05 juillet 2009

QUI DE L'OEUF OU DE LA POULE...

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Enée, si Créüse n'avait rendu son dernier souffle en même temps que Troie, jamais n'aurait pu être amant dans les bras de Didon et époux entre ceux de Lavinia. De celle-ci dépendait la naissance de Rome, de celle-là la légitimation des guerres puniques.
Comment cela a-t-il commencé?
Est-ce le mythe qui engendre l'empire au destin tracé au cordeau dans la voie lactée ou l'empire qui forge un mythe, échafaudage à destin?
L'Enéide de Virgile ne dissimule pas l'ossature de bois en cours d'élévation. Il s'agit là d'homologuer à tout crin du cheval de Troie, Octave et sa politique impérialiste. Il en va ainsi pour tous les grands textes qui balayent l'humanité. Passe le temps et passe l'assemblage, le mythe devient souverain.
Post-scriptum: ce dimanche, dans le bateau libre, Frédéric Ferney recevait un démonteur d'échafaudages, Michel Onfray.

05 octobre 2008

CERNE (suite)

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Notre petite vie cernée de rêves
Je l'ai ouvert et je l'ai lu. Force m'est de changer ma bobine intérieure. Prière de reprendre le billet précédent avec La fureur de vivre en projection simultanée. Donc le petit nom de la dame peu avenante sur la couverture c'est Orpha. Faut-il y voir un allusion très allusive au mythe d'Orphée? Toujours est-il qu'elle va tirer le jeune Albert des Enfers, comprenez la petite vie toute bleuie, flétrie, rabougrie de ses parents. A coups de souvenirs tirés de sa propre jeunesse, de citations de Shakespeare et Rilke, de vie rêvée en fin de compte, elle va le tirer jusqu'à l'entrée de ses propres désirs. Comme dans le mythe, une main lâchera mais ce ne sera pas pour avoir regardé derrière soi si près du but. Comme dans le mythe, la femme gagnera le séjour des morts.

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03 octobre 2008

CERNE

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Notre petite vie cernée de rêves
Il se joue tant et tant entre un titre de roman et son peut-être lecteur. Il suffit, sur fond de crise persistante, de quelques mots discernés trop rapidement pour que la rencontre ne s’engage pas bien.
Notre petite vie cernée de rêves
Celui-là avait tout pour déplaire et ma mémoire, mon inconscient et humeur du jour ont sorti les banderoles pour me le dire. Allez savoir pourquoi j’ai pensé à Un tramway nommé désir, de la noirceur en plus (!) et à Mathilda, l’humour en moins. Et ce n’est pas le regard fixe de la femme sur la couverture qui a changé la bobine de mon écran intérieur.
Qu’y a-t-il derrière ce « notre » ? Un couple désillusionné pour qui le rêve n’est plus que la trace d’une fatigue extrême qui bleuit les contours d’une vie bien rangée ? Les rêves ont-ils encore le pouvoir d’assiéger une vie aussi petite soit-elle ?
Pas envie de lui décerner mon temps. Recherchais plus de l’anti-cernes par ces temps qui courent sans reprendre leur souffle. Mais la tenancière de L’Oiseau lire ne s’est pas sentie concernée par mes réticences. Le roman, elle me l’a posée d’une main ferme sur une pile semblable à la tour de Babel juste avant que l’Eternel n’envoie tout valdinguer. Alors, je l’ai pris. Et même que pour le comité de lecture de la semaine prochaine, je l’ai ouvert…

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notre petite vie cernée de rêves
B. Wersba
Ed. Thierry Magnier

12 juin 2008

CRAPAUD ET OGRESSE

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Quelle saison était-ce donc hier soir? 23h, sortie de cinéma, le jour n'a pas envie de remballer si tôt et il persiste encore quelques instants.  On en oublierait presque d'allumer les phares au moment de reprendre la route. Quelques minutes avant, c'était encore -déjà- l'hiver, quelque part entre le 23 décembre et le 1er janvier.

Conte de Noël...

Le corps, plusieurs jours, a rechigné à aller voir un tel titre et l'été qui est à portée d'ongles. Il se doutait bien -Rois et reines- que ce ne serait pas Il était une fois et Ils eurent beaucoup d'enfants et vécurent heureux. Qu'a donc lu Desplechin avant de tourner son dernier film? On veut bien croire qu'il y eut un roman La greffe mais alors juste pour la genèse car toujours ce qui se trame et se détrame dans cette épopée en huis clos, ce sont les mythes, premières expirations littéraires -tout s'y joue en condensé concentré de la violence de la condition humaine- et Desplechin n'en finit pas d'y revenir. La mémoire s'épuise à tirer tous les fils, on croit pouvoir se poser sur une strate et déjà une autre se découvre. En une version courte, faux semblant du conte, cela donnerait:

Il était une fois Abel et  Junon qui eurent quatre enfants: Joseph, mort à six ans faute d'une greffe de moëlle, Elisabeth la seconde, promue donc au rang d'aînée très jeune, Henri conçu parce qu'on espèrait que sa moëlle serait compatible et Yvan, fragile et optimiste benjamin.

Mais les cartes sont brouillées et les dés pipés. Abel, drôle de patriarche hilare devant sa face de crapaud -cacherait-elle un prince?- n'a pas de Cain. Par contre entre l'aînée -telle une Antigone qui n'en finit pas d'enterrer son frère mort- et le cadet se joue une guerre fratricide où faute de tuer on bannit. Et puis, il y a la mère et le rejet de ce fils inutile, Henri. L'on pense à Junon et sa haine pour cet enfant de Jupiter qui n'est pas le sien, Hercule. D'ailleurs Henri se plaît à s'imaginer le fruit d'amours extraconjugales. Hercule meurt brûlé par la tunique enduite du sang du centaure Nessos. Dans Conte de Noël, Junon risque de mourir brûlée de l'intérieur si son corps rejette le don de moëlle d'Henri. Elle aussi est atteinte d'une leucémie et pour se sauver l'ogresse est prête, en une dévoration symbolique du fils haï, à reprendre ce qu'elle a mis au monde.

Conte de Noël au printemps, la neige a la chaleur de la plume échappée lorsque violemment l'oreiller se répand.