à l'effort incessant !
sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte
le monde étoufferait sous les paroles mortes.

Jacques Roubaud, Animaux de tout le monde

samedi, 27 octobre 2007

PATAQUÈS

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Je ne sais pas-t-à qu'est-ce mais je me lève ce matin avec l'envie de me bal(l)ader. Cela aurait-il un lien avec la rencontre de Jacques Roubaud ce mercredi? Le lombric -d'albatros qu'il fut un jour le poète maintenant hante la terre- sur l'estrade, faute de pieds, avance avec ses mots:

- Composer de la poésie en moi-même et en marchant, ce sont les deux seules langues que je connaisse.

Et cette autre phrase donnée pour rire, bien que...

- Il faut toujours  arriver à temps dans une gare pour rater le train précédent.

La dernière nuit s'est dissipée dans son recueil parisien La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains. La bal(l)ade sera donc parisienne.

09:45 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : roubaud, lombric |  Facebook |

mercredi, 17 octobre 2007

CECI EST UN COQUELICOT

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L’après-midi
C’est l’après-midi.
Je n’ai pas
rien à faire.
Je n’ai pas rien à dire.
Je suis couché là
dans les bras moelleux de l’air
et par un coquelicot,
je retiens la Terre.

Alain Serres, in Encore un coquelicot

mardi, 16 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS LOIN (8)

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RIEN N'EST PLUS LOIN

Que le temps de l'INNOCENCE
Que le bout de ses PIEDS (pour une femme enceinte)
Que le BOUT du monde
Que les jours sillonnés par le REGRET égrainé

En fait,
Rien n'est plus loin que l'innocence des pieds au bout du regret
 
Dans l'ordre d'apparition à l'écran: Moucheron, Sophiegda, Wombat, L'Indigotière 
Photo d'Anita
 

                                        

lundi, 15 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS PROCHE (7)

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RIEN N’EST PLUS PROCHE

Que mon REFLET dans le miroir
Que le plaisir de la VIE
Que la dernière ligne de mon ROMAN
Que la main que tend un SANS-PAPIER de celle d'un politicien occidental dans son hôtel luxueux

En fait,
Rien n’est plus proche que le reflet de la vie dans le roman d’un sans-papier

Par ordre d’apparition à l’écran Pomme, Kipudonktan, Le Crabe,Chris
Photo d'Anita

dimanche, 14 octobre 2007

MARE À THON

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Dimanche d'octobre ocre, 6h d'un matin théurgique...

Ce billet mérite bien sa catégorie pensées itinérantes. Car rien ne sera plus loin que l'Indigotière de son clavier aujourd'hui. Je vais de ce pas balader mes pensées sur le bord de la route. J'ai décidé d'aller voir si le contour de mes Îles approchait par hasard les 42,2 KM  de circonférence d'une mare à thon... Pour l'occasion j'ai même revêtu un tee-shirt Indigo.

13h30 précisément d'un après-midi  dithyrambique: le tour de mes îles est donc de 42,2 km et je suis mare à thonienne!!!!!!!!!!!!

Illustration: François Place, Îles Indigo in Atlas des géographes d'Orbae

vendredi, 12 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS LOIN (6)

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RIEN N'EST PLUS LOIN
Que le noir d’une  nuit sans LUNE
Que la CLOCHE sonnant la fin de l’école
Que ma ROULOTTE au bout du chemin
Que mon gros ORTEIL du sommet de ma tête

EN FAIT

Rien n’est plus loin que la lune sous la cloche
De la roulotte sans orteil.

Quinte de mots et Douanalala

jeudi, 11 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS PROCHE (5)

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RIEN N’EST PLUS PROCHE
Que le MYSTÈRE du sourire d'un inconnu
Que le SILENCE de l'ami offert à ton épaule
Que la CARESSE légère qui frôle l'arrondi des joues
Que la chaleur du poêle où ronronne le CHAT

En fait
Rien n'est plus proche que le mystère du silence que caresse le chat
Photo d'Anita 

mercredi, 10 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS LOIN(4)

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RIEN N’EST PLUS LOIN

Que le DÉBUT de ma vie
Que mes doigts de PIEDS quand ils me grattent
Que le vent sur mon visage lorsque j'avale des kilomètres au GUIDON de mon destrier de fer
Que les toilettes en pleine NUIT d’hiver

EN FAIT

Rien n'est plus loin que le début de mes pieds sur le guidon de la nuit

Par ordre d’apparition Pomme, Kipudonktan, Chris, Le Crabe
Photo d'Anita


mardi, 09 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS PROCHE (3)

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RIEN N'EST PLUS PROCHE

Que le sourire édenté d’un enfant
Que les beaux yeux de ma maman
Que les éclairs dans le ciel orageux
Que les étoiles dans un cœur tout bleu.

En fait
Rien n’est plus proche que le sourire de ma maman
Dans le ciel orageux de son cœur tout bleu.

Quinte de mots et Douanalala
Photo d'Anita 

lundi, 08 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS LOIN (2)

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RIEN N’EST PLUS LOIN

Que le REGARD d'un ami qui pense à on ne sait quoi d'autre
Que l'HORIZON qui fuit quand on le cherche
Que le TRÉSOR caché au creux de l'arc-en-ciel
Que la mémoire enfouie dans des replis d'ENFANCE

En fait,
Rien n'est plus loin que ton regard à l'horizon de ton trésor d'enfance
Photo d'Anita

samedi, 06 octobre 2007

RIEN N'EST PLUS PROCHE (1)

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RIEN N'EST PLUS PROCHE

Que la RIVIÈRE salée
Que la LUNE (pour celui qui rêve)
Que l'EMPRUNTE creusée par tes mains sur ma peau
Que mon IMAGINATION sur sa chaise

En fait,
Rien n’est plus proche que la rivière de la lune pour l’emprunte de l’imagination
 
 
Dans l'ordre d'apparition à l'écran: Moucheron, Sophiegda, L'Indigotière, Wombat
Photo d'Anita 


mercredi, 26 septembre 2007

MATIN

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Matin

T'es-tu déjà réveillé,
juste entre la nuit et le matin ?
Entre la fin de la nuit
et le début du jour ?
A l'orée de l'aurore,
sur le bord fin de l'aube.
Tu vois ?
Aprés les derniers rayons de lune,
et avant,
juste avant
les premiers rayons de soleil.
Ce n'est pas le jour.
Ce n'est pas la nuit.
C'est autre chose :

Les loups se couchent
comme des peaux de chèvres
et monsieur Seguin embrasse de sa bouche
Madame Seguin sur les lèvres.

Alain Serres
in N'écoute pas celui qui répète

mercredi, 19 septembre 2007

LA RIVIÈRE AU BORD DE L'EAU (2)

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 Chers passants des Îles Indigo,

J'étais effectivement partie voir si quelque rivière ne coulait pas aux abords de Saint-Eloi-de-Fourques. Or j'en ai découvert une qui m'a laissée sans voix tous ces derniers jours. J'aurais aimé nommé de son nom un des ruisseaux de mon archipel:le riel...

Quel somptueux anagramme!

Cependant, avant que cet intermède sans chorégraphie ni musique ne se referme, je tiens à préciser qu'il ne s'agit toujours pas là de ma rivière au bord de l'eau.  

vendredi, 07 septembre 2007

TOUT AIMER

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Tout aimer

Aimer tout aimer
Même le froid et ses morsures
même l'heure qui sépare
et les déserts du chagrin

Aimer l'arbre fendu
la fontaine sans eau
et le visage blessé
où ne vont plus les songes

Aimer les mains qu'on n'a plus
et la caresse abandonnée
et la saison obscure
que n'éveille plus l'oiseau

Croyez-moi
je sais de quoi je parle
j'ai le coeur léger comme vous
il faut aimer à en brûler
même l'instant sans joie
qui serre le coeur
qui serre le coeur

Jean-Pierre Siméon, in La nuit respire

mardi, 14 août 2007

JE NE PARLERAI PLUS DES ARBRES

Je ne parlerai pas des arbres
Je ne parlerai pas des arbres
ni de la nuit bruissant
dans la paume du ciel
ni des rivages ourlés de lumière
tant qu'un homme
avouera sa douleur
de n'avoir faim
que de pain et d'eau
tant qu'une femme
triera des ruines
pour chercher son enfant
tant qu'un jour se lèvera
sur le front noir
d'un fusillé
je ne parlerai pas
des arbres
Jean-Pierre Simeon in Sans frontières fixes, Cheyne, poèmes pour grandir
Je ne parlerai plus des arbres tant que dans mon pays des enfants sauteront par la fenêtre...

mardi, 07 août 2007

ARBOR PLUMEA

 

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Brise-bora, Fils de la Terre,

Hier, encore, frêle Arbor plumea,

Mais, à force d'étreindre le sol,

Solennellement tendu vers les nuages têtus,

Tu mérites le nom, dare-dare,

D'Arbre à livres aujourd'hui,

Huerta de la sauvage menthe

Antique espace à palabres.

 

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samedi, 04 août 2007

COMMENT J'AI PÊCHÉ ULYSSE

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Il y a de cela quelques minutes, par désoeuvrement ou plus exactement par désir de faire oeuvre -toute modeste soit-elle, quelque chose comme un  billet ou un post- je relisais l'à-propos de mon blog dans lequel j'affirme en toute fausse innocence ce qui suit :

Tentative d'exploration de l'archipel Littérature jeunesse,
Et dans mon sac, l'Atlas des Géographes d'Orbae.

Soudain, il me semble plus simple de pointer sur la carte IGN (0519 OT) du Finistère Sud toutes les failles de la côte, d'y rajouter toutes les îles - souvenirs épars de ces cassures qui narguent le continent - que de dénombrer mon archipel. Bien rusé celui qui dira ce qu'est la Littérature jeunesse ou ce qu'elle n'est pas : la présence de l'étiquette "à partir de tel âge" saura-t-elle suffire ? Il est vrai que dans La Littérature, aucun livre n'a jamais été estampillé d'un "à partir de quarante ans" ! Que faire alors de ces éditeurs dits jeunesse qui se sont toujours refusés à toute discrimination de type poussins-benjamins-cadets, quant aux seniors s'abstenir ? Alors quoi ? La présence d'illustrations ? La notion d'album ? La simplicité d'un récit ? Autant d'écueils à éviter.

J'ai dit bravo à l'Education Nationale le jour où elle a eu l'audace de faire entrer dans les programmes de 6ème L'Iliade et L'Odyssée. Deux pierres angulaires désormais dites "jeunesse"!

Il est un genre qui se fiche de tous ces questionnements peut-être bien stériles: la poésie. Regardez les albums Mango : hétéroclites, du Moyen Âge jusqu'au slam. Il n'est jamais trop tôt pour faire l'expérience du poème, se rendre compte qu'en ce domaine le sens unique n'existe pas, ni le sens interdit, d'ailleurs.

Lire un poème, c'est accepter à la suite du poète de cheminer dans l'inconnu. Nul besoin d'être un marin chevronné pour prendre ce risque. Accepter de ramasser sur la plage, Algues, sable, coquillage et crevettes, alors que nous espérions un poisson.

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Lire, c'est accepter que les mots soient "en jeu", alors les frontières gardées par des doigts niais ne sont plus de mise. Si cette nuit, une femme lit quelque part Les treize tares de Théodore de Susie Morgenstern tandis qu'une collégienne finit Au bonheur des dames, il ne m'en faut pas plus pour sourire.

J'en étais là de mes pensées itinérantes et je ne savais plus trop où les faire aboutir. En attendant un sursaut de ma muse, j'ai tapé la date d'ouverture de mon blog, le 16 juin, dans Wikipédia. Ce n'est autre que le Bloomsday qui est apparu, les fameuses vingt-quatre heures de Léopold Bloom, le 16 juin 1904, racontées par Joyce dans Ulysse. Or ce roman est pour moi un continent à lui tout seul. Combien de fois en ai-je commencé la lecture ? Combien de fois ai-je tenté de le déjouer en prenant un chapitre au hasard ? Si sur celui-là seulement, on pouvait mettre "à partir de trente-huit ans", je courrais le chercher dans ma bibliothèque...

lundi, 30 juillet 2007

DES VOILES

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J’ai rentré les voiles et, mon Glazic comme rêche refuge et seul souvenir palpable, je saisis cet instant pour m’asseoir à nouveau derrière l’écran, pour dévoiler.

Les balades furent assurément pour moi, dans les monts d’Arrée sous l’égide de Merlin –bien lui en prit car les déluges de Noé qui y tombèrent nous virent, un jour néfaste,  finir terreux et crottés sur les banquettes en cuir d’un VRP stupéfait de nous voir randonner par ces temps si oubliés des dieux ; dans la presqu’île de Crozon, j’ai tout à fait fui le touriste en gagnant le cap de la chèvre abandonné de tous, mortels et immortels - celle de Seguin aurait pu y brouter longtemps encore bruyères et genêts.
A Lesconil, j’ai simplement chatouillé de mes semelles de longues pierres plates au sourire cocasse, j’ai imaginé un soir me blottir dans le tronc démultiplié du chêne de Sainte-Marine pour lire Sweet home d’Arnaud Cathrine, déniché à La Nuit Bleu Marine de Morlaix.

Par contre, point de ballades dans les deux douces maisons où je me suis déposée. Point mais pas à la ligne. J’ai voulu comprendre. J’ai jeté des regards qui ne demandaient qu’à être harponnés, voire hameçonnés. J’ai ouvert des portes, jusqu’à celle des toilettes –si les miennes n’étaient pas si humides, j’y aurais placé mes quelques La Pleiade, en attendant les travaux toujours remis à demain, j’y savoure certaines Microfictions. Mais rien, pas l’ombre ni le corps d’un livre ! Mes hôtes, je le savais, étaient d’impénitents lecteurs. Or, le premier les a insatiablement donnés, offerts, transmis, passeur sans vergogne et sans peur des reproches de sa soeur –histoire peut-être d’en pérenniser la lecture une fois la dernière page tournée ; la seconde les a enfouis en des latitudes et longitudes familières, derrière les bambous au fond du jardin ! Enfouis ? Pas exactement, plutôt mis en caisses. Etait-ce pour cause de déménagement ? Je ne sais plus. Ce geste sacrilège a fini par me séduire. Elle avait encaissé chacun de ses livres, le souffle coupé…

Cette nuit, le ciel est démesurément lunaire, je songe au Géol de François Place, à son vrai frère dans Moby Dick, à leurs peaux tatouées, je pense à ces livres qui, bien qu’empilés ou rangés sur des planches, n’en finissent pas de se dessiner en moi, malgré moi.
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Les derniers Géants, François Place
Casterman

lundi, 23 juillet 2007

BAL(L)ADES (4)

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Le français est un poème qui voyage

Anthologie réunie par Jean-Marie Henry

images de Cécile Gambini

Rue du monde

 

 

CE SILENCE DU SOIR

Ce silence du soir,

Ce n'est pas le silence. Écoute ! Tout est noir,

La nuit obscure fait toute chose pareille,

Le ciel verse un repos immense; pour l'oreille

Tout bruit a cessé. L'âme entend en ce moment

Une foule de voix sortir confusément

De cette ombre en disant des choses inconnues.

Il semble que les eaux, les plaines et les nues

Sont pleines de secrets qu'elles vont révéler,

Et dés que tout se tait, tout commence à parler.

 

Victor Hugo, Tas de pierres

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vendredi, 20 juillet 2007

BAL(L)ADES (3)

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La poésie chinoise

Images de Sren-Lean Tang

Calligraphies de Shain Jye Mong

album Mango

 

 

 

AURORE PRINTANIER

Mon sommeil du printemps a oublié l'aurore.

Voici que les oiseaux chantent de toute part.

Cette nuit bruissaient le vent et la pluie.

Qui sait combien de fleurs maintenant sont tombées?

Meng Haoran

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mardi, 17 juillet 2007

BAL(L)ADES (2)

0bcc8de5dbf54fc79246ced3b02d7bae.jpgLa poésie arabe

images de Rachid Koraïchi

Mango Jeunesse

 

 

 

 

 

IL Y A DES JARDINS

Il y a des jardins qui n'ont plus de pays

Qui sont seuls avec l'eau

Des colombes les traversent bleues et sans nids.

 

Mais la lune est un cristal de bonheur

Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.

Georges Schéhadé

 

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dimanche, 15 juillet 2007

BAL(L)ADES (1)

Je me barre, toutes voiles dehors -ceci fièrement dit, je n'ai jamais fait de bateau de ma vie-

M'éloigner de ma coque

Je pars me balader jusqu'à la fin de la terre et peut-être retour,

J'ai pris l'habitude ces derniers temps, sur la toile,

D'aller pêcher la baleine et de me remplir les mirettes de couleurs bretonnes!

Auprès de vous, je laisse quelques ballades poétiques,  fil des jours d'absence.

Peut-être nous rendrons-nous compte au final que la ballade fut pour moi et pour vous les balades...

 

 

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mercredi, 11 juillet 2007

ÉTRANGES ÉTRANGERS

Étranges étrangers

 

Kabyles de la chapelle et des quais de Javel

hommes des pays lointains

cobayes des colonies

Doux petits musiciens

soleils adolescents de la porte d'Italie

Boumians de la porte de Saint-Ouen

Apatrides d'Aubervilliers

brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris

ébouillanteurs des bêtes trouvés morts sur pied

au beau milieu des rues

Tunisiens de Grenelle

embauchés débauchés

manoeuvres désoeuvrés

Polacks du Marais du Temple des Rosiers

 

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone

pêcheur des baléares ou bien du Finisterre

rescapés de Franco

et déportés de France et de Navarre

pour avoir défendu en souvenir de la vôtre

celle des autres

 

Esclaves noirs de Fréjus

tiraillés et parqués

au bord d'une petite mer

où  peu vous vous baignez

 

Esclaves noirs de Fréjus

qui évoquez chaque soir

dans les locaux disciplinaires

avec une vieille boîte à cigares

et quelques bouts de fil de fer

tous les échos de vos villages

tous les oiseaux de vos forêts

et ne venez dans la capitale

que pour fêter au pas cadencé

la prise de la Bastille le quatorze juillet

 

Enfants du Sénégal

dépatriés expatriés et naturalisés

 

Enfants indochinois

jongleurs aux innocents couteaux

qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés

de jolis dragons d'or faits de papier plié

 

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés

qui dormez aujourd'hui de retour au pays

le visage dans la terre

et des bombes incendiaires la bourant vos rizières

 

On vous a renvoyé

la monnaie de vos papiers dorés

on vous a retourné

vos petits couteaux dans le dos

 

Étranges Étrangers

 

Vous êtes de la ville

Vous êtes de sa  vie

même si mal en  vivez

même si vous mourez.

 

Jacques Prévert, Grand bal du printemps

 

 

samedi, 23 juin 2007

QUAND EN RÉALITÉ

En attendant que votre librairie reçoive L'ami indien, ces vers d'un poète amérindien...

 

J'ai écrit dans mon journal

que ce matin j'avais seulement mangé

une orange et du fromage

puis bu un bol de café lyophilisé

Alors, qu'à vrai dire, à l'aube, j'ai mangé

des lézards, coyotes, argent et cactus

plus un travailleur isolé dans le désert.

Je buvais le ciel, le soleil et les nuages ;

mes yeux consommaient plaines, montagnes,

pays, continents ;

les mots grondaient dans mon ventre.

Cette nuit j’émince et courbe la lune à l’ouest

et bois la liquoreuse plainte du loup.

In Carving hawk, Maurice Kenny, trad. de Béatrice Machet



00:00 Publié dans BAL(L)ADE | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : maurice kenny |  Facebook |