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dimanche, 11 novembre 2012

Aujourd'hui pierre à pierre.

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Il n'y a rien de plus difficile à consoler qu'un paysage désolé.
Pierre Dac

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On avait construit le bassin, pierre à pierre. Suffisamment large pour déposer autour un nombre conséquent de sièges verts. Suffisamment étroit pour y ressentir quand même une certaine intimité. On avait ajouté des allées d'arbres. Rectilignes comme si souvent les allées d'arbres dans le jardin public. Alors, pour contrer la droiture de leur reflet dans l'eau, on avait ouvert les jets. On avait aussi cédé à la tentation de poser sur l'autre rive, une statue. Vénus ou Aphrodite, elle serait ce jour-là, pudique. Le regard tourné vers une congénère, là-bas.
Tout avait une place. Il suffisait d'attendre qu'un couple de passants rejoignît la nonchalance des deux fauteuils.

La chance, c'est une question de veine.
Pierre Dac, toujours.

samedi, 10 novembre 2012

Aujourd'hui une personne insignifiante. Vraiment?

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Alabama blues
. Je pressens en ouvrant le dernier roman de Maryvonne Rippert que le chemin depuis Métal Mélodie n'a pas été de toute quiétude. Faut dire que sa Mélodie avait raflé tous les prix de littérature jeunesse, avec une évidente impertinence. Laissant son auteure étonnée. J'imagine que certains soirs, on doute de trouver la blue note pour le suivant.

Alabama blues, ce sont Les Chics Types qui lui ont apporté l'idée de départ -créer un roman avec sa B.O., à huit mains- sur lequel elle a tissé sa trame.
Alabama blues
. Aux premières pages, je ressens le même désappointement qu'avec Métal Mélodie. Les personnages sortent très vite des coulisses. Une fois encore, elle prend le risque qu'on ne s'y attache pas. Ceux-là trouveront-ils le tempo pour former The Band? Lou, le gamin désorienté qui oscille entre ses familles recomposées, Lou la gamine qui menace de réduire en poussière le dentier du premier qui l'importunera, Les Chics Types qui répètent à la MJC et Dexter. Dexter, le joueur de jazz de la place de Paris. Dexter, le survivant d'une Louisiane engloutie par l'ouragan. On sent bien que sa présence a un sens. Qu'à ses côtés, il n'est pas possible de s'obstiner dans ses certitudes et ses désespérances. Il faut aller de l'avant, trouver sa note. A ce moment-là, les réticences des premières pages se sont évanouies et on aimerait que la lecture dure un peu plus qu'une matinée passée sous la couette alors que des trombes d'eau s'abattent sur les carreaux.

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vendredi, 09 novembre 2012

Aujourd'hui hommes et femmes.

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Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, goncourtisé.
Dans les jours qui viennent, vous allez en lire tant et plus des critiques littéraires qui vont essayer de parler du bistrot corse, des hommes et des femmes qui s'y arrêtent pour projeter, de leur chute inévitable.
Vous aurez l'embarras du choix. Les qui auront trouvé un chemin et s'y promèneront comme sur une avenue. Les qui heurteront les parois de leur propre labyrinthe et qui clameront que cette oeuvre-là résiste. Les qui la presseront comme un citron et brandiront la pauvre écorce, victorieux.  Les qui l'empaquetteront avant de passer à la suivante.
Je ne me prêterai pas à ce jeu. J'aurai bien trop peur de ne pas réussir à rendre au roman les frémissements tremblés qui m'ont traversée à sa lecture. Je déposerai seulement ici un lien: l'auteur y parle de son roman, avant tout ce chambardement.
Quant à moi, je retourne à la lecture de Où j'ai laissé mon âme.

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jeudi, 08 novembre 2012

Aujourd'hui ça a l'air vieux mais.

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Oui, ça a l'air vieux comme le monde -sans mais aucun- ce qui vient de se passer sur les ondes internationales ces derniers jours: jouer à se faire peur. Toutes le donnaient perdant ou tout du moins, pour qu'un suspense subsiste, le mettaient au coude à coude avec l'effrayant Mormon. Elles ont même réussi à effrayer Zoé sous son arbre à palabres. Pourtant elles n'avaient pas pu ne pas entendre parler des prédictions de Nate Silver: Obama serait réélu, fingers in the noise. Elles ont préféré se laisser séduire par les attraits du "et si on se faisait peur pour de vrai". Ah blandices, quand vous blandissez!

mercredi, 07 novembre 2012

Aujourd'hui j'ai l'habitude de.

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Edward Hopper, Room in Brooklyn, 1932
Museum of Fine Arts, Boston

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C'est la première fois que, ayant affirmé quelque chose la veille, je viens ici me dédire.
Hier soir, pour m'ôter l'ombre d'un doute, j'ai envoyé un message à K. Ce gars-là, après avoir tenu sa boîte à images pendant des années, officie désormais avec sa chronique hebdomadaire sur Arrêt sur images. En m'adressant à lui, je savais bien que, s'il y avait une malheureuse fleur perdue dans toute l'oeuvre hopperesque, il la dénicherait. Room in Brooklyn donc. La fleur n'y est même pas malheureuse: sur son guéridon, elle s'adonne au soleil en toute volupté.

mardi, 06 novembre 2012

Aujourd'hui une fleur.

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Il serait trop simple d'ouvrir la porte de la biquetterie et de choisir une fleur. Une de celles qui résistent aux premières présences du froid. Si vous m'y autorisez, je vais rendre un peu plus complexe la contrainte en vous parlant encore un peu d'hier. Ce qui donne: hier une fleur.

C'est d'ailleurs avec cette idée en tête -vous ramener une fleur- que je suis arrivée hier devant le Grand Palais. A 8h30, le labyrinthe des barrières était quasiment vide. Seule une poignée de ceux qui n'avaient pas réservé leur billet mais qui voulaient avoir la certitude d'entrer était déjà là. Nous n'avions plus qu'à attendre une heure trente. J'aurais pu en profiter pour photographier un des chrisanthèmes qui meublent le jardin du musée tout aussi uniformément que nos cimetières. Mais ça aurait été simple, trop simple de ramener la première fleur entrevue.
Dans la file d'attente qui peu à peu se compactait, j'ai porté mon regard vers le haut et n'ai croisé qu'une nudité indifférente à tous ces hominidés soudain épris d'art américain.

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Puis est venue l'heure -la dixième- où, nous aussi, nous avons vu les choses d'en haut...

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J'allais enfin pouvoir déambuler dans des salles presque vides à la recherche d'une fleur hopperesque.
Dans ma quête,
j'ai observé les talus d'une station essence...

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Gas

J'ai scruté une prairie haute jusqu'au mollet juste devant le seuil d'une maison...

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Cape cod evening

Ne trouvant rien dehors, je suis entré. Chez Phillies.

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Nighthawks

Puis dans le Chop Suey.

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J'ai frappé à quelques portes de particuliers. Suis toujours tombée sur la même femme que j'interrompais en pleine luminothérapie.

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A woman in the sun

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Morning sun

J'ai tout examiné, j'ai même vérifié sur internet de retour chez moi. Je suis formelle: Hopper n'a jamais consacré un poil de son pinceau à une fleur.
Bonus bien malgré moi.

lundi, 05 novembre 2012

Aujourd'hui dans l'actualité.

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Early sunday morning, Edward Hopper

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Tôt, ce lundi matin. Nous avons décidé de tenter le coup. Remplir un thermos de café brûlant. Monter dans la voiture. Faire la route jusqu'à Paris. Arriver devant le Grand Palais longtemps avant son ouverture. Espérer être les premiers de ceux qui n'auront pas pris de réservations en ligne. Faute de places, faute d'envie de programmer jusqu'au moment où l'on pousse la porte d'une expo. Se poser sur les marches -dans le pire des cas, sur le trottoir- puis attendre. Attendre. Pour tromper l'attente, parcourir quelques reproductions dans un bouquin oublié par un ancien amant, amoureux d'Hopper. Voir les organisés arriver, leur billet déjà à la main, lâchant sur l'asphalte un regard dédaigneux pour la plèbe. Qui espère entrer. Avancer pas à pas jusqu'au guichet. Payer son billet puis entrer. Se dire dès le seuil de la première salle que ça ne s'accorde pas. Toutes ces vides solitudes hopperesques et cette cohue. Faire abstraction du monde et tenter quelques tête à tête pour de vrai avec des toiles. Eleven A.M. Compartiment C, car 293. Night window. Gas. Automat. House at dusk.
Ressortir en se disant qu'on aimerait y revenir par effraction, à une heure de la nuit où les réservations n'ont pas été encore inventées.